Monthly Archives: novembre 2018

Point d’Ancrage

Encre toi et toile,

 

Se déroule l’image floue

De tes voyages blanchis

Tu pointes l’œil mobile

Cherches quelque part

Quelque chose de fixe

Mais

Mais

Les silences avalent le sens

Et rendent du sable en coquilles

Sur tes miroirs déteints

Cris sans…

***

 

Dans l’encre bleue

Au milieu du ressac

Retiens l’ancrage

D’où émergent tes pensées

Ta parole en exil

Nue, inconnue

Court à sa perte

Prenant le vent de face

Dans son voyage immobile

 

A marée basse

Dans l’épaisseur des pièges

Recueille l’esquisse

Le signe providentiel

Effleure le coquillage irisé

Qui chante l’indicible

Trace la voie des semailles

Qui défroisse tout langage

De sa trop longue hibernation

 

Ecoute la fugue

Dans la profusion du monde

Avant que le tourbillon t’emporte

Que le silence devienne trop assourdissant

Apprivoise cette envie de fragilité

Qui monte en toi

Comme un ciel lointain

Un désir d’écrire

Ton bouleversant chemin d’étoiles

***

 

Au début

on est sur le rivage

on observe

les bateaux qui partent

on n’a pas encore pris notre envol

toujours au point d’ancrage

 

Par la suite

on poursuit sa route

on tombe souvent sur des mirages

alors qu’on voudrait bien

transfigurer cette réalité

 

Puis on souffle nos bougies

dernières vérifications

ça  y est cette fois-ci tout est prêt!

C’est le grand et merveilleux voyage qui s’annonce

A la Nils Holgersson!

Il est temps de larguer les amarres

 

A nous la Liberté du Grand Large

A nus nous traversons

en direction de nouveaux point d’ancrage

offrant un regard empli de bienveillance

pour tous les mouillages amis

que nous allons rencontrer!

***

 

Deux chaussons sur une descente de lit

Sur le chevet un livre au marque-page usé

Pas un bruit

L’esprit s’y recueille attaché aux lieux

Tandis que le corps évaporé

N’est que souvenir

Les feuilles remettent leur sort au vent

La cheminée centrale

Chantonne la vie l’automne

Et toutes les mains qui ont tisonné l’âtre

 

Où l’on retrouve les pavillons de

Phoenixs, Kiproko, Marjolaine, Éclaircie

Élisa rêve dans le port

et 4Z veille sur nous.

Kaléidoscopes

Métallique le tube n’est pas large mais j’ai pu me glisser à l’intérieur assez facilement. En fait, je n’ai pas réalisé ce que je faisais, trop distraite pour cela sans doute.

Je parlais à un frère ou à une sœur, il y avait beaucoup de rires dans l’air qui exaltaient les poussières de soleil.

Les visages, les objets, les paysages, les animaux : tout se démultipliait. Au point que les yeux ne savaient plus où regarder pour tout voir.

Non seulement le spectacle offert était extraordinaire mais l’intérieur du tube lui-même, ses nombreuses facettes brillantes et lisses, les reflets qu’il irisait tout dévoilait une beauté jusqu’alors méconnue de la vie.

Enchantée par ce fabuleux spectacle, je perdis conscience du temps. Je ne réalise que maintenant à quel point cette expérience eut d’impact sur moi : si le monde était trop vaste pour être saisi dans son ensemble, je le verrais désormais ainsi : découpé, coloré, irisé, merveilleux, multiple, infini…

Et me voilà, toute surprise de ne pas retrouver, en sortant la tête du tube, les rires de mon frère, ceux de ma sœur. La mécanique du temps, bien entretenue, a emporté silencieusement ce que j’avais laissé en me glissant dans l’objet.

Je me sentirais bien seule sur la berge si vous n’étiez pas là, agitant joyeusement les bras un poème à la main pour me rappeler le jour de la publication. Attendez-moi : j’arrive !

*

Fragments irisés,

 

Tu restes au seuil du jour

Entre hier et demain

A lustrer les éclats de ciel

Sur tes paupières volets

Un peu de rouge ici, de bleu

Quelque part sous les notes arquées

Les fleuves se baignent du crépuscule

A l’aurore dans le flot de tes réminiscences

Pâlies

Mais éblouissantes à tes yeux d’enfant.

*

Dans l’œilleton les images se brisent

S’épousent s’emmêlent

Des fragments d’hier télescopent des bribes d’avenir

Les couleurs hésitent entre le triangle et le losange

La cheminée devient soupirail qui se métamorphose en éclair

Les rues verticales abritent des poissons convexes

Les trains bousculent les gares et les ponts

Le voyageur cherche sa tête partie loin de lui avec bagages et chapeau

Sur un banc un petit cylindre se berce

Au rythme des regards curieux

L’enfant espiègle s’en saisit et réinvente

Un monde aux formes qu’il aime

*

 

Un peu

de bleu

Un peu

de vert

Un peu de rouge

C’est la danse des couleurs

qui expriment leurs émotions

Tout se télescope!

 

Le Ciel

avec la Terre

La Mer

avec l’Univers

On a la tête

à l’envers

Tout tourbillonne

Papillonne

Tout

se superpose

 

Tout

Bouge

se transforme

Beaucoup de

joie

Du Soleil

De la Vie

Quoi

Tout

rayonne

étincelle!

*

Regarde la mer

Nulle finitude

Dans sa dérive lasse

 

Lorsque le soleil divague

Et se confond à son immensité

On la croit composée

D’éclats de miroirs

Tombés du ciel

Ils se reflètent à l’infini

Et comblent le vide de ton ennui

 

Scintillantes facettes

Tu observes le vif argent

Fixes obstinément ce qui reste accroché

Images radieuses et jour d’allégresse

Sous le battement de tes paupières

 

Les fragments métallisés

Hors d’atteinte

S’unissent et se dispersent

T’inventent un chemin de liberté

Au gré des oscillations

La lumière complice

Egaie ce temps de l’illusion

Dans le bleu mouvant

Inconstant prisme

Qui trompe ton œil

 

Dans l’étrange détachement

Tout se brise et se dissout

De manière désordonnée

Comme une part de vie

 

Regarde la mer

Nulle finitude

Dans sa dérive lasse

 

 

*

Élisa, Phoenixs, Eclaircie, Marjolaine et Plume Bleue donnent à ce kaléidoscope des couleurs inouïes. Merci !