Entrez..la porte est ouverte !

De peur que le poids des mots- sur « bavardages, classé dans Bavardages » publié en août, je crois- ne fasse basculer ce superbe article ainsi que ces commentaires qui le sont encore plus, dans un fond de puits trop sombre pour y lire une seule lettre, je démarre celui-ci. Avec le préambule suivant :

« Incorrigible bavarde, de bonnes idées mais peut mieux faire » a toujours figuré dans tous mes cahiers d’écolière, et comme je n’ai pas repris la plume ou le crayon avant l’arrivée de mon clavier qui m’en a dispensée, cette remarque en rouge est toujours d’actualité, pardonnez moi donc mes « esbroufes » .

2.56h

Je reviens de mon bord de fenêtre pour saluer la lune.  Elle n’était pas là. Les arbres qui s’ennuyaient dans la nuit ont invité le vent fou à leur chatouiller les cimes, et avec lui est arrivée la cohorte de nuages, dont je ne distingue pas encore bien les teintes.

La lune lasse de leurs jeux enfantins se sera allongée sur le faîte de mon toit, d’où bien sûr je ne peux la voir sauf à entreprendre une escalade risquée et qui, sans témoins à cette heure creuse, risquerait de me laisser en fâcheuse posture.

à suivre….

251 replies on “Entrez..la porte est ouverte !”

  1. éclaircie dit :

    6.00
    Que l’automne est…
    On ne sait si c’est le soleil qui farde de roux les bois
    ou les bois pour se faire pardonner qui se peignent eux-mêmes
    mais que l’automne est triste parfois
    Dans ma main cette feuille déjà brune
    je ferme la main elle est poussière
    parfois elle s’étale comme ce papillon dans sa vitrine
    mort et pourtant beau
    entre les pages de mon dictionnaire
    que l’automne est triste parfois
    je suis cette feuille
    oui je suis tombée pour les jeunes pousses
    mais que reste-t-il de moi

    que l’automne est beau parfois
    il restera parcelle
    cellule sur la lune
    je le veux
    je le sais
    mais que l’automne est beau toujours

  2. 4Z2A84 dit :

    La lune est une coquine
    Qu’on se le dise qu’on se le dise
    Le vent est fou
    On ne le répètera jamais assez
    Et l’automne que je féminise est belle
    Surtout vue d’un phare
    Quand les vagues mortes tombent de la mer
    Au grand dam du balayeur
    Que la mécanique tarde à remplacer
    Ses rhumatismes ne l’épargnent pas
    Alors il décide de tout plaquer
    La mer le phare et les vagues qui jaunissent
    Pour ne rien dire du sourire des requins
    Cachés derrière les arbres
    Dont les racines ressemblent ici à des tentacules
    A l’instar des sorcières le balayeur chevauche
    Son instrument de travail
    Et d’une étoile à l’autre offre ses services
    A condition que les vagues mortes n’y soient pas trop nombreuses
    Il est prêt à se fixer sur l’un de ses astres qui nous font de l’oeil
    Mais pas sur la lune
    Car sur la lune
    Des montagnes de poussière attendent qu’un balai
    Fasse le devoir d’un million d’aspirateurs

  3. éclaircie dit :

    Je suis la sorcière sur ce balai
    en partance pour la lune
    mon chant rauque éraillé
    couvrira le bruit de tous les moteurs
    mais pas celui des vagues
    qui s’enfuient pour quérir leur liberté
    dans la belle automne du poète
    asexuée pour plaire à tous
    alors que sur la terre les fourmis
    prépare leur lit d’hiver
    et que les cigales
    encore ivres de tous leurs chants passés
    rient une dernière fois
    le calme et la paix retrouvés
    Au pied de l’arbre j’ai laissé
    une feuille qui ne se froissera pas
    pour tous les chiens chats hiboux moutons et loups
    qui savent la couleur de mes paysages
    puissent suivre leurs routes
    lorsque la lune se laisse bercer loin de leurs contrées

  4. 4Z2A84 dit :

    Les vagues sont marquées dans leur chair
    Par les outils du forgeron le soleil
    A la recherche de nouvelles couleurs
    Le peintre se heurte aux éclipses
    Il meurt la tête entre les cuisses
    D’une naine noire ou d’une géante rousse
    De la station spatiale on aperçoit
    Ses tableaux des langues languissantes
    Dont l’évaporation produit des cirus
    On cultive le ciel comme un jardin potager
    Satellites et planètes ressemblent à des citrouilles
    Et toi avec ton semoir et ton tire-racine
    Crois-tu pouvoir ensemencer la voie lactée
    Tondre le gazon sur saturne et jupiter
    Naviguer d’un hémisphère à l’autre
    Dans la caisse de ta brouette motorisée
    Oui je le crois répond l’ange
    Et il tombe des nues

  5. 4Z2A84 dit :

    ciRRus : 2 r.

  6. éclaircie dit :

    ah ! 4z, je repasserai, le poème ci dessus est si beau qu’il me rend coite, je vais devoir fermer les yeux pour en écrire un à la suite.

  7. Elisa-R dit :

    La lune est un oeil
    Disponible
    Globe parfait dans un écrin de ciel
    On ne la regarde pas
    C’est avec elle qu’on voit
    les vagues échancrées sur les corsages d’audace
    La puissance des bras sur la forge brûlante
    Le sable alangui sous les corps parfaits
    La lune est un oeil
    Qui voyage chaque soir au fond de nos regards
    Et embrase nos automnes
    De l’intérieur

  8. Phoenixs dit :

    Les bonnes idées sont restées et c’est l’essentiel 😉

  9. 4Z2A84 dit :

    L’œil de la lune est une taie
    Elle ne voit que le produit de son imagination
    Des glaciers suspendus
    Prisonniers dans leur cirque
    Des vagues aux crêtes charnues
    Agressives comme des sexes à la saison des amours
    Des fjords et des falaises cariés
    Des déserts perdus dans le compte de leurs grains de sable
    Et des vallées aspirant goulûment l’eau des rivières volages
    Elle ne voit pas les nuages au-dessus des volcans
    Ni la tête de l’homme pressée entre des poings
    Et elle reste sourde aux bombes
    Qui explosent d’artère en artère
    Obligeant l’arbre à consulter son cardiologue
    Car la lune aveugle et sourde
    Glisse le long de son fil comme un téléphérique
    Dominant les contreforts et le sommet neigeux
    D’une montagne qui mugit en accouchant
    D’une colline dont les pentes douces
    Accueillent les langues caressantes
    Des animaux destinés à l’abattoir
    Le vent s’arrête et consulte sa montre
    Sur son cadran la lune affiche la même heure
    L’heure à laquelle vous renaissez
    Après une nuit consacrée à l’observation des astres
    Vous portez autour de l’œil la marque
    De l’oculaire de la lunette astronomique
    Qui vous permet de vous promener d’une étoile à l’autre
    Et sur la lune armée d’une ombrelle
    Car le soleil exhibe son noyau
    Protéger ses yeux devient alors une nécessité
    Il y a sur la lune plus de lait que dans votre bol
    Et la nuit rivalise avec votre café
    Je sais que vous l’aimez noir sans même un filet
    De lumière sous la porte qu’éole secoue
    Pour entrer chez vous et y partager le pain

  10. éclaircie dit :

    je laisse ouvert, mais garnissez le feu avant de repartir, il fait un peu frais ce soir.
    et demain dès l’aube..euh, je m’égare, je viendrai lire, ce que je n’ai pas eu le temps de savourer ce jour.

    Ici sur tout le site, on ne peut passer en coup de vent.
    Et dans ce fil, on improvise, en vers et contre tout-

  11. éclaircie dit :

    Comme éponge invisible
    au reflet de vos nuits
    je bois en vos chemins
    l’eau qui fera ma vie
    le cheval dans ses rêves
    me chante son histoire
    nous irons tous deux boire
    aux sources infinies
    la lune dans sa gloire
    repeindra nos envies
    tandis que le matin
    timide et fatigué
    attendra un demain
    pour nous voir éveillés

  12. éclaircie dit :

    Pardonnez moi je n’ai pas le temps
    de voir tous mes amants
    avant le terme de ma course
    en ces prairies fertiles
    aussi je cabriole
    comme cheval fou

    Ne me laisse approcher
    par aucun d’entre vous
    ne quittez pas le clos
    de mes rêves insensés
    je devrais lors m’allonger
    à la poussière me mêler.

  13. 4Z2A84 dit :

    Des objets futiles
    Encombrent nos chambres
    Des flots de verdure
    Des verbes des îles
    .
    Les villas se boudent
    La route en danger
    Rampe sur ses coudes
    Croyant aboutir
    .
    Un rire incolore
    Aux vitres qui dorment
    Donne une apparence
    D’horizon glacé
    .
    Le gazon trop court
    Pas à pas s’essouffle
    Le ruisseau modère
    Un peu ses accords
    .
    Le sable se presse
    Autour du flacon
    Dont le bouchon lutte
    Contre les marées
    .
    La mariée roucoule
    Dans un beau grenier
    Caressant la poutre
    Qui lui porte ombrage

  14. Éclaircie dit :

    Je me souviens d’un ballon bleu, qui avait peur de s’envoler, et offrait à qui passait un bout de ruban blanc. Un jour qu’il n’a pas trouvé de main pour le happer, il est parti. On pourrait croire que sur la lune ou une étoile il a fini sa vie.
    Ce matin à ma porte un ruban blanc est passé voir, et le ballon bleu est entré. Plus luisant encore.
    Tous deux ils chantent et ronronnent devant le feu, j’ai laissé ouvert la porte pour leur liberté.

  15. Éclaircie dit :

    Cendres

    Ne parlez pas de moi
    ne me giflez pas
    si ma joue n’est pas
    sous votre main
    ne me caressez pas
    si ma main n’est pas
    au bord de vos lèvres

    Je veux sentir
    le doux et l’aigre
    n’en avoir seulement les effluves
    déformés par le rideau
    même beau
    qui nous séparerait
    de ma nuit à vos jours

    Que nos yeux dans les yeux
    que nos mots dans les mots
    soient braise
    qui ne se transforment jamais
    en cendre
    16.09h le 03.11.2010

  16. Éclaircie dit :

    Chouettes et hiboux.

    Une chouette un peu bête
    sur le rebord de lune
    ….attend un hibou
    parti à l’aventure
    il reviendra c’est sûr
    à moins qu’un grand chasseur
    …..un crabe à la main
    un jour le dénature

    ….alors la chouette
    ….conte fleurette
    à lune virtuelle
    calmant sa gestuelle

    mais on sait bien que chouettes et hiboux sont protégés par des anges, des anges gardiens, que personne hormis eux, ne re-connaissent.
    des fois c’est un coucou, ou un cancrelat une mésange ou un verdier.
    Ils sont pourtant tous en danger comme tant d’oiseaux de jour comme de nuit .

  17. Éclaircie dit :

    .4.17

    Chaque poème est pour moi, pour moi seule

    Mais on m’a appris il y a longtemps à ne pas prendre et garder pour moi, pour moi seule tout ce qui était offert.
    Alors je prends pour moi, pour moi seule et repose, pour vous, pour vous tous, chacun tout seul et heureux comme ça.

  18. 4Z2A84 dit :

    La poésie n’a pas besoin d’être lue
    Seule elle fleurit
    Au bord des toits
    A l’angle des vieux murs
    Je l’ai vue entre deux persiennes
    A l’instant où elles se séparaient
    Pour laisser la place à un visage
    Un visage derrière une vitre
    Le visage de n’importe qui
    Ton visage
    Mon visage
    Tous les visages se ressemblent
    Ils se rassemblent et n’en forment qu’un
    Le même sourire éclaire les même bouches
    Les lèvres s’allongent pour baiser d’autres lèvres
    Elles se rencontrent dans l’espace
    Comme deux oiseaux en plein vol
    Comme deux avions se percutent
    Comme une météorite fracasse la terre
    Et poursuit son chemin
    Tiens vous êtes mort moi aussi
    Cela ne nous empêche pas d’aller à la pêche
    Au goujon
    C’est tout ce qui reste dans nos viviers
    Une maigre friture
    Nous mangerons davantage dans une vie parallèle
    Nous nous goinfrerons de graisse
    Et nous arborerons d’énormes bides
    Volumineuses comme des montagnes
    Nos selles nourriront des troupeaux entiers
    D’hommes et d’animaux obéissants
    Nous y cultiverons la poésie
    Dans des jardins secrets
    D’où nous regarderons les arbres
    Escalader nos flancs
    En cordée tels des alpinistes
    Et puis nous nous ennuierons
    Nous nous ennuierons jusqu’à la prochaine étape
    Jusqu’à la prochaine explosion

  19. Éclaircie dit :

    la poésie est partout
    dans chaque page
    dans chaque lit
    a dit Breton
    ce qu’il n’a pas dit
    ou je n’ai pas su
    c’est que les lits sont partout
    trop souvent vides
    toujours vastes
    que l’eau au creux de ces lits
    indemne de toute injure
    pure de toute ses gouttes
    charrie et le mot est laid
    mais dit si bien
    qu’elle entraîne
    ceux qui ont sommeil
    ou insomnie
    dans un cours infini
    une cour des miracles
    mais des vrais
    là où je vous croise
    où vous me croisez aussi
    et où l’on se voit
    au delà de nos finitudes
    là où les ballons toujours
    volent avec des rubans
    et où enfant nous avons aluni

  20. 4Z2A84 dit :

    Ulalume – Poème d’Edgar Poe – Traduction Stéphane Mallarmé.

    Les cieux, ils étaient de cendre et graves ; les feuilles, elles étaient crispées et mornes — les feuilles, elles étaient périssables et mornes. C’était nuit en le solitaire Octobre de ma plus immémoriale année. C’était fort près de l’obscur lac d’Auber, dans la brumeuse moyenne région de Weir, — c’était là, près de l’humide marais d’Auber, dans le bois hanté par les goules de Weir.

    Ici, une fois, à travers une allée titanique de cyprès, j’errais avec mon âme ; — une allée de cyprès avec Psyché, mon âme. C’était aux jours où mon cœur était volcanique comme les rivières scoriaques qui roulent — comme les laves qui roulent instablement leurs sulfureux courants en bas de l’Yanek, dans les climats extrêmes du pôle, — qui gémissent tandis qu’elles roulent en bas du mont Yanek dans les régions du pôle boréal.

    Notre entretien avait été sérieux et grave ; mais, nos pensées, elles étaient paralysées et mornes, nos souvenirs étaient traîtres et mornes — car nous ne savions pas que le mois était Octobre et nous ne remarquions pas la nuit de l’année (Ah ! nuit de toutes les nuits de l’année !) ; nous n’observions pas l’obscur lac d’Auber, — bien qu’une fois nous ayons voyagé par là, — nous ne nous rappelions pas l’humide marais d’Auber, ni le pays de bois hanté par les goules de Weir.

    Et maintenant, comme la nuit vieillissait et que le cadran des étoiles indiquait le matin, — à la fin de notre sentier — un liquide et nébuleux éclat vint à naître, hors duquel un miraculeux croissant se leva avec une double corne — le croissant diamanté d’Astarté distinct avec sa double corne.

    Et je dis : « Elle est plus tiède que Diane ; elle roule à travers un éther de soupirs : elle jubile dans une région de soupirs ; — elle a vu que les larmes ne sont pas sèches sur ces joues où le ver ne meurt jamais, et elle est venue passé les étoiles du Lion, pour nous désigner le sentier vers les cieux, — vers la léthéenne paix des cieux ; — jusque-là venue en dépit du Lion, pour resplendir sur nous de ses yeux brillants, — jusque- là venue à travers l’antre du Lion, avec l’amour dans ses yeux lumineux. »

    Mais Psyché, élevant son doigt, dit : « Tristement, de cette étoile je me défie, — de sa pâleur, étrangement, je me défie. Oh ! hâte-toi ! Oh ! ne nous attardons pas ! Oh ! fuis — et fuyons, il le faut. » Elle parla dans la terreur, laissant s’abattre ses plumes jusqu’à ce que ses ailes traînassent en la poussière — jusqu’à ce qu’elles traînèrent tristement dans la poussière.

    Je répliquai : « Ce n’est rien que songe : continuons par cette vacillante lumière ! baignons-nous dans cette cristalline lumière ! Sa splendeur sibylline rayonne d’espoir et de beauté, cette nuit : — vois ! elle va, vibrante, au haut du ciel à travers la nuit ! Ah ! nous pouvons, saufs, nous fier à sa lueur et être sûrs qu’elle nous conduira bien, — nous pouvons, saufs, nous fier à une lueur qui ne sait que nous guider à bien, puisqu’elle va, vibrante, au haut des cieux à travers la nuit. »

    Ainsi je pacifiai Psyché et la baisai, et tentai de la ravir à cet assombrissement, et vainquis ses scrupules et son assombrissement ; et nous allâmes à la fin de l’allée, mais fûmes arrêtés par la porte d’une tombe ; par la porte, avec sa légende, d’une tombe, et je dis : « Qu’y a-t-il d’écrit, douce sœur, sur la porte avec une légende de cette tombe ? » Elle répliqua : « Ulalume ! Ulalume ! C’est le caveau de ta morte Ulalume ! »

    Alors mon cœur devint de cendre et grave, comme les feuilles qui étaient crispées et mornes, — comme les feuilles qui étaient périssables et mornes, et je m’écriai : « Ce fut sûrement en Octobre, dans cette même nuit de l’année dernière, que je voyageai — je voyageai par ici, — que j’apportai un fardeau redoutable jusqu’ici : — dans cette nuit entre toutes les nuits de l’année, ah ! quel démon m’a tenté vers ces lieux ? Je connais bien, maintenant, cet obscur lac d’Auber, — cette brumeuse moyenne région de Weir : je connais bien, maintenant, cet obscur lac d’Auber, — cette brumeuse moyenne région de Weir : je connais bien, maintenant, cet humide marais d’Auber, et ces pays de bois hantés par les goules de Weir ! »

    Edgar Poe 18O9-1849 Traduction Mallarmé.

    Source : « http://fr.wikisource.org/wiki/Ulalume »

  21. Éclaircie dit :

    04.00
    Fascinée par la faille
    née de la tectonique des hommes
    et des femmes
    vous ne m’avez pas voulue
    mais mise au monde
    pour que j’aime la Lune
    assise à ma fenêtre
    pour que j’aime les hommes
    que je hais pour leurs miasmes
    pour que j’aime les femmes
    dont je hais les pleurs
    pour que je m’aime
    à m’en détester si fort
    que je me haïsse
    au point de m’adorer
    pour que mes folies
    vous impressionnent
    que mes caresses vous hypnotisent

    et repue de vie
    je m’endorme
    mon chien à mes pieds.
    04.04
    l’heure porte bonheur.

  22. Éclaircie dit :

    03.20
    La folle.
    Gamine elle visitait les cimetières et aurait préféré les genoux de Dieu plutôt que ceux de père Noël. Elle avait une attirance mystique pour les fenêtres, les plus hautes, pour voir ce sale reflet, et parfois au-delà. La vitesse était à sa démesure, la musique jamais assez forte, l’alcool jamais assez enivrant, les hommes assez nombreux ni assez lourds, les enfants assez vivants, les chiens assez méchants, les graviers assez pointus, les crabes suffisamment pinçant. Elle n’a plus de voix.
    3.25

  23. 4Z2A84 dit :

    On soulève les vagues comme on soulève les draps
    Et l’on trouve dessous une enfant endormie
    Surtout ne la réveillez pas ne jouez pas du cor
    Toutes les biches sont alertées
    Je les vois courir sur le sable
    De ces plages coulissantes qui échappent au peintre
    Je les vois écarter du museau le sel
    Et chercher le sein d’où jaillit l’eau pure
    En arabesques dont l’entrelacement défie tous les peignes
    Du haut de mes échasses pareil au héron attentif
    Je surveille la croissance des nuages sous les vitres aériennes
    Rien dans le ciel n’éclate que ces roses
    Perdues par un navire traçant de Bételgeuse à Véga
    Un sillage écumeux d’où s’envolent des milliers de tourterelles
    Oui le ciel est bien cette vapeur au-dessus de la soupe brûlante
    Dans laquelle les cuillères tournent
    Pour y chercher des mottes et la refroidir
    Il n’occupe pas que la largeur du plafond
    Le ciel il faut le serrer contre soi et lui faire cracher ses noyaux
    Il rendra gorge si vous lui tendez un miroir
    Car l’océan ne lui renvoie pas son image authentique
    L’océan triche avec lui comme avec ses flots comme vous avec votre âge
    Et le ciel se croit toujours jeune
    Assez jeune pour accueillir d’innombrables armadas de poissons
    Ces mêmes poissons nous les trouvons en retournant nos poches
    Je les ai vus ce matin même sur vos lèvres
    Ils m’ont parlé
    Ils m’ont parlé de soulever des vagues comme on soulève des draps
    Et de trouver dessous un faisceau de branches à brûler

  24. Éclaircie dit :

    Je cacherai mes mots
    que vous ne les mordiez
    les disséquiez
    leur fassiez rendre l’âme
    je vis à l’affût
    du moindre souffle
    insufflant le feu
    au creux de mon âtre
    parce que la cendre
    avant que d’être grise
    est noire
    pour masquer le rouge
    du sang
    de la blessure
    comme de la gloire

    inspiration venue d’ailleurs
    parce que je suis vampire à mes heures
    je rentre au bercail
    là où les écailles
    brillent comme miroir
    au soleil masquant
    la vue
    le vide

    Aveuglé
    on crie encore
    à terre toujours on rugit
    puis on redevient agneau
    dans la bergerie
    dont on ne sait qui a choisi
    l’herbe ni l’eau
    qui frémissent au naseau
    calmant le jeu
    de cache-cache
    pas plus avec un autre
    qu’avec soi-même

    La Lune est à l’ouest et
    tout est nouveau
    même sans soleil.

  25. Éclaircie dit :

    La lune a pris peur, elle est sortie, du champ.
    laissant les branches à leur réflexion
    les sillons ouverts pour cracher les grains
    de peau ou de chapelet
    et les chapeliers n’en finissent pas
    de lustrer le feutre qui cachera
    ce que personne ne veut voir
    et que chacun regarde
    un frisson dans la main
    et le cou de l’oiseau dans l’autre
    pour le tordre s’il venait à gazouiller

  26. 4Z2A84 dit :

    Nous nous regardons la lune et moi
    Etonnés d’être ce que nous sommes
    L’un pour l’autre
    Nous nous regardons dans les yeux
    Quoique nos yeux soient fermés
    Quoique les clés en soient perdues
    Nous nous regardons sans rien dire
    Car nous parlons d’inconnues
    De choses qui n’arriveront jamais
    A leur terme
    D’inépuisables rivières
    Jetées dans nos bras
    Comme des gerbes de blé

  27. Éclaircie dit :

    Des gerbes d’étincelles surgissent
    des sabots de ce cheval bai
    les couleurs se mêlent jusqu’à la nuit
    et la lune les cueille pour en garnir son lit
    les oreilles laissées aux fenêtres
    les lettres mortes et langues anciennes
    soupirent

  28. 4Z2A84 dit :

    Les chevaux surgissent de la mer
    L’écume allonge leur crinière
    Et les algues les entravent un instant
    Ils sont mes frères comme tous ceux qui se détachent des affiches
    Et galopent dans les rues où les chiens renversent les poubelles
    Où les réverbères se prennent par la taille
    Et dansent au son d’un harmonica enroué
    Dont les petites dents jettent de brefs éclairs
    Comme les clins d’oeil des filles « au frisons fous »
    La lune dans sa robe blanche de mariée
    S’endort sur le balcon
    D’où nous regardons les étoiles filantes ralentir
    Puis s’arrêter devant les pompes à essence
    Ces pompes qui donnent aussi du lait
    Quand on les confond avec des crèmeries

  29. 4Z2A84 dit :

    auX frisons fous

  30. Éclaircie dit :

    puis-je rectifier l’erreur directement sur tes mots ?
    je ne connaissais que les frisonnes, ces vaches laitières plus proches de mes racines que ce cheval de selle.

    j’ai adoré…ce frison que j’avais d’abord lu frisson, bien sûr !

