Monthly Archives: mai 2016

La forge des rêves,

J’ai tenté d’attraper les mots avec un filet d’eau de source
Rétifs ils se sont faufilés dans les ourlets des gouttes
Loin d’être sagement rangés
Dans les lignes et les lignes de ces voyages improbables
Ils se sont liquéfiés jusqu’à ne plus rien dire
Pas même le silence reposant et toujours bavard
De doubles sens ou du dernier chant de l’oisillon
À peine éclos mais dont la voix trace le plan de vol
De tous les arbres qui savent si bien lui offrir refuge
Et tandis que ma tête recherche toujours un meilleur cou
Les lettres se sont offert la danse d’un matin pluvieux

****
L’œil me fixe
Ce géant projette un champ de blé sur la mer
L’improbabilité de ma présence au monde
Rassure les ingénieurs
Le regard demeure froid
Peut-on parler d’un regard lorsque toutes les fenêtres
Donnent sur l’intérieur
Là où ahane la forge des rêves
Oui nous sourions quoique privés de lèvres
Les arbres restent seuls
A l’abri comme vous et moi de toute contrainte
La lueur faiblit le nuage perd son temps les maisons
Partent en fumée

****

Anémie et Franz,

Elle voyage dans le sang des notes
Sous les doigts d’un possédé
Cette pâleur de vie qui lutte
Aujourd’hui comme hier la mélancolie
Coule sur les claviers blancs et noirs
Au seuil de mondes descendants
Il nous manque l’âme et la force d’être lumière
Portés par le vent nouveau
Alors, nous voyageons dans le sang des notes
Transfusées depuis toujours par la peine de vivre

****
Les coucous mentent, ils donnent au monde
Si vaste
Cet air enjoué et sincère, que l’on voit d’ordinaire
Sur les visages des petits enfants courant sous les nuages.
Les vieux arbres tordent leur long cou
Ils oscillent avec grâce quand souffle le vent
Peut-être voudraient-ils faire la paix
Avec l’humanité qui creuse pourtant de larges plaies
Sur le bois amical et tendrement offert de leur flanc.
Les roses parfumées et les coucous mentent
Quand ils prétendent qu’ici et là-bas tout ce qui vit
Sera libre et aimé jusqu’à l’ultime seconde.

Sortis de la  » forge  » on retrouve : l’étain 4Z, le fer de bibi, le zinc d’Eclaircie et l’argent d’Elisa. Le titre est piqué à 4Z vulcain de la semaine 🙂

TÊTES PERDUES

TÊTES PERDUES

*

Le brouillard s’insinue entre les cils

Les regards perdent leurs couleurs

Et les pupilles dilatées sondent

Autour d’elles le signe d’un autre visage

L’esquisse d’un sourire ou même un souffle

Qui leur assureraient que le nuage les entourant

Ne les a pas séparées de leur réalité

Et la lumière éclate brusquement

Réveillant les buissons et les oiseaux

Mais aussi la rivière n’osant plus

Ses tendres gargouillis si nul penché sur elle

N’admire le reflet ou simplement le fond de l’eau

L’instant a voulu fondre et confondre le temps

*

Le quotidien en pain de mie,

 

On passe pendant que le ciel tombe

Sur les têtes penchées

Café du matin goutte à goutte s’échappe

La vie

Les ronds points bousculent le voyage perdu

Sur un pare-brise

Dans le crépuscule s’arrête l’élan bleu

On gît surpris de ne plus jouer

Privé du jeu éternel de la fugacité

*

Des petits fantômes blancs sortent de terre

Leur silence ne brise aucune particule de bruit

Sans éclat ils tournent sur eux-même et font prendre l’air

A ce qui doit être leur tête et la moitié de leur corps

Charmants spectres qui même blêmes sèment la joie

Bien que personne ne les voie, qu’aucune conversation ne cesse

Ainsi, conformément à l’usage

La terre tourne. Le temps passe. L’Homme se bat.

A l’endroit des apparitions et en leur place

De longues et larges feuilles d’un vert translucide

Portent en triomphe une fleur d’un blanc lumineux et pur.

*

Du haut des bâtiments qui dominent la ville

On chercherait en vain le fleuve, il est au chaud

Très loin sous terre un brin négligé mais tranquille,

Il remplit sa mission dans l’ombre, peu nous chaut

Qu’il soit ou non sensible à l’environnement.

On voit des tours carrées rectangulaires longues

Comme si l’on voulait narguer le firmament.

Autour de l’échiquier les joueurs qui triomphent

Se projettent, marqués du signe des veinards,

Parmi ceux dont la ville attend monts et merveilles ;

On leur sourit comme à des ingénieurs qui veillent

Au bon déroulement de la vie sous des cieux

Artificiels d’où vient un cri strident d’essieux.

*

Tous ont retrouvé leur tête :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

4Z.

*

Mille ans et quelques ailes

 

Nu couché,

Un arbre, des mouettes

Dans l’air qui les porte

Apporte leurs ailes à l’allongé

Nu.

