Monthly Archives: avril 2017

De la mare à la mer

Au commencement était la grenouille,

Qui coassait et multipliait son chant
Au son des lucioles aveuglées
Par leur propre derrière qui les conduisait devant
Devant quoi ?
La mare était obscure
Les joncs épais bouchaient la vue
Les chouettes myopes hululaient en vain
Contre le voile léger du bois
Et grouillant aux abois les rats et les papillons de nuit
Couraient en vrac dans les épines
Rouges du sang des marmottes
*

L’océan ne connait pas le monde
Il roule et s’enroule sous le ciel impassible
Ou tourmenté qui jamais ne lui laisse entendre
Que le vent très loin des falaises
Il ignore les trains les forêts les ponts et les sommets
Pressent les torrents les rivières et les fleuves
Ma voix jamais ne l’atteint
Et lorsque mon regard se porte à l’horizon
Je l’aime ainsi lointain mouvant fier
Infini et se prêtant à toutes mes lectures
*
Le fer donne au temps l’éternité
Le regard aspiré par l’infini et ses étoiles
Libère le corps de la pluie et du froid
Qui l’entravaient
Les voitures peuvent le frôler
Comme elles le font chaque jour
En mouvements pendulaires automatiques
Il ne les sent plus. Il ne les voit plus.
Exposé aux yeux de tous
Il sombre peu à peu dans l’eau glaciale et muette
D’une rivière citadine et fantôme
*
L’hiver le souvenir de la neige et des luges

L’hiver ne dura pas plus d’un jour cette année

La mer ne jugeant pas les flocons dangereux

Chaque vague avalait sa part de papillons

Comme nous déjeunions d’avoine pour grandir

Venu du port l’appel des bateaux en partance

Attirait voyageurs clandestins et badauds

Mon ombre se moquait de moi quand sur les quais

Je cherchais parmi les colis le coffre plein

D’îles de gros poissons de sirènes et d’algues

Aurais-je été surpris d’y trouver des montagnes

Avec à leur sommet des neiges éternelles

Du large on rapportait de tout même du temps

Ce temps qui se perdrait si nous ne rêvions pas.
*
Quatre voix ou des milliers, douze mains ou peut-être huit, des yeux en quantité non négligeable (il faut compter ceux du ciel nocturne et ceux du bouillon) et puis des mots, à entendre.
J’ai l’honneur de partager ce vendredi avec Phoenixs, Eclaircie et 4Z qui clôture cette publication avec un poème de 2015.

Sur un plateau d’argent,

Les douze têtes d’aigle se tournent vers nous
A la même seconde
Posées sur un plateau d’argent rectangulaire
Muni de poignées
Noires comme les robes de ces oiseaux
Qui hier faisaient rouler sur le tissu soyeux
Un vieux soleil attendri
Afin d’en ôter le manque d’éclat ou les faux plis
Est-ce le soir ?
Sans doute sommes-nous observés par ces yeux
Qui scintillent quand ils s’ouvrent de l’autre côté
De nos fenêtres tremblantes

***

Epluchures,
Pendant que tu plumes l’alouette
Le miroir se marre en noir
Cent reflets volent dans les mots
Autour du perchoir à mensonges
Que tu nous tends dans la volière
Ton double plane
Le nôtre tombe lourdement
Devant la cage ouverte
Et vide…

***

Je suis un satellite et je gravite autour
D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup
De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves
De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres
Victimes d’un exil passager, se confondent.
Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux
Me transmet par la voie des ondes sa surprise
De me voir lui sourire alors que dépourvu
De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte
D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants
Dont la fonction n’est pas a priori de plaire.

***

L’aurore au teint si pâle caresse les visages
Fermés derrière les carreaux
De ses grandes fenêtres aux ouvertures absentes
Les yeux immobiles épient le moindre signe
De la couleur nouvelle née d’une lueur d’espoir
Peut-être adressée par la lune quand elle inonde le livre
En tourne les pages et réécrit l’histoire de mains fiévreuses
Apaisées de savoir que l’ouvrage jamais ne s’achève

Vous aurez reconnu Elisa, bibi, 4Z, Eclaircie derrière la fenêtre des ondes qui porte régulièrement leurs mots rassemblés. Merci à Elisa pour le titre très d’actualité 😉

