Monthly Archives: avril 2016

La peau des sirènes édentées,

Les oiseaux sifflent un air connu
Quand la cage est trop étroite
On ne se retourne plus
La mer se répète à l’infini
Toutefois les mêmes mots sont interprétés différemment
Par l’oreille échouée sur le sable
Les vers interchangeables nous privent de vacances
On regrette que le ciel soit si étroit
Les nuages si nonchalants
Les vagues édentées
Les maisons produisent trop d’ombre
Le lit fait et défait
Pour y jouir et y mourir tour à tour
Ou au même instant
Reste introuvable
Malgré les efforts des plongeurs
Scaphandriers impatients de toucher le fond.

****

Aux branches des arbres
Les feuilles se laissent bercer
Dans les rues les murs
À l’aplomb des trottoirs
Se félicitent de s’élever bien plus haut
Que les pavés
Mais nos regards assoiffés d’images changeantes
Balaient le vent les édifices les plages
Soulèvent les chapeaux des cheminées
Sur la tête des vagues cueillent l’écume ou l’orange
Et glissent dans l’immense oreille de l’univers
La caresse des chants d’une sirène aux enfants

****
Quand le bonheur épluche des cacahuètes
Nous glissons sur les pelures
Où se cache-t-il pour croquer ses gâteries ?
Nous ne pouvons le savoir
Car nous sommes assommés
Quand la vie s’enhardit à le suivre
Levant ses jupes dans un grand rire
Nous pouvons les entendre au loin
Sans les voir
Non seulement l’arachide engraisse
Mais elle tue l’ironie des sens.

****

On ne sait plus qui fait tourner les marches de métal
La petite musique du monde joue dans sa tête
Sonne faux
Alors le noyer sans foi part en voyage avec l ‘hiver
Les minuscules humains continuent de courir
Parfumés et souriants, parfois sourds
Rien ne les distrait de leur course vers le précipice
Ni les corps qu’ils enjambent
Ni la pestilence qui s’en dégage
En ville, la grêle tombe sur la peau des tambours
De plus en plus fort, de plus en plus vite.

Sur la barque qui cabote : 4Z à la barre, Eclairicie à l’écoute, bibi entrain d’écoper avec Elisa sur la dunette. Les flots nous portent chaque semaine à la recherche de la baleine bleue…

Heures obliques, virgules.

Chers amis de Poésie Fertile, je ne vous avais pas oubliés : j’avais simplement changé de vie et il me fallait bien une petite année pour me ressaisir. Salutations à tous !

 

Heures obliques, virgules.

 

C’est l’heure nue de quelques pas,

Tout frais,

Dans le ruisseau clair

 

Comme en repos d’un long voyage

Inventé /fabulé, rêvé /prétexté

Grâce au rire

 

Car sans le rire,

Tout, même le plus beau visage,

Est sidéré

 

C’est aussi l’heure contraire

Où le vert est trop vert

De l’arbre qui voit, de l’arbre qui entend

 

Sans aucun souffle de vent,

Arbre / couleur,

Grave, immobile et muet

 

C’est celle d’un souvenir,

Rythme / silence,

Beau comme deux femmes

 

Deux femmes au pas

Deux femmes se donnant le bras

 

 

 

HPB2604MMXVI

Des eaux sculptées.

DES EAUX SCULPTEES.

*

C’est quand le vent chasse les nuages

Que nous revient en mémoire la présence de l’invisible.

Celui qui secoue une seule branche dans un arbre

Clin d’oeil mi-drôle, mi-terrifiant.

Ou celui qui effraie l’ange déguisé en pauvre homme

Parsème son parcours de corps étranges

Qu’il est seul à percevoir

Et qui donne à la trajectoire de son errance

L’apparence stupide d’une chaloupe en détresse.