  31. 4Z2A84 dit :

    As-tu oublié ce vers de Pierre Jean Jouve ?
     » O femme aux frisons fous comme est brune la terre ».

  32. Éclaircie dit :

    Non, mais je ne l’avais pas lu correctement, alors on reprend depuis le début,
    B.A. BA
    un S entre deux voyelles se prononce Z
    tu vois, je constate là mes limites en poésie, sans que je sois honteuse ou affolée, car je me rappelle d’éléments que d’autres n’auront même pas vu.

  33. 4Z2A84 dit :

    Si tu as des limites en poésie passe outre ou vaincs-les.
    Les poèmes que tu écris ne laissent pas apparaître ces limites que tu prétends avoir – au contraire, inspirée tu es capable de tout, surtout du meilleur, sans contraintes, sans bornes, et le souffle non plus ne te manque pas.

  34. Éclaircie dit :

    si , deux mois sur quatre…euh ..

    Non, en fait ce sont des limites en lecture , je crois que je suis passée par la méthode globale..(en fait, je ne sais pas)
    C’est cependant intéressant de noter l’aptitude de tout bien lire qui s’amplifie avec le volume de lecture .
    Là, tu peux encenser, j’ai fait d’énormes progrès.

  35. Air-pur dit :

    Si la porte pouvait s’ouvrir d’avantage, nous y gagnerions tous en « biodiversité poétique » et en vitalité. Ce site mérite de rebondir, se développer, prendre un second souffle: je redoute tant l’asphyxie!

    Penché sur mon épaule, un marmouset m’a dit:
    Si la lune est pleine, point ne faut la vider.
    Il faut en refaire une, et lorsqu’elle a grandi,
    Il faut recommencer sans jamais débander.

  36. Éclaircie dit :

    Peux-tu préciser ta pensée Air-Pur, s’il te plait, tu redoutes que l’on s’asphyxie, dans l’état actuel du site ?
    Une porte grande ouverte est un passage parfois dangereux. Le site a 3 mois et demi et est à mon sens dynamique, sans frôler l’excès de vitesse.
    Il est donc intéressant d’avoir l’avis des nouveaux arrivants.
    Rdv sur « avez-vous offert votre tribut » ou « la boite à malices » qui correspond peut-être mieux à ce débat.(ou ici, si tu préfères)

  37. Air-pur dit :

    Je trouve simplement dommage, par exemple, que parmi les invités, si peu fassent le pas de nous rejoindre. J’ai déjà eu l’occasion de tenter l’expérience de m’inscrire sur d’autres sites et d’avoir fait marche arrière vu le peu de vitalité de ces sites. Comme en plus la qualité n’y était pas…
    Ici en revanche, je lis de la belle poésie. J’aimerais nous sentir plus nombreux, tout en conservant ce bon niveau de qualité.

  38. Éclaircie dit :

    Cette surface de lune
    où l’homme a planté son regard
    pour mettre l’océan à ses yeux
    aller au bout de ses aveux
    il veut encore être plus grand
    que grain de sable qu’il foule
    plus doux que la marée
    qui l’invite à le suivre
    ce phare au loin servant de guide
    et les rochers pour y poser la main.

  39. Éclaircie dit :

    Je crois Air-Pur, que ta dernière phrase résume tout. On ne peut pas facilement être nombreux et bons. Bons ? dans le sens, qualité d’écriture, mais aussi, d’écoute et de partage.
    Puis nous sommes tout jeune, alors la croissance harmonieuse est à inventer. Je compte (aussi) sur toi, je te sens motivé pour garder le douillet des lieux même en poussant les murs.

    C’était bien sur ce fil, où il fallait commencer, la porte ouverte est symbole. Cependant, ici, nous avons(surtout 4z et moi, sans doute plus libre de notre temps) pris nos aises poétiques, je vais donc ouvrir un autre fil…pour les visions d’avenir.

  40. Éclaircie dit :

    L’onde peut envahir tout le lit des torrents
    l’oreille est à l’abri sous la portée du vent
    on dirait la musique enchantant les matins
    on sait enfin se voir dans un miroir carmin

  41. Éclaircie dit :

    02.56
    Elle s’est assise
    pour mieux voir
    mieux savoir
    prendre le temps
    Les étoiles au loin ne vont ni plus ni moins vite. La hauteur était vertige. Il n’y a que la lune à frôler le ciel.
    L’angle de vue s’élargit sans que l’œil ne soit obscène. Le froid est vif et vivifiant.

  42. Éclaircie dit :

    04.09
    Thiéfaine sur la platine, « les dingues et les paumés ».
    C’est la force de mes nuits, la musique que je veux où je veux, en osmose avec les mots des autres. Là évocation des « Chants de Maldoror, 4 heures du matin, les fous, la ville ».

    Et ce flot que je n’endigue, en équilibre sur le bord de la digue, lorsque le fond opaque est traversé de frémissements qui vous invitent à plonger en apnée, jusqu’au point d’étourdissement, là où la spirale devient couleur et que l’on devient parcelle de cette volute, oubliant hier et demain.

    La chanson se termine, on tourne les talons, remet du bois au feu, et l’on attend la fin de novembre, pour que décembre vienne, et avec lui, la fin de l’hiver.

  43. Jean-Michel dit :

    bonjour à toutes et tous
    Je ne prétends pas, avec ce commentaire, vouloir rejoinde ce site, bien que l’idée m’en eût effleuré l’esprit (un petit subjonctif pour les fans de ce mode, que j’aime bien aussi..). Mais de toutes façons, il n’est rien prévu pour le faire. Ou alors la procédure est du type parrainage. Ce qui ne m’indispose nullement, par ailleurs.
    Ceci simplement pour répondre à cette petite phrase d’Air Pur (je cite) « Je trouve simplement dommage, par exemple, que parmi les invités, si peu fassent le pas de nous rejoindre ».
    Ainsi que dit plus haut, ce commentaire n’est pas un appel à inscription.
    Je n’ai ni le temps, ni l’étoffe, ni le courage, ni le style, enfin, qui conviennent à ce site superbe. Les talents exprimés ici sont éblouissants et ma mièvre plume, trop souvent dérisoire en se voulant dérision, ne fait pas le poids.
    Amitiés
    Jean-Michel

  44. Éclaircie dit :

    Jean-Michel, dans la balance de la poésie, tous les poids, s’ils sont différents mais qu’ils penchent dans le sens d’avancer sont intéressants.
    En effet, et c’est volontaire, l’inscription n’est pas libre, pour une croissance harmonieuse et pour rester dans un coin douillet permettant de bien partager.
    C’est pourquoi la rubrique « Invités » existe. Soit que timide, l’auteur n’ose entrer, soit qu’il n’ait pas envie de plus s’investir ici. Soit encore, comme actuellement, que nous attendions un peu pour accroître le nombre d’auteurs résidents (dont le nombre « idéal » n’est pas défini)
    Je compte bien sur toi, pour aller au bout de ta nouvelle, nous la faire partager et si le cœur t’en dit, nous rejoindre . (je te fais un mail)

  45. Éclaircie dit :

    01.53
    Je me sens infidèle
    à me coucher sur toutes les pages
    mais la lune éclaire bien tous les ciels
    et jamais personne n’enrage.

    C’est une terre nue
    qu’on penserait stérile
    mais les limons l’abreuvent
    l’humus la nourrit
    le terreau l’enrichit
    et les pas qui l’écrasent
    parfois
    ne sont que des plantoirs
    pour enfouir la graine
    protéger le germe
    renforcer la racine

    La lune et le soleil
    alternatifs au courant de vie
    laissent naître et paraître
    des arbres
    des prés
    même des cris
    d’autres mettent la couleur
    certains apportent la musique
    et tous sont cette eau
    ferment de nos envies

  46. Éclaircie dit :

    04.23
    Oui vous saurez écheveler le ciel
    Combler l’abyme creusé par les ans
    Tendre la main aux vallées englouties
    Réveiller la musique aux notes blanches
    Et nous irons en dehors de tout temps
    Porter les couleurs ondoyant au vent
    Les rires au matin pour seul emblème
    Et le café en grain dans un verre d’air
    Il n’est qu’à souffler sur la cendre chaude
    Pour que l’oiseau au nid renaisse en rêve
    La paille de ma couche aux senteurs blondes
    La force des cris bravant l’océan
    Et nous qui nous noyons en un seul être.

  47. Éclaircie dit :

    01.53
    L’arme de nuit
    Il est des êtres, parce qu’un mot n’a pas voulu s’inscrire, ou pas à l’endroit, ou pas à l’heure, ou en désordre, en pointillé, en flèche empoisonnée, en lame assassine, que l’on ne croisera peut-être pas. On n’a pas la gomme, la télécommande avec retour en arrière.
    On retourne l’arme vers soi, et l’on se dit « tais-toi ».

    Il faut pourtant croire
    que le verbe porte en lui
    ce germe de sourire
    n’osant franchir la lèvre
    Quand pas même un miroir
    ne voudrait nous dire
    son propre reflet
    cette maladresse
    prétexte à s’enfuir

    Et comme du livre on tourne les pages
    on espère encore
    qu’au retour à la ligne
    une main demain ira plus loin

  48. 4Z2A84 dit :

    Fatigué le verbe abandonne son livre
    On sait que chaque page est une aile
    Susceptible de porter un oiseau
    Ou le mot qui le désigne
    Sans ce mot l’oiseau se résume à une virgule
    Il en faut beaucoup pour égayer le ciel
    Pour lui rendre ce sourire
    Perdu faute de bras tendus
    Car nul ne souhaite embrasser l’espace
    Ni serrer contre son cœur l’infini
    Tout ce qui nous dépasse fait peur
    Quand nos toits s’envolent quand nos murs tombent
    Quand le vent change d’itinéraire
    Quand ses chevaux franchissent la marge
    Quand ils sautent d’une ligne à l’autre comme des taches d’encre
    A qui se fier à quelle poutre se pendre
    Et quelle corde prétend soutenir notre poids en instants privilégiés
    A maintes reprises nous nous sommes appartenus dans la fièvre
    D’une idylle dont la durée réfutait la croyance en un destin
    Nous nous sommes rencontrés sur la lune
    A l’époque où y pètent de joie les citrouilles
    Et nous avons bu de la bière dans des seaux à charbon
    Car la lune se laisse traire avant l’arrivée de l’aube
    Elle n’est que blanches mamelles parmi les nuages ébouriffés
    Qui bâillent comme des hippopotames

  49. Éclaircie dit :

    La lune serait-elle cette arche de Noé
    qui porte en son ventre blond
    les animaux sans nom
    que parfois nous rêvons d’être
    Arché l’envie de loin
    de ne point paraître et nous attirer

    Tandis que toutes les planètes
    sont contenues dans les yeux ouverts
    des plus silencieux passants
    les bêtes se taisent
    reconnaissantes qu’on leur laisse la vie
    l’eau dans la pénombre de l’hiver
    l’herbe qui reviendra dans la prairie

    Les phrases regagnent les livres
    sur les étagères de bois sombre
    souvenir des arbres
    n’abritant que le rire des oiseaux
    les cordes restent dans les pianos

  50. 4Z2A84 dit :

    Les passants intiment à leur ombre l’ordre de se taire
    Ceci pour mieux entendre la musique des sphères
    Que trouve-t-on en effet sous le voile qui enveloppe leur esprit
    Des étoiles par milliers plus d’étoiles que de mots écrits
    Et chacune veut s’exprimer, de chacune un son s’échappe
    Comme d’un plat trop plein le contenu se répand sur la nappe
    C’est que la parole et le chant mourraient de ne pas être écoutés
    C’est que sans au moins une oreille à leur disposition ils cesseraient d’exister
    Alors les pianos jouent même sans corde
    Et l’on attend de la mezzo-soprano qu’elle morde
    Les joues du ténor dont on peut craindre qu’il ne s’endorme
    Au pied de cet arbre qui abrite leur idylle, sous les branches de cet orme
    Oui cet orme est leur confident comme le tilleul
    Est celui de la femme qui l’étreint sans quitter son fauteuil

  51. Éclaircie dit :

    Ne cherchez pas plus loin que vos yeux
    le vent qui entraîne la branche
    à caresser le toit
    faisant chanter les tuiles
    lorsque l’homme de sa fenêtre
    toise les frondaisons elles s’inclinent
    la table tourne en rond
    la chaise regrette le poids de l’horloge
    et la fenêtre au nord attend de la visite

  52. Éclaircie dit :

    En quelques mots laisser un brin de soie
    parfois de soi
    un galet plat pour tous les ricochets à venir
    de jour comme de nuit.

    Je serai la surface lisse de l’onde
    vous lancerez la pierre ronde
    et les éclats ne seront que reflets
    de nos pensées mêlées
    nous laissant ivres et libres
    dans les abîmes ou les abysses
    toujours là où la musique est audible

    En suspension entre les mondes
    garder visage sage
    pâle figure d’un blanc laiteux
    sourire à peine entrouvert
    pour ne découvrir les crocs
    mordre ses propres plaies
    trouver l’antidote parfait
    qu’aucune bulle n’éclate
    mais garde les vibrations
    de nos astres
    quand nos désastres s’illuminent
    et ne sont plus que fil soyeux
    que nous portons dans nos cheveux.

  53. Éclaircie dit :

    A ma fenêtre, à l’est bientôt va débuter le bal de l’hiver. Les mésanges charbonnières arrivent les premières, goulues et presque frénétiques. Suivent les chardonnerets, élégants et voraces. Le temps de midi est réservé aux mésanges bleues, délicates et presque discrètes. Les pinsons approchent entre les vagues, rondelets et affamés. Je n’ai pas encore surpris de verdiers, je les attends. Comme MamanTerton, la chatte de la maison, à cette différence que vieillie, elle ne peut heureusement plus trop décimer nos invités d’hiver.

  54. Éclaircie dit :

    01.51
    Est-ce la bulle qui entoure la peau
    ou la peau qui forme la bulle
    nébuleux
    nuage
    fumée et fumerolles
    sortant de tous les naseaux
    avec la chaleur en partance

    Et les enfants sortent les luges
    glissant sur leurs rires
    les champs de penchent
    pour mieux les accueillir

    Vrai temps d’hier
    hiver qui vient
    et l’on refait le geste
    de remonter le drap
    sur l’ancêtre froid
    répétition pour un départ
    annonçant le bourgeon de demain
    le sang la sève qui battent
    mouvement perpétuel
    graphe que la marée porte en elle

    Que bientôt nous soyons loin
    la sphère et notre voix
    chanteront

  55. Éclaircie dit :

    02.22
    Cinquante cinq
    un peu d’angles et de la rondeur
    dans un nombre impair
    n’en commettons pas!
    la porte s’ouvre et se referme
    laissant passer du vent frais
    vivifiant
    et quelque fantôme
    indispensable la nuit
    pour que l’atmosphère respire vraiment
    que le thé du bout du monde
    accueille ce brin de lune
    perdu dans le bois noircissant
    pour que le chat
    dans la gouttière
    ne dérape sur la glace
    sans tain
    que son miaulement
    réveille les souris
    celles qui le nourrissent
    et l’entraîne à l’abri
    dans un sous-sol opaque
    chaud feutré griffes rentrées

    Dans le grenier
    le charançon se félicite de la moisson
    et les points noirs
    extraits des cahiers abandonnés
    se prennent dans les toiles
    et rêvent de briller

  56. 4Z2A84 dit :

    La porte s’ouvre et se referme
    Sur un courant d’air
    Le vent entre ou sort
    On ne sait pas ce qui l’attire
    On ignore pourquoi il nous quitte
    Pourquoi il hésite sur le seuil
    Comme un animal méfiant
    La lune ajuste son monocle
    Et regarde de haut la terre
    La mer par la mer labourée
    L’immense champ de ses travaux quotidiens
    Et les îles qui crèvent à sa surface
    La lune enregistre tout dans sa mémoire
    Les infimes détails
    Ce grain de sable sur la langue
    Une lueur au fond d’une cave
    Et quand elle parle ce n’est pas que pour faire du bruit
    Les oiseaux ne traversent pas son rayon
    Sans l’écouter décrire les circonvolutions du cerveau de l’homme
    Elle les a observées lors de sa convalescence en montagne
    On lui avait prescrit d’y séjourner quelques mois
    Dans une sorte de sanatorium pour malades bien portants
    On y mangeait en effet très bien et l’on y dansait à l’occasion
    Dans une salle vitrée d’où le regard plongeait dans des gouffres
    Dont les optimistes disaient qu’ils étaient sans fond
    Tandis que les moroses évoquaient l’enfer à leur propos
    Vous ne vous êtes jamais assez penché vers eux
    Du balcon où nous devisions une coupe de champagne à la main
    Pour vous assurer de leur présence sous nos semelles
    Et moi-même je ne me suis jamais jeté de si haut
    Même en esprit
    Dans ce lointain reflet de la lune
    Les lacs en savent beaucoup sur elle
    Mais leurs lèvres restent closes
    Et même le vent ne leur arrache aucune parole claire
    Le vent se contente de les chatouiller
    Créant à leur surface des vaguelettes
    Et quand ce jeu ne l’amuse plus il ouvre une porte
    Que son double referme derrière lui
    Ou croit refermer
    Car toutes les portes grincent

  57. Éclaircie dit :

    Du balcon de l’établissement
    On regarde l’océan se vautrer dans la mer
    Un peu jaloux de sa souplesse
    Et des caresses du sable sur sa joue fraîche
    La parole devient murmure
    Pour un auditoire absent
    Les sons encore audibles
    Rejoignent le vent
    Le verre que l’on tient dans la main
    Renferme les poissons effrayés par le chant
    Les sirènes désespèrent de n’attirer personne
    Seul un vaisseau fantôme
    Remonte le chenal du temps
    Les chevaux ont abandonné le chemin de halage
    Pour s’envoler au dessus des carrières de marbre
    Dont sont faits les visages perdus loin des pensées
    Le crépuscule s’avance
    Il nous faut rentrer

  58. 4Z2A84 dit :

    Le froissement des vagues couvre vos chants ô sirènes
    Vous vous égosillez en vain
    Nul navire ne mettra le cap vers votre île
    A vos pièges le héros ne se laisse plus prendre
    Du héros ne demeure que l’ombre
    Sur ce mur sans fin qu’il longe espérant
    Trouver la porte la seule issue
    Par laquelle nous sortons du rang
    Pour fouler des pelouses lumineuses
    Sur le ciel tendu l’herbe pousse
    A une vitesse vertigineuse
    Comme le lierre et les lianes autour des aquariums
    Les méduses se collent au plafond
    D’où tombe une lumière tamisée
    Sur nos invités en tenue de soirée
    L’orchestre au sous-sol grince et gémit
    Quelqu’un que nous ne connaissons pas
    Aspire sans façon sa propre moelle
    Dans son verre fondent des cubes de glace
    Nous saluons les ours blancs mais nous voient-ils
    Entendent-ils ce début d’une valse
    Qui ne finira qu’avec l’hiver
    Et le retour des sirènes sur l’écran

  59. Éclaircie dit :

    C’est l’heure où la peur s’immisce sans être invitée
    L’heure où la lumière cherche un abri
    Où la lune n’a pas encore ce halo rassurant
    Le vent retient son souffle
    l’arbre ses brindilles
    Il veut encore croire que le froid l’épargnera
    Que son écorce sera épaisse et imperméable
    Pour éviter les pointes visant son sang
    Et que son âge marqué dans les strates
    Bercera les babils du tout petit
    Qui ne verra pas les branches usées
    Mais la lumière jouant de ses reflets
    Tandis que l’on rêve de s’évaporer
    Laissant des effluves colorés
    Pour habiller les oreillers
    Des sommeils trop lourds

  60. Air-pur dit :

    Et c’est à ce moment-là
    Que la poule, sur son perchoir,
    Pousse un soupir
    Et rêve
    D’un oeuf en or.

  61. 4Z2A84 dit :

    Le vent retient son souffle
    Et les arbres étonnés de ne plus danser
    Se crispent
    Les flocons de neige hésitent
    S’ils ne doivent plus tomber capricieusement
    Leur public déçu se détournera d’eux
    D’ailleurs de là-haut on les aspire
    Ils font marche arrière
    Comme une rivière qui revient sur ses pas
    Ayant oublié ses osselets à la maison
    En chemin elle croise la poule à l’oeuf d’or
    Celle qui s’imagine être un coq
    Mais un coq déréglé
    Dont le chant toutes les heures nous fait sursauter
    C’est à son daltonisme
    Qu’il doit de confondre le jour et la nuit
    Mais à la broche peut-on espérer
    Tirer de lui un bon repas
    Les nuages en doutent et haussent les épaules
    Sur le ciel glissent beaucoup de ces nuages sceptiques
    Même quand le vent dort
    Même quand sur la voie lactée clignotent les feux rouges

  62. Éclaircie dit :

    Le temps ne sait plus où donner de la tête
    Dans les nuages peut-être
    Ou dans le lit du torrent qui dévale les pentes
    Plus vite que toutes les luges
    Pour ne finir gelé
    Clamant sa liberté
    En clapotis bavards
    On remonte son enfance en souvenirs humides
    Les hivers d’hier aux boules de neige timides
    Les marelles où l’on a échappé à l’enfer
    Mais jamais gagné le paradis

    Les passants s’étonnent de cette voix fluette
    Dans un grand pardessus noir et déformé
    Comme cet arbre câlinant ses rejets au pied du large tronc
    Ces immeubles qui recèlent dans leurs greniers
    Des fenêtres obliques d’où les étoilent pleuvent
    Sur des cahiers jaunis à l’encre encore violette

    Il est déjà demain plus rien ne sonne
    Seuls résonnent les pas des marcheurs du vide
    Qui ne laissent pour empreinte
    Que les sons trouvés le matin sur vos portes
    Vous les embrassez et ils fondent
    Le goût sucré évanescent épouse vos papilles

    Peu importe nos têtes chenues
    Nos doigts gourds et les plis à nos lèvres
    Gercées nos mains toujours recherchent
    Le blanc laiteux des voies lactées

  63. 4Z2A84 dit :

    Le pas des hommes aériens ne sonne plus
    Car ils n’emportent pas avec eux les pavés
    Sur lesquels ils coururent pour rattraper leur ombre
    Ils foulent ces nuages gras et lents
    Qui sont les meubles du ciel
    – Rêvent et ronflent les armoires
    Comme les reins des fleuves quand ils se soulèvent
    Pour voir au-delà des rives fleurir les éoliennes
    Vous l’ai-je dit ces masses d’eau
    Vivent dans l’attente du poème
    Qui rendra hommage à leur stupeur
    Quand elles heurtent la charpente azurée
    Et le mur de soutènement des falaises
    Les miroirs plus nombreux que les fourmis
    Coulissent et transmettent des messages de lueurs
    A ceux qui pour tout paysage
    N’ont à leur portée qu’une lucarne
    Mais de là les yeux partent sur leurs roulettes
    Rejoindre le podium élevé dans la campagne mauve
    Pour y accueillir des étoiles en toge
    On ne leur demande pas d’ouvrir des huîtres
    Avec des ongles manucurés
    Mais de réparer des montres
    Qui se fient à la position des astres
    Pour indiquer à chacun l’heure de sa renaissance

  64. Éclaircie dit :

    On renaît tous les matins
    Avec nous les images
    les miroirs et ce que l’on croit être
    Et voir
    Pourtant lorsque la main se tend
    On pourrait croire
    Qu’elle se tord
    Mais le chat n’a pas peur
    Il sait bien que sa fourrure réchauffe
    Par le soupirail d’où il guette
    Les étoiles filantes et les soupirs
    Des hommes pressés
    Las de déambuler dans leurs propres vies
    Le vent s’adoucit et ne murmure
    Que le chant en harmonie
    Avec le ronronnement du félin
    La rue alors ressemble
    A cette piste étrange
    D’où s’envolent les enfants sans cartables
    Quand leur mère inquiète
    Leur fait un signe avant de les laisser aller
    Seuls les arbres savent s’ils reviendront
    Eux dont les racines frôlent les fleuves enfouis
    Où ils puisent la force de rester droit
    Et de narguer le ciel
    Ses orages et ses caprices

  65. Éclaircie dit :

    Où vont les voix lorsque l’oreille est fermée
    Dessinent-elles les crêtes des vagues
    Ou encore la forme tortueuse du chêne

    Elles se logent peut-être
    Dans l’ours de l’enfant
    A qui personne n’a raconté d’histoire
    Ni même la vérité tapie sous un fauteuil

    On se lève à minuit
    Pour guetter dans l’ombre
    Le bruit qu’elles font
    Et les nuages qu’elles tracent
    Auréolant la lune
    Lorsque qu’elle a décidé
    De voyager de nuit

    Beaucoup se perdent
    Alors qu’à la fenêtre
    Le volet entrouvert
    Rêve de les inviter
    Sans pourtant les retenir

    Au matin le silence
    Recouvre les empreintes
    Des pas légers
    De tous ceux qui chantent
    Même pour personne

  66. Éclaircie dit :

    Cadre blanc, liseré orange, attirant.
    C’est là que l’on dévoile, que l’on déshabille la nuit, la peur, l’envie. Pour prolonger la caresse du temps, du vent. L’idée de remonter son histoire, de revenir à sa source pour s’y fondre ou de trouver l’océan pour s’y étendre, se mêler à l’eau et devenir lame, vague, goutte, vapeur, buée qui se poserait à tous les carreaux lumineux ou éteints.
    La lune est diurne pour masquer sa beauté, tandis que le soleil tentera de brûler les nuages. Toux deux laisseront filtrer la couleur et la musique des jours d’hiver.
    Le chat ronronne sur le bord de la cheminée, les oiseaux au nid ne soulèvent une plume, l’eau se fige en un miroir capturant la sève. Le béton se craquelle, rétif à emprisonner la terre et les racines.

