Les combats des gueux

Quelques soient les victoires du moment, on a toujours un souvenir de défaite.

Personnellement, quand je remonte à l’époque de mes humanités primaires, je dois avouer que je fus maintes fois battu dans les joutes orales qui caractérisaient la lutte des classes d’une école. En effet, certains élèves, d’un mouvement de tête très précis, savaient envoyer un jet de bave qui touchait n’importe quel coureur émérite lors d’une récréation. Et quand moi, parfois saisi d’un esprit d’émulation et de révolte, je tentais de faire affront, je n’obtenais qu’une estafilade filandreuse qui finissait toujours sa course molle sur le bout de mes chaussures. J’avais beau tourner sept fois ma langue dans ma bouche, aller chercher des munitions dans le fond de ma gorge, rien n’y faisait. Jamais je n’eus le molard et la manière…

Il m’a fallu bien des années de contributions directes à la prospérité de la Régie des Tabacs pour comprendre les raisons de mes échecs; mes munitions étaient inadéquates à ce type de combat. Il fallait des muqueuses bien chargées et un nez aux couleurs de l’hiver…

Nous, les pauvres enfants, détrempés par les gouttes préventives, percés de suppositoires curatifs, nous n’avions aucune chance dans ces conflits. Seuls les jeunes confiés aux rigueurs du climat pouvaient gagner ces batailles morvales.

Certes, les vainqueurs furent disqualifiés plus tard, par la connaissance des lois de l’hygiène et de la bienséance, mais ils ont laissé des taches indélébiles sur les tabliers de mon enfance.

Paul de Gléry

17 réponses sur “Les combats des gueux”

  1. éclaircie dit :

    Léo Ferré, ne sera pas content, il a deux airs..euh..R .Encore que l’appréciant sans le connaître, il aurait ri de moi, peu-être à signaler cette broutille. et m’aurait dit deux ? vous rigolez ! mille airs.
    On pourrait passer des heures avec vos textes, car à chaque fragment de phrase, on a envie de commenter et poursuivre sur l’idée qui se cache derrière.
    (c’est quoi le rapport avec Léo Ferré, dans l’histoire, j’avoue je n’ai pas fait le lien ?)

  2. éclaircie dit :

    PeuT-être…
    (ok, c’est facile de noter les fautes de frappe des autres, je ne sais pourquoi, je ne vois jamais les mienne, donc je comte sur vous pour me mettre le nez (rural rustre, non pénicilliné, c’est vous dire) dessus

  3. éclaircie dit :

    lol !!
    je comPte
    oui, oui, je sors, promis….

  4. Frangine dit :

    Cette écriture truffée d’humour me plaît beaucoup.
    Je ne vois pas, moi non plus, le rapport avec Léo que je crois connaître un peu…
    Et même un peu beaucoup.
    Au tout début, j’aurais mis plutôt  » quelles que soient  » et bien sûr 2 R à Ferré, mais à part ces broutilles, petit texte au sujet ô combien original et très bien écrit. Vivifiant.

  5. grain de fable dit :

    Au temps pour moi (Ou au taon pour moi, c’est plus piquant). J’ai toujours mis 2r à Ferré et 2r à « carresses », sachant que j’ai été trop généreux pour l ‘un des deux, mais mon dico m’en a enlevé un exemplaire et c’est pas le bon ! Et comme un bon, j’ai accepté. Je résiste tant bien que « mâle » aux accents circonflexes. Mais c’est dur!
    Pour le quelque en soient, j’avoue que c’est difficile… Je suis incollable( je riz), sur tout ce qui se réfléchit et que nos maîtres appellent l’orthographe grammatical, mais nul en orthographe « d’usage ». Surtout pour tout ce qui est consomme redoublée C’est un toque chez moi. Je suis entrain de chataignier chez moi en 07. Je sais qu’il faut un i, parce que c’est le verbe. Mai pourquoi ne mettre qu’un « l » à imbécile, n’est ce pas une imbécilité ? Avec deux « L » comme dans oiseau?
    Pourquoi parce que n’est pas collé alors que pourquoi l’est ? Je refuse de combler ma mémoire déjà défaillante avec des règles fossiles… BREF je ne prends pas assez de temps à relire les mots, je préfère passer du temps à les choisir… Mais ce n’est pas bien, moi qui dit que l’orthographe est l’hygiène de la phrase. J’ai des paragraphes qui « renaudent »…
    Pour Léo, il avait un pied à terre en Ardèche, et on se voyait souvent, on se lisait ce qu’on faisait. Un jour il m’a dit devant ce texte ci-joint. Toi Polo tu es un chanteur qui parle… Tu vois ton texte sur les crachats, c’est une chanson sans musique, comme il y a des chansons sans paroles. Et il m’a dit : fais tourner ton crin crin, (magnétophone) et demain tu écouteras. Tu verras que j’ai raison. Et le lendemain, à jeun, j’ai réécouté, et j’ai gardé; J’ai bien fait car c’était la dernière fois que j’entendais sa voix…
    S’il y avait moyen de mettre du son sur le site je vous le mets. Ou si quelqu’un sait le faire, je lui envoie…

