Abat-jour – Paul Geraldy (« Toi et Moi »)


Tu demandes pourquoi je reste sans rien dire ?
C’est que voici le grand moment,
l’heure des yeux et du sourire,
le soir, et que ce soir je t’aime infiniment !
Serre-moi contre toi. J’ai besoin de caresses.
Si tu savais tout ce qui monte en moi, ce soir,
d’ambition, d’orgueil, de désir, de tendresse, et de bonté !…
Mais non, tu ne peux pas savoir !…
Baisse un peu l’abat-jour, veux-tu ? Nous serons mieux.
C’est dans l’ombre que les coeurs causent,
et l’on voit beaucoup mieux les yeux
quand on voit un peu moins les choses.
Ce soir je t’aime trop pour te parler d’amour.
Serre-moi contre ta poitrine!
Je voudrais que ce soit mon tour d’être celui que l’on câline…
Baisse encore un peu l’abat-jour.
Là. Ne parlons plus. Soyons sages.
Et ne bougeons pas. C’est si bon
tes mains tièdes sur mon visage!…
Mais qu’est-ce encor ? Que nous veut-on ?
Ah! c’est le café qu’on apporte !
Eh bien, posez ça là, voyons !
Faites vite!… Et fermez la porte !
Qu’est-ce que je te disais donc ?
Nous prenons ce café… maintenant ? Tu préfères ?
C’est vrai : toi, tu l’aimes très chaud.
Veux-tu que je te serve? Attends! Laisse-moi faire.
Il est fort, aujourd’hui. Du sucre? Un seul morceau?
C’est assez? Veux-tu que je goûte?
Là! Voici votre tasse, amour…
Mais qu’il fait sombre. On n’y voit goutte.
Lève donc un peu l’abat-jour.

 

 

Paul Geraldy (« Toi et Moi »)
1885

 

 

4 replies on “Abat-jour – Paul Geraldy (« Toi et Moi »)”

  1. éclaircie dit :

    Bigre, je ne connaissais pas même l’auteur de nom. Sinon, ce genre de poème n’est pas trop ma tasse à thé…de belles sonorités dans certains vers, et en filigrane ce décalage entre les envies et sentiments et la réalité tout à fait intemporel .

  2. 4Z2A84 dit :

    A moi non plus ce poème ne plaît guère. Mais il n’est pas malhabile. Il fut une époque où ce genre « carte postale pour amoureux » avait beaucoup de succès. D’ailleurs je ne crois pas me tromper en supposant que Tequila nous l’offre…pour se moquer…de qui ? de quoi ?…ça, par contre, je l’ignore.

  3. Frangine dit :

    Paul Géraldy était contemporain de Colette, d’Anna de Noailles.
    A cette époque on aimait le romantisme un peu bourgeois.
    Aujourd’hui, ce charme désuet nous paraît dépassé, mais on ne peut nier que de cette poésie simplette se dégage un certain charme…

  4. Elisa-R dit :

    J’aime assez la banalité du quotidien chargée de tout cet amour, indicible. Désuet, oui mais charmant.

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