  67. Éclaircie dit :

    On rit l’œil humide
    tandis que la terre se penche
    jusqu’à l’ombre de la nuit
    On voudrait rester dressé
    sur la certitude du jour
    de la lumière
    et d’une pirouette
    pouvoir ouvrir les yeux
    et voir même au plus profond de l’eau
    la chevelure des vagues
    retiendrait la chaleur des mouvements
    les galets rouleraient dans un bruit sourd
    le mouvement rythmé serait celui du train
    qui emmène plus loin que soi
    pourtant le pas est lourd
    la démarche hasardeuse
    le but incertain
    et le soir tombe
    dans le silence

  68. Éclaircie dit :

    Les corridors sont déserts
    désertés peut-être
    de loin en loin les veilleuses
    dessinent un itinéraire incertain
    des portes parfois
    laissent filtrer un rai de lumière
    il n’y a de poignée
    ou elle sera trop haute

    Des graffitis illisibles
    invitent à plisser les yeux
    un air plus frais présage de la sortie
    sur le carrelage
    résonne le pas
    il faudrait voir mieux
    s’il subsiste une trace au sol

    De la peinture sans doute
    enrobe les mains
    que l’on pose sur les parois
    espérant que la teinte
    épouse le tracé
    que d’autres auront laissé

    Une trappe soudain
    et le plongeon
    dans cette eau tiède
    apaisante
    où l’on se retrouve poisson
    les branchies bien ouvertes
    l’œil vif sans paupières
    et les bulles ondoyantes
    portant le message
    à la surface
    pour qu’il s’envole
    et s’efface

  69. 4Z2A84 dit :

    Le soleil n’a pas d’autre but
    Que de dépenser de l’énergie
    Ainsi garde-t-il la ligne
    Car la lune le préfère mince
    Et pour elle il est prêt à tout sacrifier
    Même ses heures de repos
    Car ne croyez pas qu’il travaille sans interruption
    Parfois même il s’éteint
    Comme on anéantit la flamme d’une allumette
    En soufflant dessus
    Le soleil disparaît au regard des hommes
    Ceux qui osaient le toiser
    Se croient aveugles et déjà regrettent leur témérité
    En signe de contrition ils baissent les yeux
    Et voient leurs souliers crottés
    Changer de place et les entraîner
    Dans une sorte de va-et-vient ou de danse
    Qui leur fait monter le rouge aux joues
    Ils se cherchent une partenaire
    Parmi les femmes dont le sourire
    Est comme un papillon imprudent
    Au-dessus d’eux glissent des nuages
    A louer pour y séjourner un ou deux mois
    Le temps de se refaire une santé
    En regardant la terre rouler sur elle-même
    Avec les coqs farauds de ses clochers
    Avec ses pelouses interdites gavées d’eau fraîche
    Avec ses dunes qui n’en font qu’une le désert
    Avec le sable aux grains jamais comptés
    Avec la mer attentive
    Ecoutant ses vagues lui réciter leur chapelet
    Avec l’horizon que l’on rattrape à la course
    Avec son glacier déterminé à ne pas fondre
    Avec une minute de silence
    Pour saluer l’espace infini et muet
    Dans lequel une étoile filante s’engage
    Comme un train de luxe dans un tunnel
    Afin que le poète continue sa quête
    D’une île flottant sur la voie lactée
    Ainsi le ciel est un grand précipice
    Venez y plonger d’un tremplin
    Prenez l’élan qu’il faut pour vaincre la mort
    Et traversez en nageant sur le dos
    La piscine jusqu’à l’escalier
    Qui s’enroule autour du baobab géant
    Comme un serpent de mer autour du phare
    Non loin mûrissent les céréales
    Et la volaille sort du poulailler
    Pour saisir au vol les graines
    Et caqueter jusqu’à la casserole

  70. Éclaircie dit :

    Le sommeil est tombé
    brutal
    bâillonnant les oiseaux
    figeant le ruisseau

    Il voudrait faire croire
    que l’instant arrêté
    est cette éternité
    accrochée à nos rêves

    La force de l’eau
    la fièvre de l’aile
    se rassemblent au matin
    pour partir plus loin
    chuchoter à l’oreille des arbres
    faire renaître le frisson
    le friselis de l’onde
    de la feuille
    et du vent
    soulevant le sable
    qui formera la dune
    ou marcher sans fin

  71. Éclaircie dit :

    Les immeubles se cachent derrière leurs façades austères et leurs volets fermés. Dans la rue la lumière court de réverbère en réverbère à la recherche d’un papier froissé par le froid, replié sur son silence, n’osant laisser glisser les lettres jusqu’au canal rejoignant le fleuve, loin, là-bas où le chant des vagues se mêle à celui du vent appelant l’eau à toujours s’enfouir pour resurgir plus forte frappant le rocher sourd.
    Tandis qu’une main fraîche soulage la moiteur d’un front fiévreux, l’arbre referme ses branches nues protégeant le hibou qui passera le jour prostré, les yeux fermés, l’aile blessée mais vivant.

  72. Éclaircie dit :

    L’homme titube sous le caprice des vents
    les poches si lourdes que ses épaules tombent
    son grand manteau est-il la nuit sans lune
    qu’il devra défaire au matin dans un chemin d’ornières
    Il avance comme sur l’océan calme
    qui happe ses pas pour creuser les vagues
    lorsqu’il atteindra la jetée
    il se fondra au sable du béton
    pour que luisent toujours aux murs sombres
    les signes qu’il n’a pas su offrir
    ceux qu’il a jetés au puits
    souillant l’eau noircissant l’herbe des prés
    cependant qu’il songeait aux fleurs violines
    décorant sa chambre alors qu’il dormait

  73. Éclaircie dit :

    Sur le mur gris je vais dessiner
    un chemin en perspective
    au gravier rose brillant de jour de nuit
    il longera le ruisseau
    au murmure incessant à nos oreilles
    les arbres enfouiront leurs racines
    pour cueillir la fraîcheur
    dont leurs feuilles ont envie
    recueillant l’encre et le nid des oiseaux
    c’est en fermant les yeux que nous le foulerons
    laissant l’empreinte de nos pas tranquilles
    le lierre le masquera au vent trop froid
    et s’il n’y a pas de banc
    pour asseoir nos attentes
    le rêve nous construira
    infatigables
    au seuil de ce demain impossible

  74. Éclaircie dit :

    La bûche n’attend que la flamme
    pour révéler sa nature
    offrir au feu sa dernière sève
    que le bleu et le rouge dessinent son écorce
    que les volutes de fumée soient la danse
    des feuilles qu’elle nourrissait en son sein
    puis piquetée de braises incandescentes
    elle se laisse aller bercée par la chaleur
    pour finir cendre chaude au cœur de l’âtre

  75. 4Z2A84 dit :

    Si légère est la pluie que l’on a du mal à la peindre. Dans une langue intraduisible les oiseaux se racontent par le menu leurs voyages en attendant que le paysage soit réparé. Les barques à quai se lavent les dents, la mer bouillonne et les bouées se rassurent en se comptant. Marquant le pas les poteaux télégraphiques s’éloignent de la côte où les villas jouent à saute-mouton sans se soucier des conséquences ni de la couleur des yeux du disque. De sa fenêtre on voit tourner la terre au bout d’un bâton. Balancez-vous retenu par une corde aux poutres du ciel et certains arbres obéissant à vos ordres en lui lançant des citrons troueront l’océan. Aux continents auxquels l’œil s’est habitué s’en ajouteront de nouveaux dès que fleuriront les cartes. Il suffira de laisser rouler sa tête et de ne plus chercher à retenir son cerveau, de tendre l’oreille vers les étoiles et de s’allonger sur l’horizon. L’escalier sert de piano aux enfants, les vagues en jouent mollement ; s’il pouvait filer sans tamponner les maisons qui lui tournent les pages ses degrés changeraient de saison et l’on ferait de leurs touches un autre usage. Tenu en haleine par des murs dont il a vu pousser le poil, le vent hésite à s’engouffrer dans ce trou de serrure fixé au plafond.
    Essayant de former des paroles la rivière se contracte. Il est encore trop tôt pour les traduire mais chacun s’y emploie même ceux qui n’écoutent pas. Et les oiseaux savent exactement quand ils doivent se taire. Et celui qui s’endort se prive de musique. Mais le village à quelques pas à peine de l’endroit où tout se joue tend l’oreille. Si les moulins en prennent à leur aise l’eau est-elle fautive, la roue tiraillée entre le remords et la fuite en avant ? Jamais les gerbes n’éclabousseront les mollets de ceux qui foulent les nuages, anges ou rêveurs, mais le bruit de leur respiration forcée certains l’interprètent comme un appel à la vie. Désormais qu’il pleuve ou non la terre et le ciel sont unis. Que l’horizon recule quand la maison reste immobile on s’étonne. Cherchant à s’introduire dans le pied-à-terre d’une souris la montagne compte sur son obstination. Mais la légèreté des siècles l’y aidera. Ces monuments dont les noms figurent sur d’anciens registres se volatilisèrent dès que l’on ouvrit la porte. Dans l’appartement plus personne…On prétend qu’au grenier ou dans la cave se trouvent encore des témoins de ces faits. Mais sauront-ils se souvenir ? Leur tête oscille – pleine ou vide ? – difficile à déterminer sans y enfoncer le doigt. Et dehors le vent secoue les pruniers pour qu’il en tombe des oursins ! Comme si un panneau ne suffisait pas à empêcher le retour des saisons.

  76. Éclaircie dit :

    On découvre la terre posée à la fenêtre. C’est une bulle d’eau dormante qui raconte ses rêves ou l’histoire de demain maquillé en hier. Parfois elle s’installe en nos cerveaux qui vont alors explorer les forêts, ou les rues vides dans le silence des nuits froides. Les cheminées s’adressent aux branches et toutes songent au temps qui leur reste avant de partir en fumée ne conservant que les caves et les racines pour nourrir l’espoir d’un jour encore se dresser et porter l’eau au firmament, bain de la lune et des étoiles, reflets de pierres brisées et de feuilles broyées aux teintes de l’encre qui dévale les pentes et donne à l’animal au gîte sa couleur mordorée, dont les yeux sont le reflet de la bulle lorsque la peur s’est envolée.
    Et les hommes s’endorment la tête au creux d’un bras, entendant la sève qui bouillonne en leurs veines avant de se fondre à l’océan des heures. Ils bâtiront encore des cités lacustres pour conserver le chant de l’eau.

  77. 4Z2A84 dit :

    La pelote de la terre roule et au fil qui s’en échappe se suspendent les orphelins.
    A quoi reconnaît-on la houille ? Un brusque virage, et la rivière grince. Il suffit de reculer d’un pas, d’un seul et les oiseaux chantent, même ceux dont l’œil rond enregistre la moindre guêpe dans le fouillis des fougères passées de mode. Pour l’amour les bancs nettoyés par des insectes voraces s’allongent sur les terrasses face à la mer. Ponctuelle chaque vague salue le public avant de bâcler son numéro. Sous leurs ombrelles des cils remontant à l’Antiquité accusent l’ombre – si bien qu’aux joues des femmes brillent des larmes de rire, strass et phosphore. Je suis dans le sillage des robes d’autrefois quand les voiliers enviaient leur grâce même ceux qui passaient le cap Horn sur les chapeaux de roues. Rien ne m’est épargné en fait de paisibles réjouissances et si mes manoirs ne sont pas à l’abri des jets de sable ou des champignons studieux, à qui m’adresser pour remonter la pendule et sur cette lancée le temps ? Car le mécanisme d’une horloge obéit aux marées, à la lune et peut-être aussi aux nuances perceptibles aux yeux de qui l’aime sur un visage longtemps, trop longtemps caressé. On prépare ma note et mes bagages sont déjà dans le hall comme ces poissons prisonniers du verre, mais eux survoleront les icebergs et les masses liquides sans être inquiétés même par une mouche. Oui, les arbres en pot s’envolent dès que je ne les regarde plus.

  78. Éclaircie dit :

    Ici est la porte, ouverte, à tous les voyages que nous nous offrons avec ou sans clé.
    Cette clé ou son absence est notre monture pour aller plus loin, survolant les torrents et les fleuves avant de nous jeter en mer, ivre du plongeon à venir, indifférent au temps qui jamais ne nous rattrape.
    Les briques sont mouvantes et le puits qu’elles forent, forment, est un labyrinthe sous-marin aux couleurs des forêts lorsque le vent les fait chanter en l’absence des oiseaux occupés à moudre tous les grains en laissant les épis pour meubler les champs sortis de la brume.
    Le monde redessiné épouse les courbes de vos voix. Parfois la nuit ne suit plus le jour, mais la lune, entraînée dans les bagages qu’on enfouit au pied des arbres, dont les fruits deviendront opalescents et juteux et donneront à celui qui les goûte l’éclair dans la pupille et le chemin de toutes les fenêtres ouvertes aussi dont les rebords accueillent les traces des mains offertes.

  79. Éclaircie dit :

    Un visage sculpté
    Dans un tison rougi
    Au cœur du feu sourit
    Repoussant la froidure
    Derrière le carreau
    Au givre qui perdure
    Dans cet espace clos
    Sa bouche s’arrondit
    M’invite à demi-mots
    A braver l’interdit
    Brûlant les oripeaux
    J’épouse la cambrure
    De la flamme envolée
    Et je deviens le feu
    Qui dessine nos yeux
    Le brasier en hiver
    Sous la cendre couvert
    Le rouge de mon sang
    Frappé par tous les vents
    La glace qui se brise
    La chaleur qui l’irise
    L’ivresse envoûtant
    Le corps des amants
    Comme au berceau d’été

  80. 4Z2A84 dit :

    Le feu que tu deviens
    Une vague l’éteint
    Une vague insensée
    Dont nous sommes certains
    Que la gerbe de blé
    Lui jalouse ses graines
    Badin le vent les mêle
    Au point de les confondre
    Comme le jour et l’ombre
    Quand le soir est sur scène
    Et que nous hésitons
    Entre deux noms d’étoile
    Alors nos yeux s’éloignent
    De leur nid et le long
    De la rampe remontent
    Vers la diva qui bombe
    Le torse et chante l’air
    Sur lequel nous voguons
    Comme sur ces rivières
    Dont les moires aveuglent

  81. Éclaircie dit :

    C’est un matin fiévreux
    à fondre les verglas
    diluer les aigreurs
    au creux de l’estomac
    digérer les Noëls
    même les plus gras
    et se fondre à la vague
    avant qu’elle ne bouillonne
    devienne court-bouillon
    pour les courants festifs
    qui bûcleront la dinde
    sans griller les marrons
    rongeront les citrons
    laissant seuls les vieux freins
    virage alternatif
    à la soupe trop claire
    que regarde un œil morne
    ou peut-être de verre
    quand l’alambic éteint
    ne garde que le moult
    pour saouler les chapons
    et les fromages flous
    noyés dans trop de crème
    rendant l’âme avant nous

  82. Éclaircie dit :

    Le silence a repeint les murs de la maison
    L’horloge ne sait plus si elle doit sonner
    Le quart et la demi ou s’endormir aussi
    La lune aventurière a cependant franchi
    La vitre ornée de givre et tente de chanter
    Sa mélopée d’hiver transformant la saison
    Et maintenir la vie riante en son giron
    Tandis que tous les yeux ensablés par la nuit
    Projette l’océan sur l’écran enfumé
    Espérant de la vague apprendre à composer
    La musique entendue plus loin qu’au fond des puits
    Pour que l’écho parvienne à fuir la déraison

  83. Éclaircie dit :

    L’envie qui revient, comme revient l’écho qui aurait décidé de chanter pour répondre à la bise et réchauffer les poissons endormis. Un seul regard et les degrés s’envolent, les plateformes ne sont plus plates, mais s’enroulent en volutes aux couleurs graciles pour mettre le rire à tous les plats, des entrées aux desserts et sur les dessertes des dunes, grain de sable croustillant pour pétiller, pépier, picorer entre toutes les pages qui s’ébrouent et offrent un spectacle permanent à qui ose entrer sous la couverture souple.

  84. Éclaircie dit :

    Toujours venir s’asseoir
    Au bord de cette porte
    La lune pour voisine
    Et les mots qui transportent
    Le rêve n’est jamais
    Ni trop fort ni trop beau
    Et quand le ciel danse
    Que les villas soupirent
    Le fleuve suit ses rives
    Frissonnant dans la nuit
    Et l’on repeint alors
    Les murs de toute ville
    Les plages en partance
    Pour des cahiers tranquilles
    La chevelure des fées
    Pour atteindre le faîte
    Des toitures bavardes
    Et des forêts en fête
    Au matin l’océan
    Nourri de tous les flots
    Entraîne avec le vent
    Les couleurs en écho

  85. Éclaircie dit :

    L’hiver est l’occasion d’enfouir la parole
    entre deux pages d’un livre lourd
    qu’elle ne se froisse
    et garde l’ampleur de tout ce qu’elle veut dire
    au chemin tapi de sable
    ou de cailloux luisants
    lorsque le pas seul résonne
    un matin elle s’éveillera
    surprise de reconnaître la lune à son chevet
    elle qui l’avait oubliée plus loin que sa mémoire
    dans le tiroir sans fond des rues désertes
    tandis que les maisons aux volets clos
    abritent des murmures
    trop confus pour quitter l’âtre
    qui épousent le feu dans une danse
    frénétique pour attiser la flamme
    afin de renaître comme le chant du grillon
    au plus chaud d’une saison qu’il faut inventer

  86. Éclaircie dit :

    Je ne sais que chanter
    le cri du grain qui s’ouvre
    abritant l’animal
    pour le nourrir de sève
    tandis que le rocher
    éclate sous le gel
    des hivers qu’il appelle
    pour rejoindre la mer
    les harpes des forêts
    sous la pulsion du vent
    laissent entendre encore
    les feuilles qui se tordent
    protégeant les bourgeons
    avec l’eau l’eau s’entraîne
    à polir les graviers
    faisant de la rivière
    un berceau de douceur
    aux corps lassés d’errer
    quand l’esprit s’est enfui

  87. 4Z2A84 dit :

    La graine s’ouvre sous la dent
    il s’en expulse une souris
    comme lorsque les lèvres consentent
    à l’expression du bonheur
    je ne suis plus où j’étais
    quand je quitte mon pardessus
    pour des ailes plus lourdes
    que le vent
    et toi ton front s’enfonce
    dans le nuage de perles
    qui glisse au-dessus de nous
    comme un navire aux voiles enfarinées
    je m’entends te murmurer les mots
    qu’au téléphone il ne faut pas mordre
    de peur de les voir apparaître
    tels qu’ils sont en semaine
    dans leur blouse d’ouvrière

  88. Éclaircie dit :

    La farine envolée en flocons bleus
    aux contours et la destination incertains
    reste le voile translucide des lettres choyées
    dans une poche d’un pardessus
    que vous me laissez lorsque vous partez
    et qui répond toujours lorsque je le questionne
    Il m’assure que vous lisez en dormant
    que vous écrivez les yeux fermés
    pour que les mots se dévoilent
    sans heurter leur pudeur
    Il sait vous attendre lorsque happé par le vent
    vous voyagez dans les rues en pentes ou au dessus de la cime des arbres
    riant si fort que toutes les portes s’ouvrent
    dans les murs pourtant aveugles que vous traversez
    sans un soupçon de poussière sur l’épaule
    et que vous poursuivez la lune ou le fleuve
    afin de chercher le nuage indispensable au thé
    que vous offrez à vos amis qui passeraient en votre absence
    lorsque les poissons bavards vous font tourner la tête
    qui roule dans les vagues amplifiant la marée
    saluée par les falaises rêvant d’être plage que vous caresseriez

  89. Éclaircie dit :

    Le train que l’on n’a pas pris

    Les couloirs bleus s’enfuient quand le pas les emprunte
    Le pied dans le vide poursuit pourtant sa marche
    Comme les trains de nuit qui épousent le vide
    Lorsque ponts et tunnels ont déserté les lignes
    Préférant l’océan et le chant des poissons
    Pour tracer cette voie qui mène à nos matins
    Equilibriste alors sur l’invisible fil
    Ce sont vos mains tendues qui assurent l’aplomb
    Dans le bruit fracassant des rouages avides
    Des rues qui happeraient jusqu’au dernier passant
    Quand les gares fermées repoussent sur la ville
    Les voyageurs surpris de n’être pas plus loin

  90. Éclaircie dit :

    La porte entrebâillée ne laisserait-elle filtrer
    Que le froid de l’absence
    Lorsque le soleil s’enfuit loin des façades obscures
    Les bâtisses se replient
    Sur les sommeils trop lourds trop longs sans rêves
    La cime des arbres
    Happée par le ciel ne frémit plus au moindre vent
    La rivière redoute
    Le temps qui la guette et s’enfouit rejoindre le ventre
    Du silence de la terre
    Le feu seul lutte contre la cendre qui l’étouffe
    Note rouge comme sang
    Tandis que le clocher tente de marquer l’heure
    Noyée dans l’océan

    Pourtant un pas résonne déjà
    sortant de l’eau
    Pour tracer des chemins
    Dans les villes désertes
    Sorties de l’ombre
    Que des murs entourent
    Les fenêtres viendront

  91. Éclaircie dit :

    Les lettres m’éveillent parfois la nuit, bruyantes, indisciplinées. La lune les mêle les emmêle, les amadoue et les dépose sur la voix de l’océan. Lavées de vague en vague, elles s’amalgament au sable fuyant entre nos mains. Reste la poussière que l’on croit d’étoiles, alors que ces étoiles sont les empreintes que le livre a laissé à nos yeux. Leurs ombres familières s’enroulent à nos pas et l’on marche léger dans les forêts brunes baignant nos pieds aux mêmes ruisseaux.

