Le Passage

Au fond de la grotte une lumière d’abord faible est apparue
ses reflets dansent
envahissent les parois rugueuses
jusqu’à les rendre de soie
puis les dissoudre dans une pluie de couleur pastel
le sol encore gris se dérobe sous le pied nu
laissant place au vide qui transporte
dans un espace dont on ne peut faire le tour
sans vertiges
ceux que l’on guette recherchent
la tête posée sur la pierre
dont le cœur vibre au rythme du sang sous les tempes
et on ne sait plus si le cerveau est au centre de la roche ou dans le crâne
saisissant un caillou on sort alors
le monde au creux de la paume
la chaleur née de la vague lumineuse
invite la main à dessiner la ville
ses rues bien droites et ses façades bedonnantes
rieuses dont les fenêtres ouvertes
laissent échapper les notes
d’une musique inconnue
tandis que derrière soi les arbres
masquent le passage vers la nuit et son abri

janvier 2010

5 replies on “Le Passage”

  1. Heliomel dit :

    Une ville est née au centre ou du centre de la terre, souhaitons lui bonne chance

  2. Elisa-R dit :

    Je passe de la « grotte » au « caillou » au « monde au creux de la paume » et l’écran de mes paupières s’anime de lueurs, de lumières, d’images. Je me laisse porter par le récit, « sans vertiges ». Avec bonheur, je técoute.

  3. 4Z2A84 dit :

    On s’expulse d’une grotte comme du ventre maternel, on naît…pour trouver le vide sous son pied nu. Mais la pierre « dont le coeur vibre au rythme du sang » empêche la chute de se prolonger. De nouveau la grotte – ou son souvenir – autour de nous, et en nous. « Saisissant un caillou on sort alors / le monde au creux de la paume ».
    A un univers minéral succède la ville (réalité ou création de l’esprit ?). On pourrait craindre de s’enfoncer dans des rues trop rectilignes. Mais non. Des fenêtres le poète, le dormeur ou le rêveur voit s' »échapper les notes d’une musique inconnue ». Il semble à cet instant-là que l’Eclaircie l’emporte sur l’Ombre; les arbres le suggèrent.
    On l’aura compris : ce poème étrange, fascinant, est aussi un voyage initiatique.

  4. Air-pur dit :

    Et l’homme des cavernes est devenu l’homme des casernes.

  5. Éclaircie dit :

    Que dire ? dans le sillage de mon passage, vos traces luisent.

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