Une Relation Amygale

Je ne voudrais pas être raciste avec les araignées, mais il faut bien reconnaître qu’il y a quand même des animaux de compagnie plus agréables. Moi,je n’en raffole pas vraiment, ou alors, c’est que je n’ai pas encore rencontré celle de ma vie.
Ce qui est particulièrement embêtant, c’est de grimper aux rideaux quand on en trouve une sur son passage. Pour un grand garçon comme moi, ça fait mauvais effet. J’ai beau assurer aux gens que c’est la seule bestiole qui me fasse peur, que je ne crains ni les lions, ni les serpents; la faune de ma région me donne plus souvent l’occasion de passer pour un couard que pour un courageux.

Pour essayer de combattre cette antipathie encombrante, on me conseilla d’apprivoiser une de ces demoiselles, ce que je fis ! Un jour, j’aperçus une de ces petites bêtes en train de tisser dans mes cabinets. C’était encore un bébé imberbe et sans agressivité apparente. Je ravalais ma peur et fis ce que j’avais à faire. La première entrevue fut brève, limitée à l’essentiel, car, même en ces lieux, je manquais d’aisance.

La deuxième fois, encore dans le besoin, je m’attendais à sa compagnie mais j’étais toujours aussi sceptique.

Les fois suivantes, ce n’était pas avec plaisir, mais avec un brin de curiosité que je rendais visite à celle qui partageait mon petit coin. Un jour, en signe de paix,je lui apportai une mouche récemment décédée pour lui faire un don d’orgasme. Je n’assistais pas au repas, nos buts étaient quand même fondamentalement opposés…

Et c’est ainsi, que je m’habituais peu à peu à cette voisine d’un instant. Je lui accordais même, si ce n’est du charme, certaines qualités. Car il faut bien avouer que ces dames font de gros efforts de toilette.
Peu d’humaines s’entourent d’autant de dentelles… J’en ai même vu une avec un diadème au jardin.

Quelques semaines passèrent, et, de venimeuse, elle était devenue muse. Jusqu’au jour où, entrant dans notre cabinet particulier, je ne la trouvai plus. Elle était partie sans laisser d’adresse, sans un coup de fil…

Fort de ma nouvelle sérénité et poussé par des sollicitations bassement matérielles, je fis semblant de rien et tentai, sans joie, d’assumer les fonctions pour lesquelles j’étais là.

Hélas, dans ma tête, l’imagination très peu concernée par les besognes physiologiques du rez-de-chaussée, galopait. Où se cachait-elle ?

Par quelle fesse allait-elle tenter l’ascension de mon anatomie ? Car, si moralement je m’étais quelque peu laissé séduire, je n’étais pas encore prêt pour une rencontre plus physique. Le côté platonique m’était, pour l’instant, amplement suffisant.

Je récupérais, en toute hâte, ma ceinture, mes chausses et le reste, sans retrouver mes esprits, et, dansant une tarentule effrénée, je sortis en hurlant des toilettes.

Et c’est ainsi que cette idylle prit fin et que cette compagne d’un moment ne fut jamais appelée à régner dans ma vie…

Spiderman de Glécy

8 réponses sur “Une Relation Amygale”

  1. Éclaircie dit :

    A vous lire, depuis quelques textes, on guette comme l’épeire sur sa toile, le mot d’esprit et toujours il arrive. On pourrait se lasser , non, pas même car ce mot d’esprit n’est jamais le même, mais toujours familier.

    (et si votre phobie est indemne, cultivez celle du moustique, que la belle cocoonera dans un cocon de soie pure.)

    (et pour les lézards verts, avez vous une méthode éprouvée ?)

  2. Elisa-R dit :

    Les araignées ont un grand sens de l’humour, si elles pouvaient parler notre langage, on les entendrait sans doute hurler un « coucou ! » tout joyeux au moment où, confortablement installés, on tourne la tête vers la tâche noire que notre vision périphérique transmet à notre cerveau en alerte…

  3. Elisa-R dit :

    Hélas ! Non dissimulée sous un chapeau, moins épuisante mais beaucoup plus effrayante la « tache »…

  4. Air-pur dit :

    Rencontre attachante, même si on ne porte pas ces bêtes en odeur de sainteté.

  5. Frangine dit :

    Humour scato-distingué. L’argument est léger, mais les jeux de mots, plutôt raffinés, font apprécier ton style et j’ai lu ce texte sourire aux lèvres, ce qui n’est déjà pas si mal.
    Par ailleurs, je salue ta grande productivité, Paul.

  6. Jean-Michel dit :

    Un texte excellent, comme d’habitude, Paul
    Celui-ci est très bien tissé.
    En plus j’ai comme toi unez relation attirance/peur envers les arachnides

    Je ne suis ici qu’en invité, par Eclaircie.

    Amitiés
    Jean-Michel

    PS1: j’ai reposté une version de ton texte par le grand Léo sur Youtube (Eclaircie a reçu les coordonnées)
    PS2: et où qu’elle est la compil de tes chroniques 😉

  7. grain de fable dit :

    Salut Frangine . J’ai été à la fac à la Scato, ça doit être pour ça. Je blague… Je ne suis pas un fana du petit coin, mais le seul endroit que je fréquente pratiquement tous les jours depuis ma naissance, donc forcément, ça représente du temps et quelques « rencontres ». Et puis, je crois qu’on doit être un certains nombres dans ce cas-là ( j’aurais pu faire un vilain jeu de mots sur le « cas », mais je ne le ferai pas, il ne s’impose pas) Merci pour mon style. C’est le style « papier peint ». Merci de ta visite. Paul

  8. grain de fable dit :

    Si vous avez envie d’une belle paire de esses, prenez les sur « un certains nombres »… Ils ne me manqueront pas…. Paul

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