  92. 4Z2A84 dit :

    Les fenêtres viennent
    D’abord ce ne sont que des lettres dispersées
    On les attrape avec un filet à papillons
    Dans des campagnes herbues
    Où les bêtes lèvent les yeux au ciel quand vous passez
    Un attirail de pêcheur d’étoiles sur le dos
    Un panier au bout d’un bras
    Ah ce panier ne m’en parlez pas
    Vous savez que pour lui je suis capable de tout
    Puisqu’il contient avec votre sourire un repas délicieux
    Mais vos mains ne l’ouvriront qu’après la capture des lettres
    Le F nous est offert par un oiseau inconnu
    A qui nous demandons son nom et pourquoi il chante faux
    Mais il ne répond pas ou fait la sourde oreille
    Le premier E je l’ai cueilli sur un arbre
    Dont les fleurs sont peintes par un artiste maudit
    Qui tient à sa réputation et nous lance des pierres
    Un deuxième E flotte emporté par le courant
    Au poisson qui s’apprête à le gober je crie Par ici
    Pendant que sous votre filet le R et le T se débattent
    Bientôt nous mangerons au bord d’une fenêtre
    Ses sœurs lui envieront notre présence
    Car nous sommes comme des ramures bercées par la brise
    Rien ne peut nous remplacer même quand nous brûlons
    Dans un feu de cheminée destinée à réchauffer
    Tous ceux dont le cœur étouffe sous une gangue
    Ou la neige lorsqu’elle s’obstine à entraver la progression du printemps
    Et si les lettres mangent le poulet froid
    Les pâtisseries et les œufs durs dans le désordre
    Nous trinquerons à la santé des mots qu’elles forment
    En les écoutant se vanter d’être vingt-six
    Vingt-six pour à elles seules créer le monde et ses coulisses

  93. Éclaircie dit :

    J’ai beaucoup aimé cette douce légèreté.

    Quelques miettes à la fenêtre
    La lune et la rivière déposent leurs reflets
    Pour qu’à vos lèvres et vos yeux
    Vous gardiez leur lumière
    Tandis que des ombres dansent
    Accompagnant les flammes
    Que le jour met en bouquets
    Ceux qui servent de modèle
    Aux fleurs repliées dans leur manteau de silence
    La terre frémit déjà attendant votre pas
    Et son empreinte
    Pour que demain se dresse l’herbe à votre image
    Qu’elle chante
    Les arbres répondront en écho
    Levant leurs branches portant plus loin
    Les signes que vous couchez en plein midi
    Lorsque la vague hésite à regagner les fonds
    Qui l’ont fait naître et poussée sur le sable
    Ou à l’assaut de la craie pour tracer le chemin
    A ses sœurs rêvant avec elle de vous suivre
    Jusqu’au cœur de vos appartements
    Et danser en vos mains quelque soit la saison

  94. 4Z2A84 dit :

    Qu’offrir à ces fleurs repliées dans leur manteau de silence
    Pour leur donner le goût d’étoffer leur histoire
    En y ajoutant des aventures imaginaires
    Dans des paysages dont le souvenir nous hante
    Etait-ce au bord de la mer
    Lorsque la vague hésite à regagner les fonds
    De beaux alexandrins couraient au fil des plages
    Que nous tournions et retournions comme des sabliers
    Afin d’allonger notre durée d’existence
    Sur cette terre formée d’un amas d’ossements
    Les vôtres et les miens broyés empruntaient le même filtre
    Pour mesurer leur capacité à construire
    L’escalier dont chaque marche
    Elève son charpentier vers le grenier
    Où le soleil a construit son nid
    A côté de celui des hirondelles
    Les rires viennent de la paille ou du foin
    Chacun les attrape au vol en tendant l’oreille
    Leur fraîcheur incite à les mordre
    Mais eux aussi sont armés pour résister à la folie
    On se penche on se penche au-dessus du vide comme au-dessus d’un berceau
    Cet enfant n’existe que dans l’imagination d’un très vieil homme
    Il se penche il se penche au-dessus de la vallée d’où montent d’autres rires
    Un autre son de cloche que celui du tocsin
    Et des coccinelles accrochées à des pétales emportés par le vent
    Oublierais-je les parfums
    Il en vient de toutes sortes à chaque fleur le sien
    Mais quel nez savant les distingue entre eux
    Nommez-moi ce nez susceptible de tout connaître d’avoir tout respiré auquel la menthe l’anis le musc la lavande le thym l’œillet la vanille se sont donnés comme une rivière s’abandonne au fleuve pour le pire et le meilleur le meilleur l’emportant sur tous ses adversaires dans cette course vers la soupière dont le fumet attire même ceux qui n’ont ni faim ni soif et qui se contentaient de respirer pour se nourrir poumons et ventre à la fois épanouis
    Après quelques coups frappés contre eux les fronts s’ouvrent
    En surgissent des paysages froissés
    Le fer à repasser
    Remet un peu d’ordre dans la forêt
    Aux arbres couchés il conseille la gymnastique
    Et la fougère ne porte plus l’empreinte de nos corps enlacés
    Mais les buissons tiennent trop à leurs épines pour les vendre
    Contre une somme dérisoire en monnaie de singe
    Dans les nids on se réveille en piaillant
    L’œuf ignorant de quel côté on le percera demeure dans l’expectative
    – Moi aussi

  95. Éclaircie dit :

    La brume avale tous les paysages et repeint les murs à sa guise
    Les façades s’allongent profitant de la manne
    Des cils se dessinent aux fenêtres
    Et ceux que vous voyez courir ne sont pas des hommes
    Eux poursuivent leur sommeil ou cherchent leur enfance
    Dressés les yeux fermés immobiles et silencieux
    Non ce sont les colonnes des ponts
    Qui rejoignent les mers pour lire l’avenir des rivières
    Elles savent qu’avant vous la terre n’était que glaise lisse
    Hostile à qui la foulait sans la saluer
    Et c’est pour vous plaire que l’eau a creusé ces vallées
    Invité les arbres à chuchoter aux oreilles de la nuit
    Dressé ces montagnes qui se penchent à vos passages
    Laissant perler des stalactites comme cordes de harpe
    Jouant musique dont on garde le goût au réveil

    Mais la brume se déchire la ville reprend ses droits
    Les platanes bien alignés sur les places redressent leurs branches
    Les porches se taisent et laissent le passage
    Le gravier des esplanades attend les premiers pas
    Et l’on balaie le sable déposé par le vent
    L’eau dans nos verres garde l’éclat des cristaux rendormis

  96. 4Z2A84 dit :

    Entraînées par le courant les maisons nous quittent
    On agite des mouchoirs en signe d’adieu
    Les mains tendues dont s’allongent aussi les doigts
    Ne trouvent pas des sœurs aux paumes assez chaudes
    Pour les réconforter ou leur offrir asile
    Elles se contenteront de nuages indifférents
    Aux formes vagues comme le brouillard en exhibe
    Les nuits où la lune ressemble
    A un timbre collé au coin d’une enveloppe noire
    Ce même message passe sous la porte
    Avec la lumière d’un jour nouveau
    L’horizon se défend d’être l’horizon
    Et se présente à nous sous les traits d’un savant
    Qu’aveugle en tube le néon
    Des cheveux blancs
    Se dressent sur sa tête il les repousse en vain
    Sans ces travers il serait écrivain
    Et nous lirions au fond de ses pupilles
    Nos aventures dans un livre
    Pourvu de plumes arrachées
    A quel oiseau migrateur frissonnant
    Là-haut dans ce tunnel que les cygnes se creusent
    Pour fuir sans être importunés
    Les glaçons d’un hiver aérien rigoureux
    Des glaçons assimilés à des flèches
    Gardez-vous d’eux quand vous tentez d’une aile
    Encore faible de vous élever parmi
    Les nuées filles d’une imagination trop vive
    Restez sur terre avec vos bagages même avec ceux qui pèsent
    Trop pour vous permettre d’atteindre le quai
    Devant lequel il est prévu qu’un train s’arrête
    Celui dont chaque compartiment s’ouvre comme une fleur
    Et dans le lit de cette rose quand rose il y aura vous vous endormirez
    Bercée par la musique
    Des grandes roues sur les parallèles d’acier
    Mais si un coquelicot se présente
    Ne rougissez pas comme lui de cette rencontre due au hasard
    Aidez-le à chasser l’eau de pluie qui glisse sous son col
    Le message dit vrai
    Les forêts s’unissent et fournissent un manteau à la montagne
    Mais le froid vif tel un lézard n’entrave plus les ambitions du mercure
    Et nous échangeons nos laines contre de la gaze de soie
    Sous laquelle la boue se transforme en princesse
    Et en prince le couple ignorant tout des titres
    Mais préférant à la mansarde le palais
    A l’hôtel borgne un quatre étoiles sur la mer
    Le bon usage aux mauvaises manières
    Un ciel dégagé à la désespérance d’un plafond sur lequel courent les lézardes
    Ils rejoindront sous leur voûte azurée les oiseaux peints
    Que leurs couleurs multiplient dans l’espace
    Où tout peut arriver même le meilleur

  97. Éclaircie dit :

    Capes et capuches tombent
    Dans un coin d’alcôve
    Et s’ouvre la malle empoussiérée
    La voix s’en échappe
    Rampe sous la porte
    Et s’enfuit accrochée à la fourrure d’un chat
    Qui évite les flaques de lumières
    Pour ne pas l’apeurer
    Le ronronnement des rivières souterraines
    Rejaillit sous l’affleurement des pattes dans leur course
    L’intonation ondule et entraîne le souffle du vent
    A remonter le sable sur l’allée de la nuit
    Les rues se replient derrière les murs
    Les ponts enjambent les saisons
    Un arbre se dresse pour accueillir la lune
    la bête en son sein
    Tandis que la voix cherche une gorge où s’engloutir
    Avant de se fondre aux confins des silences

  98. Elisa Romain dit :

    (Je n’ai pas lu, j’ai préféré glisser le long des mots, caresser les lettres du bout des doigts, effleurer la mémoire endormie. Le rose me vient aux joues. Mon souffle devient court. Ecrire, plonger dans l’eau fraîche des rêves échangés, oublier la pesanteur des corps contraints à l’obéissance, voyager à vos côtés…Je n’étais pas venue, je n’avais pas vu la porte ouverte. Et me voilà, éblouie !
    Je chuchote ces mots entre parenthèses pour ne pas mettre fin à l’échange. Je reviendrai, je lirai et, qui sait, je me laisserai peut-être tenter par ces belles sirènes qui font du ciel un océan…)

  99. 4Z2A84 dit :

    LES PONTS ENJAMBENT LES SAISONS
    UN ARBRE SE DRESSE POUR ACCUEILLIR LA LUNE
    Et le vent s’enroule autour de la queue de la comète
    Pour lui donner l’impulsion à laquelle elle prétend
    Après un séjour en maison de redressement
    Il fait froid dans le réfectoire
    Où la soupe est servie régulièrement
    A des enfants aux cheveux gras aux paupières lourdes
    La soupe froide glace les membres
    Devant elle le sang recule
    Comme devant la marée le parasol
    Sur la plage désertée reste un poing
    Le sable recouvre le corps à qui il appartient
    Pourquoi parier pour une danseuse
    La mort du cygne se renouvelle tous les soirs
    La salle est comble j’y pénètre en me glissant dans un des énormes tuyaux .
    d’aération
    Et je me retrouve ô surprise parmi les pendeloques du lustre et surplombant le public
    La suite au prochain numéro
    S’écrient LES BELLES SIRENES QUI FONT DU CIEL UN OCEAN

  100. Éclaircie dit :

    Un doux chuchotis se glisse au bord du ciel
    Il le colore en rose
    Le même que la main dépose sur la page
    Et qui vient des joues de cette petite fille étonnée
    La ronde se déploie
    Les arbres dansent plus légers sans leurs feuilles
    Que pourtant il attendent avec impatience
    Pour lire le soir l’histoire à l’enfant
    Lorsque les lustres ne gardent que le souvenir de la lumière
    Les murs le souffle chaud des passants
    Et le sol ces traces incrustées pour que demain
    Nous refaisions le même chemin

  101. Éclaircie dit :

    Des idées brouillonnes brouillent ma vue, il me manquait les phares pour reconnaître la route, je ne voyais que des pierres se jeter dans les ravins laissant le vide à la place du chemin.
    Pourtant dans la cheminée presque éteinte, des abeilles bourdonnent pour habiter le lieu. La cendre n’est pas la fin du feu mais le nid pour d’autres flammes.
    Le jour vient avant la nuit et les toits se dressent pour en entendre toutes les musiques.

  102. Éclaircie dit :

    Ciel ou océan
    tout est noyé dans la brume
    et c’est à nous qu’il revient
    de dessiner le décor
    les falaises escaladent les vagues
    les nuages se vautrent dans les prés
    dont l’herbe attend le signal pour les pourchasser
    au dessus des poissons assoiffés
    rampant sur les toboggans
    qu’ils ont pris à rebrousse-poil
    quand leurs écailles trop lourdes
    cherchent refuge dans les chevelures brunes
    poussées en une nuit sur la montagne
    la protégeant des éclats de voix
    ceux qui brisent les arcs
    et précipitent les flèches des clochers
    au fond des lacs
    retardant l’heure du lever du jour
    le temps se dilue sur la toile
    et les draps deviennent linceuls
    des murs trop hauts et des fausses notes
    des sorties de route
    des quais bondés
    des phares éteints et des voiliers perdus

  103. Elisa Romain dit :

    Avant le n° 102, j’ai lu et voyagé. La lune, parfois nostalgique, parfois complice promettait d’enfanter quelque texte léger à déposer ensuite. Mais la nuit est encore fraîche .

    Certains ne lèvent pas la tête, marchent le dos courbé, une main sur chaque oreille.
    On les entend gémir et leurs os craquent et sèment durant le jour un sillon de nuit noire. Ils voudraient sourire à la lune qui brille. Ils voudraient courir dans les prés ondoyants des printemps sans hiver. Ils voudraient voler comme on rêve d’un enfant.
    Mais ils ne peuvent que marcher dans le sable invisible des errances humaines.
    Pourquoi ? Nul ne le sait. C’est pour cela qu’ on les évite. On leur lance des croix, des bonbons ou des cailloux . Parfois, on les ignore. Ils disparaissent alors des rues vives de la ville; des campagnes dessinées en couleurs enfantines; des regards quotidiens. Ils font peur.
    Et la peur ensemence les âmes légères d’une sombre violence.
    C’est à ce moment qu’ils s’effacent. La vie revient banale et douce. On les oublie bien vite. On rit d’avoir eu peur d’un mirage innocent.
    Pourtant, dans les bois de nos songes, quand les biches se figent avant de s’enfuir, on peut les voir encore ou parfois les entendre.

  104. Elisa Romain dit :

    « Avant le n° 102 », parce que j’ai lu jusqu’au n° 80 avant d’être saisie par le désir d’écrire. Vous contez une histoire. Le fil est infini. J’en suis heureuse car j’aime j’aime j’aime vous lire ainsi.

  105. 4Z2A84 dit :

    LA CENDRE N’EST PAS LA FIN DU FEU MAIS LE NID POUR D’AUTRES FLAMMES
    Avec la fumée rose qui sort de son tuyau d’échappement
    L’avion écrit ces mots dans le ciel
    Et nous les lisons au fur et à mesure de leur apparition
    L’herbe fraîche est comme un lit dont on vient de changer les draps
    Nous nous y roulons ne songeant qu’à vivre
    Après des jours passés derrière un pupitre
    Ou dans du formol pour les besoins d’une recherche scientifique
    Cependant l’avion zigzague trop
    Au spectacle qu’il offrait se substituent ses efforts contre un crash
    On se réfugie dans le bois voisin
    Avec le panier plein de bonnes choses
    (On déjeunera sur l’herbe avait promis maman)
    QUAND LES BICHES SE FIGENT AVANT DE S’ENFUIR
    Tout est à redouter même le pire
    – Surtout lui – ajoute mon frère
    Mais les hurlements de la sirène couvrent sa voix
    Et la voiture rouge qui débouche du néant
    Traverse à toute allure le gazon
    Le poulet froid que l’on croyait cuit mort
    Et prêt à satisfaire notre appétit
    En profite pour bondir hors du panier
    Il s’enfuit en emportant la mayonnaise
    Poursuivi par une infirmière et deux gorilles en blouse blanche
    – On a oublié le poivre –

  106. Éclaircie dit :

    La danse prend naissance autour du carré de lumières, en apesanteur, les pieds ne touchent terre, le corps ondoie, il ne semble plus qu’un squelette le maintienne ou dans une autre dimension. La musique peut sembler brutale, on ne sait si elle émane de l’ombre du danseur, ou du sol froid. Pourtant si elle devait cesser, le corps se dissoudrait. seules les lueurs immobiles révéleraient un passage.
    Unis l’une à l’autre, la forme et le son s’épousent et se repoussent, ivresse de se rejoindre, douleur de s’écarter, gestes gracieux puis saccadés.
    Soudain un souffle recouvre d’un voile le tableau.
    Au mur un cadre de bois noir et un vide au centre indique la route à suivre.

  107. Elisa Romain dit :

    Et c’est ce poivre qui donne le sel à son histoire.
    Du sel aux herbes, un peu poivré.
    Le poulet n’est qu’un leurre et les poissons mordent à la leçon. Kant n’a qu’à bien se tenir, à l’abri au fond du livre.
    Qui a déchiré la page de garde ?
    La mère rougirait de colère si ce n’était pas déjà l’heure du dessert. « Mais enfin, où sont les poèmes ? », interroge t-elle.
    Des poèmes en dessert, quelle drôle d’idée ! C’était trop tentant pour les chenapans qui la contemplent de  » leurs yeux toujours purs » !
    Et puis, le cadre de bois noir . Les cauchemars s’y engouffrent, sombres, lancinants . Aussitôt, baignés d’une lumière particulière, ils se métamorphosent en licornes blanches et bienveillantes.

  108. Éclaircie dit :

    Dans l’allée bordée d’arbres encore nus
    Le pas est silencieux sur le gravier
    Est-ce ce personnage qui avance
    Ou le décor qui s’enfuit
    Remontant au temps effacé
    Fuyant dans un demain inconnu
    Le gravier s’effrite jusqu’à devenir sable
    D’une plage à la mer inventée
    Verte bleue aux vagues immenses
    L’homme dont le geste n’a pas changé
    La pénètre pour s’y dissoudre

    Sur un oreiller
    Quelque poussière
    Lumiseuse dans le soleil naissant
    La fenêtre reste close

  109. Éclaircie dit :

    M’attendrez-vous le temps que je chevauche
    ces mers inventées
    ces îles dont des seuils s’élèvent
    et retombent lorsque la lune les effleure
    ces rues enfouies que l’on empreinte
    retenant son souffle
    afin qu’elles ne disparaissent pas

    Le vent dessèche les mains
    rassemblées en bouquet
    qui s’offraient à la nuit
    mais que paupières closes
    on n’a pas su cueillir

    Les vitres aux fenêtres
    s’étoilent d’éclats de rire
    que le ciel partagera
    avec la rivière ressurgie

  110. 4Z2A84 dit :

    CES MERS INVENTEES

  111. Éclaircie dit :

    Tant de jours, le temps de rompre le silence, de reprendre son souffle, émergeant de cette eau limpide ou trouble, nourrissante ou cruelle. Tandis que la lune dans sa splendide rondeur se réverbère à la surface, indifférente au reflet, allant sa course, épousant l’océan de marées en marées.
    Le matin s’est posé à la fenêtre, il reste à ouvrir le volet.

  112. 4Z2A84 dit :

    Les feuillages se taisent ; on entendrait voler les oiseaux si leurs ailes, au lieu de se laisser porter comme un fétu par le vent, l’affrontaient. Les nuages s’en vont sans regarder derrière eux les traces qu’ils laissent, ces marques au plafond, ces traînées de poussière, cette transpiration. Insensible, le ciel reste de bois, les yeux ouverts mais sans regard – et, jusqu’à l’horizon, le paysage plat s’étend, persuadé d’avoir déjà donné et qu’attendre suffit.

  113. Éclaircie dit :

    Pas un nuage pour dessiner au ciel
    ces formes qui inspirent ou effraient
    les oiseaux sortent du nid
    surpris d’avoir encore des ailes
    et les sons emprisonnés aux fond des gorges
    gonflent en un murmure encore sourd
    qui jaillira un matin rose

    Le fourmillement naissant sous chaque brin d’herbe
    dans chaque espoir de bourgeon
    s’allie à la terre ocre pour espérer demain
    par dessus les rouages
    plus fort que les étaux

    l’eau appelle l’eau
    et les collines se redressent
    pour offrir les pentes aux torrents intrépides.