*

Les chaises s’écartent de la table

Pour laisser asseoir

Le vide   Et le vide s’anime

En un joyeux souper

Dès le potage la louche heurte délicatement

Un verre et soupire d’aise le grand lustre

On n’entend ni le bruit des cuillers ni celui des lampées

Seuls les poissons tombant dans les panses

Émettent un petit « hou »

La nuit aux fenêtres se hâte et jette un froid

Sur les terrasses et paliers

La flamme après les liqueurs dans un geste large

Dessert et range en petites bûches bien serrées

Les restes des meubles et des invités

Dans la clairière la maison se retranche dans son silence adoré

*

Blanche est la mer ce matin de décembre

La neige ne fond pas assez vite sur l’eau

Mais les vagues en gris ne se font plus attendre

Ni pour le poissonnier fébrile ses bateaux

L’arbre qui se suspend au ciel produit des flaques

De lumière où l’on voit exploser les oiseaux

Plumes et flocons créent des pluies de confettis

Au-dessus des jardins et des rues en terrasses

Quand le soleil se lève on lui jette des trilles

On le presse et son jus réjouirait nos papilles

S’il était servi dans des tasses.

*

Comment fantomette a fini en maison de retraite,

 

Quittons un temps l’absurde

Pour retourner sur les pas

Imperméables en bottes de sable

Traces menues d’une autre époque

L’amour flottait entre deux songes

Et les prouesses poussaient leurs ailes

Plus loin que nos courses insensées

Qui ne menaient à rien

Nous voici sages et pliés entre deux pages

Relisant sourire en coin

Ce qui animait nos desseins flous

Sous le pétale desséché qui nous tient lieu de mémoire

*

Sur la chaloupe en détresse : Elisa

Agrippée au lustre qui soupire d’aise : Eclaircie

Entre deux pages avec un pétale : Phoenixs

Sous une neige en chocolat : 4Z.

*

« Poisson Soluble » d’André Breton – Extraits –

— Dites à votre maîtresse que le bord de son lit est une rivière de fleurs. Ramenez-la dans ce caveau de théâtre où battait à l’envi, il y a trois ans, le coeur d’une capitale que j’ai oubliée. Dites-lui que son temps m’est précieux et que dans le chandelier de ma tête flambent toutes ses rêveries. N’oubliez pas de lui faire part de mes désirs couvant sous les pierres que vous êtes. Et toi qui es plus belle qu’une graine de soleil dans le bec du perroquet éblouissant de cette porte, dis-moi tout de suite comment elle se porte. S’il est vrai que le pont-levis des lierres de la parole s’abaisse ici sur un simple appel d’étrier.

  • Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 1, p. 29

— Tu as raison, me dit-elle, l’ombre ici présente est sortie tantôt à cheval. Les guides étaient faites de mots d’amour, je crois, mais puisque les naseaux du brouillard et les sachets d’azur t’ont conduit à cette porte éternellement battante, entre et caresse-moi tout le long de ces marches semées de pensées.

  • Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 1, p. 29

De bas en haut senvolaient de grandes guêpes isocèles. La jolie aurore du soir me précédait, les yeux au ciel de mes yeux sans se retourner. Ainsi les navires se couchent dans la tempête d’argent.

  • Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 1, p. 29

72 mars

72 mars,

Nous irons en chaussettes marcher sur les nuages

Pour ne pas froisser nos voûtes célestes

Comment, sinon, poursuivre la marche muette

Des grands anges morts ?

Avec nous des ailes dépliées, des oiseaux peints

Des éventails de jade

Pour nous tenir compagnie, donner de l’air

A nos grands bras lourds

Nous irons sans revenir saut de carpe dans les brouillards

Nous perdre hors saison, hors raison entre les lignes de la main

Tendue

Nous irons et le ciel fermera les yeux sur nos égarements

De grands rêveurs perdus

La foule se rassemble

autour de notre nid

l’arbre des greniers tremble

l’ombre des lacs brunit

on arpente l’azur

sans réveiller le sable

sans rouvrir de blessure

sans trouver son semblable

l’oasis se balance

et vous asperge d’eau

vous qui voulez qu’on danse

par couples dos à dos.

