Monthly Archives: septembre 2016

Bordures / lignes.

De plus en plus depuis longtemps

Et dans la ville qui confronte

Marcher sur la bordure du trottoir

Ligne de fuite vers

Ligne de chance sur

Le désir le désir le désir

S’équilibrer

Être le flux sur le radier

Être

Pauvre de soif pauvre de faim

Riche de rien riche de rien

Être de plus en plus

Voir que la ville qui confronte

Est toute nue

Bien que les murs soient murs

De plus en plus

Bien que les rues soient rues

Depuis longtemps

Faire semblant de la pudeur

Sous le soleil

Et conserver son ombre

Et conserver son pas

Conserver son ailleurs

Sur la bordure du trottoir.

 

 

HPB0308MMXVI

Les murs de velours lune,

Dans une flaque d’eau le reflet de la lune
Nous sourit – mais comment lui sourire en retour
Sans déchirer la vitre
Et derrière un rideau quand nous cachons le jour
Attendre avec sérénité l’heure opportune
Pendant laquelle un œil flotte sur un miroir ?
Le nénuphar offre une feuille blanche
Au pilote endormi qui rêve de rejoindre
La Terre où tout s’écrit
Même le pire avec l’ongle ou la plume
Ou ce roseau : un cil de lune…
Pour les avions perdus en mer le ciel fleurit.

***

Les couleurs de la trompette mêlées à celles du saxophone
Effacent les prétentions du gris figé derrière la ligne
Invisible
Tracée à la limite des arêtes précieuses de la maison.
Sur le velours des touches d’ivoire un individu avance
Comme il peut titubant
Le corps enroulé autour d’une solitude.
Le jour se prolonge indifférent aux êtres comme aux choses
Tandis que le clocher se démonte brique par brique
Une chouette baille puis s’élance dans le ciel
Sans un bruit.

***

Faire comme si,

La mer était encore voyage
De galets bleu paillettes
Sous les pieds des nageurs éperdus d’horizon
Les palmiers au corsage balancé par le vent
Appelaient sans un cri les goélands légers
Au fil des courants d’air sourire
Sous eux le bitume violet emportait le soleil
Rose des courses suantes
Dans ces gestes d’été
Faire comme si mais pourquoi faire ?
Puisque tout n’est plus rien

***

Les murs affichent la poussière
Des années passées
Le regard attentif aux gestes
Aux bras qui se tendent
À tous ces mouvements vertigineux
Quand la recherche de l’équilibre
Trace des chemins inattendus
Un matin le silence et l’immobilité
Invitent à voir à regarder les parois jaunies
Grisées par les nuits trop longues ou trop courtes
Fenêtres ouvertes on offre à la lune
La grande toile pour déposer ses reflets
Blancs laiteux d’une nouvelle naissance

Voilà un voyage cosmique entre la lune et les murs, à bord du vaisseau : Elisa aux étoiles, 4Z en météorites, bibi sans astres, Eclaircie sur l’étoile du berger

L’automne aux quatre têtes

 

*
Le curseur clignote signe de patience infinie
Ou d’impatience sur la ligne blanche
Que personne ne franchît sans la crainte
De croiser les foudres de quelque orage égaré
Ou les habitants des profondeurs aux grands yeux
Inutiles quand seules leurs écailles
À la moindre vibration reconnaissent leur entourage
Et qu’ils dévorent des livres en braille
Des plumes arrachées par le courant à des oreillers éventrés
Quand les têtes dans les épaules ne se relèvent pas
Puis l’écran noir laisse transparaître une joyeuse ronde
Angles aigus rabotés pleins et déliés en surimpression
Et la verticale enfin assagie immobile et silencieuse

*
Vous vous enveloppez dans vos draps
Pour ne plus voir le soleil briser les vitres
Mais de la rue montent les cris des marchands de soupe
Impossible de fermer l’œil le seul à enregistrer
Le spectacle de la ville en effervescence
Vous promenez cet œil en laisse
Dans les parcs où les statues rêvent
De détrôner l’homme et d’occuper sa place
Au sommet de la tour de cinquante étages
Le P.D.G. reçoit sur rendez-vous
Les fantômes avec lesquels vous partagez vos nuits
Et votre lit à marée haute
*
Adossée à la chaleur et à la luminosité
Si intenses encore
Une vieille femme vêtue de hardes sombres
Aiguise la lame brillante d’une faux
Elle vit dans un miroir, là où gisent les brouillards
Et les âmes inassouvies
Chacun vaque mange et rit, enorgueilli d’un bonheur
A qui il a ouvert sa porte sans songer à plus tard
Demain, ou la nuit suivante, la silhouette décharnée
Lâchera pourtant sa meute de monstres
A la gueule noire, aux crocs de glace
Et, aussi fulgurant qu’un souvenir, l’hiver sera là.
*
Le silence des orages,
 
Depuis que je nage au milieu des ventilateurs
Mes sables mouvants vont beaucoup mieux
Je voyage avec grondements muselés
J’aborde des rivages volés à Rimbaud sous perfusion
Mes arêtes et moi avons retrouvé le goût de l’iode
Parfum profond de la pré histoire du temps
Où n’étions que bêtes chrysalides
Le médecin m’a dit dans l’ordonnance
Qu’il fallait que je refasse mon lit
C’est fait, je flotte dans la bouilloire éteinte.
*
Interprètes :
La déesse de la patience en robe fleurie : Eclaircie,
Le promeneur romantique de l’œil en laisse : 4Z,
La baigneuse nostalgique en bouilloire éteinte : Phoenixs
La liseuse de miroirs : moi-même.

