Monthly Archives: janvier 2017

PIEGES A ORNITHORYNQUES.

Pièges à ornithorynques.

*

C’est comme le rire d’un ogre qui partirait de quelques entrailles

Notre corps devient une terre fertile couverte de feuilles

Le froid, la brume et la pluie y croisent ce rire

Ainsi que des baguettes faisant office de jambes

Et de longs nez dirigés vers le spectacle céleste

De grands éclairs silencieux aussi colorés qu’un arc-en-ciel

Et au milieu d’un brouhaha incessant l’étrange miracle

Du silence qui nous habite et nous protège

*

Le pantin dénoue ses ficelles

Pas vraiment rassuré de la chute qui s’en suivra

Il accepte de n’être qu’une forme indéfinie

S’il décide enfin seul du pas de danse

Offert à l’enfant aux yeux écarquillés

Il a vu des oiseaux empêtrés dans le lac gelé

Mais aussi cette chouette immobile

Posée sur une branche dans un salon

Aux lumières trop vives pour trouver le repos

Sur le fil à sécher le linge

La chemise rouge rayée de blanc

Et le pantalon de velours côtelé

Sont les derniers signes après que la flamme

A brûlé les pieds de bois et le chapeau de paille

*

Sur la table de message,

 

Tu fermes les yeux dans le clair obscur

Le dos callé au chaud

Les pensées vagues en frissons

Sur les rochers noirs de tes nuits

La réponse voyage entre deux tunnels

La paix avec elle

Danseuses légères sur le fil

Que tu soutiens à bout de silence

Inconnu.

*

Il neige dans les maisons quand on les secoue

Tous les meubles réunis autour de la cheminée

Où des flammes frétillent

Médisent du chat tigré

Il les snobe lorsqu’il ne dort pas

Là-haut sur le lustre entre les bougies…

Je ne leur prête aucune attention

Ni à la table ni aux chaises ni à l’armoire

Ni à l’animal perché

Seuls les poissons rouges me subjuguent

Car même en temps de paix

Leur torpilleur effraie les îles.

**

*

Ont donné :

Eclaircie

Elisa R.

Phoenixs

et 4Z.

*

 

Au clair de soi

 

Un trajet s’ajoute aux autres

Malgré la longueur des jours toujours plus grande

Le chemin sans canne avance aveugle

Tant les pensées contiennent de paysages

La maison bien sage elle-même a disparu

Ne demeurent que les sièges confortables

Le visage aimé des enfants qui nous attendent

La vie ici est encore douce malgré les petites tempêtes

Chacun savoure le présent sans oublier pourtant

Les faiblesses à venir et les défis du temps qui passe

 

Eclairée de l’intérieur

La neige tient tête à la nuit

Comme une lueur dans un regard perdu

Les mains trop chaudes la tuent

Etouffez sous des gants vos caresses

Tant de blancheur n’est qu’une illusion

Le rayon de la lune pèse davantage

Ce satellite nous toise

Lever les yeux donne des ailes

Au passant frileux pressé

Si la soupe refroidit

L’homme économisera son souffle

 

La lune jubile à la vue des reflets métalliques

Du ciel de fin de nuit

Nul ne sait son sentiment lorsqu’un pied

Humain étrange et chaud a foulé son sol

Régnant depuis des lustres

Sur un monde immobile et désertique

Le froid l’accompagne et l’enchante

Son visage au travers des lacs gelé

N’a jamais autant resplendi

Pour moi si loin pourtant tellement proche

La brûlure du gel ravive la couleur des encres

Et les nuances du blanc dans les yeux du soleil

 

Le chat au violon,

On ouvrant la fenêtre il est entré

Venu de quelque part

Sans aigle noir

Jouer sa musique d’ailleurs

Pour les petits souliers des aveugles

Un peu de lumière s’est posée sur nos semelles

Sans Rimbaud

Et l’on a pu continuer de piétiner

En ritournelle au clair de soi

 

Les satellites de la Poésie, cette semaine :

4Z2A84, Élisa, Phoenixs, Éclaircie

Dans un ordre que je vous laisse deviner…

Un grand merci à Phoenixs pour son superbe titre.

Jean Vasca

L’Ogre
J’ai faim de mondes infinis
Vieille soupe d’astres et de songes
De ce pain bleu des galaxies
Qui fume encore et me prolonge
J’ai faim d’îles et d’archipels
Où mijotent d’autres saveurs
Faim d’une faim originelle
Venue de l’espace intérieur
J’ai faim de ces couleurs qui crament
De cette lumière sabre au clair
Faim dans ma chair et dans mon âme
De tous les fumets de la terre
J’ai faim d’un vertige de femme
Pétrie de nuits et de marées
Quand le grand désir qui s’enflamme
Ouvre le sexe de l’été
J’ai faim d’une fraternité
Qui tremble de toute sa treille
Faim des vivantes vérités
Des évidences du soleil
J’ai faim d’une vie à ras bords
Qui dégorge sa sève noire
De cette vie qui se dévore
Dernière tablée du hasard
J’ai faim de cette éternité
De ce ciel vide qui me coiffe
Que la mort en meure bouche bée
À la fin de l’envoi j’ai soif.
Le cri, le chant, Le Cherche-Midi éditeur, 1988 Album L’Ogre, 1988

Vendredi treize

Le temps des soupirs,

.

