Monthly Archives: décembre 2016

Fenêtres ailées.

Fenêtres ailées.

*

Ma vie en portable,

 

Tout est dedans

Le passé, le présent, le futur

Bien calé entre les ondes vivantes

Et le cordon ombilifluide

Je me transporte à plat partout

La batterie au vert

Mince et plein à la fois je suis

Etre et paraître sans disparaître

Toujours relié à la vie essentielle en peu de mots

Un chant d’oiseau un visage jaune

Tout est signe de moi

Aux autres rangés dans la puce qui me remplit

D’existentiel

*

Pour terminer l’année trace deux E tous ronds

Deux yeux plantés entre hier et demain

Accentue le premier de paillettes dorées

Rouges vertes ou bleues bulles multicolores

Offre au second la liberté de sa tenue

Dans le grand aquarium entre oiseaux et poissons

La lune et son reflet bigoudis sur la tête

S’exclame de grands « Ah ! »

Les rues se contorsionnent

Entraînant la cité dans un temps ignoré

Les deux N vont se fondre au cœur de nos rivières

Le Nouvel An s’invite au théâtre infini

*

Un mur sépare

Les amoureux privés de neige

Chacun réchauffe un piège

Au milieu de ses bras

Les poutres forment une croix

Sous le plafond de la mansarde

Et dans les yeux de ceux qui croient

Scintillent des paillettes d’or

De ta lucarne

Tu domines le port

Le vent d’un beau voyage

Monte vers toi sans effort

Mais pour partir il est trop tôt

Tu restes ici assis sur tes os.

*

Sous les lumières tendres d’un repas à nappe blanche

Entre deux ans le temps se fige comme une arête de poisson

Installée à son aise en travers d’une gorge

Dehors les brouillards aux cheveux blancs dissimulent

Les promesses de vengeance et les simulacres de paix

L’une comme l’autre sifflés les dents serrées

Un clown debout sur le dos d’un éléphant de verre

Montre à la loupe la profondeur de la sottise humaine

Tandis que sous la terre bien froide

En deux endroits que l’on pense différents

Dorment la dépouille du passé et l’embryon du futur

*

*

A la croisée des mots : Eclaircie

En habit de clown : Elisa

Aux manettes de l’existence : Phoenixs

Sous un ciel orageux : 4Z

*

Minuit moins neuf et quatre poètes

Entre deux pans,

 

Tu rentres dans la lumière aveuglé

A dire les quelques mots appris par cœur

Enfin de mémoire

Tu balbuties, prends de l’assurance

Jettes le texte dans la salle

Parades, lèves la tête et les bras

Comme porté par les syllabes

Puis lentement, un derrière l’autre

Les sens s’en vont, se vident

Tu bégaies et te tais clos

Sans voir les pans sombres s’avancer vers toi

Sans un rappel

 

Au sommet des tours la lumière s’épuise et se perd

Absorbée par les étoiles friandes de sucreries

Quand les passants tâtonnent dans les rues demeurées sombres

Certains au bout d’une laisse retiennent leur poisson

D’autres des dragons quand mon voisin tire cet os

Que son chien apitoyé par son air égaré

À bien voulu lui déterrer de son coffre à trésor

Les fées sont parties s’acoquiner avec les sorcières

Et tous les sorts seront funestes dans les berceaux

Mais nul enfant ne se risque à pousser la porte du monde

 

Sur la pointe des pieds

L’eau traverse la nuit

Et rejoint dans l’évier sa sœur

Une goutte multipliée par mille

Et mille pour permettre au tympan

D’acquérir la résistance du coquillage

Quant au ruisseau il compte ses lueurs

De peur d’en perdre il les met en musique

Car en bouteille un siphon les boirait

L’eau que l’on écoute est sur disque

Celle qui nous échappe éclaire la forêt

Comme les vers luisants le poète amnésique.

 

Hors du monde dans un épais nuage blanc

La route ne se reconnaît plus

Les montagnes se dressent aussi haut qu’elles le peuvent

Puis lasses de la vue s’agenouillent

Disparaissent avec nous oublient ce qu’elles ont aperçu

Le silence laisse place à l’absence

La nuit se prolonge et gémit doucement

Son sommeil s’est brisé quelque part en chemin

Entre un joli chalet et une écharpe noire

 

Les auteurs  :

Élisa, Phoenixs, 4Z2A84 et Éclaircie  par désordre d’entrée en scène pour épicer le menu.

 

Joyeux Noël à tous qui passez…

Une maille aux olives une maille en apesanteur…

*
Le chemin des scarabées,

Nous allons serrés entre soi
Dos luisants au soleil de notre intérêt
Occupés à trier les sables
Les épines les cailloux empêcheurs
De jouir en rond
Ni méchants ni bons
Nous sommes sourires en fleurs
Tant que l’eau du vase n’empoisonne pas
Le bouquet du décor
Tombal

*

Le toit s’envole
Toutes les tuiles
Toutes les cartes
La reine de cœur me manque déjà
Elle et moi nous prenions le large
Et le large nous entraînait bien loin de notre chambre
Dans un pays dont vous ne trouveriez le nom sur aucune carte
S’il vous arrivait de chercher de l’or
Sous le chapeau orange du bolet
La reine préfère s’envelopper de draps tièdes
Les valets rient de la voir cultiver dans ses cheveux des bleuets
Et donner naissance à des poissons rouges
Quand elle éternue
Moi en attendant je tricote
Une maille aux olives une maille en apesanteur…
*

