Monthly Archives: octobre 2015

Hors saison

Un rien t’habille,
 
Une main dans le soir
Prête à sortir
Un bout de rouge dans la vitesse
Sur ta robe noire
Ton visage effacé par le départ
Ou l’arrivée au choix
Puisque je descends au crépuscule
La marche s’appuie sur la nuit
Qui nous fera trébucher
Sur les riens qui nous ont déshabillés
Sans rien porter.
*
Dans la neige nos pas sont notre signature
Ils y creusent nos volontés :
Suivre le chemin jusqu’au bout
Ne jamais crier au secours
S’interdire un regard en arrière et de rire
Car un rire nerveux provoque l’avalanche.
Sous le soleil un chalet s’évapore
Son bois nourrit le feu.
Dans la peau de l’ours on obtient
Quelques jours de répit pour broyer la montagne
Tordre le cou du vent
Mettre en lambeaux les affiches qui vantent
Les qualités humaines des glaciers
Où des mammouths conservés à l’abri
De la chaleur n’ont pas changé de rêve.
*
La brume est en suspension
Entre le ciel et le ciel
-La nuit présente toujours plusieurs ciels à l’œil acclimaté-
La brume hésite entre rester brume
Ou se muer en un brouillard pesant
Peut-être aimerait-elle frôler les cimes
Mais aussi les étoiles ou seulement la lune
Plus proche plus amicale et bienveillante
Tandis que les arbres dans son halo
En apesanteur s’embarqueraient
Plus loin que nos sommeils
Nos collines aux pentes douces mais statiques
L’érable offrant sa couleur au noyer sombre
Feuilles mêlées pour ouvrir nos chemins

*
La lune ahurie veille le petit brasier timide
Qui somnole couché en rond
Au fond du corps comme un lest de plomb.
Pas de vent ni de bruit, juste une autre nuit
Un peu plus longue que n’importe quelle autre.
Une montagne, un ange, des cimes sombres se découpent
Sur la page claire de ces heures sans repère.
Une main, sans passé ni avenir, détachée de tout lien
Agitée de mouvements risibles grave
Sur la souche moribonde d’un hêtre
Des mots écorchés dont le sens déjà faible
Ne survivra pas au nouveau jour qui se lève.

*
Dans l’ordre d’arrivée des feuilles au pied de l’arbre : Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même .

Le rideau des âmes en chaîne

..

Les cités lointaines, comme embrasées, voguent vers l’océan.

La nuit presque morte retient son ultime souffle

Oubliant que chaque soir elle naîtra à nouveau.

Les lumières des grandes villes gardent saufs nos esquifs

Et dissimulent nos griffes sous un maquillage habile.

Sociables, ou moins sauvages, nous n’avons qu’une hâte,

Même si la puissance des artifices nous émerveille,

Quitter nos tenues d’apparat pour dérober

A l’air sa transparence

Au sol sa chaleur

A l’autre, tapi dans les bois sombres, sa liberté.

.

Le réverbère au petit jour cligne de l’œil

La neige en attendant d’être foulée parade

Dans nos rues inconnues sous leur nouvelle peau

Mais déjà le camion des éboueurs fracasse

Le silence et fournit du travail aux costauds.

Sur les vitres les yeux glissent tenus en laisse

Par le regard curieux des oisifs qui se lèvent

Et confondant le rêve et la réalité

Voient leur double cueillir des poissons blancs sur l’arbre

Dont une lourde branche insiste pour entrer

Secouer son plumage et se mettre à l’abri

Dans le coin le plus chaud de la pièce où ronronne

Sous son déguisement de chat l’extraterrestre

.

La pression soutenue

À grand peine contenue

S’échappe bruyamment

De crânes entrouverts

Et se déversent  le long de corps

Immatériels et pourtant mobiles

La Lune songe à un brouillard d’une teinte inédite

Les chouettes referment leurs yeux plus ronds que jamais

Choquées par l’extravagance des notes

Qui recouvrent leur ululement bien timide

Le vent désarçonné court en tous sens

La nuit qui se voulait noire se réfugie sous les oreillers

Encore tièdes de chambres désertées

.

