Monthly Archives: octobre 2016

L’embrasure incertaine

La vie au passage à niveau,

 

Si les vaches arrêtaient de tricoter

Pendant que passent les trains d’arrêt

Nous pourrions profiter du paysage

Sans être dérangés

Par toutes ces questions sans réponse

Qui agitent les prés aux abois

La vue dégagée lâcherait ses arcs-en-ciel

Les pluies remballeraient leurs impairs

Et les passages à niveau lèveraient enfin

Leur voile sur les vies déraillées

Que tout égare

 

C’est couper la parole aux fleurs

Que de dire à leur place qu’elles sont belles

Car leur parfum porte les mots

Dont les narines se régalent

Comme de cocaïne les malades

Ces mots ignorent tout des lettres

De A à Z la route ne change pas de pas

On atteint sans os sa destination

Une terrasse où sèchent des draps

Du linge oublié

Par les gens chargés de la toilette des morts

On nous y offre un café fort

Trop fort

Avec l’haleine des fleurs il tient éveillés

Ceux qui très tôt dodelinent de la tête.

 

Pas un pli ne vient froisser le visage du matin

Le gris perle de ses tempes

S’harmonisent aux volutes de fumée

Des cheminées et des champs

Œuvrant pour protéger le cœur de la graine

Ou du foyer

Pourtant nul ne connaît

Les idées qui traversent l’esprit du jour

Bien moins lisses que son regard d’octobre

Il rêve diables et flammes

Folles sarabandes que pas un soir ne saurait éteindre

Matinées et après-midi liées dans une nuit polaire aveuglante

 

Les chemins sont couverts de feuilles

Et les arbres absents

Le cœur de la pendule semble perdre toute sagesse

Tant il offre de battements à la folie

Sa langue d’argent compte jusqu’à l’infini

Pour ne laisser sortir aucun mot de sa bouche

De bois comme son corps

Il ne reste que le silence

Témoin ému des derniers soubresauts du jour

Il étend sur le sol une couverture mordorée

Afin d’attirer au plus près de lui sa chère nuit

 

Aux fenêtres :

Phoenixs, 4Z, Éclaircie, Élisa.

Escale

les nuages serrent les rangs

pas une tache jaune
n’étoile les murs

les habitants exécutent d’étranges danses
des petits pains de seigle
tournés vers le ciel
dans la paume des mains

faute d’une tenue bien coupée
quelqu’un entre dans une maison
qui l’engloutit

mais cette cale qui tient le jour
fut enlevée
par un oiseau peut-être
ou une horloge
et la nuit en grande confusion
déposa un morceau de lune
sur la langue de chacun

aux pauvres gens
elle offrit des rêves insensés

La cime de l’escalier

Une note unique se suspend aux gouttes fines
D’un brouillard intimement lié à la nuit et au passé
Tout murmure et appelle au silence
En attente des grandes aiguilles aux ailes blanches
Posées en équilibre sur la tête du géant
Et du battement sourd qui peu à peu
Déforme l’acier de leur silhouette longiligne.
Le jour se lève vacillant et fragile
Ses paupières maquillées de blanc s’ouvrent
Sur l’absence des oiseaux de mai
Sur la foule des arbres dénudés par l’automne
Tous y compris ceux qui ne connaîtront jamais novembre
Se savent à la merci du premier venu.
*
Demain est là devant la porte
Et la porte entrouverte hésite à l’accueillir
Dans la maison où les meubles roucoulent
Heureux de vivre caressés par les mains tendres
Des habitants ou de leurs ombres quand ils dorment.
Les toiles d’araignée se résignent : la lune
Ne tombera jamais dans leur piège – les mouches
Nourriront la tisseuse.
On ne sait s’il fait jour ou nuit
Si le passé n’oppose pas
Un frein à l’avenir…
Pour comprendre il suffit de casser la vaisselle.
*
L’échelle a pris racine bien avant novembre
Son inclinaison n’a pas changé
Seul le mur où elle était adossée a disparu
Presque verticale elle se perd dans un infini nébuleux
Le long de ses barreaux
Une procession de mots amers qui bougonnent
Portant une lancinante plainte
Qui se perd dans le vent ou le vide
Les pieds ont depuis longtemps déserté
Ce semblant d’escalier dont on ne voit pas la cime
Et s’ébattent joyeusement dans les clairières
Tout en soutenant des corps aux bouches larges ouvertes
Sur des chants que le moins gai des pinsons envierait
Le jour et la nuit se font des politesses pour éclairer le concert
Et tous les étages de toutes les bâtisses se sabordent en mesure
*
Les bonimenteurs de nuages,

