Monthly Archives: janvier 2016

DES HERONS DANS L’HORLOGE.

Des hérons dans l’horloge.

 

*

L’échasse sans échelle,

 

On va, hérons solitaires

Loin dans les longs marécages étranges

A perdre nos plumes lentement dans les eaux

Saumâtres

Se retourner tord le cou, fouiller les voies lactées

Crèvent les yeux

Longues pattes inutiles, cervelle d’oiseau pâlie

Nous voilà dans la vase

Enlisés et moites

A chercher le sens de la marche

*

Il a laissé ses yeux fermés sur l’oreiller

Il est parti les mains ouvertes

Le nez au vent pour humer la moindre odeur

Se demandant si le chemin

Le guiderait comme hier

Le pas plus hésitant mais aussi plus léger

Lui a permis d’entendre le craquement du plus menu gravier

La branchette qui ploie sous la patte de l’oiseau

Et le mot dont le sens dans le noir est magnifié

Ou n’était-ce que le vent se jouant de lui

Mais lui aussi se joue du vent

Il s’est envolé dans l’aube …

Reviendra-t-il avant la nuit ?

*

« Dès à présent »

Désuets. Mots d’une malle poussiéreuse.

Le temps est cette ligne bleue qu’héberge l’horizon

Il est la lueur blanche qui veille sous les os

La chair de nos survies, le sang qui coule en nous.

Arrêté

Comme une horloge oubliée dans l’obscur d’un grenier

Il n’est qu’un cœur qui bat, ne cesse de frémir

Le fil qui coud nos vies jusqu’au blanc du linceul

Un ami négligé qui jamais ne nous laisse.

*

On se regarde trop longtemps

Vivre dans un miroir

Qui ne reflète pas toujours la vérité

Ni la réalité

Le ciel descend vers nous

En empruntant un escalier

Dont les marches sont sciées

Il nous étouffe

Le café trop sucré trop chaud trop fort

Quitte sa tasse et éclabousse

Notre résolution de mystifier la mort.

*

Eclaircie, Elisa, Phoenixs et moi-même sommes les auteurs de ces poèmes plus enivrants que les meilleurs vins. Aussi recommande-t-on de ne pas prendre le volant après leur lecture.

*

Chiffon léger et lilas noir

 

D’excellents moments,

Nous allons à petits pas

Sur les sentiers de l’âge

Pris souvent par le vertige

Et la peur de tomber.

Que trouverons-nous au terme de la chute

Une pierre en moins dans notre soulier

Une étoile en plus dans l’air léger

Ou tout simplement le silence noir ?

La densité de soi étant aléatoire

Elle suspend déjà le point sous l’interrogation.

 

Se laisser faire

Suivre les clochers accrochés à leurs ciels

Demeurer

L’intègre décomposition d’un reflet illusoire

Mentir

A ceux qui nous parlent et nous croient encore là

Accepter cet hiver déguisé en printemps

Qui nous chuchote des mots ensorcelés

Qui nous dit d’être tout sauf sérieux à mourir

Qui décapsule pour nous des flacons de lilas

Et se transforme en monstre quand on le chasse

Comme on chasse l’errant libéré de nos chaînes.

 

Grand roi en grenouillère sorti de l’océan

Ne songe pas encore aux cartes

Pas plus aux têtes virevoltantes

La sienne juste dodelinant

Tempes battantes

Qu’un ours dorme à ses côtés

Ne signifie pas qu’il cherchera l’épée

Les yeux ouverts à la lune

Ronde et pleine pour lui plaire

Etangs et lacs gelés et durs comme pierres

Attendent son pas pour lui révéler le pouvoir de l’eau.

 

Les arbres nous quittent pour devenir des meubles

Que nous caresserons d’une main distraite

Ou du papier sur lequel nous écrirons

Notre nom et nos qualités

Si nous ne les avons pas oubliés

Il y a tant de choses dont on doit se souvenir

Pour ne pas rester en chemin

Comme une poupée de chiffon

Il lui manque un bras

Aveugle elle n’irait pas loin

Si on lui criait : Lève-toi et marche

Les oiseaux nous quittent pour devenir des avions

Sauf en rêve on ne vole pas plus haut

Pour grandir nous mangeons beaucoup de soupe

 

Un excellent poème par les excellents poètes :

Élisa, Phoenixs, 4Z et moi

 

Fleurs de neige

Fleurs de neige

*

J’attire la ville avec un aimant de bonne dimension

De loin on dirait un fer à cheval

L’infranchissable porte des écuries boude

On n’entre plus dans son inconscient sans chapeau

Or les têtes se font de plus en plus rares

De moins en moins riches en boue les soupes

Nous parfumions nos fleurs avant de les flétrir

Ou de leur offrir des gants de boxe

Car la ville une fois dans mon jardin je cultive

Les cerveaux en pots le maire en le gavant

A mon appétit tout se range

Même l’ombre ne suit plus son maître

Elle me mange dans la main

Le grain qui s’y trouvait manque déjà au jars.

*

Le bien et le mal, la vie

Se détachent et nul ne sait comment tenir le miroir

Tantôt sombre tantôt clair.

Quelques mains longues et belles

Surmontées d’une tour où loge la folie

Dessinent des courbes délicates

Mais nul, encore ! ne les voit vraiment.

Ainsi ne subsiste que le mystère des cimes

Qui les soirs d’hiver se bercent

Ou chantent dans une langue secrète

Les couleurs de la nuit.

