Monthly Archives: août 2016

La cruauté des pierres

Quelle que soit la tristesse

Elle prend naissance dans les brumes de septembre

Là où se posent les derniers rayons de l’été

Les sons et les couleurs sont déjà différents

Les grandes valises fatiguées sont rangées sur les hautes armoires

Même les salons de jardin semblent abandonnés

Il ne reste dans l’air que quelques bribes de rire

Et deux ou trois objets témoins du bon temps des vacances

Plus personne ne fait semblant et les sourires se figent

Un autre été viendra

Mais jamais plus celui-ci qui peu à peu s’efface.

*

L’inspiration prend sa source derrière la montagne

On ne tente pas sans risque son ascension

La contourner c’est manquer de courage

Et il en faut pour écrire debout face à l’océan

Dont chaque vague est un visage qui se défait

Après avoir trop souri

Répondre au sourire de l’eau nul ne l’ose

Nos dents jalousent la cruauté des pierres

Nous montrons au ciel le poing

Seuls les nuages survolent la ligne de faîte

Où nous suspendons pourtant nos sarraus

Après la vente à la criée du poisson

Sur des quais en or massif assure le pilote

Auquel on se fie pour éviter la chute.

*

Dissimilée derrière le verre cathédrale

Entre les trois piliers les plus hauts de l’édifice

L’ombre attend un signe

Le chant qui ne dépasse pas ses lèvres

Ne cherche plus à épouser le chœur

Sa présence au cœur des ombres la rassure

Dans la fraîcheur du bâtiment

Si elle devait devenir poussière

Avant de retrouver la voix claire des matins féconds

L’air saurait dévoiler l’arc-en-ciel qu’elle voulait peindre

*

La valse des poux violets,

Les uns glissent dans le col ouvert

Les autres derrière l’oreille

Lents et sûrs loin des regards envieux

Ils connaissent la piste bleue des conforts

A la loupe on les suit sur les ondes

Pendant que se battent au centime les ombres

Pelées

Ils rongent le cuir des sous-mains de bureau

Où se signera leur avenir doré sur tranche

Cousins des rats du navire ils naviguent

Au gré des flots hospitaliers

Et gagneront encore les rives sous abri

Qui regorgent déjà de leurs semblables

Repus.

*

Les quatre mains qui tenaient la plume étaient celles d’Eclaircie, de 4Z, de Phoenixs ainsi que la mienne.

Merci à 4Z pour le titre.

L’été au manteau d’étoiles,

L’homme au grand manteau troué
Avance sur la ligne d’horizon
Des oiseaux le suivent pépiant
Il ne paraît pas entendre
Bercé par une musique intérieure
Dort-il en cheminant ?
Ou seulement a-t-il les yeux clos
Et regarde les paysages indemnes
Avant les flammes lorsque l’eau absente
Enfouie dans l’océan a choisi le sommeil
Seule parade pour ne pas disparaître
Dans une tempête qu’elle n’a pas provoquée
***
Au même titre que les tanks
Les camions deviennent des armes mortelles
Quand leur conducteur lobotomisé
Par des démons appuie sur l’accélérateur
Comme un bourreau sur sa plaie – et explose –
Alors les oiseaux apeurés quittent les arbres
Dont les feuilles métalliques tremblent
Le vacarme des sirènes couvre
La musique lancinante produite par ces feuilles
Dont le vernis renonce à luire dans la nuit
Où les mots inefficaces n’ont plus de place
Ni les étoiles clouées sur le ciel

***
Aconitum,

Derrière le sourire vaporeux des calices
S’avance le rictus, léger, presque volatile
Il suffira de poser le mot au bon endroit
Pour que la fleur découvre ses épines
Dans la corolle douce
Si tu as la chance du hasard, blanche,
Tu passeras entre les gouttes de sang
Finement perlées
Sinon tant pis pour toi nouvel héritier
De la haine paisible
Tu arroseras les enracinées pousses
De la doxa vénéneuse.
***
Le sang à la tête les pendules s’agitent
Enivrées d’étoiles et de lumières inaccessibles
Les voix s’entremêlent désaccordées
Tandis que les arbres dénudés courbent leur silhouette
Sous le poids des corps suspendus
Seule la nuit demeure au-dessus des ombres
Hors d’atteinte hors de tout
En apparence sereine elle vibre cependant
Et donne sa puissance au jour si las
Pour qu’il offre enfin aux âmes brûlantes
Les mille caresses des larmes de l’aube