  114. 4Z2A84 dit :

    La vue est imprenable
    Une poignée d’enfants frileux s’abrite sous la table
    Tout est si calme que les pas que l’on fait en rêve sont audibles
    Personne ne cherche à savoir si la mer monte ou descend
    Pourtant chacun rate sa cible
    Même quand l’horizon rissole appétissant

    L’EAU APPELLE L’EAU

  115. Éclaircie dit :

    La tête séparée du corps
    on avance encore
    mains fermées
    yeux rentrés
    derrière tous les rideaux
    chaque lambeau de peau
    sait
    sent
    appelle
    alors que les cahiers rassurent
    les branches de tous les arbres
    se tendent pour accueillir
    les naufragés
    du jour
    que tant dévalent
    sans souffler

    Il faudra s’asseoir
    se coucher
    pour ressentir le chant de la terre
    et s’y fondre
    pour ne plus blesser
    l’eau et les rivières

  116. 4Z2A84 dit :

    Les océans tremblent comme des feuilles
    Les montagnes gueulent
    Le vent se cabre et rebrousse chemin
    Dans la maison autrefois vide il y a aujourd’hui quelqu’un
    On interroge les vagues mais le jeu est truqué
    A quoi bon suivre des yeux leurs bonds
    Autant regarder mourir le feu
    Un poing ouvert
    Des mèches blondes
    Leur réplique au fond de la cheminée
    Un miroir l’accueille
    On perd son visage et ses mains
    A vouloir retenir ce qui flotte sous l’œil
    Le plus attentif
    Le moins prisonnier des paupières
    Chaque pierre heurtée se crispe
    Sur un secret tendu comme une corde entre deux étoiles

  117. Éclaircie dit :

    Le feu doucement s’éloigne
    gardant son éclat sa force
    à offrir aux marcheurs infatigables
    qui atteindront la lointaine étoile
    avant le lever du jour

    L’éclat des pierres nous crie
    de rester dans l’ombre
    que nos yeux ne brûlent pas
    aux reflets factices
    des soleils prisonniers

    Nos mains se trouvent
    mais la peau nous manque
    pour connaître la douceur d’un printemps
    qui n’avait d’autre envie
    que de peindre nos murs

    Le chien attend sur le seuil
    que d’un geste on l’invite
    à nous accompagner
    dans les chemins que nous devrons ouvrir

  118. 4Z2A84 dit :

    Le printemps se demande de quelle couleur
    Il repeindra nos murs
    Le choix ne manque pas
    Mais se fixer sur une fleur une seule
    Quand les prairies en ont pléthore
    Nul ne s’y résout sans remords
    Alors on change de saison
    L’automne et même l’hiver sont accueillis à bras ouverts
    D’ailleurs ils ne se présentaient plus à nous l’un après l’autre
    Nous nous habituions à leur confusion à leur désordre
    De janvier à mars nous récoltions le raisin
    Et nous ensemencions nos étangs et nos lacs en décembre
    Sous le regard médusé des archéoptéryx et des tricératops
    Perdus en forêt nos navires à voiles
    Ne remplaceraient jamais nos tracteurs obéissants
    Il suffisait alors d’appuyer sur un champignon
    Pour voir une métropole s’épanouir comme un éventail

  119. Éclaircie dit :

    Les plumes multicolores ornant mon ombrelle
    viennent d’un autre âge
    et de ce charmant archéoptéryx
    à qui je confie tous mes messages

    Inlassablement il court dans la campagne
    pour toujours revenir se blottir
    dans la niche que le chien lui offre
    sans rancune partageant sa pâtée

    On ne sait plus qui est l’oiseau
    lors de nos promenades
    parfois je vole plus haut
    narguant les tours dressées en une nuit
    les arbres me suivent et s’étirent
    et du magma de bruns
    toutes les couleurs naissent et rient
    les rues accourent pour choisir les plus gaies
    les façades offrent leurs ventres rebondis
    pour n’être oubliées
    seules les fenêtres se tiennent à l’écart
    attendant les ruisseaux
    pour être au diapason de leur limpidité
    et que tous les navires passant à proximité
    puissent les franchir
    les ornant d’un coin de voile
    et du chant de l’océan pour les bercer

  120. 4Z2A84 dit :

    Le poids du monde
    Sur les épaules
    On tourne autour de son cercueil
    Et l’on se perd
    Et l’on franchit le seuil
    De la forêt où les arbres en deuil
    Finiront par se taire
    Déjà le vent les abandonne
    Au lieu d’allonger le pas les nuages traînent
    Et dans les caves le vin sonne
    Le clocher ne se tient plus droit
    Ni les fidèles
    Ni les écoliers sur leurs jambes
    Que personne ne voit sauter la haie
    L’examen des cieux effraie
    Les plus courageux d’entre nous
    Les visages s’étirent
    Quelqu’un se mord les joues
    Pour ne pas rire
    Et la pluie entame sa valse
    Au bras de l’ombre projetée
    Par sa propre détermination
    A rafraîchir l’asphalte
    On avance son pion un peu trop tard
    Le couvercle est fermé
    Le bois n’oppose pas de résistance aux clous
    Ni le chemin de lacets au camion
    Privée d’arbres la forêt pleure
    Mais les passagers restent sourds
    A des plaintes sans partition
    A des murmures monotones
    Le coq claironne
    Indifférent aux sarcasmes du jour
    Qui se couche au plus vite
    Pour ne plus l’entendre lui dicter sa conduite

  121. Éclaircie dit :

    La lune emmitouflée d’écharpes en panache ignore les pantins lorsque leurs fils cassent. Confiant son profil sage au ciel complice elle accueille en son sein les murmures des collines des bois et des chemins.
    Nous devrons faire silence laissant les flots reprendre leur chant.

  122. Éclaircie dit :

    De rochers en rochers
    les brûlures se propagent
    les lumières aveuglantes
    qu’hier on applaudissait
    froissent les ailes des papillons
    Dans les miroirs se reflètent
    non pas un visage
    mais une foule aux yeux fermés
    dont les mains accrochées à ces cordes
    jouent une musique
    cacophonique
    que les oiseaux ne comprennent plus
    On remonte le drap de la nuit
    se réfugiant dans des bras
    avant qu’ils ne tombent en cendre
    Les grottes se referment
    protégeant leur silence
    et l’eau qui attendra pour jaillir

  123. 4Z2A84 dit :

    Le caillou ce fruit nu dont personne ne veut
    Tombera-t-il de l’arbre
    A l’ombre rampe un malheureux
    Les feuilles l’accompagnent
    En automne
    C’est de profil que tous les hommes
    Se présentent
    Jamais de face
    Aujourd’hui l’eau paraît plus lente
    Dans les rigoles
    Et le sang colle
    Sous les semelles des passants
    Toujours pressés
    De prendre le large
    La tangente
    D’attraper leur destin au vol
    De s’enfuir avec la vaisselle
    Vers des villes plus confortables
    L’avion dessine dans le ciel
    La courbe qui plaît aux étoiles
    Quand elles chutent
    Dans ton verre
    Suffit-il de lever le coude
    Pour disparaître
    Avec les rats
    Comme entraîné par une flûte
    La maison reste sur ses gardes
    Le chien se retient d’aboyer
    Lorsque la lune le regarde
    A mi-chemin on se retourne
    Mais rien n’a changé
    Ni nos pas
    Ni leurs empreintes dans la boue
    Les draps blancs que le vent secoue
    Ne sècheront pas cette nuit
    Les morts qu’ils envelopperont
    Jouent aux cartes
    Le trèfle sort
    Le cœur écarte ses haillons
    Ses guenilles
    Il ramasse et mélange
    Puis à chacun distribue des espoirs
    Que tous perdront dans une joute étrange
    Au lieu de boire

  124. 4Z2A84 dit :

    La rue se cache et disparaît
    Dans le mur qui marque son terme
    Tu n’es pas d’ici
    Ni d’ailleurs
    Ton nom désigne quelqu’un d’autre
    Quand il parle son cœur se ferme
    Il cherche à dire
    L’essentiel
    Mais la peur l’en empêche
    La peur ou ce visage
    Qui ressemble au vôtre
    Au sien comme au tien
    Il sert à trop d’hommes de masque
    Pour garder les joues fraîches
    On l’enlève
    On se voit tel qu’on est
    Par les prunelles d’un voisin
    Ne te détourne pas trop longtemps de toi-même
    Le mur te renvoie ton image
    Un mur couvert de suie
    Un mur malsain
    Dans son ombre pousse l’ortie
    Persiste l’odeur de l’urine
    Grouillent les insectes têtus
    Mais derrière un écran s’allume
    Aussi largement
    Non jamais
    Des yeux ne s’ouvrirent pour voir
    Bondir de haie en haie
    De colline en colline
    Et d’étoile en étoile
    Un arc-en-ciel tout neuf
    Contre lequel le marteau du forgeron tinte
    Les échos de ces coups s’épuisent
    On change d’heure
    Séquences plans pressés défilent
    Toujours trop vite
    On ne peut rien saisir
    Alors on s’enfonce dans les ténèbres
    Mais le mur que l’on heurte
    Au bout de quelques pas
    Est le même
    Et ceux qui lui succèdent
    Sont charbonneux et gras
    Le fard sur leurs paupières
    Trop lourdes
    Les aveugle
    Soudain l’écran s’éteint et le public soupire
    Une flèche indique à la foule
    La sortie
    Une flèche mortelle
    Que l’on suit jusqu’au bout
    Les portes s’ouvrent
    Le pire et le bleu apparaissent
    Matière et néant se saluent
    S’apostrophent se congratulent
    Les rêveurs usés par leurs rêves
    Partent en fumée
    Vers la nue
    S’il en reste
    Le vent y réduira les têtes
    Et le pollen envenimé
    Sera craché sans retenue
    Par ceux qui auront mis leur nez à la fenêtre

  125. Éclaircie dit :

    La tête toujours trop grande
    Pour passer sous l’arc-en-ciel
    Ou trop petite pour que les yeux affleurent
    Et s’ouvrent sur le matin derrière le mur
    On devient lierre accroché à la pierre
    Et l’on voudrait croire que c’est elle
    Qui se raccroche à nous
    LE PIRE ET LE BLEU APPARAISSENT
    Le vent crie dans l’âtre éteint
    Les cendres que le vertige caresse
    Rêvent de voyage lointain
    La main se grise à leur effleurement
    Les pétales en pluie fine
    Embaument les corps allongés des torrents
    Et les volets claquent
    Réveillant les fenêtres assoupies et dolentes

    Laissant loin les rues et les villes
    Qui n’ont pas su épouser les courbes
    Un jour de sphère lancée en spirale
    Inonde de couleurs et de musique
    Les gorges riantes des rivières

  126. Éclaircie dit :

    Nuit. Nuit d’été en avril. La douceur d’une nuit déjà fébrile, le ruisseau chante, les grenouilles l’accompagnent dans les mares où il s’est laissé prendre et se prélasse avant de rebondir, ressurgir. Le rossignol là-haut dans le bois gringotte et quiritte, revenu d’Afrique.
    Le monde sursaute ici ou là depuis les grondements de ses abysses ou par le cri des hommes, contraste saisissant.
    La lune que rien ne perturbe, pas même nos regards curieux, escalade le flanc du coteau, pour traverser le ciel de jour, s’élançant depuis les plus grands arbres du sommet, désormais verts bien qu’encore tendres.

  127. Éclaircie dit :

    On se regarde marcher
    attendant la chute ou l’envol
    alors que le chemin grand ouvert
    plus large mais plus court
    semble de sable
    pour cueillir nos empreintes
    et les offrir au vent
    tandis que le grondement
    du fleuve souterrain
    semble celui du train
    où l’on n’est pas monté
    l’eau émergera-t-elle avant le soir
    l’ancre d’un vaisseau fantôme
    laboure le fond du gouffre
    imprimant les lettres que l’on ne sait plus voir
    le sommeil est factice
    autant que les soleils dessinés sur les murs

  128. Éclaircie dit :

    Avant la naissance du torrent
    quelques gouttes
    un peu de neige
    la terre qui se rebiffe et s’élève

    Puis le flot
    dans les pentes
    comme dans les cerveaux
    dévale toujours plus loin
    qu’importe les racines charriées
    qui troublent
    la clarté

    L’aval est-il la mort
    de l’eau vivante
    le fleuve boueux parfois ne respire
    que les limailles
    jetées par des pupilles

    L’océan aimant amant
    se désespère
    avant que le sable
    ne rende leur éclat
    aux vagues se jetant sur la grève

  129. Éclaircie dit :

    2H58
    Jusqu’où la porte ouverte peut-elle nous conduire ? Attachés au seuil, au chambranle (pas très harmonieux à l’oreille ce mot), au cadre, poussera-t-on un jour la fenêtre, elle aussi grande ouverte ? Sur la nuit, le jour, la chaleur d’avril, le chant de ceux que l’on n’entend jamais le jour ?

    Derrière la porte
    immense et grande ouverte
    s’étend l’océan
    ou un couloir
    des rails
    peut-être sans train
    même un train sans rail
    et tous les regards
    que chacun jette
    sur les instants de demain
    ou d’hier
    alors que seuls les doigts encore mobiles
    resteront signes
    et inscriront dans ces cadres de couleur
    les notes
    pour que la musique puisse atteindre la lumière
    3H06

  130. Éclaircie dit :

    Que faire lorsque le mot n’est qu’impression, sensation ? laisser en liberté les doigts courir sur un clavier, au hasard ? jamais le hasard n’est complètement hasardeux.

    L’heure ne veut plus se dévoiler
    et s’enferme dans le cadran de la comtoise
    du coucou et du clocher de l’église
    avant qu’elle ne plonge et se mêle
    à la falaise crayeuse
    et envahisse la plage
    la mer
    jusqu’à l’île plus loin là-bas

    On ne sait si le soleil osera
    apparaître
    révélant les failles
    les cris les courses effrénées

    Les yeux fixés sur la lumière
    artificielle
    on attendrait la fin des gestes
    quand la musique
    et les crapauds
    passent derrière le rideau
    sans pourtant avoir soif
    ni faim ni sommeil

    On cherche en vain la réalité
    elle est partie
    sans nous attendre
    ni nous entendre

    Et les beaux instants
    sont ceux dessinés sur nos lèvres

  131. 4Z2A84 dit :

    Ecrire plus vite que son ombre ?

  132. 4Z2A84 dit :

    Le vent n’est jamais à sa place.

  133. 4Z2A84 dit :

    Quand l’eau siffle, le coeur se réchauffe.

  134. 4Z2A84 dit :

    Dans le bois d’une tête le ver travaille.

  135. 4Z2A84 dit :

    La pierre occupe le centre de la poitrine comme le noyau à l’intérieur du fruit dont seules les parties consommables sont appréciées.

  136. 4Z2A84 dit :

    Collée contre une porte l’oreille enregistre les plaintes des arbres abattus pour franchir un mur sans avoir à le démolir.

  137. 4Z2A84 dit :

    La pente est à l’eau ce que les mots sont à une plume facile.

  138. 4Z2A84 dit :

    Offrir une sinécure au vent, qu’il l’accepte, et les nuages flétris pendront comme du linge sec qu’il faut rentrer.

  139. Éclaircie dit :

    Il suffit de deux lettres quatre chiffres pour apporter la solution à ces mains malhabiles, lorsque le cerveau ou les terminaisons nerveuses ont rompu les liens pour aller folâtrer dans un avril au goût de juin, dans un gouffre planté au ciel, ou dans le grenier du voisin.

  140. 4Z2A84 dit :

    …dans le grenier du voisin…hum…
    « Couchés dans le foin
    Avec le soleil pour témoin… »

  141. 4Z2A84 dit :

    …dans une gaufre plantée au ciel…

  142. 4Z2A84 dit :

    La collection de moules à gaufre d’André Breton (mise récemment en vente) était impressionnante.

  143. 4Z2A84 dit :

    « Tout l’abîme est impliqué dans une tempête. L’océan entier est dans une bourrasque. La totalité de ses forces y entre en ligne et y prend part. Une vague, c’est le gouffre d’en bas; un souffle, c’est le gouffre d’en haut. Avoir affaire à une tourmente, c’est avoir affaire à toute la mer et à tout le ciel. »
    Victor Hugo (« Les Travailleurs de la Mer »).

  144. 4Z2A84 dit :

    La poésie sera fertile…ou ne sera pas. (« Aphorismes » Tome CXII).

  145. Éclaircie dit :

    Sieur 4Z, merci…
    à mon tour d’entrer, j’ai suivi le mur jusqu’à cette porte ouverte sur la nuit, sur la lune croissante et descendante, sur les mots, sur la fertilité…et plus encore. Sur les yeux ouverts à tout ce que chacun a pu croiser dans ses voyages imaginaires ou non.

    Vous ne serez surpris si je vous dit que je ne connaissais pas « Les travailleurs de la Mer » rien que le titre est un appel à lire.
    Victor Hugo a un poème dont le titre est Éclaircie :

    Éclaircie

    L’océan resplendit sous sa vaste nuée.
    L’onde, de son combat sans fin exténuée,
    S’assoupit, et, laissant l’écueil se reposer,
    Fait de toute la rive un immense baiser.
    On dirait qu’en tous lieux, en même temps, la vie
    Dissout le mal, le deuil, l’hiver, la nuit, l’envie,
    Et que le mort couché dit au vivant debout :
    Aime ! et qu’une âme obscure, épanouie en tout,
    Avance doucement sa bouche vers nos lèvres.
    L’être, éteignant dans l’ombre et l’extase ses fièvres,
    Ouvrant ses flancs, ses reins, ses yeux, ses coeurs épars,
    Dans ses pores profonds reçoit de toutes parts
    La pénétration de la sève sacrée.
    La grande paix d’en haut vient comme une marée.
    Le brin d’herbe palpite aux fentes du pavé ;
    Et l’âme a chaud. On sent que le nid est couvé.
    L’infini semble plein d’un frisson de feuillée.
    On croit être à cette heure où la terre éveillée
    Entend le bruit que fait l’ouverture du jour,
    Le premier pas du vent, du travail, de l’amour,
    De l’homme, et le verrou de la porte sonore,
    Et le hennissement du blanc cheval aurore.
    Le moineau d’un coup d’aile, ainsi qu’un fol esprit,
    Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit ;
    L’air joue avec la mouche et l’écume avec l’aigle ;
    Le grave laboureur fait ses sillons et règle
    La page où s’écrira le poëme des blés ;
    Des pêcheurs sont là-bas sous un pampre attablés ;
    L’horizon semble un rêve éblouissant où nage
    L’écaille de la mer, la plume du nuage,
    Car l’Océan est hydre et le nuage oiseau.
    Une lueur, rayon vague, part du berceau
    Qu’une femme balance au seuil d’une chaumière,
    Dore les champs, les fleurs, l’onde, et devient lumière
    En touchant un tombeau qui dort près du clocher.
    Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher
    L’ombre, et la baise au front sous l’eau sombre et hagarde.
    Tout est doux, calme, heureux, apaisé ; Dieu regarde.

    Victor Hugo-Les contemplations

  146. Éclaircie dit :

    Quelques minutes avant que le clavier s’éteigne sous le jour se levant. On attend l’écho pour reprendre le souffle.

    Les ventilateurs ronflent
    de jour comme de nuit
    chassant l’idée comme la poussière
    on désapprend à coudre
    les ourlets des nuages
    les lisières des champs
    les surjets des surgeons

    La danse est macabre parfois
    ou samba endiablée
    sur la toile rouge

    Les arabesques des empreintes
    virevoltent bien après
    le sommeil des pistes
    dont la neige a fondu
    se jetant dans le vide
    pour chercher l’absolu

    et les couleurs se fondent jusqu’à devenir neutres
    n’osant plus même ouvrir les yeux

  147. Éclaircie dit :

    Le matin sera bavard ou sera demain (sottises, tome de Savoie)

  148. Éclaircie dit :

    06.40
    Je suis à taille variable
    géante ou très petite
    pour passer la porte
    ou me glisser sous la fenêtre
    j’ai croisé la lune
    se cachant entre deux branches nues du tilleul
    elle m’a promis de revenir
    demain
    plus ronde
    plus belle
    plus lumineuse
    (comme moi….)

    Le serpent amoureux
    du tuyau d’arrosage
    se désole
    lorsque ses roucoulades
    restent vaines
    imperturbable
    le caoutchouc souple
    ne laisse rien entendre
    sauf à qui pose l’oreille
    sur la surface froide
    un glou-glou léger
    et intermittent

    Le serpent en perd sa peau
    rêvant de devenir
    aussi bleu que son amour est jaune
    pour se fondre tous deux
    en un vert délicieux
    06.48

  149. Éclaircie dit :

    Têtue, mais encore très peu douée, je voulais en commentaire afficher la photo de monsieur Tilleul, je ne suis pas parvenue à mes fins, monsieur Tilleul est cependant visible en cliquant sur l’onglet « médias » en haut à gauche de l’écran « tableau de bord ».
    photo prise ce matin, depuis le pas de ma porte ..ouverte.

  150. 4Z2A84 dit :

    Le tuyau d’arrosage et le serpent forment-ils un couple de rêve
    Le tilleul s’épanouit-il quand une éclaircie le désigne à l’attention des oiseaux
    Sous l’eau on dessine mieux qu’à la clarté des étoiles
    Surtout quand l’une d’elles se fane
    L’électricien indisponible
    Se roule avec sa petite amie dans la farine
    Et le meunier absent explore la lune
    Avec son chien patoche-aux-yeux-qui-comprennent-tout
    Et sur terre pendant ce temps-là
    Que fait-on sinon des pas
    Des pas des pas des pas encore des pas dans la neige
    Pour la faire fondre et brouiller les cartes
    Ainsi franchirons-nous le sommet des montagnes orgueilleuses
    Comme on boit un breuvage amer
    Sans plus de joie ni d’espérance
    En des lendemains souriants
    Même si leurs moustaches sont fausses nous répondrons
    Par d’autres sourires aux plis des nuages
    Ils ne passent pas au-dessus de nous sans s’arrêter
    Sans jeter sur nos toits des boules de verre
    Dans lesquelles le printemps remplace déjà l’hiver
    Le verre éclate comme des bulles de savon
    On se retrouve à l’hôtel un soir de grève
    Tout le personnel réussit à s’introduire dans le même cercueil
    Sauf le sanglier dont la gueule dépasse du mur
    Vous me cherchiez ailleurs que parmi des cendres
    Or je me présente en fumée
    Et à vous comme le rouge à lèvres sied
    Partageons les frais d’une location près des seins de la Mère
    Et courons vers ces plages dont on aperçoit les ressorts en levant la tête
    Un horloger y perdrait son latin
    Le liftier s’éveille
    Salut à toi jeune homme sur le sentier de la guerre
    Tous ces lustres qui nous éclairent sont
    Des grappes de raisin blanc suspendues au plafond

  151. Éclaircie dit :

    Ronde Lune a endormi le chien le chat
    laissant le seul chant de l’oiseau
    l’accompagner
    dans cette traversée
    non pas du désert
    non pas
    mais de mon lit lorsque je veille
    que mes yeux sont des phares
    sans océan
    ni grande voilure
    lumière inutile
    pourtant vaillante
    rien n’est impossible
    un jour
    l’eau traversera le séjour
    et les poissons s’exposeront
    leurs écailles plus lumineuses
    que n’importe quel mot savant

    Marchant de lame en creux de vague
    parfois on voit la terre
    et des crabes
    qui nous saluent
    un mouchoir à la pince
    ce ne sont pas des larmes
    mais les embruns
    qui gonflent les poulpes
    et les soutes
    rien ne vole plus que le sable
    cherchant asile dans un nuage
    pour voyager
    un peu

    Tous les fruits explosent
    lâchant les noyaux
    léchant les coteaux
    si parfois ils osent
    effleurer ta joue
    en prendre le sel
    comme un arc-en-ciel
    tiens toi prêt debout

  152. Éclaircie dit :

    le jour est là déjà heureux
    et moi aussi.