Les roues dentées de l’engrenage
Mastiquent  mastiquent couleurs et papier
Broient l’encre à la source de l’équilibre
Et le pantin que d’invisibles cordes ont lâché
Devient petit tas de sciures dans un coin sombre
De l’atelier déserté par les murmures
Que vents et flammes surgissent
Nés du dernier orage ou de la colère du cyclope
Dont l’œil distingue les seuls contrastes éblouissants
Mais avide de nous connaître
Tous les signes enfin de l’infime au plus grand
Se dresseront comme épitaphe sur pierre tombale

*
Au début il n’y avait que ces humains d’un autre monde
Qui servent toujours – pourquoi tout jeter tout de suite ?-
Problème à régler alibi pour ne rien voir
Puis la lune si calme ne chanta ni ne bougea
Posée elle avait effacé ses visages et reflétait le presque vide
Car y subsistait comme flottant sur une mer morte
Le portrait animé d’une jeune femme livide et belle
Faisant face avec effroi à une tranche de jambon multicolore
Comme elle aurait affronté le reflet d’ un miroir d’outre-tombe
*
Sans concertation préalable quatre esprits voyageurs ont pu cependant se croiser : ceux de Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même. Merci à 4Z pour le titre de l’ensemble .

Les étoffes de la lune,

Elles ont posé sur elle une cage en or
Tandis qu’elle changeait la terre en océan
D’un seul clignement de sa paupière unique
Et se métamorphosait en phare fantastique
Ensuite elles ont dansé autour de la petite
Ont mimé pour elle les milliards d’années
Et les milliards de jeux de son enfance
Quand elle a souri en plongeant dans l’eau des rêves
Les étoiles ont posé sur la cage une fine étoffe
Taillée dans le plus beau pan de la nuit
Et la lune a disparu

****
Les arbres ont perdu bouches et oreilles
Parties depuis longtemps chanter d’autres saisons
La colline aux bois noirs et la suie évadée des âtres
Proposent à la lune la mouche qui fera d’elle
La reine de la nuit
Étoiles et comètes se prosternent plus bas que Terre
Enflammant les broussailles venues en voisines
Le vent n’a d’autre issue que de chasser le vent
Étouffer ce feu et bannir la lumière
Dans les nuits de la reine
Au matin sable et poussière recouvrent la vallée

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Marché aux alouettes,

Depuis que les grenouilles
Sirotent le bénitier à la paille
L’air du temps est gris
Souris dans les verres ébréchés
On entend ça et là chanter le miroir
Plus faux que jamais
Dans lequel viennent s’échouer
Les ombres ivres des rats perdus
Et des alouettes sans tête

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Personne n’a jamais pris le temps de tester les barreaux
De l’échelle où l’on décide de grimper,
Sur les conseils d’une espèce de psy en soutane,
Pour atteindre le dernier étage avant le ciel…
Un plafond auquel même les moins fanatiques se heurtent
Interdit de monter plus haut :
Vers l’inaccessible firmament !
Du balcon on surplombe l’abîme vertigineux.
Le moins déboussolé d’entre nous prend alors la parole :
« Chaque barreau de l’échelle est une saucisse grillée »
Affirme-t-il et, en effet, une odeur de graillon dilate instantanément nos narines
Et ennoblit notre âme (les incrédules contestent ce fait).

En partance : Eclaircie, Elisa, bibi et 4Z qui se répondent sans s’être concertés sur le voyage. On ne pouvait mieux dire

DES ETOILES SOUS LES PONTS.

DES ETOILES SOUS LES PONTS.

*

Le roi singe,

 

Siéger au sommet de l’arbre

Sur la dernière branche

Près des étoiles mortes

Confère à l’animal un droit

De vie et de mort

Sur le régime de bananes

Que lui tendent les polis

De l’espèce pacotille

Et comme le roi reste le roi

Il tombera avec la branche

Dans sa pelure en peau de vent

*

Les mains du tisserand l’ont abandonné

Pour courir de toile en toile

Où jamais la trame ne transparaît

Voile opaque mais si ténu

Que tous les brins agrippés les uns aux autres

Ne laissent l’automne les roussir

Ni l’hiver les approcher

Le tisserand de son souffle

Tente sur la vitre d’imprimer sa pensée

Éphémère elle s’estompe et se noie dans la brume

Le souffle au vent mêlé ne dessine plus que le silence

Le tisserand sait le fleuve et l’accueille en son lit

Refuge où son chant surgira

Lorsqu’une main choisira d’arrêter la vague

De caresser l’écorce et de tresser les mots épars

*

Comme une pluie qui remonterait depuis la source

Les souvenirs se morcellent sur la bande noire

D’un ciel dépourvu de lumière

Dans le nid chaud du cerveau palpitant

Quelques scènes muettes s’animent sans le moindre spectateur

Aucun applaudissement ne rompt l’effroyable silence

Seul un rideau rouge projette sa couleur

Sur les joues et les lèvres livides des acteurs

Revenus pour un temps de l’oubli et des ombres

*

Sous la lune les gens changent de visage :

Ils ont parfois une oreille à la place du nez,

Leur front disparaît au profit d’une méduse

Multicolore et très démonstrative,

Leur bouche devient un tiroir

Dans lequel on retrouve ses chaussettes

Celles que l’on cherchait depuis plusieurs mois…

« Je ne compte plus sur elles pour voyager »

Avouait avec résignation l’ornithorynque.

Même nos sourires ne montraient plus leurs dents !

Faut-il casser la lune pour réussir une omelette

Et rafraîchir des joues trop tôt flétries ?

* *

*

On a reconnu, dans le désordre :

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

et 4Z.

*