Une fin de vie sous ma mansarde-Juloin

Une fin de vie sous ma mansarde.
De tristes volutes séparaient ma chambre de leur rue
Cette rue sale en croisade qui ne voyait jamais de lumière
Tant les remparts étaient élevés
Droits, érigés vers les cieux absents.
La lumière de la lampe tempête créait des ombres fantomatiques
La peur au ventre me gonflait de courage
Et tandis que la maladie gagnait chaque jour son terrain
Je me terrai recroquevillé dans la pièce unique de mon salut.
Quelques chats venaient me rendre visite par les toits
Errant sans misère, traînant leur liberté
Et stigmatisant ainsi bien leur nom
De chats de gouttières…
Les livres partageaient mes journées
La Belladone mes nuits, ainsi que mes écrits.
Le médecin tout comme les chats me rendait visite
Trois fois par jour pour effectuer les saignées.
Je m’étais tant de fois saigné moi-même
Avec l’inextricable besoin de disparaître
Et tant de fois avorté le processus
Par une peur inexplicable de me perdre!
De tristes volutes séparaient ma chambre de leur rue
Cette rue sale en croisade qui ne voyait jamais de lumière
Tant les remparts étaient élevés
Droits, érigés vers les cieux absents.
Ma mansarde était celle d’une bonne
Dans les rues sales de Paris la putain
C’est ici que je consommais ce mauvais vin de table
Et disparaissais petit à petit de manière lamentable.
Dès le matin, fourbu de ma nuit blanche
Lautréamont ou Ducasse en main
L’Absinthe verdoyante me rendait cintré
Accablé par tant de démence…
Ainsi, grisé du matin au soir et derechef
Du soir au matin, clairvoyant de tristesse
Triste comme des menhirs érigés à plat
Le delirium tremens remonté à bloc
Je décidai de sauter le pas, m’anéantir
M’envolant par la meurtrière de ma geôle.

Juloin

(à qui je n’ai pas demandé, mais que je voulais si fort, ici, dites-le-lui)

10 replies on “Une fin de vie sous ma mansarde-Juloin”

  1. Heliomel dit :

    c’est toujours un plaisir de lire Juloin, attachant poète maudit

  2. Air-pur dit :

    Ce n’était pas une rue, mais une impasse. Très beau texte néanmoins.

  3. Éclaircie dit :

    J’aime retrouver Juloin dans ce début de siècle (du 20ème), dans ce Paris de la création mais aussi de la misère du poète.

  4. Elisa-R dit :

    Il porte bien le costume d’époque .

  5. 4Z2A84 dit :

    « Lautréamont ou Ducaste en main ».
    Je ne connais pas de Ducaste. Par contre le patronyme du Comte de Lautréamont reste gravé dans ma mémoire : il s’agit d’Isidore Ducasse. Serions-nous en présence d’une faute typographique ?

  6. Aquae Sidonie dit :

    Juloin possède une écriture romantique incarnée, moderne car libre des siècles.
    « M’envolant par la meurtrière de ma geôle. » Tip-top tuerie de l’Amor !

  7. juloin dit :

    La découverte de vos commentaires m’emplit de joie.

    « une écriture romantique incarnée »
    « attachant poète maudit »

    et autre…..

    (ma doudou derrière moi à vu ces commentaires également et dit « je vis avec un poète reconnu »)

    et moi j’ai la banane!

    merci donc

  8. juloin dit :

    bon il y a des fautes et impossible de les corriger…..

    (administrator, règle ce ptiot sushis)

  9. Éclaircie dit :

    C’est fait, tu me diras si j’en ai oublié, ravie que tu sois heureux de te trouver là à travers ce poème.

  10. ®Db dit :

    Il est là ?
    J’aime ce texte délirant, fou de faim, de fée verte, de poésie.
    Inimitable!
    ®Db

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