Monthly Archives: juillet 2016

Un poème d’Heliomel.

« Il y a des jours comme ça

 

Il y a des jours comme ça…

Une chanson murmurée

Le bruissement d’une feuille

Un carré de lumière

 

Tout semble vous sourire

On se trouve comme en état de grâce

Les années passent

Ces jours, on croit qu’on ne les verra plus

 

Et soudain, ils reviennent un matin

Dans le jardin déjà ensoleillé

Sous la forme d’un coquelicot

Sur une valse lente de Satie

 

Sur un tableau dont on aperçoit

Les détails en trois dimensions

Jours bénis vous êtes si rares

Vous avez eu le mérite d’exister

 

Parfois la solitude est élégante

Elle attise les souvenirs…

Le chat me fait les yeux doux

Allez, viens sur mes genoux »

 

 

 

Les grands feux

La lune diffuse le moins de lumière possible
Afin que le marcheur de nuit s’égare enfin
Loin des chemins d’ornières et de cris
S’il tient la tête penchée c’est pour encourager
Ses jambes ses pieds ses muscles à le mener
Dans les sous-bois aux chuchotis calmes et sereins
Près des baies d’un rouge éclatant
Et pourtant inoffensives
Offrant pour toutes traces des lettres enluminées
L’homme sent qu’il se rencontrera bientôt
Avec le visage qu’il guette depuis longtemps dans les miroirs
Et les pensées de celui qui n’a pas abdiqué devant les grands feux
*
On ne croit plus en l’autre monde
Pourtant la boule bleue flotte en secret
Un village curieux s’avance pour la voir
Puis disparaît dans la brume d’été
Deux montagnes montent à l’assaut du ciel
Un bateau a jeté l’ancre au milieu de ce rêve
Il attend la marée mais n’arrive que le lierre
Sa voix douce s’offre au temps
Devenue rauque elle cède au vent sa puissance
De la boule bleue et de la nuit qui l’entoure
On ne distingue plus qu’une vague végétale
Et une forme engloutie sous une déferlante figée

*
Le pied de la montagne baigne dans l’eau du lac anesthésié
Les nuages se déplacent au compte-gouttes
Le vent arrêté en cours de route
Par on ne sait quel obstacle imprévisible
Le vent tombe comme la colère du torrent
Quand la plaine l’entoure d’égards
On se roule dans l’herbe en attendant le déluge
Ou l’explosion de la bombe cachée dans la manche d’un juge
Qui s’improvise magicien
Les corbeaux et les colombes ponctuent le ciel
On entend une marche funèbre
Mais la marchande des quatre saisons m’assure qu’il s’agit d’une valse
D’ailleurs son sourire le confirme
A peine réveillé le lac se rendort
Au moindre contact le museau de la montagne frémit.
*
L’ombre au vent,
 
On soufflera tes cendres au vide
Dernier salut de l’âme au trou noir
Tu seras passé comme une ombre
Un nom perdu de sens
Ni homme, ni bête
Fil cassé du théâtre des illusions
Qui ont cousu ton reflet
Au réel des vaincus.
*

Il est question d’âme et de clarté, de trou noir et de déluge mais aussi d’une brise très discrète qui fredonne les premières notes d’une valse. Nous devons le titre à Eclaircie, la valse à 4Z, le « Dernier salut de l’âme » à Phoenixs et la pousse de lierre à moi-même.

L’absence des chaises insomniaques,

L’oiseau guette le chat pour le manger
Avec des épinards cueillis pendant la sieste
Le chat caché sous l’armoire s’ennuie
Peut-être songe-t-il à éclairer la nuit
En brandissant un pot de confiture
Vide – les framboises vagabondent
Loin de la neige qui les nourrit
Les sous-marins pondent leurs œufs
Au fond des lacs anesthésiés
Ainsi la terre tourne autour d’un crayon bien taillé
Sans oser balayer les copeaux
Ni parmi eux trouver pour les mordre des vagues.

***

Autour de la grande table
Les hommes mangent debout
Nullement étonnés de l’absence de chaises
Le repas terminé
Ils s’adossent aux parois crépies
Et dorment sans rêves
Ils ont depuis longtemps
Perdu leur souplesse et la parole
Seul un tout petit enfant
Se contorsionne et sourit aux anges
Dans un berceau de feuilles aux mille signes
La lune hésite à lui transmettre les clés du silence

***

Qui suis-je que la mémoire déplace
Note après note dans ce jardin sans partition ?
On suspend à mes cordes des pétales fumants
Des colliers de voyages interrompus
Des rires emportés à la pointe d’un envol
Des instants sérénades faussées
Je ne murmure que requiem
Lacrimosa pavane blanche rayée
Que suis-je devenu au coin d’une coulée verte
Sinon l’espérance recueillie d’une main tendue
Vers ma beauté demeure ?

