Monthly Archives: décembre 2015

Solstice en contre-jour

 

SOLSTICE EN CONTRE-JOUR

 

Une année en apnée,

 

Sous l’eau tout est plus clair

Lu entre les signes vagues

Entre deux rais de soleil pâle

Sans tuba ni palmes

Tu coules très en-dessous de la moyenne

L’immense masse silencieuse au-dessus

De tes bras tendus vers des bulles

De savoir éclaté

Sous l’eau tout est clair

Tu entre deux bancs de miettes

Sombres

Eparpillés

 

Dans une nuit semblable au jour

Silencieux

Des enfants marchent.

Leur visage noirci de maquillage

Une pluie sur les joues et dans les rangs sages des cils.

La lune bienveillante grimace des sourires

Qu’ils préfèrent ne plus voir

Comme ils préfèrent déchirer puis jeter dans les rigoles

Leurs plus vifs désirs

Et leurs rêves les plus beaux.

Assise, un peu seule sur les branches d’un hêtre

Un bras autour du tronc, l’autre réservé aux hiboux

Je regarde passer cet étrange convoi

Composé des âmes jadis joyeuses de l’enfance

Orphelines ignorées de ceux qui ont grandi trop vite

Sans croire, sans voir

Adultes de carton sombres

Rois de l’ankylose

Allergiques à l’espoir.

 

Graine de neige cherche nuage accueillant

Ou lune disposée à l’héberger

Afin de ne pas fondre avant d’avoir germer

Quand les pensées jaunes mauves et bleues

Envahissent les bristols découpés en cristaux

Entre deux eaux poissons et flots poussent la vague

Les buissons se retiennent de fleurir

Quelque rose égarée ne sait plus qui chanter

De l’été frais ou de l’hiver trop doux

Une main sur le livre d’hier refermé

L’autre tâtonne cherchant le grain d’un grand cahier

Puisant au puits du vent l’avenir de nos voix

 

Noël est un miracle on y voit les sapins

Quitter de leur plein gré l’assise des montagnes

– « De leur plein gré ? » s’étonne une scie électrique –

Et dans la plaine où les accueillent des enfants

Connaître quelques jours de joie sous les paillettes

On les entoure on place à leur pied des cadeaux

Comme on offrait aux dieux muets des sacrifices

Les branches sont garnies d’étoiles en papier

Qui survolent l’étable où la crèche gazouille

– « Le bébé est dodu » constatent les sapins

Des chants couvrent le bruit de la scie incrédule –

 

Dans le rôle de l’Eau : Phoenixs

Dans celui de l’Âme d’Enfant : Élisa

4Z2A84 assure le rôle de la Montagne

Je n’ai pas osé assurer le rôle de la lune, je suis donc la Vague.

L’ombre des corps célestes sous la glace des réverbères

Quelque chose d’orange
Une vapeur légère, un arôme, un regard.
Puis les relents affreux de l’après.
La nuit se lève encore engourdie de sommeil
Dehors on claque du bec ou des ailes, on se hâte.
Une autre vie commence
Parallèle à toutes les autres.
Comme des oiseaux qui retrouvent leur nid
Chacun revient à l’endroit du matin
Une fatigue au-dessus de la tête en nuage gris sombre
De la joie sur la peau douce des lèvres
Brume bleue des étés de l’avant.
Quelque chose d’orange demeure tout là-haut
Où s’impose la lune
Où dorment les âmes en allées
Et les rêves anciens, oubliés ou brisés.

*
Parfois on se perd dans le rêve d’un autre
On n’y reconnaît rien ni personne
Un soupir déplace les meubles
C’est dire leur légèreté
Les semelles disparaissent dans le plancher
Sans chapeau le front heurte la voûte
La viande des murs mûrit
En guise de loupe on utilise l’océan
Pour regarder de trop près l’envers
Un homme prétend vous avoir rencontré en enfer
Or vous évitez les repas copieux
Comme de refroidir la soupe avec des glaçons
Quand la neige chuchote
On ne sait quel secret de Polichinelle
A l’oreille de la géante allongée sur nos morts.
*
Des nuages dodus se prélassent dans les bras du ciel
Et rient de la danse impatiente des étoiles
Pour entrer en scène avant que la lune ne leur ravisse la vedette
Tous savent que l’hiver est en voyage
Mais pas un n’imagine sa destination
Je l’ai croisé sous une fine pellicule de glace
À la surface d’un étang ravi d’être le premier à se figer
S’endormir sous les arabesques de patineuses
Qui dessinent des poèmes lus par les poissons dans leur sommeil
Sans doute n’était-ce pas lui mais une brise trop hardie
Voilant les yeux de quiconque trop curieux de la marche des saisons
Dans ma rue les réverbères soupirent et offrent un halo dénué de paillettes
*

Ramasse temps,

Nous avons posé nos guirlandes
Dans la nuit
« Scintillance » pour conjurer le sort
Ou appeler le rêve à la rescousse.
Les ports dorment dans le soir
Peints de lumières sculptées
Pour poser les voyageurs
Ou appeler le passant à s’arrêter
Sous les étoiles du temps
Qui sait ce qui nous pousse à toujours enluminer le noir
Ajourer l’obscur ?
La peur des ombres sans doute qui logent dans nos yeux morts
Et nous font passer à côté de nous.