  6. Éclaircie dit :

    Lorsque vous publiez vous avez dans la barre d’outils « une petite échelle « (juste au dessus de ce que vous écrivez, un genre de hiéroglyphe..donc si vous cliquez sur cette échelle un cadre s’ouvre et vous pouvez par là, sans doute saisir les coordonnées de cette vidéo pour qu’elle apparaisse.
    Après je ne connais pas la suite de l’aventure, je ne l’ai jamais fait. Ce serait je crois bien que ce soit vous qui la publiiez, aussi, en se groupant dans les conseils, nous allons parvenir à cette publication.
    J’ai lu aussi, merci.

  7. 4Z2A84 dit :

    Voici les paroles ou lyrics de Le crachat interprétées par Léo Ferré :

    Glaireux à souhait avec des fils dans l’amidon
    Se demandant s’il tombera du mur ou non Le crachat au soleil s’étire

    Son oeil vitreux de borgne où la haine croupit
    Brillant d’un jaune vert pâlot et mal nourri Sous la canicule chavire

    D’où viens-tu pèlerin gélatineux et froid
    De quelle gorge obscure as-tu quitté l’emploi Pour te marier à cette pierre

    D’un gosier mal vissé ou d’un nez pituiteux
    D’un palais distingué d’un poumon besogneux Ou d’une langue de vipère

    Avant que de finir au plat sur ce granit
    Etais-tu préposé au catarrhe au prurit Ou bien à résoudre une quinte

    Es-tu le doute du rêveur l’orgueil du fat
    La solution d’un douloureux échec et mat Ou l’exutoire du farniente

    Agacé par l’insecte au ventre crevant d’?ufs
    Décoloré, suintant, le crachat comateux Sur le trottoir enfin débonde

    Tandis qu’agonisant sous des pieds indistincts
    A l’aise enfin chez lui il me dit l’air hautain  » Je suis la conscience du monde « 

  8. 4Z2A84 dit :

    Le moLLard avec deux ailes vole plus haut. On dit aussi qu’ainsi orthographié il atteint toujours sa cible.

  9. Elisa-R dit :

    Certains collégiens, sans doute dépourvus de compétence en lancer de mollards mais pas en imagination lorsqu’il s’agissait de toturer les autres, prétendirent un jour qu’un de leurs splendides glaviots s’était égaré dans ma soupe. Depuis, la définition du mot « mollard », dont les familarités m’avaient jusqu’alors tenue éloignée, est rangée sagement dans un coin de mon cerveau, entre « mollah » et « mollement ».
    Si le souvenir de cette soupe ne provoquait pas toujours en moi une légère nausée, je dirais que vos textes sont toujours savoureux…

  10. Phoenixs dit :

    Oui, des tâches indélébiles sur beaucoup de sarraus 🙁

  11. Éclaircie dit :

    Avec l’aide des uns et des autres, je tente de mettre la vidéo. (merci Paul et Jean-Michel.

  12. Éclaircie dit :

    Aîe, non, je ne peux(sais) pas. Seul l’auteur le peut. Et nous pouvons aider l’auteur à le faire.

  13. Éclaircie dit :

    Puis-je vous demander de rectifier le nom de Ferré en mot clé ? merci d’avance

  14. grain de fable dit :

    Moi je veux bien, c’est le mot clé qui ne veut pas../../.

  15. Éclaircie dit :

    Quoi ici, une clé qui nous résiste ? !
    [je demanderai à notre administrateur favori de le faire (chut c’est mon fils)]
    Merci de la réponse et d’avoir tenté , grain de fable (et un nouveau petit grain serait le bienvenu)

  16. Éclaircie dit :

    Le son a rejoint le texte, merci encore à Laristo, MJM et Vivien, pour le travail de groupe.

    Un plaisir à relire et réentendre.

  17. grain de fable dit :

    Emouvant de revoir et de réentendre Léo… C’était peu de temps avant don départ. Il lisait sans lunettes, sans avenir, mais jamais sans tendresse pour ceux qu’il aimait…
    La voix est cassée, comme le fil de notre histoire, mais elle fissure toujours l’indifférence…
    Elle continuera à s’insinuer en sépia dans la gélatine froide d’une photo d’un passé révolu.
    Merci Léo, merci à vous.
    Paul de Glécy alias l’aristo.

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