La mer a disparu et les poissons inquiets

Se terrent dans la boue sans la moindre parole

Le sable ne sait plus comment gagner le large

Ni raviver la teinte estompée de ses grains

La rivière attentive à sa source remonte

Cherchant d’autres chemins menant à l’océan

Une vague éperdue du tranchant de sa lame

Défie le dieu des vents qu’il lui rende l’espoir

De retrouver le sein nourricier et fécond

Celui qui l’a bercée du jour de sa naissance

Offrant toujours la force de porter au plus haut

Les grands navires noirs jusqu’au soleil couchant

.

Il ne porte rien d’autre qu’une  longue houppelande

Parsemée d’étoiles et de signes étranges

Il voyage seul, avec tous les autres.

Ange ou diable sagement assis à sa place dans le train

Réputé pour ses mille paires d’yeux

Il sourit, pour lui, sans rien attendre.

Et l’on entend le bruit lointain des chaînes

Libérées de ses chevilles et de ses poignets.

Il cesse un instant de sourire et un nuage cache le soleil

Brièvement, puis ses oreilles donnent à entendre

Les gémissements des chaînes désormais entravées

Par d’autres chevilles, d’autres poignets.

.

Les auteurs : Élisa, Phoenixs, 4Z2A84 et Éclaircie,

Le titre appartient à Phoenixs.

AU FOND DE TA GORGE-Sabine Huynh

Au fond de ta gorge
parfois des murs
se veulent horizon
avant le voyage
car les hommes frappés
d’amnésie croient
pouvoir dompter les vents

Ce qui s’éloigne défile
traversé comme une lance
éperonne les certitudes
comme un corps chute
dans un silence mat

silence de fuite absolue

Sur les routes
ce qui faisait sens n’est plus
(ce que tu as appris)
que la pluie qui bat
et s’évapore
sur tes paupières

Aux bifurcations, pendue
au coin des lèvres, l’hésitation
fait perler le sang
ta langue fourche
et bégaye tes pas

Se réveiller quand même
avec la vision sonore
d’une demeure sans
chagrin, sans tache
indélébile, une demeure
qui aurait à peine vécu
où on aurait à peine su
babiller

se réveiller

 

Sabine Huynh, Kvar lo, Æncrages and Co, Collection Ecri (peind)re, 2016, s.f. Encres de Caroline François-Rubino. Postface de Philippe Rahmy.

Fenêtres sur rêves

Les papiers sciés,

.

Ils sont debout sur les places

Plantés dans la nuit pleine d’espoir

A chercher le sens de la vie

Une autre vie

Pendant qu’au loin on scie les fleurs

Les rêves, les horizons légers

D’un pas lourd et boueux

Je suis le pouvoir qui me fait

Tu perds ton âme à m’imiter

On sème nos petits papiers

Dans le vaste sillon de l’inutile.

*

Le soleil se couche derrière la blancheur d’une falaise

Qui n’existait pas ce matin.

Chaque nouveau jour trace les contours d’un paysage

Falsifie les repères fixés aux murs par de vieux clous

Que même la rouille dédaigne.

Une chouette sort de la grange d’un autre lieu, d’un autre temps

Sommes-nous ici ou là, dans le passé ou au présent ?

La mer tapie dessous la terre attend son heure

A peine est-elle trahie par le cri d’une mouette

Ou le craquement d’un coquillage sous une semelle.

La lumière immortelle pour quelques heures

Nous donne l’illusion de la bravoure

L’obscurité nous rendra la raison et fermera nos volets.

*

Mon fantôme est entré par la fenêtre.

Mes vêtements lui allaient bien.

Dans ses souliers trop grands je reconnus mes mains

Puis mes pieds dans ses poches.

Il ne dit rien car je parle en silence.

D’un geste large il désigna la lune

Qui voyageait suivie de ses poussins

(A ma montre il était midi !)

Ai-je du sel à leur jeter ? Me dis-je.

Il répondit : Tu en as. Jette-leur !

