Archive mensuelle : décembre 2020

Et voilà pour les coulisses: Voyage de Manteaux et chapeaux, de l’Antichambre au Petit Théâtre …

Heureuse qui, partie pour longtemps,
N’a pas gardé le lit


Heureuse qui a vu
Depuis les limites septentrionales de la kitchenette
Aux marches équatoriales du salon
Naître et mourir l’aube aux doigts de fée


Heureuse qui a contemplé la naissance
D’une strato-Iris, d’un Morphéo-cumulus,
Dans les vapeurs d’une baignoire
Aux falaises porcelaine, où Poséidon, quand il s’ennuie, batifole à l’envie
Puis les a vus avalés aux placards Orientaux,
Dans la basket trouée du Cyclope,


O Voyage lent et sublime
Au gré des courants
D’air le plus souvent
De l’oreiller d’Orphée à l’œilleton du palier ultime du vestibule d’entrée

Heureuse qui, partie pour longtemps,
Telle un Ulysse en miniature, n’est pas restée couchée,
Mais s’est en allée loin, si loin, aux confins de son studio parisien


Antichambre,

Défroisser le pétale
Sa robe plastifiée
Hautaine protectrice
Perle de chaleur
Il porte les fleurs moites
Qui trancheront avec le froid
Poli du corps
Destitué…

Manteaux et chapeaux
s’ennuient dans l’antichambre
Jamais quiconque n’aurait l’idée
de les conduire plus avant
Quand bras et jambes
têtes et cous ont franchi tous les seuils
Ils font le pied de grue
cependant pas fâchés de n’être pas trempés
tenus aux rigueurs de l’hiver
ou remisés dès l’été dans une sombre alcôve

Petit théâtre
J’entends les 3 coups
Ça y est, Tout va commencer!
J’étais retenu, on ne voulait pas
Mais me voilà
J’ai réussi à me faufiler
Je suis entré
Dans la Chambre blanche.
Je respire enfin.

Rien n’est joué pour autant
J’inspire et pousse mon premier cri.
Je dois encore patienter
Dans les dédales de toutes ces salles
Je pousse à ouvrir toutes les portes
Pour mieux comprendre ce que je suis
Un nouveau défi s’offre à moi:
Je viens d’arriver dans une Chambre Noire ( sans clef, ni porte, ni fenêtre) …

Juste un indice m’apparait
Je suis entre Deux Mondes
Un peu essoufflé mais encore bien vaillant
Une seule question subsiste
Quel chemin emprunter?
Attendre devant la maisonnée ou se lancer et entreprendre?
Il n’y a pas photo. Je suis certain que vous devinez la suite …
De l’ Antichambre où j’étais resté calfeutré bien trop longtemps, j’ai tiré un trait …

Et … Je choisis d’ouvrir tout grand
Portes et fenêtres du Manoir
Afin de laisser
Entrer une cascade de lumière
Dans tous les champs des possibles
Sous le soleil multicolore
De nos vies transfigurées
Pour mieux apprendre à vivre sans rien attendre en retour

Par ordre d’apparition dans le vestibule:
Pascal, Phoenixs , Eclaircie et Marjolaine.
Elisa et Kiproko ne sont pas très loin et 4Z veille sur la chaleur de la maisonnée

Voici notre création en cette presque fin d’année et je dis Ouhahh que c’est chouettement bien dit, quel voyage! Merci à toutes les mains et Un bon bout d’an avant l’an qui vient.

Le titre est en collage pris un peu à chacun d’entre-nous.

Novembre, tout file, tourbillonne, décembre baisse la garde

Le ciel de novembre charrie sa cohorte

d’agneaux mangeant les loups

d’oiseaux sans ailes en équilibre

sur le fil d’une araignée dont les pattes géantes

ne cachent pas même les mandibules voraces

À gauche la poussière du dernier galop de licornes 

s’effiloche sous les yeux de la chouette effrayée

Griffes et cornes s’entremêlent dans une arène grise

Et lorsque le vent faiblit et meurt

la lune et la grande ourse reprennent leur conversation

sur la branche maîtresse d’un arbre jamais grandi

***

Zoo file,

Cornu, biscornu le zèbre

Porte ses raies à l’envers

Dans cet endroit

Droit devant le popotame

Fonce à l’aveugle

Belle la girafe croque son nuage

Laiteux laitue du ciel

Où passent les aigles

Vertigineux et borgnes

Nous rampons mêlés de sel

Et de suie

Suivant le cours émotionnel

Des larmes de crocodile …

***

Immersion

En eaux troubles …

Observons

Du fond des océans

Les différents méandres

De notre humanité

Rendez-vous à

« Allée de Tourbillons de Karman »