A force de regarder passer le vent

Tout a fini par s’envoler

Les ans gracieux, les rires fragiles

Les petites têtes vides de nuages

Ou alors tout faux

Les corps inépuisables aux arbres pendus

Les courages à deux sous

Les imprudences à deux balles

Qui laissent sans retour

Au dépôt de bilan

*

La semaine a perdu quelques jours et la lune

Tout en haut du ciel blanc n’a pas vu qu’un cambrioleur

Somnolait à l’abri d’un arc-en-ciel sédentaire

Les nuages se poursuivent en quête d’un titre

Quelques arbres sans tête avancent au hasard

Sur les routes salées des cartes rouges de la météo

Tout s’endort surtout le grand lit bien douillet

Qui ne s’inquiète de rien et n’entend rien en politique

Ni d’ailleurs en tarot en belote ou en géographie

*

Elle habite au sommet d’une montagne

Là où le regard se perd

Ou sur le toit d’un gratte-ciel

Dont l’ombre enténèbre la ville

Elle m’invite chez elle

Or comment reconnaître parmi les nuages

Sa maison son nid

Comment même avec une boussole

Situer le nord

Et la place du cœur dans l’univers

Quand le balai de la pluie a tout effacé

Comme l’éponge sur le tableau noir

Où nos noms tracés à la craie

Nous créaient.

*

Les quatre angles de la pièce

Las de se regarder en chiens de faïence

Songent à d’autres dispositions plus confortables

Tandis que le premier s’imagine croisée de chemins

Le second attend son heure pour se dissoudre

Comme sucre dans le lait chaud

Bien qu’il redoute un peu les bains de mer

Les deux suivants – ensemble car la solitude les a toujours apeurés

Se récitent toutes les comptines où les plus belles fées

Ne se changent pas en libellules mais en araignées

Aux robes plus pimpantes que celles des meilleurs crus

Et sont conservées dans des sphères pour que jamais

Le dilemme de l’avenir des encoignures ne se reconstruise

*
Dans un désordre absolument calculé : 4z, Phoenixs, Eclaircie et moi-même. Libre à l’aimable  lecteur de mettre chaque nom au bon endroit.

Des étoiles sans imposture,

Baudruche peinte ou corps en apesanteur
Seulement bercé par le vent faible
La silhouette attend un souffle éventuel
Pour se hisser d’étage en étage sur la façade aux yeux fermés
Qu’espère-t-elle atteindre au sommet de cette barre dortoir
La couleur bleue la couleur rose
Ou alors la parole mêlée aux chants des oiseaux
Faisant taire tous les vrombissements
Des mille machines à lumière factice
Nous amenant à ne plus dormir ni surtout rêver

***
Toutes les étoiles dans le même panier
On secoue la salade il en tombe un collier
De perles estimées par les passants
Quand elles font la une des vitrines
S’allume le front de ceux qui méditent
Sur le couple uni en toutes circonstances
De leurs yeux dont les bijoux envient
Le regard étonnamment riche en mots
Des mots couvés parmi les œufs
Dans ces nids inaccessibles
Où seuls les anges séparent le blanc du jaune
Avec la lame d’un rasoir à main

***

Sur la pointe des pieds,

L’air froid danse sur les cils
Vif à pleurer
Qu’importe il vit sous les paupières
Tout un monde léger en bribes
Qui vont et viennent sans déranger le temps
Et l’espace pourfendus.
On déroule la même route
Chaque jour en oubliant souvent
De lever ses larmes bleues au ciel

***

A travers de vastes cercles d’imposture
Des animaux à deux pattes surmontées d’une moitié de lune
Faisant office de tête ou d’inutile ornement
Sautent et déchirent en un grand cri
Le papier blanc des vies mêlées aux confettis
Il restera demain les couleurs et l’odeur du bonheur
Si délicieuse que semée sans attendre même au hasard
Elle donnera le jour au parfum d’une fleur
Plus loin les parapluies des temps un peu effilochés
Se porteront à l’envers pour offrir aux baleines
L’amitié d’un océan et les clés de leur geôle

Sur cet océan libéré voguent 4Z, Éclaircie, bibi et Élisa, qui essayent de regarder le ciel sans buter dans les nuages.