Dimanche à la mer

Dimanche à la mer,

Une ribambelle de petites mains tissent
Le jour vacances
L’eau claire prend tout le regard
Les pieds hésitent dans la fraîcheur transparente
On est trop dans les algues sèches
Touffeur, premiers pas des écoliers libres
Epaisseur tout de même de l’ancien délice perdu
Cette silencieuse solitude hivernale
Monte alors comme une aigreur d’oignon dans le plaisir des autres
Envahissant.
*
Personne ne se tient derrière la porte close
Le jour puis la nuit assument leur rôle
Sans jamais éprouver de regrets
Parfois sauveurs, parfois bourreaux
Ils accomplissent ce pour quoi ils sont créés
Mais toi, tu marches sous l‘orage
L’eau ne te repousse pas. Au contraire
Et te voilà une nouvelle fois debout sur la falaise
Observé par les milliards d’étoiles
Chacune reflétée dans l’éclat tranchant d’une vague
*
Pour s’ouvrir l’appétit
La mer mange la plage
Qu’offrirons-nous aux vagues
Quand autour de la table
Chacune sur un ton furieux criera j’ai faim !?
N’invitez chez vous ni le sable
Insaisissable ni le vent
Que l’on ne sait par quel bout prendre
Ni le fleuve ni l’océan
Dont l’eau bout près des radiateurs.
Seule notre ombre est accueillie
Par vos meubles les bras tendus.
*
Murmures et chuchotements bruissent sous les bois
Souffles permanents de la saison
Soucieuse de sa renommée comme d’offrir
La teinte verte que tous cherchent
À fixer sur la toile pour arrêter le temps
Pourtant seule la lune sait mettre en relief
Les tons éphémères et les sons inaudibles
C’est la lune aussi qui entraîne la rivière
À plonger en elle-même dessiner les galets
Et user de ses bras pour bercer l’homme inquiet
*
Sous la lumière de la lune, toute personne sensible et équipée de bonnes lunettes de soleil pourra apercevoir, dans l’ordre d’apparition sur son écran : Phoenixs, Bibi, 4Z et Eclaircie.
Merci à Phoenixs pour son titre (une fois encore).
Bientôt, 4Z enrichira cette page de sa présence et de ses commentaires fameux. En attendant, j’ai choisi un de ses poèmes dans un ZEPHE de novembre.

Le baiser du brouillard

Le baiser du brouillard,

 

Te voilà au milieu de l’eau

Le soleil voilé de mystère

A nager en sens inconnu

Quelque part que tu connais pourtant

Les arbres sont avalés sans bruit

Dans l’avancée étrange de la brume

Qui emporte le décor familier de tes escapades

Il paraît que les masses changeantes ont nourri le vague

De ce sfumato

Au baiser traversant qui te dissout

 

Des pensées vagabondent

Leur paletot désuet négligemment jeté sur une épaule

Les poètes lessivent mon cerveau encombré

Avec de grands seaux de fleurs colorées

Qu’ils jettent à travers les barreaux épais

De toutes nos prisons de morale ou d’acier

Au murmure du printemps enroulé sur les branches

Répondent le roucoulement timide de la lune

Et les vers appris par cœur d’un simple rêveur.

 

Le soleil est venu me débusquer

À peine sortie d’un dernier songe

Il ne tolère pas que la lune n’ait reçu aucun message

Et lui témoigne sa contrariété et son silence

Portant toutes les phrases étaient tapies

Sous les paupières du dernier arbre de l’allée

Mais personne n’a su trouver l’entrée du chemin

Ni marcher plus loin que l’ombre de la tour

Et nul ne sait non plus que j’ai déchiffré

L’itinéraire le plus improbable

Pour rejoindre la voix douce et claire

Lancée par-delà les rivières intimidées

 

Devant le sable dont les rêves sont tissus

Dune et lit pour l’icône endormie coopèrent.

Astres soyez moins seuls parmi la multitude

D’astres jetés en vrac au-dessus de nos têtes

Ne tournez plus vers nous vos yeux alambiqués

Auxquels nos yeux chargés des lueurs de l’esprit

Croient répondre avec tact et selon l’étiquette

En lançant des regards langoureux et sans prix

Vers les constellations d’où vous communiquez.

À force de creuser les fous font la conquête

Du ciel – le coq qui s’y cache ils l’ont débusqué.

 

Par, dans l’ordre de sortie du brouillard :

Phoenixs, Élisa, Éclaircie et 4Z2A84

Un grand merci à Phoenixs pour le titre et à 4 z qui a franchi la distance par courrier postal.