Le voyage

Ne fait que commencer

Requins, Loups, Poissons-clowns, Dauphins,

Chouette,

Il me tarde

Vraiment

De pouvoir replonger

Dans le grand bain :

Humant, dégustant

Ces saveurs sucrées salées

Amères, Passions Renversant

Tout sur sa lancée

Transformant

Ce ver en vers

Que la chouette effraie

Émotionnellement

Fredonne

Avec le Rouge gorge son ami

Un seul hululement

Me vient de ces bestiaires retrouvailles

Et me voilà, dès l’Aube

Dans la grisaille, écoutant avec joie

Le chant des baleines boréales

***

À l’inventaire de décembre

un garde-manger de nuit, rogne, rugit d’effroi dès qu’on l’approche

un serpent lové Au chaud Au fond du tiroir des possibles, dort au milieu des slips

un lac s’étend – œil exotique – idéalement clair entre cinq et sept heures du matin Tout au fond, vous pourrez voir les premiers âges du monde

un cœur, animal petit, court sur pattes Vif comme la lumière Quand il est plein

un poney Abandonné en plastique rose Depuis l’année dernière sur l’étagère du salon,  furieux, vous montre son derrière

un porc-épique – intempestif, annonce la fin du monde en boucle. Retirer la fiche du secteur pour qu’il s’endorme enfin.

la salamandre dans le poêle à mazout, s’en fout visiblement d’être une salamandre, partage avec vous ce petit verre de vermouth, Et fait comme ça, Et fait comme si ! Comme si l’hiver n’allait pas durer.

d’autres bêtes, minuscules ou énormes, empreintes de bêtes, de non-bêtes, bêtes-interstices dans le mur, entre tout à l’heure et tout à l’heure, bêtes aériennes ou apaisantes, parentes, ou transparentes, et qui se mêlent au va-et-vient de votre souffle à l’heure où vous baissez la garde

Très étonnant comment le mouvement a surgi de notre poème à plusieurs mains. Il est initié dans le ciel par Éclaircie, Phoenixs le poursuit en fonçant et en rampant, Marjolaine lui offre l’immersion, et Bossman l’immobilise au coin du feu. 

Patrick Varetz

1339.

PUITS tu es ce puits qui se
nourrit d’une eau invisible
tu ne possèdes ni margelle

ni poulie simplement cette
ouverture sur le vide puits
tu peux toujours avaler la

langue des symboles et la
bouillie des mots tenter de
t’unir aux autres hommes

à leurs échanges tu n’iras
pas très loin dans le corps
social

t’unir aux autres hommes

1340.

à personne cette source dis-
tu cette source n’appartient
à personne et je m’y suis en-

vasé mal maçonné je pivote
autour d’un cœur imaginaire
puits sans fond (mais réel)

je lance un œil vers le ciel

puits sans fond (mais réel)

1341

ainsi tu es le système puits
le vide creusé au centre de
la énième parcelle creusé

pour que d’autres labourent
l’existence avec leurs mots
ainsi tout parait s’organiser

pour que d’autres circulent
autour du vide comme l’âme
autour du cœur jusqu’à l’é-

puiser

ainsi tout paraît s’organiser

1342.

Tu e le creux filtrant l’eau
ce lieu des turbulences que
rien n’altère ni l’horizon et

ses manœuvres ni le jeu de
ta cervelle c’est écrit puiser
en toi je renouvelle – seuls

comptent l’effort et ce soin
tout particulier que tu mets
à utiliser les bons moyens