Ils mentent comme ils transpirent
Si loin des barbelés
Ils vous diront que la sueur de l’autre
Eclabousse leur terre à eux de sang gorgée
Impur le fameux
Ils serreront le collet de celui qui s’aventure
Sans raison sur ce sol ruiné
Ils vous disent que les nuages ont des frontières
Comme l’immense voûte stellaire
Qui n’appartient à personne
Ils mentent et le ciel ferme ses oreilles

*

Merci à Eclaircie dont les mots ont largement inspiré le titre.
Merci à Pink Floyd et à David Bowie qui, installés chez moi cet après-midi, ont accompagné aimablement la mise en place de nos poèmes.
Merci à Eclaircie, 4Z et Phoenixs qui, une fois encore, ont donné à ce vendredi une couleur particulière.

La terre sur le nez d’un phoque,

La Terre tourne sur le nez d’un phoque
Et le vertige étourdit les cerveaux.
Si vous perdez la tête à qui la faute ?
Aux poètes dont vous lisez les vers
Sans comprendre pourquoi ils ont écrit
Sur du vent leurs aveux ô combien pathétiques
Et gravé dans le marbre des fadaises…
Quant à la montagne trop lourde
On la laisse sur place
Sans chien pour la garder
Ni lanterne pour éclairer son intestin.
Rassurons-nous : il est très rare
Qu’une montagne se déplace
Avec tous ses bijoux
Et ses mille et une brosses à dents.
****
Epars,

On vit de ci de là
Bout d’hier au bout d’aujourd’hui
Sans demain qui n’existe pas
Caché dans l’ombre du bruit
On passe de si en la
Toujours la note descendue
Au profond qui ne parle pas
A l’homme qui s’égare sans but
Dans ces allées à peine vues
On vit de ci de là
De sens perdu en sens caché
Trop faible pour tenir droit
Dans une vie bien trop penchée
****
Sous un parapluie deux corps
Une vieille dame ensevelie sous une capuche
Un son mélodieux aux couleurs cuivrées
Puis le ballet symphonique des essuie-glaces
La pluie a éteint la flamme du jour
Versant sur elle des milliers de petites larmes
Douces comme la peau du mot colline
Des oiseaux de mer se sont posés sur les vagues grises
De quelques tôles ondulées
Le dessin du chemin vers la maison est presque effacé
Il ne reste que le soir qui tombe et moi
En tête à tête avec le ciel

****
Les réverbères se détachent sur le seul coin de ciel
Bleu dans le matin tourmenté
Ils ne sont plus courtisés par les papillons et les chauves-souris
À peine par les passants pressés
Toujours prompts à râler lorsque la fatigue d’une longue nuit
Met en veilleuse leur halo lumineux
Ils savent mettre en beauté la délicate Lune
Mais aux saisons où elle peut
Sans courir aucun risque se prélasser dans la touffeur
Et tandis que les escargots las d’attendre la pluie
Se sont enfouis pour dormir bien avant hier
Personne sous les lampadaires ne lit les lignes de l’avenir

Sur cette sphère au gré d’un jeu : 4Z, bibi, Élisa et Éclaircie ont posé des ballons qui en valaient la peine.
Merci à 4Z dont j’ai piqué le titre sans vergogne 😊

UNE PROFUSION DE RÊVES.