Et jadis s’endort, las, dans les bras de demain.

*

À foison, les flocons se précipitent

Des bras de la lune aux branches émondées

Du tilleul qui lance au ciel ses mains nues

Baume blanc.

La belle enceinte attend pour libérer son fruit

Que le blé à peine germé dans la terre humide

Émerge de la neige au matin lumineux

Baume vert.

Arabesque au mur de la nuit hésitante

Fumerolle dans le froid vif

Des signes encore confus osent déjà le chant

Baume mauve.

L’arc-en-ciel composé dans le silence feutré

Sait l’éphémère des regards éblouis

Et protéger la vague des couleurs

Sous le baume invisible des lignes fluides.

*

Marcher sur la lune,

 

C’est une longue plage mouillée

Sur laquelle coulent de courtes larmes

Pour se perdre sous les galets

Ce n’est pas le temps qui passe

C’est nous qui glissons entre deux vagues

Bleues pâles de janvier

Elles emportent ce qui reste du peu vif

Un autrefois sans visage

Dont les yeux juvéniles déjà se ferment.

C’est une longue plage mouillée

Sur laquelle disparaissent les ombres défendues.

*
Un jardin rêvé par 4Z, Eclaircie, Phoenixs et moi-même.

Le masque dans l’aquarium à momie,

Chaos, fracas, sirènes, cris, claquements, rires
Lumière crue d’un jour aux entrailles exposées.
Flottement, déséquilibre, effarement, puis
Silence.
La nuit s’étire encore ensommeillée
Elle allume une à une les étoiles
Dessine d’un trait le croissant fin de la lune.
Elle donne à l’air le souffle frais qui lui manquait.
Tout prend sa place, tout s’apaise.
Quelque part au centre d’un néant de quelques heures
Bienfaisant et doux
Je ne suis plus qu’un arbre qui s’enracine
Une pensée sauvage qui revient à elle.
***
La pluie cherche son chemin
Sur les tuiles prêtes à la guider
Jusqu’au petit aquarium
Où les poissons assoiffés lissent leurs écailles
Ternes et dépourvues de la moindre pensée
Chaque goutte a dans ses bagages
Des sels et des fleurs de rhétorique
Un grand écran pour film fantastique
Sous-marin
Au cœur d’une cité engloutie
Dont seul le clocher tente encore de raisonner
***
Au lit !
.
Que ton lit soit creusé dans le flanc des montagnes
Ou qu’on le trouve ouvert de fossé en fossé
Comme pour ces sultans qui parmi leurs compagnes
Renonçaient à choisir
De peur d’en offenser

Il repose de toute épreuve et raffermit
Le courage de ceux dont les jours sont comptés
Il rend à la rivière envieillie sa beauté
Au solitaire anxieux
Son masque de momie.
***
On se plaît à croire que le sens a été donné
Du profond des catacombes stellaires
Comme si un esprit foisonnant
Avait décidé de s’ennuyer à créer le monde
Car enfin, qui pourrait-être assez stupide
Pour inventer l’homme ainsi ?
D’aucuns brandissent un os
D’autres un œil hagard
Mais nous savons bien les trous noirs et moi
Que seul le vide croque les réponses…

Tour de France en hiver : Des collines, Paris, Ailleurs, Nice. Nous voilà dans le train : Eclaircie, 4Z, Elisa et bibi à regarder passer le monde étrange sans bagages, presque clandestins, dans un voyage hebdomadaire qui nous mène chaque fois ici et là.

« Sans bruit dans les bras de la nuit »

PPV du 1er janvier 2016

*

« SANS BRUIT DANS LES BRAS DE LA NUIT »

*

On rebrousse à petits pas

Les chemins des temps lointains

La route en pente douce s’ouvre à nos regards

Tandis que des babils commencent à poindre

Dans nos mains bientôt

Flocons de neige ne fondront plus

La lune par dix fois a franchi la colline

Même invisible elle a veillé

Pour attendre ce petit de la forêt

L’An sera-t-il assez grand pour le fêter ?

*

Paillettes et talons anguilles,

 

Glissons-nous sous les guirlandes

Comme des voleurs de feu

Tout en sourire blanc sur nos artifices

Eteints

Jouons à la gaité sauter danser qui vous voudrez

Tourbillon de mouchoirs sucre d’orge

Tous nos chagrins en chocolat s’agitent

Pendant que lamés vos talons ramollissent

On sent déjà couler sous nos semelles

Le temps périmé

**

Sous les feuilles de novembre

Une palette de couleurs

Le ciel qui s’en empare les essaye toutes

Jusqu’au blanc de céruse qui lui plaît

Tant il lui rappelle la voix mélancolique des canaux

Leurs blanches mélodies tapies dans les silences

Leurs longues lignes droites qui donnent aux yeux d’ici

Le vert des océans ou le bleu des espoirs

Puis enivré par le tournoiement de ses nuages

Il dessine au fusain quelques ombres

Pour donner à la brume plus de force

Enfin il s’allonge sur un tapis d’étoiles

Et s’assoupit sans bruit dans les bras de la nuit.

**

*

…Ma Dame absente je suis triste

Au bord de ce lac survolé

Par des apparences de signes

Dont les lueurs sous la nuée

Produisent des phosphorescences

Alors je songe à m’éloigner

De ce lieu qui trouble les sens

Du rivage et des bois hantés

Par des effluves de silence…

*

Etoiles :

 

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

4Z.

*