Vu du ciel,

On prend l’hélico pour filmer

D’en haut

La longue procession des hommes

Dans la boue glacée

Au seuil de mirages enclavés

La pellicule tourne

Au-dessus des têtes courbées

Les enfants muets accrochent le fil

D’un barbelé

Je me demande à quoi pense

Le rideau des âmes en chaîne

Sans brouillage, sans mauvais sort, les martiens de la semaine m’ont transmis leurs messages. Je vous les livre avec les noms de leurs auteurs.

Élisa, 4Z2A84, Éclaircie, Phoenixs

Je remercie Phoenixs pour le titre et nous tous pour l’élaboration du « 4ème de couverture ».

Pierre Dhainaut | [Dès le seuil remercie]

[DÈS LE SEUIL REMERCIE]

Dès le seuil remercie :
après ton départ
la glycine
refleurira,
même en octobre.

Si tu as peur,
ne pense plus qu’aux arbres,
ne retiens pas
les souffles, les rameaux
sont allègres.

Aide-toi en marchant
du mot « neige »,
il est discret,
légère
son empreinte.

Ou du mot « samare »,
clairvoyantes
les lèvres
qui le disséminent,
les chemins pluriels.

Pierre Dhainaut, « L’approche autrement dite » in Voix entre voix, L’herbe qui tremble, 2015, pp. 47-48. Peintures d’Anne Slacik.

Le long voyage des lettres vers Mars,

Il ne pleut plus depuis que nous fermons les yeux
Cette pluie illusoire ne trouble pas l’étang
Ni aucune des flaques dans lesquelles les enfants jouent
Peut-être manquerons-nous de larmes
Pour pleurer ce qui mériterait au moins une averse
Quand le monde s’achèvera comme un film
Avec les trois lettres du mot fin gravées dans l’écorce terrestre
Personne ne le lira
Aussi resterons-nous allongés
Sous nos draps pour ne rien voir
Ne rien croire ne rien éprouver
Ne rien entendre – surtout pas les appels au secours –

****

Plus je me tiens loin
Plus les secousses poussent
Pouce
On ne joue plus en joue
Tire tire dans le mille
De paille.
Plus je me tiens loin
Plus la vague léonine
Vient mordre un voyage inerte
Qui me tient secouée.
Le je parmi les hommes
Ne vaut pas les sensations promises
Par le manège.

****

Les nuages remplacent les oiseaux
À grandes envolées ils tentent de rallier
Les feuilles à leur cause
S’ingéniant à dénuder les forêts
Et tandis que les têtes sur les oreillers
Repoussent l’instant de plonger dans la réalité
Les pages blanches s’empilent sur les pages blanches
La parole s’est égarée comme miettes au vent
Quand les graines enfouies hésitent à boire
Entrevoyant les épreuves sans connaître la gloire
Le silence transporte le souffle faible
Et les fenêtres se nimbent de buée bien avant l’entrée du jour

****

Finalement tout a cédé sous le poids de l’eau
Qui s’évadait des yeux presque révulsés et
Sur les quais de toutes les gares de Mars jusqu’à la lune
Il se murmure qu’un bruit étranger a commencé une course
Que certains disent sans fin quand d’autres blasés
Prétendent qu’il a sombré dans l’envers d’une voûte
Faisant naître d’un feu mort des étincelles en grand nombre.
Ici, l’automne s’embrase et les fenêtres frileuses
Lorsque la nuit invite le froid au festin des noctambules
Ferment doucement leurs paupières délicatement fardées

Voilà, le facteur a fini par déposer son courrier sur mes nuages, que soient remerciés dans l’ordre : 4Z à l’adresse, bibi, Eclaircie pour le timbre et Elisa pour avoir glissé l’enveloppe dans la sacoche du vent.

SOUS DES REGARDS FLOTTANTS.

*

Sous des regards flottants.

*

Ils disent que ce sont des étoiles

Que leur éclat est un leurre qui reflète l’amour

D’un bel astre aujourd’hui disparu.

