Monthly Archives: février 2016

Les chapeaux

des chapeaux coiffent nos têtes
tandis que de puissants nuages toujours en cercle
devisent sur l’avenir d’enfants
guettant derrière les créneaux de la mer
la grande masse des sourires
présente autrefois dans la paille et dans les bois

mais qui se souvient de ces terres
conduites en douceur par la lune
terres aussi lointaines que le soir où les lampes
hachèrent menu les ombres
les rampantes les juchées les volantes
laissant sauves seulement
celles que chacun portait dans le cœur

presque entière la nuit fut mangée
le vent froid à l’étroit prit sa place

ce fut le temps des ancolies poussives
des arbres mal en point jusqu’aux racines
toussant dans les plumages
ce fut le temps des grandes fièvres
et celui des chapeaux
toujours sur nos têtes

COMETES A QUAI

Comètes à quai.

**

Le printemps est là

Rayonnant malgré l’enveloppe de glace

Qui nous empêche de l’entendre et de le toucher

A l’intérieur

Des oiseaux de papier aux larges ailes

Un ciel de toutes les couleurs

Des montagnes bleues parcourues de cicatrices incandescentes

Les pieds posés sur le dos de l’hiver

Nos villes effrayées coupent sur les arbres

Les trop longues branches

De peur qu’elles se saisissent des maisons

Comme les cours de récréation

Se saisissent des ballons

Pour les jeter vers les nuages roses

Et briser avant l’heure

La coque transparente des saisons.

*

Brise fer brise-lames miroir brisé

Autant d’éclats aveuglants

Où miroitent mille soleils

La place n’est plus au rouge

Transformé en acier acéré froidement trempé

Après la combustion des minerais

Dans la fusion des éléments issus

De la mine de nos inspirations

À quand l’expiration – le souffle –

Redonnant à l’aurore le rose paré de mauve

Quand la lune aux reflets opalins

Tente d’éteindre le feu de nos pupilles

La main bouillante sur le drap froissé 

Dessine le dédale des pierres du mur éclaté

*

Une pluie délicate et souple un temps de rêve

On ne s’abrite pas. Les arbres nous saluent

De loin comme on fait signe aux oiseaux de se taire

Quand leurs chants sont produits par la mauvaise humeur.

Dans nos cheveux les gouttes d’eau clignotent

Et sur l’étang sautent des puces transparentes.

Il faut franchir le seuil les yeux fermés

Car autrement la maison disparaît

Pour nous laisser avec ceux qui rêvaient

D’une averse violente et d’un ciel orageux.

Des gens dont le visage à l’envers désoriente.

Leurs vêtements trempés tombent formant la boue

Dans laquelle nos pieds se creusent des pantoufles.

D’où venez-vous ? L’arrêt du bus au cimetière

Est source de soupirs parmi les passagers.

*

Nos chers disparus,

 

Nous avons laissé dans le filet

Nos valises pleines d’étoiles

Passées en contrebande indociles

Insomniaques

Veilleurs de nuit opaque nos hiboux

Parlent déjà le mort

Et nous descendons de la rame

Pieds plus longs que les regards à buter

Dans nos silences houleux

Sans un geste de trop qui pourrait nous rappeler au monde

Oublié

*

Au pied du tilleul qui donne des figues en février : Eclaircie

Sous une fine pluie de printemps : Elisa

Déguisée en fée : Phoenixs

Dans la lune : 4Z.

*

 

Anonymes

Je suis un chien
Pelage terne, peau fatiguée
Regard inquiet

Ta démarche est souple

Je suis la boue sur le sentier
Dans l’ornière dépourvue de couleur
Pleine de vide

Tu me découvres

Je suis le chancre sur la belle écorce
Que je ronge assidûment
Jusqu’à prendre la vie de l’arbre

Tes lèvres se rejoignent en une moue de dégoût

Je suis l’enfant sale
Assise au bord d’une route
Le dos cloué à son sort

Tu ouvres ton parapluie.

Je suis sans visage
Nous nous croisons anonymes
Sans jamais nous toucher

Tu es parti.

Ton sillage parfumé m’enivre quelques instants
Je ferme les yeux puis à mon tour
Je disparais.

Au nord-est du mur de sa langue

À la sauvette,

Qu’est-ce que tu peux pour moi

Toi qui viens me filmer

Pour me montrer chez eux ?

Une fois qu’ils m’auront vu

Marcher dans le désert

Que feront-ils de plus

Au milieu de leurs cendres ?

Auront-ils le vin plus amer

Le ventre plus noué

Que mes yeux sans lumière ?