A QUEL PRIX L’AIR ?

*

A quel prix l’air ?

*

*

Sur la liste du futile et de l’indispensable

Une main lasse écrit : « La paix dans le monde ».

Elle est lasse de l’eau chaude et de l’eau froide des corvées régulières

De la lumière et de l’ombre qui vieillissent aussi

Elle ne se décourage jamais même si parfois

Elle préfère se poser sur les touches blanches et noires

Sur la liste du futile et de l’indispensable

Ce matin elle ajoute : « si ce n’est pas trop cher ».

*

Ex orbitée,

 

Tourner sur le ventre rond

Du monde nombril à nombril

Marcher sur les restes gras abandonnés

Par des prédateurs gavés

Détourner les yeux de la rue rouge

Au front des cartons emmurés

Avancer, avancer en rang par deux

Par-dessus les soleils écrasés

Se taire, se taire et saigner des pieds

Pour avoir défié les incendies intérieurs

Puis sauter enfin

Hors du globe à l’infini sans retour

*

L’enfant transporte sur son dos

Un si grand sac qu’on se demande

S’il ne porte pas ses parents

Les emmenant au-delà de leurs peurs

Il a le sourire aux lèvres

Un regard dont on ne sait s’il comprend

S’il connaît le chemin

Ou avance pour le plaisir de savoir marcher

Sans qu’aucun poids ne l’entrave

Et lorsque aux confins du sentier et de la forêt

Il disparaît je ressens son bonheur à gagner la mer

*

La porte s’ouvre et se referme

Sur des paysages bâtis en rêve

Par des fleurs parfumées avec de l’encre noire

On les dessine rapidement du bout des doigts

Avant d’enjamber plusieurs ponts

Les rives ainsi atteintes sympathisent.

D’une étoile à l’autre on parle la même langue

Du pain partagé récoltez les miettes

Un cadeau dont les oiseaux ont besoin pour survivre

Dans une cité en cage

Comme dans les coffres où dorment nos économies.

Au lieu de donner du vin la vigne engendre des algues

Du chewing-gum pour les navires.

Sous la porte qui résiste le vent passe.

*

A la viole de gambe : Eclaircie

Au tambourin : Elisa

A la cornemuse : Phoenixs

A l’orgue de Barbarie : 4Z

*

Quadruple arabesque

 

.

La vague en cheveux ouvre la fenêtre

Et dans ce cadre apparaît comme un cygne

Aux ailes déployées

La proie surprise au bain

Par un paparazzi

Est éclairée de l’intérieur

La mousse et la neige s’entendent

Pour rivaliser avec la lune

Lorsque sans l’offenser l’allume

Le soleil aux aguets

On éteindrait le feu en soufflant sur les yeux

Des spectateurs cloués

Si dans le regard des plus vulnérables

Une lueur ne persistait pas

Comme une cage secouée la nuit

Au loin trop loin pour s’assurer de quelque chose.

 

L’axe perdu,

 

On prend racines en plein ciel

Branches plantées dans la boue noire

Tronc décorcé offert au vent

De passage

Les nids s’effondrent vides de coquilles

Nos oiseaux lyres s’en sont allés

Voler ailleurs une aile d’ange

Sourire au bec loin des rictus

Dessiner sur l’étoile nue

L’ordre inversé de nos folies

 

Une chose titubante avance vers nous

Les bras tendus devant elle les yeux fermés

C’est le sommeil en chemise de nuit

Le réveil est une cloche d’église trop lourde

Pour se mouvoir ici sans ses sœurs

Quant à ma nuit elle n’est qu’un long train

Roulant à très vive allure

Un train qui ne s’arrête pas et dans lequel je ne suis plus

Le fait est ordinaire pour un jour de septembre

La pluie dans mes chaussures aussi.

 

Quelle sera la musique accompagnant le rêve ?

Celle de couvercles frappés au sol ?

Lorsque pas un instrument à nos mesures

Ne tombaient sous la main fébrile

Ou tellement complexe à faire chanter

On en rejetait l’académisme

Émettre juste l’envie viscérale de prononcer autrement

Les cris que nous n’avions pas su lancer au temps

Où ils auraient pu n’être que gazouillis

Il nous reste à chercher le miel comme l’ours

La ouate pour affaiblir les chocs

Et les regards pour leur sourire.

 

Le quatuor « Par  la Poésie  et le Verbe  » :

4Z, Phoenixs, Élisa et Éclaircie