Puis le jeu d’échecs occupa

Près des citrouilles nos loisirs…

Le jardin potager ronflait

Comme sous leur capot nos cervelles aux câpres.

*

De petits souliers rouges trottinent dans l’impasse

Toutes les portes cochères imaginent déjà

Qu’elles franchiront leur seuil

Seul le lierre semble savoir

L’espace entre les pierres masqué par le feuillage

Ainsi que la prairie sans limite

Au-delà de la rue grise aux volets battus par le vent

Le pas résonne et quelques rideaux frémissent

Aux fenêtres privées de lumière

Puis le silence tombe comme la pluie après l’éclair

L’enfant s’est échappé    Il trouvera le puits

*

Une seule voix mais quatre têtes ou une seule tête mais quatre voix…(aurais-je perdu la mienne -ma tête-pour confondre ainsi l’essentiel ? ) ou peut-être une seule main mais quatre têtes et quatre voix : voilà ! Une seule main, donc, qui voyage du nord au sud pour réunir les images et les mots de Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même.

Les caricatures de Mélusine,

Ni le torrent ni la rivière
Ne veulent aller vers le fleuve
Le fleuve lui-même se détournerait de la mer
Pour profiter d’un séjour dans les bois
Où l’invite à partager le pied d’un chêne
Une famille de champignons à chapeau orange
Mais la pente jette sur son dos l’eau sans défense…
Voyez comme elles dévalent des pics et des monts
Pour rejoindre dans un pli de la vallée
Le fleuve obéissant qu’emprunte la compagnie batelière !
Sur le pont les cercueils voisinent
Avec des sacs de jute pleins de bolets
Élégants ou non
Comestibles ou provoquant des hallucinations.
S’y reconnaîtrait-on noyé par Mélusine ?

****

Entre veille et sommeil, un autre monde
Qui se montre et nous dévisage, inquiétant.
Une immense forêt qui monte jusqu’au ciel
Verte, profonde, accueillante, aimante.
Puis de drôles de figures, des caricatures de visages
Qui se forment et se déforment.
Des yeux, grands, exorbités, petits ou perçants
Ceux de nos juges sans doute venus là en visite.
Des images qui surgissent quel que soit l’état de nos paupières
Et qui vivent malgré nous dans la fine feuille de l’invisible.

****
On lève fort la bannière dans le vent sans précipice
Plutôt vieux et déjà en arrière
De la troupe éparpillée
Les slogans froissés se perdent aux nues
De vieux chants faucille en marteau
Interpellent enroués la rue
Qui s’en tamponne le badaud
Volent les papiers tout en couleur
Contre la loi fille d’injustice
Hugo s’endort mille fois mort
Parmi les fantômes du Vieux-Nice
Ce soir on rentrera fourbus
Sans avoir atteint le ciel sourd comme un pot

****

Le chemin s’est retourné sur lui-même
Le vert tendre des bois et des buissons
S’excuse d’être si pétillant
Quand pas une flûte ne déverse de l’or
La pente de la colline selon le regard
Semble se voûter diminuer s’éteindre
Les toitures s’appesantissent sur les greniers
Des bateaux de papier griffonné cherchent des goulots
Et l’espoir qu’un océan les submerge
Les oiseaux s’époumonent longtemps avant le jour
C’est seulement pour eux
Que le printemps se risque hors des forêts

A l’appel de la forêt: 4Z, Elisa, bibi et Eclaircie pour saluer, à leur manière, un printemps avec sous révolution, mais sûrement accompagné du chant des hirondelles.

Poèmes de Roberto Juarroz

« Il dessinait partout des fenêtres.
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l’air et jusque sur les plafonds.
Il dessinait des fenêtres comme s’il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.
Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.
Il voulait seulement voir : voir.
Il dessinait des fenêtres. »
Partout.
(Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

 
« Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

 

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

 

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

 

C’est pourquoi si l’on t’interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu’un est en train de
mourir. (I, 37) »
Poésie verticale,Traduit par Roger Munier. Librairie Arthème Fayard (1980 et 1989).
ROBERTO JUARROZ