    Les cris sont la première musique
    la tête hors de l’eau
    le corps rêvant d’y baigner toujours
    le pas demain
    entraînera le pas
    soupesant le poids
    de cette attraction
    foraine ou terrestre

    Les clowns s’entraînent
    au tir à l’arc-en-ciel
    les barbes deviennent papa
    les roues virevoltent
    l’intensité variable
    fait naître les étoiles
    et les éteint comme on ferme les yeux
    enfant se croyant invisible

    Il pleut
    la terre a soif et rit
    appelle encore l’eau
    à baigner les sillons
    la boue aura ce bon goût
    du pain avant qu’il soit blé en herbe

  153. 4Z2A84 dit :

    Aujourd’hui j’ai cent ans
    Qu’ai-je fait de ma vie
    Nuages dès mon réveil je vous contemplais
    Du regard j’accompagnais vos déplacements
    Dans mon quartier de ciel
    Ma quiétude approuvait vos lenteurs
    Comme mon impatience les effets d’un souffle
    Imprévisible et parfois violent venu d’ailleurs
    Et j’espérais vaguement vous suivre au-delà de l’horizon
    Où je soupçonnais des voies infinies
    Des allées taillées dans le bleu
    Des lacs sur lesquels glissent décors et leurres
    Et des coupoles pour vous recevoir
    Mais j’avais aussi à m’entretenir avec le fleuve
    Nous parlions une langue qui tenait du bruit des eaux
    De leur vacarme quand la pente s’accentue
    Et des sons renvoyés par une suite d’échos
    Le long d’une vallée profonde
    L’eau se laissait caresser le soir
    Quand le soleil ne cherchait plus à la transpercer
    Pour trouver de l’or au fond de son lit
    Ainsi j’aurai passé cent ans de mon existence
    Entre des nuages et un fleuve
    La moitié de ma vie leur appartient
    Mon nouveau siècle aussi je le crains ou je le souhaite
    Car rien n’égale en richesse les nuées et l’eau

  154. Éclaircie dit :

    La porte ouverte ne suffit pas
    à la douceur d’avril
    le rossignol a poussé la fenêtre
    et entre envahir l’espace
    entre l’oreille et la main

    Que sera demain
    ou même aujourd’hui

    Les prairies sèches
    protègent leur flore
    ne les offrent qu’aux animaux craintifs
    dévoilant la nuit
    le chemin ancestral
    qui les conduit au ruisseau
    berceau de nos envies

    Tandis que le disque dur
    au son cadencé
    bientôt
    remplacera la pensée
    le coucou s’éveille

    Le cadre n’a pas grandi
    ce sont les yeux
    ouverts
    qui en fixent les contours
    dans cette immobilité blanche
    avant de disparaître

  155. Éclaircie dit :

    Avant que le jour ne parvienne
    au bord de la fenêtre
    on ouvrira les yeux
    de la nuit
    pour entendre le chant
    du rossignol heureux ou indifférent

    Le chien dort
    l’herbe attend le souffle
    pour frémir

    L’aube avant l’aurore
    n’est qu’espoir
    contenu dans le voile
    ou dans le drap du grand lit
    de toile blanche
    séchée au soleil d’un jour passé

    Si l’on ferme les paupières
    le temps s’arrête-t-il
    sans franchir les barrières
    entravant les chevaux
    et les rêves

  156. Éclaircie dit :

    Sur le tapis bleu du ciel, un pachyderme a pris ses aises. Laissant les empreintes de son pas régulier, décidé et tranquille. le soleil hésite à inviter le vent pour effacer la trace qui mène à l’étang.
    Tant ont soif sans trouver la route, alors qu’il suffirait de lever la tête, d’étirer le cou, pour étancher toutes les envies, même celles qui ne sont pas encore nées au creux des ventres.
    Est-ce que la pensée enfin s’endormira au creux d’une fêlure libérant le geste dans l’instinct de vivre.

  157. 4Z2A84 dit :

    Ce n’est pas qu’une porte qui est franchie. C’est un miroir. Et derrière se trouve le Merveilleux que sa reine, Eclaircie, traduit en poèmes magiques.

  158. Éclaircie dit :

    (quel beau compliment, merci, si je suis reine, tu es roi et nos royaumes se nourrissent l’un de l’autre)

    04.53
    On griffe la mer on mord le vent
    et l’on s’étend sur la terre
    pour s’y fondre
    s’y confondre
    devenir sève pour la graine
    racine pour l’arbre
    dont on sera les feuilles
    attendant le souffle

    Tandis que le torrent
    charrie la pierre
    qu’il la polit
    jusqu’à devenir galet
    plat lisse
    pour faire tous les ricochets
    et marcher sur l’eau
    sans fin

  159. Éclaircie dit :

    L’océan s’approche à nouveau
    au delà du chemin bordé de ronces
    le hibou pousse son cri
    depuis ma nuit jusqu’à la vôtre

    Regardons-nous le même point d’horizon

    La faille lentement se referme
    le silence s’est mis en veille
    le roulement des essieux sur les rails
    efface les années et les craintes

    Mon soleil se lève avant votre astre

    Tout est dit sans frémissement des lèvres
    la toile retient hier et demain
    ma terre a soif et vous l’abreuvez
    les moissons n’attendent qu’un matin de lumière

    Nous tendons les mains la vague nous submerge

  160. 4Z2A84 dit :

    Le poète en pyjama se découvre des dents de lait
    Et rien ni la flamme d’une bougie cultivée sous hypnose
    Ni le lien unissant tes reins au TGV
    Ni l’air quand il s’étouffe
    Ni la virgule noyée dans la soupe avec tous ses remords
    Rien dis-je ne s’ajoute à la pluie que la varicelle
    Mais beaucoup de docteurs affirment le contraire
    Et j’ai connu des montagnes humiliées
    La neige s’y conservait parmi le linge
    Dans des armoires que l’on retrouvait sur mer
    Entre deux vagues lorsque l’as l’emportait
    Sur le cœur ou sur sa sœur l’astrologie
    Lorsque les rues couraient après leur queue
    Le pain d’épice flottait au ciel comme un drap
    Dans lequel on aurait enveloppé des navires échoués
    Pour leur apprendre à découper le poisson à la façon du notaire
    Dont on n’a pas oublié qu’il conduit sa bicyclette avec une pince à linge
    Au lieu d’employer comme nous tous les grands moyens
    L’hiver je m’en tiens à mes fromages
    Mais dès que les premiers bourgeons apparaissent dans l’ascenseur
    Sur quel bouton doit-on appuyer pour réchauffer la choucroute
    Elle court autour de la guérite
    Sans oser en extraire une douzaine de langues
    Car elles sont nombreuses à l’intérieur de leur poche
    Une poche pour mille tel est l’argument du tunnel
    Lorsqu’il s’engage dans une avenue plantée d’arbres impatients
    Vous aussi avez connu les fourmis
    Le long des jambes par une température maintenue égale
    A la somme de ses caprices
    Vous aussi surpreniez les cerises
    A l’heure de la sieste
    Je vous revois nourrir les lessives suspendues aux nuages
    Vous n’aviez pas froid sous les traînées de beurre
    Du firmament placé en garde à vue
    Par l’homme aux clés d’or
    Et toi mon chien t’en souviens-tu de tous ces trésors
    Que nous trouvions dans la forêt fuligineuse
    Un incendie se propageait d’île en île
    Sur l’océan contrarié
    Parce que l’une des éminences qui ferment le monde
    Ne l’avait pas invité à visiter son champ planté de seringues
    A la saison de l’ouverture des huîtres
    Mais rien n’annonçant le réveil d’un volcan sous notre oreiller
    De quoi aurions-nous eu peur

  161. Éclaircie dit :

    Au delà de l’image
    il y a le son
    la pulsation
    le vol de l’insecte vers le pistil
    l’eau broyant le galet
    rejetant le sable
    où le pied nu imprime sa volonté
    et le vent pour tout détruire
    le temps posé en équilibre

    La toile ruisselle
    la vapeur qui s’en échappe
    masque l’araignée
    aux yeux de l’insecte imprudent
    et il s’englue dans ce cocon
    dont il avait pourtant rêvé

    La poussière du chemin
    n’en finit pas de se poser
    sur les capes et les chiens nonchalants
    qui n’atteindront pas la rivière
    avant de se disloquer
    égarés dans les songes
    qu’ils n’ont pas su retenir
    ni partager

    Et le soleil
    pour tout brûler

  162. 4Z2A84 dit :

    Le soleil prend des gants pour réchauffer la terre
    La lune est un bol blanc qui refroidit son lait
    Quand on le sert brûlant à monsieur le notaire
    Sous un chapeau melon se trouve-t-il moins laid
    On l’ignore et chacun entretient ce mystère
    Car à tous même à moi plus il croît plus il plaît
    Lorsqu’il pleut des sodas le sol se désaltère
    Et l’étude affiche complet

  163. Éclaircie dit :

    Le mur est un géant qu’il nous faudra apprendre
    A terrasser pour voir les mains enfin se tendre
    Quand le cri est muet et que les yeux appellent
    Plongeons notre regard du haut de ces échelles

    Dans notre tour dorée invitons le printemps
    Les enfants de l’hiver à sortir du tourment
    Nous marcherons pieds nus pour connaître le sable
    Qui construit les châteaux sur les terres arables

    Le chant du vent la nuit nous conduira au jour
    La lune en nos esprits et son aura velours
    Posera sur les mots la force de l’instant
    Pour vivre ici toujours dans l’éclat du présent

    Peut-être un peu bateau ? (surtout la fin, j’y reviendrai, peut-être)

  164. Éclaircie dit :

    Dans les replis de la nuit
    La lune à mes côtés
    Me raconte la mer
    Lorsque le poids du jour est effacé
    Quand les semelles usées
    Ne laissent plus d’empreintes
    Nous remontons les embouchures larges
    Où les vagues peu à peu s’apaisent
    Contrariées par les flux revenus de si loin
    Qu’au matin la rivière encore nous attend
    Et je sais être l’eau qui patiente en son lit
    Et je veux être l’onde enfouie qui resurgit

  165. Éclaircie dit :

    Choc externe
    Interne
    Collisions multiples
    Étincelles vibrantes
    Le ciel est bleu à vous en faire pâlir
    Et les étoiles n’attendent que la nuit
    Pour à leur tour emplir l’espace
    Chanter leurs lueurs

    L’eau abonde
    Mais seulement dans les yeux
    Tandis que la terre sèche et poussiéreuse
    Ne donnera pas le grain
    Ou juste le grain de folie
    Pour rire et vivre demain

  166. 4Z2A84 dit :

    Nous cherchions au fond de l’eau les mots qui nous manquent
    Au fond de l’air la fraîcheur perdue
    Au fond du ciel l’étoile qui nous inspire
    Ils étaient sous notre main
    Fourmis au bout des doigts
    Nous n’avons rien gaspillé
    Le repos donne a notre fenêtre d’autres feuillets
    Il en augmente le pouvoir
    Vertige et profondeur s’emploient dès qu’elle s’ouvre
    Sur la rivière rajeunie
    Dont le nom de rue s’évapore

  167. 4Z2A84 dit :

    Le repos donne à notre fenêtre d’autres feuilles

  168. Éclaircie dit :

    En vagues démesurées
    se creuse et gonfle l’océan
    Et nos pas attirés par le rythme de l’eau
    trébuchent ou s’envolent
    aussi loin de nos mémoires
    que le gouffre profond ou la lune lointaine

    Les rues nous accueillent hagards
    nous poussent en ces impasses
    où nous devons traverser les enceintes
    laissant nos rires éraillés en écho
    s’accrocher aux arbres malingres

    Et nous cherchons la plus grande flaque
    pour y plonger enfin
    retrouver la voix du fleuve
    se bercer à son cours
    lâcher la rive
    et désaltérer la nuit
    luisante sur nos chemins

  169. Éclaircie dit :

    Les billes s’écrasent au fond des gorges
    cherchent l’eau où se dissoudre
    envahissent les chemins des labyrinthes
    pour effacer toutes les entrées

    Les yeux demeurent vides
    sans plus ces éclairs rouges
    à transpercer toutes les nuits

    Le grand arbre reste le seul refuge
    déployant son ombre murmurante
    il offre ses branches
    sans courroux si la corde le blesse

    La chauve-souris rentre au nid
    dans le grenier désert
    où pas même le soleil
    ne traverse la poussière
    ni le silence

  170. 4Z2A84 dit :

    Le silence est un pli dans lequel une bouche
    Etouffe et d’où les mots s’absentent un à un
    Je connais celui-ci celui-là me convoque
    Et cet autre pourrait changer mon existence
    Mais tous se sont enfuis comme des papillons
    Et mon filet ne sert qu’à suspendre le mal
    J’avais avec la vie tant de conversations
    Avec le cœur rincé par l’eau tant de partages
    Qu’il ne reste qu’un peu de vent dans mes bagages
    Le soupir d’un cahier dont on tourne les pages
    Pour y chercher des vers appris puis oubliés
    L’écriture appliquée d’un enfant sans nombril
    D’un écolier né sur la lune au mois d’avril

  171. Éclaircie dit :

    Dans l’immense salle
    ils sont cent guettant la porte
    elle s’ouvre parfois
    mais sans lumière
    les têtes se tournent
    l’œil brillerait presque dans cette humide obscurité
    et du même geste lent chacun soupire et attend

    Ils repartiront bientôt
    pour revenir encore
    jusqu’au ventre de leur histoire
    et que le vent chasse la bourrasque

    Seulement dix iront au bout du chemin
    trouveront l’océan
    nous serons de ceux là

  172. Éclaircie dit :

    La lune accueille tous ceux
    perdus dans les labyrinthes
    Ou qui n’ont plus à leur yeux
    des couleurs la seule teinte
    que les étoiles savourent
    quand le drap est sur le fil
    et que le lit sans atour
    s’amuse de nos babils

    Si l’eau embrasse le puits
    la bulle épouse le vide
    dans un silence timide
    La nuit s’ajoute à nos pluies
    pour dessiner l’arc-en-ciel
    nous guidant à la fortune
    d’un soleil tel poisson-lune
    De l’amour naît l’essentiel.

  173. Éclaircie dit :

    Non! tout n’est pas que chimie
    L’arbre me tend les bras
    caresse la lune
    l’accueille à la croisée de ces branches
    lorsque la nuit s’étire plus loin que le matin

    Le soir le sillon danse ondule
    charmant la graine
    blottie au chaud en son giron

    Les maisons ont un ventre
    par lequel elles respirent
    aspirent à entrouvrir les fenestrons
    lorsque sang et sève bouillonnent
    dans le mitan des lits
    dans les ruelles
    qui ne sont pas sombres

    L’écheveau de l’araignée
    rivalise avec les nids
    pour broder
    entrelacer les couleurs

    Ma main appelle la douceur de la pierre
    la trouve au creux de la rivière
    et l’eau m’entraîne
    cheveux défaits
    dans ce voyage
    dont je reviens toujours chercher la source

  174. 4Z2A84 dit :

    Les arbres respirent le beau temps qu’ils partagent avec nous
    Ces bruits légers de leurs feuilles impatientes
    Ne trouble pas la douceur dans laquelle le jour s’éparpille
    Nous ne courons plus après des lambeaux de paysage
    Ni sur les traces d’un animal depuis longtemps disparu
    Les rares maisons perdent leur autorité
    Le sable change de couleur le vert d’intensité
    On n’est plus maître de son regard
    Quand les yeux se laissent guider
    Par les changements d’humeur de la lumière
    La surprise c’est cette soudaine intrusion d’un oiseau
    Dans un ciel peint dénué de tout nuage
    Un oiseau dont on ne cherche pas à connaître le nom
    On ne me nomme pas
    Je n’ai qu’un objectif : traverser le ciel
    Avec rapidité à peine avez-vous le loisir de ciller
    Un doute s’installe et vous n’êtes plus très sûre
    De mon passage car ma signature
    Ne se déchiffre pas sur le ciel
    En perdant une plume que vous auriez trouvée
    Dans vos cheveux j’aurais témoigné de ma présence
    Un instant sur le cadran de votre visage inquiet
    Où les aiguilles se poursuivent et se chevauchent
    Mais un trait me désigne un seul et tout le reste
    Je l’abandonne avec la poésie
    Changer de peau comme le jour laisse la nuit le submerger
    On le souhaite et de ne pas trop longtemps regarder
    En face le soleil aux trop fortes liqueurs
    Les perspectives se chevauchent dans le lointain
    La crispation des branches sur d’autres branches suggère
    Une étreinte contre la peur des ténèbres
    Or le marbre est trop lourd pour le repousser
    La verdure trop noire nulle lanterne ne l’exploite
    Fiez-vous à la fatigue et cédez avec le sourire
    Devant cette vague en robe à crinoline

  175. Éclaircie dit :

    Embrasser le monde
    s’embraser de joie
    matin scintillant
    reflet de ta voix

    Entre les mots
    les pas qu’il me faut faire
    pour atteindre le vent
    Celui qui dépose à la fenêtre
    l’oiseau vert
    verdier timide
    Celui qui soulève le lit du torrent
    après que la glace recouvre le chant
    de l’eau libre
    courant à l’océan

    Je ne dirais jamais assez
    comme j’aime le livre

  176. Éclaircie dit :

    L’inspiration est dans la cheminée
    et les volutes sont autant de rires
    brisant tous les lustres
    les années de sécheresse
    et les œufs du coucou
    importun volatile qui oublie même de chanter
    et ses enfants dans des lits étrangers
    Déjà midi frissonne
    les tisons apprécient les cuisses de grenouille
    filés à la quenouille par une souillon
    vêtue de frais chaussée de neuf
    Les langues se délient
    prennent le train pour la Terre Adélie
    sans oublier leur petit bagage
    ni les mots à remettre au chef de gare
    ventru d’avoir trop déjeuner
    ou laisser échapper son drapeau
    fièrement planté sur le toit
    Girouette muette
    sonnant la pluie et tournant sous l’heure
    d’un oignon bien huilé
    quand les soufflets entre les wagons
    ranime ma flamme
    ma voix
    les voies
    et tous les pâmés du petit jour

  177. Éclaircie dit :

    ….. Et quand il ne dort point, les oiseaux chargés de veiller sur le sommeil de la Terre, les chouettes et les hiboux, d’autres encore que nous ignorerons toujours parce qu’ils nichent dans les airs, lui sonnent les heures avec l’assentiment de la Lune……

    Jules Supervielle- La piste et la mare

  178. 4Z2A84 dit :

    Mademoiselle : il est d’usage de mettre entre guillemets les citations.

    • Éclaircie dit :

      Désolée, je ne savais pas. Je répare :
      ….. « Et quand il ne dort point, les oiseaux chargés de veiller sur le sommeil de la Terre, les chouettes et les hiboux, d’autres encore que nous ignorerons toujours parce qu’ils nichent dans les airs, lui sonnent les heures avec l’assentiment de la Lune. »……

      Jules Supervielle- La piste et la mare

  179. 4Z2A84 dit :

    « L’inspiration est dans la cheminée ». Ainsi c’est là que tu la trouves ? Moi qui ne dispose pas d’une cheminée, je t’envie. Car de l’inspiration tu en as… à revendre, et elle fait merveille !
    .
    .
    Les arbres pleurent
    Et le vent se faufile entre les gouttes
    Quand le ciel change de couleur
    Quelqu’un que l’on ne connaît pas
    S’endort au coin de notre table
    Il y jouait aux cartes
    Mais on lui a volé son cœur
    Il est parti privé d’espoir
    En fermant les yeux comme on coupe
    Sans crier gare le courant
    Eclaircissez la nuit trop noire
    Frottez une allumette
    Et si s’obstinent les ténèbres
    Ouvrez d’un souffle la fenêtre
    C’est par là qu’entreront les premières lueurs
    Du jour aussi timide
    Qu’une joue qui rougit quand on l’effleure
    C’est par là qu’entreront mêlés heurs et malheurs
    Nous les trierons pour garder le meilleur
    Et quand les arbres pleurent
    Quand le vent se faufile entre les gouttes
    Les livres à l’abri
    Nous tournerons des pages
    Des pages des pages des pages vides
    A la recherche de notre âme
    Mais sous ce mot qui se cache ?
    Devrai-je soulever vos paupières
    Avec mes doigts maladroits devrai-je
    Chercher votre visage ailleurs que dans un rêve
    Je vous connais si bien
    Je vous connais si peu
    La roue tourne entraînée par l’eau dès le matin
    Nous sommes quelques-uns à veiller sur le feu
    Pourquoi veut-on qu’il soit éteint
    Par le courant d’air ou la pluie
    Pourquoi l’empêche-t-on de réchauffer le lac
    Comme il fait bouillir la marmite
    Pourquoi sépare-t-on le soleil de ses flaques
    En l’attirant sous l’horizon
    Il s’y enfonce avec ses colliers et ses bagues
    Avec son chapelet jalousé de saucisses
    S’il revient c’est à pas prudents
    L’aube puis l’aurore le guident
    Il est comme un enfant
    Que l’on mène par la main vers un manège
    Dont les chevaux de bois renâclent en vain
    N’exigez pas de moi qu’ils prennent le large
    S’envolent avec l’enfant sur le dos
    Loin de la terre où les fleurs n’offrent plus de leur plein gré
    Ni leurs parfums ni leurs couleurs aux passants résignés
    N’exigez pas de moi leur départ pour une aventure
    Car je manque d’encre et ma plume
    L’estomac vide
    Ne court plus très vite
    Et sans sève mes doigts s’immobilisent
    Quand les touches s’arrachent du clavier
    Comme les mauvaises dents de la bouche
    On n’écrit plus on se sent inutile
    Les livres fermés à clef interdisent qu’on les touche
    Mais déjà il ne pleut plus
    Les arbres ont séché leurs larmes
    Pendant que nous trouvions sous nos draps le salut
    Comme une place réchauffée
    Pour y accueillir un frileux
    Un animal frileux : hors de son lit le fleuve
    La baguette des fées à l’œuvre
    M’ouvre toutes les portes
    Rien ne me demeure étranger
    Je connais les dessous de toute affaire
    Et je me tais
    Et je détourne le regard
    Pour ne rien dire pour ne rien voir que l’essentiel
    Ce qui reste après le départ
    Des nuées étalées comme un poil sur le ciel
    Tout se rassemble et rien ne se ressemble
    Oubliée la fontaine tremble
    Et ne donne de l’eau qu’avec parcimonie
    A la dernière biche aux derniers oiseaux
    Le lierre l’étrangle
    Nous n’y buvons plus notre sang
    Ni aucun liquide
    Provoquant l’ivresse
    Le sourire échappe aux lèvres
    Il volette de mot en mot de chapitre en chapitre
    Il se multiplie squatte le livre
    Il t’appartient mais tu l’adresses
    Contre un autre sourire à tous ceux qui ont faim
    Car les sourires se mangent il suffit d’insister
    Pour qu’ils deviennent des baisers faramineux
    Dans lesquels on entre sans avoir la certitude
    D’en rejaillir vivant
    Comme lorsque l’on embrasse la lune
    Même sur son front même sur ses yeux
    A son front chacun trouve un nuage émouvant
    Et ses yeux restent clos même devant les lustres
    On croit mourir d’avoir épousé sa pelouse
    Secs les arbres se congratulent
    Ils alimentent la ferveur
    Avec le poids de leur ramure
    Et offrent aux voleurs
    La primeur
    De leurs fruits au sortir des fleurs

    • Éclaircie dit :

      « Car de l’inspiration tu en as… à revendre, et elle fait merveille ! »
      (puis-je reprendre la phrase à mon compte, pour t’offrir le compliment ?)

      Le cadre pour te répondre est aussi vaste que le poème que tu as écrit. Je ne saurai pas le combler.
      « Mais déjà il ne pleut plus
      Les arbres ont séché leurs larmes »
      Devrais-je citer tout ce qui me semble le « meilleur ». Je n’aime pas parler du meilleur, il y a un pire ensuite, encore qu’on ne sache pas trop si le meilleur n’est pas pire ou le pire meilleur.

      Là tout est PARFAIT.

  180. 4Z2A84 dit :

    « Comment s’était formée cette rue flottante ? Quels marins, avec l’aide de quels architectes, l’avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d’un gouffre de six mille mètres ? Cette longue rue aux maisons de briques rouges si décolorées qu’elles prenaient une teinte gris-de-France, ces toits d’ardoise, de tuile, ces humbles boutiques immuables ? Et ce clocher très ajouré ? Et ceci qui ne contenait que de l’eau marine et voulait sans doute être un jardin clos de murs, garnis de tessons de bouteilles, par-dessus lesquels sautait parfois un poisson ?
    Comment cela tenait-il debout sans même être ballotté par les vagues ?
    Et cette enfant de douze ans si seule qui passait en sabots d’un pas sûr dans la rue liquide, comme si elle marchait sur la terre ferme ?. …….. ».
    Jules Supervielle « L’Enfant de la haute Mer » (1931).

    • Éclaircie dit :

      Dans le conte « L’enfant de la haute mer » de Jules Supervielle, il faudrait tout citer, difficile de choisir un extrait plus que l’autre. Je le relirai.