Mais je sais bien qu’il n’en est rien

Que ces milliards de points lumineux

Sont de minuscules yeux

Braqués sur nous tous : vous et moi

Prisonniers de la terre et soumis à la nuit.

*

Rien ne frémit sous le brouillard

La chouette a baissé la garde

Les trains sans doute toujours s’élancent

Dans les tunnels et sur les ponts

Mais pas un son ne parvient pourtant

Aux oreilles de la lune

Dans les wagons les voyageurs sont-ils

Éloignés de la réalité comme les uns des autres ?

Si l’on retrouve l’autre rive du fleuve

Et la sortie du souterrain

Le soleil aura percé l’inconnu

Et des compartiments vides sur des rails humides

Entreront en gare sous le regard impassible

De la grande horloge insensible aux marques du temps.

*

La lampe éclate et le verre en flocons

Tombe sur le pré rasé de près

On hésite à rouler sur l’herbe trop courte sa viande

Les feuilles jaunes ou crispées font honte à l’arbre

Qui ne produit plus d’ombre

Même sous un soleil consciencieux

Le moteur des voitures arrêtées rêve

De ronfler comme un orchestre

Plongé dans l’eau lumineuse de l’aquarium

Cet aquarium roule très vite

Quand vous appuyez de toutes vos forces sur son accélérateur

Le marchand de glaces dévoile sa combine

A ceux qui l’effacent avec une gomme.

*

La plongée sous-marine,

 

Quand tu prends les grands lacs

Pour des mers intérieures

Plongées au cœur des silences

Tu te dis que le gris général

Nervuré et battant le rappel

Ne veut rien des arcs-en-ciel

Dont tu plais à semer tes plongées

Sans corail.

Il est tendu sur ta tête

Voile immuable qui couvre  tes faux trésors

Et tes inutiles voyages en eau sèche.

**

*

Eclaircie.

Elisa.

Phoenixs.

et 4Z.

nous ont écrit d’une étoile qui cligne de l’œil, des profondeurs de l’océan, d’un aquarium à moteur et d’un TGV fluvial.

La transparence des puits

 

 

J’avais, sur le bout de la langue, un mot mort

Pesant comme le bois d’une table sous les jupes de l’ennui.

Le soleil et son bleu  repeignaient tout le ciel.

Moi, j’étais à la fois la nuit et le bateau, le vague et son âme,

Et même cet espace blanc qui succède à l’instant.

Je souris aux particules qui dansaient autour des têtes

Enveloppées de reflets et de lumière

Et cessai de marcher pour venir en ce monde.

 

Mes pas creusent ma tombe

Le lit définitif

N’en changez pas les draps

Le marbre fait la sourde

Oreille  il reste froid

Même sous les étreintes

D’une mère entêtée

Les rails se télescopent

Nous heurtons le ciel vide

Où l’imagination

Crée des puits de verdure

On contourne les murs

Quand ils se montrent nus

On cherche une fenêtre

A vider de son miel

Et de ses éclaircies.

 

On attendait la mer pour inventer une ile

Mais elle furieuse a submergé nos songes

Repliés dans nos lits atteindrons-nous la rive

Ou devrons-nous nager au-delà de nos mondes

Devenir ces galets polis par les torrents

Que jamais rien n’attache et qui terminent sable

Avec l’espoir toujours de regagner la plage

S’offrir à la folie des tempêtes et vents

Et chevaucher l’orage remonter les saisons

Devenir cette pierre et bâtir la maison

 

Une nature sentimentale,

On laisse aller le cœur

Enfin sorti de cage

Sans laisse, sans collier

Libre de ne plus être contraint d’aimer

Au nom d’une chanson incertaine

Et le voilà parti dans les creux et les vagues

Tranquille sans battement comme flasque

Méduse au pouls hésitant

Qui, lentement coule, ivre de sa légèreté

Transparente.

Rassemblées, assemblées, les voix de :

Élisa, 4Z, Éclaircie et Phoenixs