Je ne sais pourquoi

Je vous tire la langue bien serrée entre mes dents

D’enfant sans réponse

 

La ruelle est parvenue au pied de la tour

Et regrette déjà ses ornières où l’eau s’invite

Ici la verticalité donne le vertige

Non pas celui lorsque assis à la base

De la couronne du tilleul avec ou sans feuilles

Vous savez le friselis de votre estomac

Juste avant de plonger dans une infusion bien assez chaude

Pour la boire sans cependant vous brûler

La ruelle s’en retourne ravie par le vent

S’endormant entre ses bras doux comme neige

Où seuls les flocons déposent leurs empreintes

La tour sans renoncer à sa moindre radicelle

Etire son cou plus long que mille girafes

Et dépose au pied de l’arbre une ligne à l’horizontalité

Aussi parfaite que le fil à plomb allongé dans son sommeil

 

Le mur ne nous suit pas

Mais où que nous allions sa présence demeure perceptible

Certes nos mouvements ne s’en trouvent pas entravés

Je puis étendre le bras

Pour bénir l’herbe après la rosée

Je nage aussi dans le blé tiède

Les enfants courent après d’autres enfants

Sur des jambes qui ne sont plus les nôtres

Depuis la passation de l’énergie

Ils nous abandonnent les pierres

Les pierres en foule

On étouffe sous leur poids

Même loin d’elles le mur travaille

Avec la même énergie que les racines

Mais lui

Vise le ciel.

 

Ce matin, des montagnes aussi glacées que bleues

Ont surgi sur la plaine

Elles ont grandi dans la terre souple des marais

Au nord-est d’ici

Les volets ferment encore un peu les yeux

Le soleil escalade la roche en riant

Braque son regard aimable sur les maisons endormies

Un vieillard lui répond joyeusement

Des oiseaux sur l’épaule

Un jeune arbre au sommet du crâne

Ce matin, au nord-est d’ici

Le paradis un peu distrait dans son grand bateau blanc

A jeté l’ancre.

 

Au 4 points cardinaux :

Phoenixs

Éclaircie

4Z2A84

Élisa.

 

 

HISTOIRES

Histoires.

.

On est libre d’aller à l’extrémité de la Terre

Là où le regard ne rencontre plus d’obstacle

Et se perd dans le vide

La fenêtre nous accompagne

Ses vitres sont des amies.

Tournez-vous du côté du lit

Quelqu’un que l’on ne connaît pas l’occupe

Est-ce un homme une femme ou une créature

Sans nom

Absente des plus gros dictionnaires ?

Nous lui jetons au visage toute la lumière

Dont nous disposons

Mais elle se tait

Comme un enfant qui boude…

Alors vous me faites signe de vous rejoindre au plafond

De haut on observe mieux le gazon

Consciencieusement tondu

Par un robot dont les qualités éclatent

Sur la pelouse à la cuisine et dans la salle de bain.

On ne le vend pas pour une bouchée de pain

Son prix monte à l’Argus

Nous l’avons obtenu après de rudes batailles

Contre un réseau d’esclavagistes.

Nous explorions – vous en souvenez-vous ? –

Le vide avec une vieille lanterne

Et n’y trouvions rien de comestible

On nous recommandait de changer d’église :

Ici les anges ne descendent jamais

Ils préfèrent les hôtels creusés dans la roche…

En montagne vous souffriez du vertige

Et moi je sautais à la corde.

Les arbres buvaient trop de vin

Ils titubaient en sortant des pages du livre

Où nous les dépossédions de leur ombre

Pour en faire des draps

Et des tapis.

Est-on libre de dormir debout

Quand la Terre en tournant trop vite sous les semelles

Produit des étincelles ?

Dans la chambre un autre visage occupe le même portrait

Il fut peint de loin par un artiste à bout

On peut le sortir de son cadre

Et le servir avec des marrons comme une dinde

Mais personne ne triche au point de perdre

Le Nord dans une forêt qui fut

Le refuge des licornes et des fées

On découvrit sous la fougère une piscine

Et autour de cette piscine des locomotives à vapeur

En état de marche sauf la plus fine

(Même les libellules enviaient ses antennes).

Le moineau trop serré dans votre poing

Demande grâce

Traduire en un mot son pépiement

Telle sera désormais la tâche de la flûte.

.

 

 

 

 

 

 

 

 

C’était novembre – Vénus Khoury-Ghata

C’était novembre de tous les vacillements
Le crépuscule n’allumait plus les lampes coutumières
Les mains tendues pour arracher un peu de leur lueur à l’obscurité
ramassaient des battements d’ailes
La mère ouvrait les bûches froides avec ses ciseaux comme ventre
…..de volaille pour les farcir de crépitements
on essorait du même geste le seuil et le linge
on s’inventait des voisins grandiloquents avec des feux volubiles
on leur inventait des visages et une vaisselle au tintement solennel
stupeur lorsqu’ils déclinaient leurs noms gavés de pierres et le
….cimetière
comme point de ralliementVénus Khoury-Ghata, Où vont les arbres ?, Mercure de France, 2011, page 60.