 

 

L’appétit traverse le ciel poursuivi par la lune

Que le soleil a qualifié d’anémiée

Elle s’est rembrunie avant l’arrivée du jour

Et s’est promis de porter ses rayons

Bien au-delà des ruches asservies

Si deux astres ne peuvent se partager nos rêves

Je choisis de suivre la lune

Je sais que l’océan son inséparable amant

Assèchera toutes les mers pour lui plaire

Emportera leurs flots calmes ou rugissants

Que les marées jamais ne s’éteignent

Ils m’ouvriront leur lit et je deviendrai fleuve

Jusqu’au torrent des origines

*

On traverse en barque la prairie

Où des fleurs nagent

Bercées par la brise.

La paisible respiration de l’eau

Invite au sommeil

L’enfant le plus turbulent.

Il cesse de sauter à la corde

Parmi les tournesols et les hippocampes.

Il dort en chien de fusil.

Chut ! ne réveillez pas la barque !

Elle aussi rêve d’une forêt

Ou d’une vague enveloppante.

*

Les peupliers aux cheveux blancs rêvent

Le vent souple souffle et les grise

Un chemin semé de cailloux clairs

Une porte bleue une autre rouge

Vous

J’arrive mais

Mais les arbres rient et m’appellent

Mais le vent danse et chante et moi

Dans son sillon je pose une part de moi

Haillons de pensées légères

Au sommet de l’arbre qui comme moi rêve

Et vous sourit

*

Les passants,

 

Leurs sourires éclatés

Bris de glace figés sur le visage

En bas, entre le menton décroché

Et la bouche fendue

On sent derrière la vitrine étincelante des dents

L’haleine retenue de souffler dehors

Dans l’œil mi-clos la froideur du reptile

Immobile court-circuit passe

Il fait si froid qu’à force tout s’engourdit

Et cesse de retenir l’intérêt.

*

*

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

et moi-même (4Z2A84) aux commandes du rêve.

Les paupières en miettes d’eau

 

 

Tes trois pommes croquées au fond d’une poche

Tu flottes au-dessus d’un sol factice de fumée pâle

Ton visage livide veille à maquiller chaque matin

Les traces dissimulées par le vague de ton regard

D’une enfance semée sans le moindre caillou

Tu marches conquérant vers une lumière dorée

Que seules les plus sombres heures peuvent inventer

Tu ignores encore épris de cette fausse liberté

Aux paupières trop bleues qui t’aguiche sans pudeur

Que ce chemin choisi par toi se nomme errance

 

Le goûter,

On attend sagement l’assiette au gâteau

Moelleux couvert de crème

Abondance de fruits doux au rhum

Tu es devant moi pelle à la main et je sens

Que tu vas emporter la plus grosse part

Il me reste donc à tendre mon pied

Pour que ton assiette tombe en miettes

Je prendrai ta place alors pour emporter

Ce dessert gagné à la sueur de l’affront

Qu’ensemble nous avons poli

 

Les oiseaux se souviendraient des arbres

S’ils avaient un peu de cervelle…

Qui se souvient des oiseaux ?

Moi répond l’eau

On lui prête de la mémoire

Mais le fleuve la lui fait perdre

La mer la dissoudrait.

Les lacs les étangs s’évaporent

On ne trouve plus une flaque

Pour y plonger un sous-marin

Et le diriger vers le centre de la terre

Où l’électricité parade.

 

Les feuilles invitées au premier bal du vent

Ignorent encore quel sera leur sort

Quand parées de couleurs assorties

Elles s’apprêtent à se lancer sur leurs seules tiges

Danseuses étoiles sur une scène immense

Imprécise et envahie de spectateurs peu respectueux

Plus attentifs à traverser à pied sec

Les chemins tapissés de petits lacs éphémères

Étoiles filantes dans les coulisses du théâtre vert

Elles iront nourrir et protéger les fils des forêts

 

Les paupières sont celles d’Élisa, les miettes appartiennent à Phoenixs, l’eau provient de la source 4z et je les accompagne.