Dans les plis de ce  » manteau »froissé mais solide: Eclaircie à la boutonnière, 4A dans la pochette en soie, bibi dans la doublure, et Elisa dans le revers de la manche satinée.

Sur le poète et le poème…

« Le poète, en écrivant, devient d’une certaine manière le poème qu’il écrit – et le poème, en s’écrivant, devient d’une certaine manière le poète qui l’écrit : l’un et l’autre s’identifiant en se modifiant l’un et l’autre et l’un par l’autre. »

Jean-Claude Renard.

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

 

 

« Le vent ne sert qu’à ébouriffer les genêts

à donner la chair de poule au renard

avec lui il faut consentir comme avec le diable

 

Elle n’eut pas d’enfants pour ne pas engendrer des morts

pas d’arbre pour ne pas s’encombrer de son ombre

ni de murs d’argile qu’elle pétrissait donnait un pain friable apprécié des serpents

 

elle n’eut pas de chemin non plus

son ruisseau s’était tailladé les veines de chagrins entassés

et la Grande Ourse n’était pas praticable au mois d’août

 

dans sa bassine de cuivre ses confitures bouillaient avec les étoiles »

 

 

« Quelle est la nuit parmi les nuits » (2004).

 

 

« C’était novembre en pluies acides et neiges noircies par l’usage

Nous classions les feuilles mortes par ordre de taille pour faciliter la tâche de la forêt absente pour des raisons connues d’elle seule

Les parents partis avec la porte

Nous prenions les flaques d’eau pour des criques

les cailloux pour des météorites

les meutes de vent pour des loups

un enfant se liquéfiait dès qu’un flacon touchait terre

nous pouvions tenir jusqu’à l’épiphanie

Manier nos pieds comme des jouets

en attendant une redistribution des parents

 

il nous arrivait de les apercevoir entre deux couches de terre

le coup de pied assené au sillon faisait crier un caillou

Mais ce n’étaient qu’hallucinations de bûcheron à la herse rouillée »

 

« Où vont les arbres ? » (2011).

 

 

Vénus Khoury-Ghata

Un poème de PETR KRAL

« L’ENCERCLEMENT

.
Bientôt midi. Le lac du parc fuit sur place, se hérisse d’un
métal fébrile
au souffle de l’instant. Dans l’herbe s’attardent, seuls, des
sentiers
d’ombre. Ta douceur guérit la blessure
et modère la peine; en vain je dis que l’horizon nous salue
d’une promesse de chute. Avec des cris d’oiseaux vers
l’ouverture des salles claires
entre les arbres; par un ascenseur de sève, de sang,
grondant sous l’écorce,
jusqu’à la nuit des racines. Au-delà des tulles du taillis, une
route proche
fait presque miroiter l’éclat d’une rivière. L’air embrasé
flambe immobile
dans les couronnes, si ardent qu’il cerne soudain les
branches crépitantes
par la nuit à venir. En vain je me fais statue d’effroi, clouée
au socle de la souche
dans l’encerclement des clairières: nous ne sommes pas en
exil, assures-tu,
appuyant pensive le sourire contre une promesse ignorée
de l’azur. »
.
.PETR KRAL.

ENTRE LES SILENCES

PPV du 12 août 2016

*

ENTRE LES SILENCES

*

Septembre 2,

 

Envenimées les baies pâlissent

Entre les coques vides et les mats immobiles

Les rêves onze mois sur douze

Echouent sur les sables jonchés de bouteilles

Sans message

Agglutinés au plafond bleu

Les plastiques claquent le dernier soupir

De l’estival satisfait d’être nu au festin

Sans âme.

