Vagabondages 8

Quand on ouvre les volets de la chambre pour promener son regard dans la vie du dehors, il faut avancer prudemment des deux yeux. et surtout faire une pause au moment de traverser la vitre de la fenêtre. Il faut bien s’imprégner des odeurs de la maison pour se remplir d’habitudes et d’existence domestique. Une fois qu’on a l’âme pleine de soi, on peut tenter alors l’aventure du passage.

Tout d’abord, on quitte la frontière du domaine, les allées appartiennent encore à la famille, on est encore chez soi. C’est plein de rires d’enfants et de brins d’herbe coupés. Dès que l’on avance, on pénètre dans la partie commune, la cuisinière rencontre ses légumes et ses fleurs domestiquées, le jardinier retrouve l’ordre des plans et des semis Les oiseaux sont des habitués, la moindre touffe d’herbe est connue, la traversée est sans surprise.
C’est quelques mètres plus loin que le danger commence. C’est là qu’il faut se concentrer et prendre toutes les précautions nécessaire pour ne pas se perdre soi-même. Car là, on rencontre l’inconnu. C’est l’oiseau de passage que l’on n’a jamais vu et qui s’envole en emportant votre quiétude, le souffle de vent chargé d’odeurs voisines qui vous attire dans la vie des autres, le papillon aux couleurs rares qui vous ferait basculer dans les voyages lointains, le pollen sucré aux saveurs étranges qui vous entrainerait sur la pente des rêves interdits…
C’est là qu’il faut se ressaisir en se rappelant le parfum de la chambre et revenir très vite à la maison en ramassant tout ce qu’on trouve.
Une fois les volets refermés, on peut alors, à l’abri, contempler le butin de l’expédition et profiter de ces trésors que votre enfance a su préserver.

Paul de Glécy

3 replies on “Vagabondages 8”

  1. 4Z2A84 dit :

    Un très beau texte. Maîtrise de la langue et évocation réussie d’un paradis…perdu ?…retrouvé par la grâce des mots et de la poésie ?
    « Car là, on rencontre l’inconnu. »

  2. éclaircie dit :

    Un bon parfum de liberté, le titre de la série prend ici tout son sens. Oui, très beau texte.

  3. Frangine dit :

    Intéressante prose poétique. Moi, j’y ai vu un morceau de vie; la traversée de l’enfance et l’arrivée dans l’âge adulte. Belle plume.

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