***

Les jours avaient des joues roses et brillantes
Comme les pommes du calendrier
La ville bercée par le fracas quotidien
Posait la tête sur celle d’un voisin de passage
Aucun ne remarque la tristesse des voies abandonnées
Où poussent de l’herbe et quelques arbres espiègles
Au rythme lent du train et des habitudes
La vie passe de l’autre côté de la vitre
On ne se regarde plus on ne se parle plus
On marche en somnambule dans une même direction
La langue dans une poche la petite lumière des yeux dans l’autre

Dans ce Zephe de juillet passaient : 4Z le félin aux framboises, Eclaircie berçant les hommes sans rêves, bibi, Elisa qui porte encore une lumière dans la grotte.

LA TRAVERSEE DU CIEL EN CERCUEIL.

La traversée du ciel en cercueil.

*

Pantins désarticulés aux coutures grossières

Collines sombres

Couverture nuageuse

Fièvre

Page des fous arrachée au hasard

Pour combler le vide des crânes

Un épouvantail un peu gras

Assis sur le verbe empêtré de fils sales et longs

Qu’il tire en riant comme on lance les dés

Une gorge serrée et la page encore vide

Au rouge terrible on oppose la blancheur

Candide

Bienfaisante

Comme l’odeur sucrée d’une fleur oubliée

Entre les lignes lumineuses d’un été du passé

*

Le ciel n’a que faire du vent

Jamais il ne pourra se rafraîchir

À l’eau pure du gouffre

Seule la nuit lui vient en aide

Et calme le feu qui l’embrase

Celui qui roussit les cimes des arbres

Enflamme coteaux et collines

Et gagne les pantins de bois trop tendre

Faudra-t-il crever nos yeux

Pour que nos regards n’envoient plus la foudre ?

L’eau souterraine n’a plus envie de reparaître

Nous rejoindrons le puits étouffant les échos

Qui ne seraient pas Poésie

*

Corridors sans appel,

 

C’est le grand silence sous ce ciel d’octobre

En plein juillet l’automne sème le doute

Nous allons dans les vagues fous d’espoir

Cueillis en plein vol par des oiseaux noirs

Il ne reste déjà plus rien de nos chairs rougies

Par toutes ces aubes si douces

C’est là que nous déposerons nos peurs

Nos enfances inondées au pied du peu

Qui demeure debout sans écho

Et que nous appelons abandon

*

Nos écrans ne nous montrent plus l’horreur

Ils ne s’allument que sur des paysages déjà lumineux

Des villes paisiblement ensoleillées

On voit et l’on entend le blé pousser dans des champs dépourvus d’épouvantails

Les collines et les dunes endormies respirer

Et la mer met au pas ses vagues sur nos plages atones

On y réquisitionne moins de sable pour mesurer le temps

Le temps nous débarrassera des images atroces

Que nos téléviseurs et nos ordinateurs diffusaient en boucle

Les palmiers berceront de nouveau leurs feuilles pennées et leurs drupes

Et si ni le vent ni les courants d’air ne disposent plus d’assez de souffle

Nos joues se gonfleront pour les aider à rafraîchir les terrasses

Et les salles de concert où le public mort ou vivant

Ecoute d’interminables symphonies.

*

Paisible été aux auteurs :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

et 4Z.

*

Nuit blanche

elle prit une lanterne
par le cou
sur le trottoir boueux
pour éclairer le landau
où de vieux draps trempaient
dans un seau de lait

des chats la suivaient
qu’une obscure maladie
avait transformés en feuillets blancs
si bien que d’une main hardie
elle dessina sur l’un d’eux
un enfant crachant la lune
au fond d’un puits

Un poème de Hugo.

 

Victor Hugo.

 

« Puisqu’ici-bas toute âme…

 

Puisqu’ici-bas toute âme

Donne à quelqu’un

Sa musique, sa flamme,

Ou son parfum ;

 

Puisqu’ici toute chose

Donne toujours

Son épine ou sa rose

A ses amours ;

 

Puisqu’avril donne aux chênes

Un bruit charmant ;

Que la nuit donne aux peines

L’oubli dormant ;

 

Puisque l’air à la branche

Donne l’oiseau ;

Que l’aube à la pervenche

Donne un peu d’eau ;

 

Puisque, lorsqu’elle arrive

S’y reposer,

L’onde amère à la rive

Donne un baiser ;

 

Je te donne, à cette heure,

Penché sur toi,

La chose la meilleure

Que j’aie en moi !

 

Reçois donc ma pensée,

Triste d’ailleurs,

Qui, comme une rosée,

T’arrive en pleurs !

 

Reçois mes voeux sans nombre,

Ô mes amours !

Reçois la flamme ou l’ombre

De tous mes jours !

 

Mes transports pleins d’ivresses,

Purs de soupçons,

Et toutes les caresses

De mes chansons !

 

Mon esprit qui sans voile

Vogue au hasard,

Et qui n’a pour étoile

Que ton regard !