*

Des ombres délicatement croquées par 4Z, Eclaircie, Phoenix et moi-même.
Merci à Gilbert Bécaud et Louis Amade inspirés avant moi par « les âmes en allées ».

Le vide-grenier des carpes,

Une ondulation, un mouvement à peine perceptible.
Dedans un bateau léger comme une plume oscille
Et frôle délicatement la peau douce des vagues.
Le visage rond de la lune se voile d’une dentelle de soie noire
Qui ne laisse visible que la courbe d’un sourire.
Parfois une tempête surgit et l’on ploie sous le vent
Comme un arbre de jardin en bordure de rivière

Comme un marcheur perdu dans l’obscurité d’un songe.

****

De vide-grenier en vide-grenier
Pour une misère et parfois moins
On s’achète un nouveau passé
Que l’on décompose et recompose
Sur les lattes disjointes du vieux plancher
Les vide-poches regorgent des cailloux
Glanés en toute saison et tout chemin
Taillés ils deviendront les murs
Aveugles que nous appelons
Pour dormir à l’abri des regards courroucés
Du somnambule qui nous ressemble
N’ouvrez pas la porte le fleuve volerait notre lit !
****
Dans la neige les pas ne signifient plus rien
On y lisait autrefois le destin
De ceux qui n’ont pas peur du froid ni de se perdre
En forêt sans boussole
Les arbres méditaient muets comme des carpes
Ou se voyaient flottant parmi des barques
Car on naviguait sur le ciel
Aujourd’hui les images tombent
Les cartes sortent de leur jeu
La nuit n’a jamais été aussi noire
Quelqu’un aurait volé son visage à la lune.
****
Nous irons tous au bois,

Quelle que soit la monture
Nous chevauchons à perdre haleine
Dans ces forêts profondes
Où se perdent les elfes
Le pied tremblant la main peu sûre
Galvanisés par des chants étranges
Nous galopons aveuglés
Écumants hors de nous
Vers je ne sais quoi d’infranchissable
Qui ne manquera pas de nous faire chuter
Dans notre propre trou

Voilà, en ces temps troublés, le passage de 4Z, Eclaircie, Elisa et bibi
qui, à leur manière, portent les mots au-dessus des maux.

QUAND LES CRANES SONNENT.

*

Quand les crânes sonnent.

*

Le pédalier s’affole, sprinte, cherche à atteindre

Le jour, la nuit ; le gris environnant

Uniforme, épais masque la silhouette

Actionnant les roues dentées,

Entre lesquelles de petites lumières naissantes

Sont aussitôt broyées, noyées.

La pesanteur s’exerce sur tous les arcs de cercle.

Dans une dernière spirale à peine irisée

La poulie s’écrase dans une flaque, un étang,

Peut-être un verre d’eau pétillante

Qui aurait stagné  bien trop de lustres

Sans jamais croiser de lèvres gourmandes.

Désormais les heures sont digitales, létales

Éblouissantes par le pourpre peint

Aux ongles des mains glacées posées sur nos fronts.

*

Il sait être doux, chaud, amical : le vent

Qui seul donne aux feuilles déjà sèches

La voix délicate d’une pluie de glace.

Ici avant la naissance du jour il s’emporte

Refuse la chaleur qui l’entoure et l’étouffe.

Il désire le froid, pleure Novembre déjà mort.

Là-bas, où la plaine noire et verte s’achève

Les montagnes de sable affolées grelottent

Et les yeux clos écoutent résignées

Le claquement des vagues furieuses

 

Sur les vestiges de leur plage.

*

Manège de montures,

 

On voit au large quelques vols

D’oiseaux jeunes et frais

Tête première dans le bleu blanc

Des perspectives

On suit dans le soleil l’éclat

Tremblant des mirages

Argentés sur la mer

Plus ou moins vraisemblables

Comme nos silhouettes

Dans l’eau froide se perdent

*

Le vieillard sort de son berceau

La rampe enjambée il atterrit sur la plage

Où il écrase sous ses pieds les coquillages

Sauf ceux qui se convertissent en téléphones

On parle à l’oreille des vagues

On leur murmure de se taire

Quand l’enfant se rendort

Mais elles font trop de bruit

Pour nous entendre, écouter nos conseils et baisser le son…

Migraineuse la mer se plaint

Sans résultat auprès de la lune 

La lune pour intervenir exige du sel

Des tonnes et des tonnes de sel !

**

*

Aux commandes :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs

Et 4Z.

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