Carrefour des illusions

 

La bataille faisait rage au rayon boutons du supermarché

Les adjuvants jalousaient tant les lieutenants

Qu’ils avaient décidé de leur pendre au nez

Leur teintant les moustaches de bleu à pois verts

Les caddies voyant l’horreur sont partis toutes roues dehors

(eh oui, pas les voiles, a-t-on déjà vu des voiles aux caddies ?

Oui, je sais que vous dites oui, les roues voilées)

Les chauffeurs ont fui de même les mains posées

Sur le désespoir de respirer

Les condiments se tordent et deviennent sédiments

Dans toutes les allées de ce cimetière

Un voile de brume a recouvert le pire

Et fièrement le capitaine a pu compter ses pertes

Il deviendra dès demain colonel.

Achetez mes belles tomates

Criait le forgeron pendant

Que la bouchère entreprenait

Des travaux de maçonnerie

Toussez ordonna le facteur

A son patient déconcerté

Qui réglait la circulation

Depuis sa chaire à l’Institut

Sa femme stripteaseuse en herbe

Trayait sans gants tout un troupeau

De chèvres qu’un ambassadeur

Menait paître dans une gare

Où des cheminots en soutane

Confessaient les sapeurs-pompiers

Quand ils déchargeaient leur navire

Apres un baiser fou

Les dents s’entremêlent

Et débutent un quadrille

Incisives et canines sont à la fête

Rien ne les arrête

Leur humour est pointu !

Mollassonnes sont les molaires

Qui décident de prendre l’air

En sautant de la bouche ventre à terre

Comme jadis leurs ainées

Pas si sages que ça

Et soudain de cette union

Une langue bifide surgit

Ne sachant quelle cavité rejoindre

La mienne ou la sienne?

La glotte se balance comme la cloche

De mon village

Et mes lèvres se referment  en avalant le vide

La séquestrée du lundi ne chantait que pour lui

Ogre obèse à l’œil unique et cynique

Qui rêvait à ses larmes  scalpels d’argent luisants

Il l’aimait comme on aime  l’adorait comme l’ombre

Survit au soleil des mois chauds de juillet

Et la belle dansait  flamme vive rose et brune

Sur les charbons ardents de cet homme ridicule

Qui croyait qu’un seul jour le ferait roi des ans

Des cochons des clochers des lunes rondes

Et de cette femme irréelle mais si belle qui dansait le lundi

Et tombait en fumée aux douze coups de l’ennui

Dans la salle aux secrets

Les miroirs harassés

Entretiennent  les reflets

Des mythes et des images

La brocante sidérale est ouverte

Au hasard des étals, on y voit

Les armures  bosselées

De la dernière défaite

Les cuirasses fendues

Des combattants déchus

Se vendent au poids du cuivre

Les sanglots se vendent en lingots

Les tréteaux sont fermés

Les tables démontées

La mort s’est bien vendue

Au cours des mercuriales

Les soleils étincellent

Sur les fronts des Titans

Les spectres des clairons

Annoncent l’apocalypse

Sur le sol, un heaume

Regarde fixement

Le chevalier qui part

En Tartarie

Ont participé :

4Z2A84

Eclaircie

Elisa-R

Heliomel

Tequila

7 replies on “Carrefour des illusions”

  1. éclaircie dit :

    le carrefour s’est un peu allongé et en même temps ramassé sur lui-même , les illusions, les belles sont toujours là, TOUT VA BIEN.

    félicitations aux auteurs…

  2. tequila dit :

    alors que le dernier etait presque triste
    celui ci part EN folie
    mais qu’elle puce a piqué nos mains pour accoucher d’une telle excitation?
    c’est bien simple , en fin de lecture je suis épuisée
    il est temps de prendre ses gouttes en dépassant la dose prescrite ou bien St Anne nous offre ses doigts gantés pour mieux nous enfermer!

  3. éclaircie dit :

    Je crois que je préfère ce carrefour sans ses ronds-points, peut-être suis-je rétrograde, mais vraiment, nous observerons la règle de la priorité à droite pour laisser défiler les illusions, et ne retenir que les indispensables-là j’en voit bien 45 lignes au moins, mais je peux me tromper, elles allaient tant en fanfare que je ne suis pas parvenue à les compter….
    (je précise fièrement que je suis allée dans mon net-dictionnaire vérifier le pluriel de « rond-point » et réclame à ce titre un sucre d’orge supplémentaire. )

  4. Elisa-R dit :

    Je dépose le sucre d’orge sous la lampe offerte par Téquila…J’en profite, avec gourmandise, pour relire ce « carrefour » époustouflant.

  5. Heliomel dit :

    espérons qu’après ce carrefour nous aurons une longue ligne droite ou même en zig zag, peu importe, l’essentiel c’est de voyager.

  6. Aquae Sidonie dit :

    (Ah ça y est, j’ai compris, y sont fous)
    Drôlement bien fichu, drôlement parce qu’on est en attente dans la lecture, mais finalement, c’est-à-dire au final, non : les pièces suspendues s’assemblent d’un bloc. J’ai lu un rubick’s cube à 5 couleurs qui construit une rue Daguerréotypique en remontant le temps de la société de consommation, d’une bataille à une autre.

  7. Éclaircie dit :

    Oui, Aquae ? la proposition de nous rejoindre tient toujours.

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