 

Ma muse, que les heures

Bercent rêvant,

Qui, pleurant quand tu pleures,

Pleure souvent !

 

Reçois, mon bien céleste,

Ô ma beauté,

Mon cœur, dont rien ne reste,

L’amour ôté ! »

 

Victor Hugo – « Les Voix Intérieures »

 

 

 

 

Sous l’écorce de l’aube

 

De la musique en toute chose,

 

Longer les temps anciens au fil d’un Fauré

D’une virgule bleue aux fenêtres de jasmin

Flâner sur la route de mer coquillage ourlé

De vent et de sel ocre

Quelque part dans la voix perdue d’une mélodie

Se dire le poing fermé que la vie vaut encore

Le coup de force et de gorge intérieure

La tête dans la nuit bercée d’étoiles.

 

Dans les arbres logent des dauphins qui sifflent

Et de jolies cloches qui chantent

Les fruits de saison ornent les cimes des tours

Sur lesquelles sont perchés des marchands

Enveloppés de houppelandes grises

Quand le ciel est en accord avec la transparence de l’eau

De grands oiseaux noirs venus des bois sauvages

Franchissent les hauts murs qui ceignent les villes

Invisibles à l’œil nu des enfants jouent à cache-cache

Tandis que des adultes à plumes rousses

Cherchent un refuge un asile ou un nid

Pour échapper au regard impitoyable des chasseurs de tête.

 

Tandis que la lumière pousse la lune

Dans ses derniers retranchements

Les arbres ignorent comment l’escorter

Dans son voyage dont ils ne savent rien

L’attrait de l’inconnu ne se mêle pas à la crainte

D’un univers inconnu sans plus de racine

Ils n’imaginent pas que la colline refusera de les accompagner

Pourtant au lever du jour rien ne semble différent

Seules les cimes inclinent légèrement la tête

Et les chuchotis qui en émanent

Ne doivent pas au vent leurs intonations

Il est depuis longtemps parti filant comme les étoiles

À la recherche d’un astre sûr et discret

 

Les secrets n’ont pas de visage

Sous leur masque on ne trouve rien

Qu’un petit gouffre dans lequel

On jette quelquefois une arme

Mais cette arme un écho solide la renvoie

A son propriétaire en fuite.

Quand nous perdons nos plus chers yeux dans un miroir

Ils s’y noient comme dans leurs larmes

Coupons l’eau pour ne pas pleurer

Les ponts avec le soleil pour ne voir

Que son dos

Quand il se met à boire

Trop de flaques d’un coup.

A son retour triomphal nul ne trinque…

 

Tableau en 4 dimensions avec :

Phoenixs pour la musique

Élisa pour le décor

Éclaircie pour le bruitage

Et 4Z pour la lumière

 

Les coulisses du ciel

Poussés par le vent deux corps vides avancent
Qu’un soleil implacable lui coupe les ailes
Ils cesseront de se mouvoir
A peine habités
Par de larges silences incolores
De vastes étendues de sable ou de roche
Peut-être même entièrement vierges
De tout décor de toute lumière
Ce ne sont que des corps exposés au jour à la nuit
Et au temps qui passe Sur tout
*
Arracher le ciel,
 
Mieux vaut se couper les ongles si l’on veut laisser
Intacte la peau de vie
Dans la nuit des souffles inventés accompagnent
Nos portes closes et nos draps blancs
Nous ne saurons jamais si la dame sans visage
Ou l’homme sans maison étaient derrière le silence
Haletant, cliquetant, perf imaginaire accrochée
A l’insomnie inquiète
Mieux vaut se couper les ongles si l’on ne veut pas infecter
Nos pauvres ciels désincarnés
*
Le Ciel sait-il que nous le regardons
Parfois avec les yeux des autres
Car avant notre arrivée
Nos ombres ne nous précédaient pas
Ni n’annonçaient le retour du printemps
Aux arbres privés de concerts.
Avant le premier mot dans la bouche sèche
L’égoïsme des paysages
Détournait de nous les touristes
Nous ne jouions sur des scènes mouvantes
Que des mélos
En habit de clown.
Aujourd’hui tout refait surface
L’aurore surgit outrageusement maquillée
D’un bol de lait brûlant
Dans lequel du miel ondule.
*
 
Un être aux yeux humains
Parcourt un pan de ciel
Où sont inscrites des lettres rondes et trempées
Fil invisible entre les collines
Sa route se poursuit inlassablement
Parfois un toit plus luisant que d’ordinaire
Attire son regard et devient pour un instant
Cette couche à la pente dangereuse
D’où il se garde bien de bondir
Il sait l’océan tourbillonnant de lames
Prêtes à le déchiqueter
Dernier vestige du temps avant l’orage

*
Mise en scène de Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même. Avec l’aimable participation du soleil, présent ce jour dans les coulisses.