la neige

LA NEIGE

La neige avait envahi le village

En colorant de blanc le paysage

Sans regret elle avait accompagné

Ce vieil hiver et son souffle glacé

Qui venait, tout gelé sur son passage.

.

Même l’océan bleu n’était plus sage

Quand il cognait ses flots sur le rivage

Le sable, elle l’avait bien camouflé,

La neige.

.

La belle met un pull sur ton corsage

Contre le froid préserve ton visage

La saison n’est pas au déshabillé.

Notre monde assoupi s’est arrêté

Car elle a blanchi, même la plage

La neige…

7 replies on “la neige”

  1. Air-pur dit :

    Mais aussi, la neige est le lainage de la terre: il fait moins froid sous un manteau de neige que de glace…

  2. 4Z2A84 dit :

    Une gracieuse évocation de la neige – dans laquelle une femme apparaît sans doute pour rendre l’hiver humain.

  3. Aquae Sidonie dit :

    La neige comme une poudre d’anesthésie, jetée aux yeux des rivages, ainsi va la vie quand son mouvement s’arrête ? Et pourtant…
    « Je veux être enterré dans un flocon de neige » Christian Bobin

  4. Air-pur dit :

    Christian Bobin: voilà un auteur à mettre en valeur.

  5. 4Z2A84 dit :

    Christian Bobin : Ma solitude est plus une grâce qu’une malédiction
    L’aptitude à être seul est-elle l’expression d’une inadaptation au monde ou d’une réalisation de soi ? Pour Christian Bobin, auteur du Très-Bas, la question ne se pose pas : Il est un solitaire heureux qui ignore l’ennui et connaît la plénitude.

    Marie De Solemne

    L’entretien
    Christian Bobin

    Prof de philo, puis infirmier psychiatrique, Christian Bobin se fait remarquer en 1985 avec la parution de Souveraineté du vide (Gallimard). Mais c’est avec Le Très-Bas (Gallimard, 1992), un essai sur la vie de François d’Assise, que le “phénomène Bobin” éclate.
    De Christian Bobin, on sait surtout qu’il fuit les mondanités et préfère explorer le silence. Il y consacre sa vie et son œuvre. Ses thèmes de prédilection : le vide, la nature, l’enfance, les « petites choses » comme il le dit lui-même. La solitude, il la connaît mieux que personne. Il la quête. Davantage encore depuis la perte brutale de son amie, en plein été 1995. Un deuil qu’il raconte dans La plus que vive (Gallimard, 1996). Récemment interviewé par Marie de Solemne dans La grâce de la solitude” (Dervy, coll. « A vive voix », 1998) , le poète s’interroge sur l’origine et les conséquences de ce sentiment qui, avec l’état amoureux, est sans doute le plus partagé au monde. Extraits.

    Marie de Solemne : « Parleriez-vous plus volontiers de la solitude comme d’une grâce, ou comme d’une malédiction ? »
    Christian Bobin : D’abord, j’en parlerais plutôt dans sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment. Il est 22 heures, c’est l’obscurité. Le ciel n’est pas encore tout à fait noir, il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence –, un petit appartement dans lequel je vis depuis une quinzaine d’années, des cigarettes – que je ne peux pas m’empêcher de fumer –, des livres – que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir. Au fond, de manière curieuse, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça : un état matériel. C’est que personne ne vienne. Que personne ne vienne là où vous êtes. Et peut-être même pas soi.

    Mais pour répondre à votre question, la solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. […] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

    Existe-t-il vraiment deux formes de solitude, ou la solitude change-t-elle de visage en fonction du regard que l’on porte sur elle ?
    Je crois que pour vivre – parce qu’on peut passer cette vie sans vivre, et c’est un état sans doute pire que la mort – […] il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. Même si on ne vous porte plus, même si on ne vous aime plus, même si on ne vous regarde plus, ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l’a été pour toujours. A ce moment-là, vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel.[…

    SOURCE : Psychologies.com

  6. Air-pur dit :

    Cet extrait me touche vraiment très profondément.
    Mon prénom est François, celui que l’on fête le 4 octobre. Si je devais croire en quelqu’Un, ce serait en celui d’Assise, qui renonce aux honneurs et à l’étude des textes et qui va vivre au plus près des plus humbles. Dans ce que je perçois de C. Bobin, je sens un souffle de cette nature.
    Ma pensée est courte. Mes textes le sont aussi. Et je me sens très petit face à l’immensité de tout ce vers quoi je ne vais pas.
    Merci 4Z2A84.

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