*

Les nuages sans laisse voyagent en silence

Le temps n’est rien d’autre ici qu’un maître auquel on obéit

Ainsi que les tournesols saluant à genoux le soleil

Tout vit sans rêve d’évasion ni crainte particulière

Les jours et les saisons colorent leur pays

On pratique l’ordinaire du début à la fin

Une cloche toujours prête à pleurer ou à rire

A la place des gens d’aujourd’hui ou d’hier

*

À l’orée des forêts et du jour

Les courbes tracées par les étoiles disparaissent

La verticalité des troncs reprend naissance

L’oblique des fils d’araignées entrecoupe

Ces parallèles trop sages

Le peintre dort encore et n’a pas déposé de teinte définie

Tout oscille entre loup et chien

Versions multiples de gris dont se parent

Les premiers oiseaux ou les dernières chauves-souris

Fermant les yeux une vision d’entresol s’impose

Et l’on hésite entre l’ascension ou la descente

Incertain du but à atteindre

*

Les arbres n’ont plus

Le droit de se taire

Depuis qu’il a plu

Des plumes sur terre

Depuis que le vent

Cherche une autre route

Et trouve à l’avant

Du navire un doute

Depuis que l’aurore

A baissé les yeux

Au point de les clore

En pleurant sur eux

Depuis que les ponts

Enjambent des gouffres

Dans lesquels l’eau souffre

Sa source en répond

 

*

En forêt : Eclaircie

Sous la brise : Elisa

Au bord de la mer : Phoenixs

Dans les rues : 4Z

*

 

Les soleils vides

 

 

La course des astres,

Lentement la nuit reprenait de l’allure

Voile après voile pour sa danse sacrée

Aux ombres

Il n’y avait pas eu de saison et les soleils vides

Fourbus rentraient se coucher sans un mot

De trop les petites étoiles du matin filaient

En douce sous le lit lourd des rêves perdus

Et les agités gris semaient aux quatre riens

Leurs illusions pleines de sable humide.

 

De petits être verts nagent en tout coin du ciel

Mars est sorti de son orbite

On ne peut donc l’accuser

De cet horizon aux couleurs champêtres

Qui sait si demain ils prendront la teinte

Jaune rouille du soleil noyé

Ou l’accent grave d’un château aux tours envolées

Le poids des pierres les empêchent

De courir étreindre ces inconnus

Et les arbres jaloux de cette nouvelle notoriété

De concert abandonne leurs feuilles

La saison dans la coulisse pleure à chaudes larmes

Son entrée en scène est gâchée

 

Louis dort à l’orée d’une jeune forêt

Le temps se dissout dans la brume des continents

Tout est animal et piétine les braises

Pour éteindre l’incendie qui ravage les os blancs

Le silence se présente à la porte verrouillée

Il fredonne un chant doux comme un baume apaisant

Que l’oreille fatiguée devra inventer

Tout ici dort et vit à l’abri du futile

Les morts et les vivants réconciliés saisissent l’essentiel

L’immédiat dirige un concert de cigales

Sous une jolie tonnelle de rayons de soleil

 

L’écriture mène par le nez

Au bout de lui-même le poète

Il aperçoit alors son reflet dans la vitre

Que tous les jours un caillou casse

Dans l’ombre une fronde s’abrite

Puis armée commet ce délit

À la même heure quand au piano

Quelqu’un produit d’insupportables gammes

Je connais cet apprenti peu doué

Il me ressemble or je me vois cloué

Sur un des murs de mon étroite chambre

Une chambre qui tourne comme un manège

Nul moteur n’est à l’œuvre

Lorsque le silence subit l’assaut des mots

Avec résignation selon son habitude.

 

Avec : Phoenixs la tête dans les étoiles, Élisa à l’orée du concert, 4Z ou peut-être son reflet dans la vitre, et Éclaircie dans la coulisse.

 

Je remercie Phoenixs pour le titre et vous tous pour ce bel ensemble.