Celui, qui, dans le soir désert

Crie

Sans tapis rouge

Sans fard sans costume éclair

Si loin des feux de sable

Des pailles dans la fête, des rires fusées

Le Nu s’essouffle, supplie

Couché le long des couloirs

Serré entre là et bas

Ses liens le retiennent au silence

Sans appel.

 

Le ciel s’en est allé

Se réfugier dans une énorme bulle bleue

Qui dérive au-delà du soleil

Laissant poussières et nuages se disputer

Les meilleures loges

D’un théâtre où la scène reste invisible

Et les acteurs dont on ne distingue que les têtes

Ouvrent les yeux et la bouche sur le rythme

De battements réguliers grondant au loin

Parlent-ils ?

Les seuls spectateurs qui pourraient les entendre

Dorment

Le visage dans les mains comme ces galets polis

Si longtemps charriés par les torrents

Désormais ancrés dans les bras de rivières assagies

 

Les murs ne souhaitent plus soutenir le toit

Ni le toit abriter les mêmes créatures

Mais pour leur échapper il ne suffit pas de posséder la bonne clé

Car sur son propre seuil la porte s’aventure

Et encourage les jours frileux à naître

Avec des cris d’enfants impatients de sortir

Et d’explorer la rue dont les rideaux de fer se lèvent

Sur des vitrines plus attrayantes qu’un coin de ciel…

Si les façades possédaient des lèvres

On les verrait sourire ou se pincer selon leur humeur.

Le mortier le ciment le béton manquent d’air

Ils ont besoin d’espace

Et de poumons dont la forge et le souffle ravigotent.

Si les trottoirs sont pavés de bonnes intentions

Par contre l’eau dans la rigole inaugure un poison.

Méfiez-vous chiens errants assoiffés !

 

Debout, là-bas, bras tendus

Perpendiculaires à la ligne souple de son corps

C’est une petite fille depuis plus de mille ans.

Ses cheveux jaunes semblent jouer autour de sa tête

Ouverte au sommet sur des idées joyeuses

Qui s’envolent avec les enfants des tempêtes.

Sur son visage, elle a peint un joli sourire

Et deux beaux yeux gris avec des petits points de soleil.

Les oiseaux se réchauffent auprès d’elle

Lui confient leurs petits et les secrets qu’ils détiennent.

 

Ont traversé le temps, les voix de :

Phoenixs, Éclaircie, 4z, Élisa

Le train d’hier

Sine qua non,

 

Glissé entre deux cactus

Voilà que tu t’en vas voir

Si là-bas le monde est moins piquant

Qu’ici

Tu laisses les nuages au goémon

La camarde à ceux qui suivent

Les ailes pliées aux derniers anars

Noirs qui marchent en boitant

Je t’ai suivi pour respirer d’autres espaces

Etendre ma colère trempée sur le fil

De tes pages en bouteille

Il avait peu d’oxygène

Tu as fermé les dernières bouteilles des plongeurs

Ivres.

*

Un vieil homme aux cheveux blancs, comme un arbre

Se tait.

Son silence exhale des parfums, des couleurs et des hauteurs

Une puissance qui réchauffe ou saisit selon ce que l’on est

Hirondelle ou charognard.

Quand il s’éloigne, il reste une nappe blanche sur la table désertée

Une tasse de porcelaine immobile, une serviette froissée.

Les chaises semblent surprises en pleine conversation

Stupides, elles restent là sans dire un mot.

Seules deux ou trois, peut-être plus si le sable s’est échappé trop vite

Semblent souffrir de quelque absence, irrémédiable

Et ne sont plus qu’objets inutiles et sans vie.

*

Mes fantômes me font défaut ils ne me hantent

Plus comme avant l’arrivée des chimères

Elles ont pris presque toute la place

Dans le tonneau où la mémoire gît

En attendant le médecin des âmes

Celui qui se vante d’ouvrir

Nos cages sans effrayer les oiseaux…

Piétiné le ciel grince

Comme les ressorts du lit

Quand on y joue avec le cœur des occupants

Des passants dont mécaniquement

Les yeux se ferment et s’ouvrent.

*

La grande ville s’assoupit sous la lumière bleue

Poissons et papillons se partagent l’espace

Entre les lampadaires et les toits

Écailles et antennes vibrantes de l’envie de découvrir

Ce que la lune depuis son observatoire

Forge dans le secret des greniers

Lorsque tous les escaliers se sont repliés

Afin de permettre à l’œuvre de mûrir

Loin des regards humains à la vision partielle

Et seulement lorsque les pendules

Retrouveront leur mouvement régulier

Les animaux regagneront leurs caches

Avec au fond des yeux imprimées les lettres

Dont nous ne savons que retranscrire l’esquisse

*

Une composition ornée par les (très) jolies têtes de Phoenixs, Eclaircie, 4Z et moi-même.