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Fenêtre au mur aveugle

Les yeux perdus murés par le lierre

Qui toujours refuse le passage

À quiconque cherche la mer

Ou la source

Pour croître à nouveau

Se diluer lorsque la route n’offre plus de détours

Mais quand l’eau toujours porte plus loin plus haut

Les notes et les sons qu’elle place dans une bouche inerte

Ainsi le visage se bâtit autour de lèvres

Bien plus tard on remarque un regard émergeant

D’orbites ombrées que d’épais sourcils tenaient à l’abri

À l’abri de la laideur ou de la lumière si vive

Qu’elle brûle les rétines ne laissant plus d’alternative

Au sommeil agité et sans rêve

Parfois une main large et douce

Cherche une joue pour s’y réchauffer

Du pantin cette silhouette affiche encore le geste saccadé

Le déséquilibre indispensable au questionnement

Sur la dislocation esthétique de la folie

Celle que l’on retrouve après que l’aube est passée

Dans cette vie dessinée par les visiteurs intrépides

Où les contorsions des bras et des jambes

Ne mènent pas plus loin qu’à la surface de l’étang

Immobile pour ne point troubler la vase et la vue

Et l’homme se lève s’éloigne se tait    renaît

Sillons

Les talons sur les pavés dévoilent l’humeur des passants

Du nid chaud des cheveux des voitures prennent leur envol

Vers les nuages légers somnolents et gris

Les yeux roulent menés par la danse des feux à trois couleurs

Les mains vont et viennent, entraînées

Par le rythme régulier des battements vifs de la ville

Les pieds aux oeillères de cuir se figent

Juste au bord de la grande page emportée par le vent

Remplacée par une autre au milieu de laquelle

Une cheminée crache sa vapeur opaque

Entourée d’un espace si vaste qu’il dessine un vertige

Tout autour du corps légèrement vacillant.

*

Avec ma fourchette je trace un chemin

Dans la bonne purée de pommes de terre

Au bord de ce chemin il y a des arbres

En tenue de bal masqué comme vous et moi

Qui imperturbablement dictent leurs mémoires

(On ne se les disputera pas en librairie)

A des oiseaux armés de leur plus belle plume

Une auberge apparaît mais j’ai vraiment trop faim

Pour ne pas l’écraser sous

Mes nouvelles dents

Celles de lait occupent déjà d’importantes situations

Dans l’Oubli ce continent voué aux ténèbres.

*

Chaconne oubliée,

C’est si loin ces visages pour qui l’on eut flambé

Des nuits noires sur papier blanc

Mot à mot conquises au frisson attendu

Guettée dans l’entrebâillement la douceur

Verlaine amoureux de son ombre

Nous étions suspendus pour le plaisir

Du funambule sûr de tomber au fil des notes

C’est si loin ce battement de doute

Sous le sourire naïf des conquistadors de bazar

Que le vain nous attriste au réel révélé.

*

Les marches à géométrie variable

Invitent ou refusent l’ascension

Immeubles et tours se penchent alors

Pour accueillir le voyageur et l’entraîner

Dans des greniers insoupçonnés

Où il n’aura jamais le temps

D’ouvrir toutes les bibliothèques

À la recherche d’un signe de sa présence

Après avoir franchi tous les escaliers

Il réalise enfin que lignes brisées ou droites

Le mènent toujours à la même source

À la naissance du fleuve où il peut s’abandonner

*

Des sillons aux reflets multiples sur la lame des écritures d’Eclaircie, Phoenixs, 4Z et moi-même, dans un ordre exactement inverse mais variable de semaine en semaine.

L’horizon déguisé à la taille,

Des flots d’encre roulent
Charriant des brassées d’histoires.
Ici un chapeau, là le mariage surprenant
D’un verbe au front fier et d’un nom
Humble et timide.
Là, le parasol aimable d’une jeune forêt
Ici, la jambe longue d’une jolie paysanne
Aux hanches bien prises dans l’étoffe douce
D’une peau végétale.
Puis la source s’apaise et le flot se tarit.
Quelques couples s’enlacent sur les berges paisibles.
Tandis que d’autres, délaissés, s’en vont

Tête basse vers la terre de l’oubli.

***

Sous la main caressante les collines sont douces
La chaleur persiste dans les vallées qui la couvent
Il fait trop beau pour saisir l’horizon
Le tordre et l’essorer comme du linge
On prend par la taille les arbres affligés
Bientôt vos branches porteront de beaux fruits
Que des enfants mordront sans merci
Sur le ciel bleu les skieurs tracent des rails
Le soleil presse passionnément son pamplemousse
Le moteur des éventails ronronne
Un oiseau noir survole des reliefs de table

***

Nous irons sans retour
Légers et dépolis
Jeter le billet du voyage
Au fond bien décevant
Les sièges de skaï moite
Le paysage platement nu
Le sandwich moisi
Et les compagnons pris de phonie
Ont eu raison du fol espoir
Allumé dans le trou noir…

***

Parce qu’il nous faut toujours laisser une trace
Marquer un territoire
Afin de ne pas perdre plus que la mémoire
Là où les arbres sans feuilles n’ont que leurs branches
Pour atteindre le vent
Tenter de le retenir
Comme on s’accroche au sommeil dans le lit des torrents
Et le lever du jour nous rejette sur la berge
Étourdis avec un peu de sable dans la main
Tandis que l’eau se ride avant de disparaître

Dans cette montgolfière lestée, des passagers dans les nuages, 4Z, Elisa, bibi, Eclaircie ont tenté de le passage entre les gouttes pour traquer les masques morts de l’horizon.
Un message du soleil tenu entre des mains ensablées…