tu es le creux filtrant l’eau

Patrick Varetz, deuxième mille, éditions P.O.L., 2020, 528 p., 32€

Sur le site de l’éditeur :
Depuis 1993, Patrick Varetz s’est engagé dans un projet d’écriture poétique d’envergure. Défendant un retour au vers et à la poésie, il crée une sorte d’expérience littéraire d’exploration de soi. Journal intime dans lequel interviennent autant les souvenirs personnels que les lectures, les films, la musique et les chansons.  En 2013, il a décidé d’écrire mille poèmes parce qu’il avait besoin d’écrire sans cesse, matin, midi, soir, la nuit quand il ne dormait pas, parce qu’il aimait l’idée que le poème puisse recueillir les pensées, les rêves, les sentiments, les colères, les peurs, les envies.
Sept ans plus tard, il publie le deuxième volume de cette expérience poétique, le Deuxième mille. Sur le même principe que le premier volume. Le livre devient l’atelier du poète. La succession des poèmes fait apparaître ses recherches métriques, formelles, rythmiques autant que ses sujets de préoccupation. Patrick Varetz reprend son travail original sur le tercet qui s’intensifie dans ce volume. Le Je s’efface au profit du Tu qui désigne aussi bien l’auteur que ses proches ou le lecteur. On retrouve les mêmes préoccupations : le renoncement, le vide et l’imposture, la haine du père, la maladie, le suicide par pendaison. Et dans la grande tradition poétique d’un François Villon, le poème se conçoit comme une chronique de soi et du monde

Voir cette vidéo où Patrick Varetz parle de son travail d’écriture.

Voir la biographie et la bibliographie de Patrick Varetz

Feuilleter ce livre en ligne

Article de Poezibao, https://poezibao.typepad.com/

Ubu, bulle-flocon de fer blanc

Par delà sept forêts de pyrite, sept montagnes d’opale, de jade,

Le soir, à l’heure où soupirent les chênes les plus noirs – les trembles les plus pâles

Une bête éclatante

Léviathan monstrueux et chatoyant

Colonnes lustrées d’étoiles, piquées de flammes et de vents

D’Orion à l’Éridant

Sous les ondes, ses écailles dansaient

Sa gueule immense brûlait

Tout ce qui était laid, tout ce qui était faux

Ses yeux d’onyx voyaient

Tout ce qui était bon, tout ce qui était beau

Ah là là ! L’animal fabuleux !

Son ventre gros

Comme une tonne de Chablis premier cru Vaux Ragons

Et moi, vêtu d’une cotte de mailles

De fer blanc

Pauvre larron !

Pauvre manant !

J’étais dedans !

.

Ubu,

Le conteur de fables

Brasse l’air vigoureux

De ses grands bras instables

Fabuleux

Ce que le monde engendre

Par ses mots polymorphes

Avant que de descendre

Dans un silence amorphe…

.

La note sur la portée bulle dans sa rondeur fragile

Depuis la nuit des temps

Les yeux s’illuminent 

Dans les visages flous

Les paysages des contes 

Plus réels que nature

Prennent par la main les assoiffés de vie

Sur les chemins jamais ne s’effacent

Les empreintes

Je mettrai mes pas dans les traces fraîches

Pour l’épique voyage dans la brume

Cueillie aux fenêtres de l’aube

.

Quand je pense qu’ 

Une goutte d’eau 

peut 

devenir flocon 

Une étincelle de Vie 

peut 

faire la ronde 

en dansant 

avec l’Univers 

Un verre de Poésie, 

un brin de mélodie 

ou un certain « Pouces verts » 

peuvent faire faire 

 choux blanc aux guerres 

Moi, ça m’va 

et ça me donne envie de chanter 

avec les Fabulous Trobadors 

de Toulouse 

 » Pas de ci  » 

Pour que, 

des contes de notre enfance, 

le Fabuleux destin 

reprenne sa place 

Au Soleil 

Pour boire un coup avec les Amis 

En chantant à tue-tête, 

Tout en conscience   

Qu’il est fabuleux 

d’être…  ensemble… 

Que la Vie est une véritable fête  

Si on choisit de ne pas se prendre la tête 

« Il en faut peu pour être heureux »… 

Et quand on se dit ça chaque matin 

Avec tous les envers et les endroits 

C’est ça qui fait notre force et qui est fabuleux!

***

Fabuleuse équipée composée de

P.Y. Bossman, Phoenixs, Éclaircie, Marjolaine

Le titre est puisé au fil des vers.

***

Élisa, passante qui passe, silencieuse

Kiproko, que l’on attend

***

4Z, fabuleux et bien réel poète, ici, là-bas, là-haut, au-delà….