  181. Éclaircie dit :

    (je n’ai pas encore lu ton cadeau, je t’offre le mien avant.)

    N’ayant de cheminée
    où descendrait le Père Poème
    déposer des vers et des vers
    dans ses souliers bien cirés
    il s’est demandé (mais pas longtemps)
    où il pourrait trouver une muse souriante.

    Marchant à grands pas
    dans son petit appartement
    les phrases ont jailli
    (de sa pensée ? que nenni ! )
    Du petit grain de sable là sous sa chaussure
    Des contrevents entrebâillés
    Du lustre aux mille cristaux
    De sa poche
    tapies sous la liste
    (des courses ? que nenni ! )
    Des livres essais et anthologies
    Des arbres ayant pourtant bien du mal
    à gravir toutes les marches
    pour atteindre son palace
    (sous la lune ? que nenni ! )
    où il converse avec les étoiles
    De l’écran
    (du téléviseur ? que nenni ! )
    de fumée bien sûr pas de la cheminée
    de celle qui sort de son cerveau
    rose bleue tendre bavarde
    et….
    Poé-tique.
    comme ces histoires extraordinaires…

  182. 4Z2A84 dit :

    Chère Dulcinée, la citation que vous faites du grand Jules est inexacte : « …que nous NE ignorerons toujours… »
    Don Quichotte.

    • Éclaircie dit :

      J’ai vraiment treize hontes.
      je rectifie sur les deux citations (en plus deux fois, 26 hontes, finalement). J’ai recopié, lu, relu et voilà.

  183. 4Z2A84 dit :

    Dans la fumée qui s’élève de mon cerveau quand j’enrage de ne point pouvoir saisir l’insaisissable prennent des formes éphémères des figures ondulantes à caractère éminemment féminin. A l’exemple des glaciers, mon coeur – plus dur et plus froid que le marbre – que le printemps proche cherche à galvaniser, me jouerait-il le tour d’entreprendre une fonte parcimonieuse dont le résultat se concrétiserait par l’apparition, au milieu de mon front, d’un troisième oeil ?

  184. Éclaircie dit :

    La lune émerge de ses draps de soie gris perlé. Elle conserve son voile de tulle léger, que bientôt elle fera glisser lentement pour nous offrir ce visage aux contours parfaits. Cette pâleur qu’elle porte si bien dans ces nuits duveteuses. D’un sourire elle calme les étoiles dissipées. Celles-ci s’approchent et la ronde magique attire les nuages spectateurs timides caressant les bois du sud. Spectacle qu’ils partagent avec le funambule de la nuit.
    Le cerisier tente d’entrer dans la danse; il devient reflet du ciel aux courbes parfaites, au chant envoûtant.
    Je regarde la toile et tenterai demain de la saisir au fil des pages.

  185. Éclaircie dit :

    J’ai perdu mon ours
    dans quelque grotte
    que nous n’aurions jamais dus hanter
    Ou dans l’océan rouge de sa cathédrale
    quand les cloches noyées
    n’ont plus de résonance

    Le rouge gorge parti
    fait son nid loin de cette forêt
    battue par le vent

    Le thé a perdu le goût
    des discussions improvisées

    La musique muselée
    sur la chaîne par trop rouillée
    voit le disque tourner
    sans ce son d’harmonica parfois essoufflé
    On a muré la cheminée

    Je suis partie

  186. Éclaircie dit :

    Ensauvagé, l’océan broie la roche fière

    —-

    La perruche gracile au matin est muette
    Les barreaux de sa cage tombent de stupeur
    S’engagent avec la graine à lui rendre l’organe
    Certes un peu grinçant mais bien assorti
    Au crépitement de la mitraille
    Atterrie sur le toit noir du train immobile
    Lorsque ce sont les ponts qui accourent
    Pour que le monde soit en ordre et danse
    Même si ce doit être à contresens
    Le jour déguisé en nuit
    Le soleil maquillé comme la lune
    De couleur élégante et pastel
    Le vent qui tourbillonne cherchant un nuage
    Ne trouvant qu’une plage de galets
    Dont il ne pourra découdre les ourlets sans briser la rondeur
    Et réveiller la mer digérant les requins
    Qu’au souper les marins lui donnent en pâture
    Pour calmer la marée et laisser les oiseaux
    Se baigner dans une eau certes salée mais étale
    Comme on serait dans un sauna rafraîchi
    Flambant neuf et fier comme un pou
    Caché sous la plume du serin ou du poète
    Amoureux des oiseaux dont il peint la volière
    Puis la gomme dans un souci de liberté
    Et dessine un drap sur les babils disgracieux
    Son œil étant charmé par le plumage mais son oreille fragile

  187. Éclaircie dit :

    Fragment, bribes de tout, de rien, éclats de verre, de lumière, d’atome.

    Le vent étouffe le feu. Sur la platine, « Nights in white satin » des Moody Blues. Blues d’avant, d’ailleurs, quelle importance. Le souffle court. Clopes du bout de la nuit, du bout du jour. C’est la fumée rabattue dans la pièce qui l’empêche de respirer. Comme de franchir ces chemins. Ceux qui ne vont nulle part, tant il bon de perdre son temps à ne rien chercher.
    Plus de bruit, que les rafales, là juste derrière la fenêtre aux volets attachés mais battants, pas même au rythme de ce cœur qui fait bien ce qu’il veut.
    Chercher la phrase la plus longue pour connaître sa propre limite.

    Café tout le monde !

  188. Éclaircie dit :

    Lune décroissante, descendante aussi.
    Elle ne m’a pas attendue pour se cacher. Faire du feu, la température est basse ici. Alors, les mains dans le foyer, sentir le bois qui a déjà brûlé, la veille. Sentir la flamme naissante, la frôler, l’encourager à réchauffer l’atmosphère. Pourtant le froid est vivifiant, le cerveau et les doigts s’agitent avec fébrilité. Petite bulle rose ou bleue avalée pour voir la vie de même.

    Un poème ? oui, je voudrais. Saurais-je ?

    (pour faire oublier mon dernier- sur my life-, qui aurait pu être pas mal, s’il n’avait pas été si pompeux et béta)

  189. 4Z2A84 dit :

    « Les livres que j’aime sont dans mon lit
    comme un fleuve m’abreuvant

    Dans la chaleur du monde
    aux sources vagabondes
    je confie mon sommeil
    aux heures de veille je caresse la page
    Les mots égrenés d’argent or et vermeil
    sont autant de voyages

    Le train m’emporte
    le rêve m’escorte

    Roulis tangages
    le cri du rail
    vent de corail
    gomment les âges

    Je voudrais un matin devenir la rosée
    celle qui du papier sur la main déposée
    bruisse comme forêt quand le songe s’évade
    et porte la couleur à l’acmé des aubades »
    .
    Je cherche vainement ce qui serait « pompeux et bêta » dans ce texte…qui me plaît (autrement j’aurais évité de le reproduire ici surtout après ce que tu en dis etc.). On peut évidemment « tiquer » devant « l’acmé des aubades », mais le vers reste agréable à l’oreille.

    • Éclaircie dit :

      C’est sans doute parce que rarement j’emploie de tels mots. Là j’ai « cherché la rime » et je ne me reconnais guère dans cette expression.
      Merci de me rassurer.

  190. Éclaircie dit :

    Enfle la vague à submerger la nuit
    Loin du clapotement des doigts
    Sur le papier froissé

    Faut-il un thème à nos amours
    Une raison à nos folies

    Le jour s’entache après la pluie
    De la poussière sous nos pas
    J’avais voulu marcher
    Au-delà de ces murs
    La ruelle retourne à l’ombre
    Le cri déjà s’en est enfui

    Oiseau de proie lance l’éclair
    Chape du ciel happe les toits

    Restent dans la mémoire
    Les gestes interdits
    La margelle du puits
    Et la branche de l’arbre

  191. Éclaircie dit :

    Devenir une plume et s’envoler
    loin du chemin et des ombres

    On reste là
    sans savoir dire
    sans avoir vu
    la nuit filer sur la comète
    quand la planète s’effondre

    Et si le vide est attirant
    on se raccroche à sa branche
    ou à la laisse du chien
    même endormi

    Le bord de la fenêtre
    effrité par le séisme
    guette le ruisseau
    fluide et tranquille
    qui l’emmènera plus loin
    plus loin
    où les sons deviennent audibles

  192. Éclaircie dit :

    Par vague revient cette envie de vivre
    plus fort plus loin que la falaise
    plus haut que ces voix
    les yeux océan le geste d’eau
    sirène perdue choyant sa liberté
    oublieuse des hommes et de leurs chants

  193. Éclaircie dit :

    S’asseoir, là, à l’abri, sous l’arbre. Chercher des yeux le chemin, guetter l’ombre précédant le voyageur, heureux de son périple.
    On l’attendait peut-être sans l’attendre, tant il nous était indispensable.
    On lui demandera de nous raconter le fleuve et l’océan. Les visages entrevus. Il gardera secrets les torrents, les forêts.
    On voyage au bord de la fenêtre quand les toits s’ouvrent pour happer le soleil. Quand la porte reste close parce que personne ne frappe. Les draps sur le fil ne sèchent pas dans la nuit, ils attendent la rosée pour rafraîchir les lits où la fièvre s’empare de corps secs, taris des mots que nous inventerons demain, à son retour.

  194. Éclaircie dit :

    Le vent qui envole les chaises
    les chevelures aussi
    et les maisons
    On part en voyage
    emportant l’âtre pour les soirées fraîches
    la lune pour garder le nord
    ou l’ouest
    une issue de secours si le souffle venait à manquer
    un petit mouchoir blanc
    de ceux brodés
    dont les points sont ces étoiles
    brillant même sous la mer
    des enfants parce qu’ils savent planer
    les arbres et leurs racines
    pralinées de neuf
    sans oublier les dinosaures
    à émonder les branches
    mon petit ensemble en lin
    très seyant en apesanteur
    pas de plumes qui nous donneraient le vertige
    deux trois mariées et leurs pièces montées

    Nous aurons laissé nos cerveaux
    et les cerceaux
    se reposer dans l’herbe fraîche
    où tout est à refaire
    les lits et les thèses
    la café et la fête
    deux trois chapitres
    à poser sur les pupitres
    et l’ancre même si l’on ne voit pas l’océan

  195. Éclaircie dit :

    Vitriol

    Lorsque la caresse cessa
    Le corps inerte, disloqué
    Semblait enfin dormir en ce pré
    Le vent osa s’approcher
    Comme l’étreinte qui berçait, inutile, nos ombres
    Le ruisseau étalait cette couleur sanguine
    Scandant le geste mille fois répété
    De ma lèvre à ta gorge bleuie
    Nous avions communié
    Dans cet enfer splendide de lys rouges
    Que seuls les enfants grandis trop vite
    Savent recoudre et découdre au matin

  196. 4Z2A84 dit :

    J’écris pour ne rien dire
    Même pas l’essentiel
    Car l’essentiel n’est plus à ma portée
    Avec le reste il s’absente de moi
    Pendant que je regarde ailleurs
    Pendant que je m’assure des battements de mon cœur
    Au milieu de la nuit
    Cette goutte d’eau sous un robinet mal fermé
    Ce terrible bruit qu’elle émet en tombant dans l’évier
    Ce flac flac flac flac infatigable
    Cette répétition du même son à l’infini
    Ce que j’écris
    Le même mot que ma main trace
    Un seul mot à prononcer à voix basse
    Sous le drap
    Pour ne pas être entendu
    Par le mur
    Et par les oreilles qui passent
    Comme des chauves-souris en procession
    Le mot le sésame
    Devant lui s’ouvre la fenêtre
    Personne ne reste longtemps à l’abri du jour
    Il sépare nos paupières
    Avec un ouvre-boîte
    On se trompait sur leur poids elles n’étaient pas si lourdes
    On se trompait sur tout
    La vie ne valait pas la peine que l’on se donnait pour elle
    A peine valait-elle le détour
    Un détour par la vie sur le chemin du trépas
    Un séjour dans les blés
    Quand le vent les berce
    Pour qu’ils mûrissent et produisent un or convoité
    Une lumière digne du soleil leur géniteur radieux
    Une clarté flagrante
    Une vague dont la poudre fait éternuer Dieu

  197. Éclaircie dit :

    On se croiserait presque, vous, cherchant le sommeil, ce dernier m’ayant quittée.

    4Z, toujours de si belles images dans tes écrits. je retiens celle-ci ce matin
    « Personne ne reste longtemps à l’abri du jour » parce que j’ai envie d’en choisir une, pourtant le choix n’est pas simple.

    À l’ombre du jour
    la nuit s’étire, effile le vent
    confiant aux arbres le murmure de l’instant
    l’est peaufine ses atours.

    Écoute le silence
    le bruit de l’eau enfin libre
    les galets polis réclamant l’onde
    le chant, la rosée.

    Les maisons courbent le dos
    sur le sommeil de l’enfant,
    sourient, loin des yeux avides
    de retenir seulement la couleur.

    Déjà le ciel se hâte au levant
    où le jour promet la flamboyance
    même si les voix feutrées
    s’oublient jusqu’à demain.

  198. 4Z2A84 dit :

    L’imprévisibilité est un des moteurs (elle en compte beaucoup) de la poésie d’Eclaircie. Des moteurs à explosion. Même calme il y a dans son texte comme un danger qui couve (sous la cendre le feu…).

  199. Éclaircie dit :


    Station
    Métro
    Debout
    Pénible dans la clarté manquante

    Les écheveaux se font et se défont
    au fil des nuits
    lorsque les coutures entre les doigts
    ne laissent pas voir le sable
    ni les lèvres tremblantes
    d’avoir trop dit

    La pluie bat au carreau
    elle creuse l’empreinte du pas
    sur le chemin du retour
    lorsque les chiens aboient
    encore

    Sur la pierre le mot est gravé
    le vent n’a pas d’emprise
    personne pour le lire
    pas plus pour le dire
    juste la stèle

    Ils sont deux à marcher
    ou s’asseoir
    au soir de leurs envies
    déclinantes

    Savent-ils encore ouvrir les yeux
    sur les épis ondoyants

    Le feu s’apaise
    le froid s’efface sur les parvis
    les pavés luisants
    indiquent la route sous le réverbère

    La poussière reprend ses droits

  200. Éclaircie dit :

    C’est l’heure où les oiseaux, diurnes et nocturnes
    S’époumonent en chœur pour appeler le jour
    Frissonnement de l’aile, œuf au chaud sous la plume
    Au loin les grenouilles croassent de concert
    À la fenêtre ouverte la caresse du vent
    Ne se lasse jamais de dire le printemps

    Si le ruisseau gronde encore au matin
    C’est pour que l’arbre aux racines séchées
    Se désaltère et que sa frondaison
    Effleure votre main, que je lise demain

  201. 4Z2A84 dit :

    Pourquoi des lettres italiques ? Parce que de Boissy présente ainsi ses textes ? Eh bien cette présentation je ne l’aime pas; elle m’oblige à pencher la tête !
    L’influence de de Boissy va plus loin : elle circule à travers cette suite de textes…pour leur bien et leur moins bien. Je ne crois pas qu’aller à la ligne aussi souvent soit le comble de l’art hi hi hi ni même un gage de souplesse d’esprit ni une décision résultant d’un patiente recherche de musicalité (ce texte, comme ceux de « La Lampe sous le Boisseau » malgré leurs qualités manquent ou plurôt sont en effet exempts de rythme, d’harmonie, de tout ce qui s’adresse à l’oreille…). Il me semble, mais c’est là un avis personnel qui n’engage que moi etc. etc. que pour ton inspiration cette forme condensée pour ne pas dire constipée est inadéquate; pour le dire autrement le verset te conviendrait mieux que ce découpage incessant et…gratuit.

  202. 4Z2A84 dit :

    Le commentaire précédent visait « Station / Métro… »
    Le poème suivant : « C’est l’heure où les oiseaux… » par contre me plaît beaucoup !

  203. Éclaircie dit :

    Le ruisseau gonflé des pluies de printemps envoie l’écho au rossignol tandis que la lune, en fin de course, se démaquille lentement.
    L’air est vif attendant les premiers piaillements. Le chat dort encore blotti contre le vieux chien.
    Seul le cliquetis des touches sur le clavier résonne avant le jour.
    Les murs du jardin, flous élargissent l’espace, cependant retenus par le lierre accroché à la pierre; les arbres respirent libérés de ces chaînes. Les perles de rosées comme vers luisant rêvent de vivre plus loin que l’aurore.
    Un chuintement discret répond au ronronnement de l’ordinateur, le café passé, la tasse blanche et l’envie, encore, toujours…

  204. 4Z2A84 dit :

    La lune nous ressemble. Comme nous elle guette l’arrivée d’un personnage haut en couleur qui ne perdra pas une occasion de soulever son chapeau et de rire du moindre incident. Si vous portez la rue en sautoir ou remplacez les fontaines par des quilles pour le bonheur des enfants, ce même histrion interviendra sans crier gare et armé de votre tondeuse raccourcira la pelouse. Du toit sur lequel l’herbe pousse trop vite au gré des cigognes, il se propulsera vers les nuages en décomposition une motte de terre dans chaque main, le projectile idéal. Pour jeter un tel corps à la face du démon aérien, il ne lésine pas sur la taille de son élan. Il part de loin espérant traverser à la suite de ces mottes l’espace où le vent perd ses privilèges, à commencer par son droit à la parole. Parmi les œufs, dans un panier subissant des secousses, la lune s’étonne : la pâleur qu’on lui prête est justifiée. Un coup d’œil au miroir suffit pour s’en convaincre. Ces cris poussés par un public enthousiaste vous réveillent à l’instant où sous vos paupières vos yeux répondaient à l’accueil des ténèbres par des appels de phare. Ils viennent du cirque, portés par la fraîcheur du crépuscule comme le seront à l’aube les notes cristallines des gouttes contre les lamelles collées aux feuilles. En attendant la lune en chemise roule le long de la gouttière sous le regard à la fois cruel et inquiet du chat dérangé. On se trompe de récipient et l’on se retrouve avec une montagne dans son écuelle ou dans les vagues perspectives attribuées aux antennes, celles des tramways à coup sûr, mais aussi celles dont la fragilité reste l’atout majeur, même après la disparition de la tente et de la ménagerie. A l’affût au point du jour, nous les avons vues s’enfoncer dans les eaux bleues du lac ; même les singes ne pipaient mot ; c’était comme si le silence occupait la place du cocher sur la plus haute valise. Et l’amoncellement de leurs bagages ne tenant qu’à un fil, le croiriez-vous : nous avions peur pour eux et pour nous d’entrouvrir la bouche et de boire malgré nos efforts toute l’eau croupie, oubliée depuis des siècles dans la carafe.

  205. Éclaircie dit :

    Le tapis se déroule à l’infini
    Il accompagne les pieds qui seraient fatigués
    ou ceux marchant sur l’eau avec la peur d’être mouillés
    Déjà le promeneur se rendort
    assuré de pouvoir compter les nénuphars
    si l’insomnie le visitait
    Comme on fait une visite de courtoisie
    à des voisins fraîchement parvenus
    au bord d’une fenêtre envahie par le givre
    Les poissons ne chantent que la nuit
    Ne vous étonnez pas de ne point les entendre
    La lune les couve d’un regard
    de sirène faisant ses vocalises
    Plus loin les chevaux se déguisent en hippocampes
    Ils hennissent comme vous ioulez dans votre bain
    lorsque les puces deviennent d’eau
    Le café coule à flot débordant des rivières de diamants
    qui remplacent le sucre
    pour les hommes du désert assoiffés
    Ils avalent l’océan
    vos rêves les rues même les réverbères
    Ainsi le monde tourne encore
    star reconnue des étoiles de mer
    de tous les chanteurs à cappella
    et des visiteurs venus de Mars ou d’Avril
    Peut-être de l’hiver déguisé en printemps
    pour figer la poussière que vos pas impriment à la neige
    de la banquise s’étalant sous vos bottines rouges

  206. 4Z2A84 dit :

    Le « dérèglement de tous les sens » annoncé par Rimbaud n’a rien d’inquiétant, qu’on se rassure. Il produit souvent en poésie le meilleur comme le confirme le poème que je viens de lire et dont le premier vers est : « Le tapis se déroule à l’infini… ». On songe aux Mille et Une Nuits pendant lesquelles circulent des tapis volants. Mais nous sommes en France dans une campagne où les réverbères oublient qu’ils ont pour tâche d’éclairer les rues quand ils ne surgissent pas rafraîchis d’un océan traversé par des bancs de poissons qui ne chantent qu’en nocturne !

  207. 4Z2A84 dit :

    L’orchestration des poèmes écrits à la gloire des arbres est le fait de leurs oiseaux.

  208. 4Z2A84 dit :

    Le rossignol ne dort jamais !

  209. 4Z2A84 dit :

    Ce lac dans lequel mon château se reflète, je possède la clé qui l’ouvre !

  210. 4Z2A84 dit :

    Derrière moi je ferme à double tour la porte de l’étang d’où je sors sec comme le hareng saur de Cros.

  211. Éclaircie dit :

    « La porte de l’étang » se referme sur lui
    Déjà un autre livre accompagne sa course
    Il a charmé la lune au creux de cette nuit
    Dans le ciel endormi pleure la Grande Ourse
    Orpheline dès lors que l’astre, du regard
    Abandonnant la nue, drapée dans un nuage
    Répond à cet amour et déserte le phare
    Dans lequel attentive sur l’océan sans âge
    Elle veillait toujours attendant le soleil
    Fidèle chaque jour protégeant son sommeil

  212. 4Z2A84 dit :

    Le cyclope et le phare ont un seul oeil tourné
    vers l’horizon d’où vient sur sa vague la lune
    ou son reflet dans l’eau leur faire un pied de nez
    geste de dérision dont se moque neptune
    pour qui les astres sont des poissons cuisinés
    même les mieux placés en haut de la tribune
    quand le ciel offre au monde un spectacle ordonné
    de planètes glissant vers une voie commune
    comme s’ouvre devant l’homme sa destinée
    dans ce gouffre chacun pour comble d’infortune
    retrouve ses habits de clown abandonnés

  213. Éclaircie dit :

    Je ne vais pas risquer des alexandrins, sur deux rimes, avec enjambements et tant d’originalité.
    je repousse la gageure à plus tard.

    La lune s’endort
    Sur les pensées de l’arbre
    Confiante du chemin
    Que tous deux ils prendront
    La nuit est ce vase noir
    Dont l’eau serait mouvante
    Qui plonge le dormeur
    Aux confins de sa vie
    L’aurore à la fenêtre
    Attend cette lumière
    Entre les loups les chiens
    Hésite à apparaître
    Si l’herbe ne devait
    Jamais nourrir le champ
    L’horloge n’affiche l’heure
    Que lorsque les secondes
    Se figent aux cadrans
    Mesurant la pénombre
    Allongée sur les lits
    Que la rivière emprunte
    Avant de s’engloutir
    Loin
    Là-bas dans l’océan

  214. 4Z2A84 dit :

    Nuées aiguillonnées
    Par le vent comme un bœuf
    Qui ne veut pas rentrer
    Dans l’étable brûlante
    Qu’avez-vous vu en route
    Du monde et de ces êtres
    Qui s’y croient tout permis
    Même d’emprisonner
    Les animaux sauvages
    Et de couper les arbres
    D’en faire du papier
    Pour écrire des mots
    Que ne comprendraient pas
    Même s’ils savaient lire
    Les poissons les oiseaux
    J’en passe et des moins beaux
    Car on trouve de tout
    Sans creuser trop profond
    Qu’avez-vous vu nuées
    Et que redoutez-vous
    Finissez de vous taire
    Et formez les paroles
    Qui flatteront l’oreille
    De l’auditeur curieux
    D’entendre répéter
    Avec des inflexions
    Plus tendres ce qu’il sait
    Déjà mais réécoute
    Toujours avec plaisir
    Quoiqu’il en coûte au vent
    Porteur de commérages
    .
    Les nuages se taisent
    Choisissant d’enfermer
    Entre des parenthèses
    Leurs discours mal rimés

  215. Éclaircie dit :

    La lampe est éteinte
    L’œil reste ouvert
    À guetter la lune ou la brume
    Penchée sur le berceau
    De ce ruisseau sommeillant
    Avant que les racines
    Ne lui donnent l’élan
    L’envie de s’unir aux forêts
    Où quelque oiseau timide
    Cherche l’abri loin du vent
    Le murmure de la nuit
    Embrasse le pré
    Le soleil ne saura pas
    les palpitations de la terre
    Lorsque la graine veut grandir
    Fier de sa force
    À chasser l’ombre et la rosée
    Qui caressent le champ
    Et les brindilles fragiles assoiffées de vie

  216. 4Z2A84 dit :

    dodo l’enfant do dormira bientôt
    ça roupille sur PF

  217. Éclaircie dit :

    Laissez-moi dormir au lit des rivières
    Quand sur la rive le bois blanchi
    Entraîné par les torrents
    Dort songeant aux racines
    Qu’il a dû quitter
    Laissez-moi me fondre aux vagues
    Pour épouser le bleu le vert
    Mes cheveux seront ces algues
    J’abriterai le temps
    Les sirènes accueillantes
    Me feront connaître le chant
    La lune au matin plongera
    Irradiant les pupilles
    Des yeux ouverts sur le large
    Les navires seront d’un autre âge

    Laissez-moi nager plus loin que l’océan

  218. 4Z2A84 dit :

    Les navires surgissent du passé
    Avec tout l’équipement qui était autrefois le leur.
    Les voiles, des ailes aux plumes lisses,
    Portent au-dessus des mers leur cargaison
    D’îles cueillies au printemps,
    Et l’équipage, suspendu aux cordages, nage dans le ciel.
    L’averse attend la nuit pour nettoyer le pont ;
    Le matelot de quart pleure ou rit sous la douche,
    Le volant lui échappe et la barre s’affole ;
    On ne sait plus où sont ni le sud ni le nord.
    La terre en s’arrêtant brusquement de tourner
    Jette flanc contre flanc des pays qui s’ignorent.
    La montre et la boussole à leur tour condamnées
    N’indiquent plus qu’un jour, celui de notre mort
    Si nous ne sortons pas de nos lits de fortune
    Comme les chercheurs d’or abandonnent la lune
    Quand dans le crible rien ne brille que du sable.
    Vivre devient alors un état délectable…
    Que nous font vos bateaux ?
    Qu’ils retournent à l’eau !
    Car dans le ciel les feux de signalisation
    Ne règlent pas comme il faut la circulation,
    Et que dire des anges
    Dont les déplacements à bicyclette
    Perturbent davantage les piétons
    Que s’ils utilisaient leurs ailes ?
    Où sont-elles ?
    Sur les terrasses où elles sèchent
    Retenues par des pinces à linge
    A la corde tendue entre deux cheminées.
    S’il pleut il faudra les rentrer
    Et le vieux chien qui se chauffe au soleil nous suivra
    Dans la cuisine sonore où tremble la vaisselle ;
    On jettera à la poubelle des rubans de mouches collées
    Et l’on balaiera sous la table et un peu autour des chaises
    En fredonnant un air fredonné ce matin par la voisine,
    Une femme qui perd souvent la tête,
    Une femme dont on retrouve la tête à l’avant des navires,
    Une figure de proue taillée dans le bois le plus résistant
    Par un artiste qui ne signait pas ses œuvres,
    D’ailleurs son nom ne signifierait rien pour vous
    Ni pour moi quoique je sois cet homme,
    On me l’a dit et je le crois.
    J’étais cet homme il y a un instant
    Lorsque la lune éclata de rire,
    Une lune rachitique,
    Mince comme un fil
    De profil
    Mais de face elle tenait assez de place
    Pour occuper à elle seule toute la largeur du canapé ;
    Elle s’installait devant la télé et n’en bougeait plus.
    Insipides les programmes se succédaient.
    Sortiras-tu enfin cette nuit ? lui demandais-je.
    Eclaireras-tu comme autrefois
    Le chemin de l’enfant perdu dans la nuit et qui prend peur
    En voyant des feux follets se poursuivre ?
    Elle ne répondait pas ;
    Sa bouche en croissant de lune m’intimidait,
    Je me sentais bien petit dans mes chaussettes dont l’une était trouée à l’endroit du pouce et lorsque je me déchaussais apparaissait mon gros orteil pour me faire des reproches aussi m’arrivait-il de dormir plus qu’à mon tour avec mes souliers aux pieds situation inconfortable mais moins humiliante…
    Elle demeurait blanche ainsi que sous les étoiles quand elle n’est pas rousse.
    Comme à un enfant je lui tendais une cuillère pleine de soupe bien chaude :
    Une cuillère pour maman,
    Une cuillère pour papa,
    Une cuillère pour…tante Ursule.
    Ainsi elle deviendrait une bonne grosse lune
    Et finirait malgré son poids par s’envoler
    Comme un ballon gonflé d’hélium ou d’hydrogène…

  219. Éclaircie dit :

    Le ventre du bateau regorge de chaussettes et de mitaines
    Que le marin oublie à la sortie de son scaphandre
    Lorsqu’il revient de sa plongée du haut des falaises
    Une craie ou une raie à la main

    Le navire s’avance pour recueillir les écailles
    Les doigts et la bouillabaisse dont il est friand
    Et le tableau de bord s’étoile
    Comme un miroir qui aurait reflété
    Un secret trop grand

    La cale ferme les volets des hublots pour oublier le chagrin
    D’être restée sur la plage
    Où même les châteaux ne la consolent plus

    Le sable dans les roues de l’aube
    Évite au jour de devoir se lever
    Quand paresseux et ensommeillé
    Il ne rêve que de connaître la lune
    Avec laquelle il compterait les arêtes
    Et les plumes des poissons de passage

    Mais déjà l’ancre vogue seule
    Oubliée des mains en prière
    Des sirènes et des sardineries

    Vague après vague
    La mer délaisse les fonds marins
    S’engouffre dans les sous-sols
    Et s’endort délivrée des déferlantes
    À lui donner le vertige
    Auprès de « Tante Ursule » rentrée de croisière

    À noter que « tante Ursule » choyée par son neveu aux lettres mariées aux chiffres a bien voulu faire le détour par l’île de mes folies…

  220. Éclaircie dit :

    Le péril en haute mer ne provient pas de la pénurie de chaloupes mais bien des tables et chaises déposées par un dormeur sur la crête de ses rêves.
    Voulait-il inviter les somnambules à prendre le thé ? Ou bien un café dans lequel le sucre préfère plonger par temps calme ? Quand les baleines affamées lui volent ses tartines alors que les moulins broient le grain et que le sel se dépose sur la queue du rossignol regrettant déjà d’avoir veillé si tard.
    Le porte-voix est réclamé à la hune pour lancer sa lumière au phare en grève depuis des lustres.

  221. Éclaircie dit :

    Terrée dans son mystère et son ignorance
    le chant du rossignol meuble seul sa nuit
    la lune ne viendra pas étreindre ses peurs
    les dissoudre
    Le temps dépose
    sur cet oreiller déserté
    les secondes qu’il aurait fallu
    pour éteindre le cauchemar
    avant qu’il n’éclose au plancher de la chambre
    Les pierres sont trop lourdes
    pour ériger ce mur
    entre le jour et l’absence
    Le feu reprend son souffle
    et se mêle au vent

  222. 4Z2A84 dit :

    On retourne sa peau comme un gant et l’on trouve
    Endormis les organes
    Ils ont chaud et nous avons froid
    Car l’automne n’en finit pas d’annoncer le retour des glaciers
    Dans leur gaine là-bas très haut sur la montagne
    D’où tout le paysage naît
    Avec ses descentes de lit
    Ses vagues enroulées autour de la verdure;
    Des animaux s’y donnent du plaisir et suent,
    La robe des chevaux le vent la soulève
    Comme le TGV l’herbe haute et le feuillage accessible ;
    On ne voyage pas sans, dans sa cage thoracique,
    L’oiseau celui dont les îles chantent les vertus
    Accompagnées par les arbres élastiques ;
    Leur parfum, qui de nous le respire et l’encense ?
    Source à l’aisselle de la belle enfin serrée
    Entre des bras longtemps privés de certitudes ;
    La femme caressée de la crête aux talons
    Répand l’humeur sacrée, son odeur et sa sève,
    Un arôme trop lourd pour être digéré
    Par le nain souffreteux qu’elle monte sans selle !
    Montagnes de l’amour, nobles cuisses et fesses,
    Les forêts montent à l’assaut de vos miroirs
    Et réflecteurs – la neige immobile détient
    Sous sa serre insensible au soleil des trésors
    De mémoire. La lune est la mère du lac
    Sur lequel notre barque entravée par le gel
    S’efface peu à peu comme au tableau la craie,
    Et le vent s’il soufflait perdrait toutes ses feuilles
    Et ses oiseaux mourraient de froid malgré leurs plumes….

    • Éclaircie dit :

      Encore (mais je ne m’en lasse pas) un poème que j’aime. Tu ponctues maintenant, la lecture est alors facilitée. Là où, avant ces points, ces virgules et points-virgules (que je les aime ces derniers), il fallait lire et relire pour connaître le sens (encore qu’on puisse souvent trouver son propre sens, qui n’est pas forcément celui de l’auteur), tu nous guides un peu plus, mais toujours pour m’enchanter.

  223. Éclaircie dit :

    Courant d’air courant d’eau
    ruissellent sur la Nuit
    quand le silence est pétri
    de tous les frissonnements de vie
    les frémissements de la terre
    libérant l’essence de la graine

    C’est la Nuit que les plantes grandissent
    attirées par la Lune
    quand le temps se repose
    au cadran des horloges

    Et cette vague en moi
    qui tend à me porter
    au creux des forêts
    connaître leurs secrets

    Premières lueurs
    l’oiseau se tait se terre
    recouvre de son aile
    l’écharpe encore sombre et son nid
    empli de promesses

  224. Éclaircie dit :

    J’ai déménagé pour un tout petit logis. J’ai pris garde d’emmener le ciel et ses étoiles, aussi la lune ; d’emporter le chant des grillons, les pâquerettes endormies, le galop des chevaux, les effluves de la terre et…le jour.

  225. Éclaircie dit :

    La ride au coin des yeux
    est pareille à celle de l’onde
    que le vent et le temps
    apportent au regard du monde

    La main toujours ouverte
    est la feuille des grands arbres
    Et dans la nuit se perdre
    mais voir la lumière du phare

    Les lits seront emplis
    de ces rires d’enfants
    Ou dans les draps d’oubli
    Le soupir des amants

    Quand les torrents s’apaisent
    s’assagissent au matin
    l’aurore encore caresse
    les rêves en chemin

  226. 4Z2A84 dit :

    Un poème délicieux.
    Non, il n’a rien à voir avec le chocolat.
    Ni avec la tarte au citron.
    Les gourmands mélangent tout, les mots avec la pâte, les lettres avec le sucre…

  227. Éclaircie dit :

    Merci merci et bon appétit ou/et bonne écriture

    Au chevet de la lampe

    Le sommeil soudain épie le frémissement des paupières

    Le froissement du drap sous la main qui se crispe
    Seuls les arbres chuchotent à l’oreille du vent
    Quand la rosée en perles et les vers luisants
    Se confondent s’unissent et se répandent
    Sur le champ encore noir de la nuit qui le hante
    Les chevaux soupirent d’aise ou de désir
    Là au-delà du mur dressé au fond du pré
    La touffeur se répand sur les ailes pesantes
    De ces oiseaux nocturnes épiant le moindre cri
    Des musaraignes oublieuses du temps
    Le dormeur se retourne et l’orage s’éteint

  228. Éclaircie dit :

    Les réverbères jalousent les étoiles
    libres de hanter le ciel
    heureuses d’orner la robe
    de la lune coquette
    Eux qui ne voient que leurs pieds
    dans un halo parfois blafard
    Quand les voyageurs
    endormis dans des chambres ou des trains
    ne songent plus à fêter la lumière
    Le chat sur la bouche d’égout
    se lave
    Ses yeux n’attendent rien
    La rue peut être aveugle
    Les chauve-souris se moquent des lanternes
    les détestent même
    pour avoir brûlé sans flamme
    leurs amours nocturnes
    Papillons englués aux verres dépolis
    Le silence ne parvient pas
    à vivre ses chuchotements
    ni à jouer avec les arbres
    effleurés par le vent

    À la croisée pourtant une lueur renvoie l’écho
    rêve au clapotis des vagues
    trop éloignées pour s’y noyer
    On plonge alors dans l’écran de la nuit

  229. Éclaircie dit :

    Au ciel de lit
    Plus jamais la lune ne s’égare
    Le souffle suspendu
    Offre la pâleur
    Aux rayons de la nuit
    La main s’ouvre à la musique
    D’un monde où l’heure repousse le temps

    Dans le jardin les fleurs s’étonnent
    De la blancheur du vent
    Au miroir de l’étang
    La brume s’abandonne
    La feuille pour le voyage a choisi l’océan.

  230. Éclaircie dit :

    Un œil à l’horizon nous regarde tendrement, surpris encore par le frémissement de nos lèvres, quand nous sommes silencieux d’avoir tant à dire.
    Les paupières de la nuit se referment doucement. L’ombre du tilleul pourra renaître.
    Sur une table, la flamme d’une bougie tremble, oubliée au matin. Le crépi se lézarde au mur de la maison, les pierres enfin respirent.
    On se retrouve parfois hagard dans ce décor immuable, de n’avoir pas ouvert les yeux plus tôt. Ou peut-être d’avoir veillé trop tard.

  231. 4Z2A84 dit :

    « Un œil à l’horizon nous regarde tendrement, surpris encore par le frémissement de nos lèvres, quand nous sommes silencieux d’avoir tant à dire.
    Les paupières de la nuit se referment doucement. L’ombre du tilleul pourra renaître.
    Sur une table, la flamme d’une bougie tremble, oubliée au matin. Le crépi se lézarde au mur de la maison, les pierres enfin respirent.
    On se retrouve parfois hagard dans ce décor immuable, de n’avoir pas ouvert les yeux plus tôt. Ou peut-être d’avoir veillé trop tard. »
    Eclaircie.
    .
    .
    .
    .

    La pluie tombe lourdement sur le marbre qui respire enfin
    Les lanternes créent plus d’ombre que de lumière
    Pas à pas le sentier glisse sous nous comme un ruban échappe à sa pelote
    Mais nous patinons le buste tendu
    Sûrs d’atteindre avant l’aube une étoile
    Ou son reflet dans l’eau gelée de l’étang
    Nous ne choisirons pas la plus brillante
    Ni celle qui clignote (agonise ?)
    Dans notre nasse viendra se fourvoyer la Seule
    Celle qui bayait aux corneilles
    La distraite des autres par sa propension à la rêverie
    Son studio se trouve situé au dernier étage du ciel
    Au dernier étage visible à l’œil nu
    Quand on scrute la nuit en espérant y repérer ses crachats
    Elle vit de la pauvreté sans parcimonie
    Elle existe par elle-même avec notre consentement
    Elle délivre la mouche qui vrombit sous son crâne
    Quand elle chante c’est par la cheminée que s’évacue le son
    Quand elle danse le plancher flotte
    Et ses voisins se plaignent en la privant de vis-à-vis
    Elle bayait aux corneilles elle tournait sans les lire
    Les pages blanches toute sa vie de son explosion à son éclosion s’y déroulerait en caractères d’imprimerie si le soleil ne l’avait pas aveuglée
    Alors qu’elle attendait sur un quai de gare
    Une autre étoile moins considérable une étoile comme on en croise dans son bol de café quand on y plonge sans a priori
    Pour ne pas assister au lever solennel du jour
    Et rester en bons termes avec la lune
    Avec la patiente lune avec la lune mise à toutes les sauces par des poètes qui rêvent de la cuisiner
    De l’absorber comme l’horizon absorbe le soleil
    Sans crainte d’augmenter son taux de cholestérol
    Le train attendu nul ne l’a vu ralentir quand il balaya les quais
    Tout fut emporté par son souffle même le marchand de limonade et sa camelote
    On patientait en regardant le chariot filer le long des wagons
    Personne n’avait soif ni faim
    Personne ne voulait d’un autre nom que le sien d’un autre visage que celui de la lune entre ses deux oreilles attentives à la musique des sphères !
    Et cetera.
    .

  232. 4Z2A84 dit :

    .
    On s’en doute.
    .
    Poème écrit avec une chaise et deux hochets.
    .
    Une chaise n’a pas de cou mais un entonnoir oui !
    Qui s’assied sur une chaise usurpe un royaume !
    Même debout une chaise semble assise !
    Une chaise sait d’instinct danser !
    Doit-on inviter cette chaise plutôt qu’une autre à danser ?
    Une chaise autour du cou attire l’attention !
    Une mouche sur une chaise éloigne les délicats !
    Et une chaise sur une chaise ?
    Les vagues imitent le cri de la chaise…
    La chaise change de nom lorsqu’elle se marie…
    On a toujours besoin de sa petite chaise pour mettre la main sur les pots de confiture…
    Chez le coiffeur les chaises s’enrhument !
    Solange est un ange elle offre au singe son sein ;
    On l’aura compris il s’agit d’un bébé singe ;
    Solange ne s’assied jamais sans sa sœur,
    Elles ne sont pourtant pas siamoises
    Ni jumelles ni de lait ni Brontë.
    Les murs échangent volontiers leurs oreilles contre…
    Contre quoi ?
    Je vous le demande un peu
    Beaucoup passionnément Passepartout
    N’est pas Rouletabille le héros du mystère de la chambre jaune ;
    Il reste coincé dans l’ascenseur
    Avec les musiciens d’un orchestre philanthropique.
    – Faut pas pousser – dit à l’omelette la clé
    D’une voix dont je me rappelle l’intonation,
    J’y étais assis sur la première chaise qui me vint à l’esprit,
    Une chaise sans cou mais dotée d’un parachute ;
    Nous survolions justement un océan dont le nom m’échappe ;
    Moi je rentrais d’un long voyage dans ma chambre,
    Elle, suspendue à ses tresses par l’opération de l’appendicite à ciel ouvert,
    Regardait de ses yeux lavande dans la direction d’où je venais
    Or je ne venais de nulle part
    Surtout pas du théorème de Pythie Gore
    On s’en doute.
    .

  233. Éclaircie dit :

    On n’en doute …. pas

    4z qui joue des mots (et fait des jeux de mots). Dois-je dire que j’ai aimé ? (même si la lune n’est pas présente, mais l’océan, oui)

    J’en reste saisie et assise.

  234. Éclaircie dit :

    La lune est l’œil de la nuit à demi ouvert.

  235. 4Z2A84 dit :

    Borgne la nuit ?
    C’est un cyclope.

  236. Éclaircie dit :

    La lune se baigne dans un océan de nuages, elle éclabousse les toits, les prés, les grillons et les bois.
    Les arbres n’en seront que plus verts, quand au sortir de la nuit, ils ne chuchotent plus mais se dressent guettant le moindre rayon qui leur offrira une majesté éclatante.
    Les pavés luisent sous les réverbères qui les admirent d’un œil timide.
    Le ruisseau se gonfle et rêve d’être torrent dévalant les pentes, inondant l’espace.
    Au nid l’oiseau se retourne dans son sommeil, s’ébroue et appelle un juillet aimable.

    La lune, dans son enfance, veillait déjà au chevet de nos peurs. C’est elle qui poursuivait la course que nous ne pouvions plus gagner. De nos rires et nos pleurs, elle se faisait l’écho, par ses reflets sur l’onde. L’eau l’accueillait sans frémir, pour ne pas briser le charme ni le chant. Sur le toit abritant tous les greniers, elle dansait, légère.
    Elle s’est réfugiée dans ma main, pour ne plus la quitter. Bleue, elle dessine les arabesques des mes pensées. Elle esquisse mon ombre sur les chemins, m’entraînant toujours plus loin. Au matin, nous nous réfugions dans un abri de feuilles et nous fermons les yeux jusqu’à demain.

  237. 4Z2A84 dit :

    Que cette lune qui danse au-dessus des greniers est agréable à regarder ! Si elle se trouve dans ta main, attention ! Fragile comme un oeuf, il suffirait d’un peu trop la serrer entre les doigts pour s’assurer qu’elle contient du lait ou que son sang a la couleur du lait. Mais non. Elle s’envole avant ce geste définitif qui consiste à étendre le bras vers la minuterie et à éteindre la nuit en appuyant sur l’interrupteur.
    Alors jusqu’aux dernières marches l’escalier s’éclaire et par les trous du toit crevé nous voyons danser l’astre insomniaque, la fille cachée sous ses cheveux blancs !

  238. Éclaircie dit :

    La brume s’est retirée sur le pré et sous les arbres, laissant le croissant de lune, seul, nourrir le ciel.
    La lune appelle quelques étoiles pour lui servir de traîne aux épousailles du bleu et du blanc. Sous la voûte, timide, elle avance à petits pas. Elle embrasse le silence, son amant. Tous deux s’enfuient à l’ouest, loin de l’aurore qui les ferait pâlir.

  239. Éclaircie dit :

    Portail fermé

    La bâtisse s’effrite sous l’absence
    des bulles blafardes trop lourdes pour rejoindre le vent
    s’en échappent comme grêle
    écrasant de jeunes pousses

    Il reste un seuil ouvert sur le vide
    des lits défaits offrant leur ventre au hasard
    une tasse oubliée
    et des rires grelottants

    L’arbre soulève le sol de ses racines
    à la recherche d’un regard
    la lune a déserté les fenêtres
    refermées sur un voile déchiré

    Un chemin s’entête à marquer le passage
    à conserver l’empreinte du chant
    Au bout de l’allée le portail ne marque plus l’heure
    Les couleurs estompées s’enfouissent dans le temps

    On dort sans rêve
    ailleurs cerné de murs blancs
    On attend l’océan
    et ses vagues pour laver la mémoire

    Ou le pas résonnant qui ramènerait le cri oublié

  240. Éclaircie dit :

    La lune mutine
    s’élance du grand arbre
    balancelle offerte au premier oiseau
    ou à la dernière étoile
    Insouciante du soleil qui ternira son teint
    trop frêle pour illuminer le plancher
    Elle joue avec l’aurore et ses couleurs
    chante pour les vagues qui seules l’entendent
    danse dans le ruisseau
    console les galets de ne pouvoir la suivre
    Bientôt seul son rire résonnera sur les collines
    qui se feront plus belles pour l’accueillir
    demain peut-être.

  241. 4Z2A84 dit :

    Magnifique portail !

  242. 4Z2A84 dit :

    Nous en franchirons le seuil.
    Nous verrons dans la maison qu’il défend
    « des lits défaits offrant leur ventre au hasard »
    nous y attendrons
    « les vagues de l’océan pour laver la mémoire ».

  243. 4Z2A84 dit :

    Et cela sous l’oeil de
    « la lune mutine,
    la lune dont le rire résonne sur les collines » !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.