Monthly Archives: septembre 2015

Couleurs du temps

depuis plus de mille lunes
les rues s’élèvent à la verticale
et leurs habitants soucieux
de retrouver le confort d’un bon lit
quand pointe la nuit les gravissent
afin de rentrer chez eux
chez eux
de drôles de maisons peintes
à la couleur du temps
qui peinent à retrouver leur forme
tant les nuages d’un abord charmant
les tassent le soir
de leur ventre encombré

car ils s’arrondissent le jour
gobant la moindre douleur du pays
se gonflant de la plus grêle des souffrances
comme celle de l’enfant-poisson
aimant la pêche et qu’on repêche
toujours à l’aube
ou celle saisissante sous la pluie
de l’homme revêtu d’un genêt
en guise de pardessus

il y a seulement l’eau
qu’ils ne voient pas
recluse au fond d’un puits
essayant sans cesse d’en remonter
mais trahie continûment
par la même pierre

bien plus que sinueux
un curieux sentier mène là
dont la mémoire des derniers voyageurs
quelle que soit la saison ou bien l’heure
fleurit sombrement les fossés

Regards ou l’œil de la chaussure dans l’armoire à serrure

Dans mon œil prisonnier du trou d’une serrure
Le paysage se défait l’ombre grandit
Il me faut regarder en moi le soleil croître
Plus nébuleux que mon reflet au fond du puits
Je suis fait de lueurs et d’approximations
Que m’avez-vous donné d’où je n’ai su extraire
La quintessence amis morts de froid sous la terre
A défaut d’une fée un arbre se penchait
Sur mon berceau – je vis tous ses fruits exploser
Les oiseaux m’aveuglaient
Je tuai d’un regard l’un d’eux un goéland
Beaucoup plus tard on m’octroya un lierre
La mer prit sans lutter le pas sur sa barrière. 
*
Dans l’étang sur lequel il se penche
Deux reflets répondent à son regard
Sans qu’il ne reconnaisse vraiment
L’un ou l’autre
Et lorsque le souffle du vent
Trouble la surface étrangère
Quelques mots s’égrènent
Franchissant des lèvres invisibles
Aux sonorités pourtant proches
D’une voix qui l’accompagne
Maintenant depuis si longtemps
Qu’il l’a fait sienne
Sûr qu’un jour au détour d’un automne
Les masques et les feuilles tomberont
Lui révélant la trame de sa propre existence
*
Conjugaison impersonnelle,
 
J’avance avec mes chaussures pleines de gravier,
 tu boites en trébuchant dans les escaliers,
 il court comme un fou humide,
elle traine sa progéniture d’occupations en occupations plus ou moins ludiques mais cinglantes,
 nous haletons sous l’effort,
vous pissez à la raie de la raison,
ils, elles, on creusons les jours sans rien y trouver que la cendre de feux morts.
Ma vie s’effrite et je moule sa poussière.
Petit enfant sur la plage immense de mon devenir blanc.
Un soleil écrasant brûle mes yeux, crame ma rétine.
Je suis une vieille aveugle qui remplit son seau d’eau salée imbuvable.
Si je me regarde je te vois et me perds en tristesse.

*
Il faudrait que reviennent les souvenirs
Des dernières incandescences.
Mais qui aurait la force de revoir le corps desséché
De cette mort aux mains rouges
Assise sur la branche d’un noyer…
Le tumulte des soirs pendulaires parfumés de pétrole
Rend inaudibles les silences pesants
Qui étouffent les gémissements
De passants malchanceux égarés dans le temps.
Le tic tac sordide de nos têtes évidées
Ressemble à une gomme fatiguée
Sur la page d’un beau livre aux dorures effacées.

*
Un ZEPHE automnal psalmodié par quatre petits choristes appliqués : 4Z, Elaircie, Phoenixs et moi-même.

Les larmes rouges du papi en tricot,

On a l’impression que la parole se perd
Or elle subsiste quelque part
Très loin dans l’espace ou ailleurs
Il ne faut pas aller si loin
D’ailleurs à chaque pas surgit un désagrément
Si nous marchions les pieds nus nous prendrions le risque
De mourir assassinés par un serpent
On reste assis sur ses fesses
Les siennes plutôt que celles d’un autre
Car faire confiance à l’inconnu
C’est comme boire son propre sang non filtré
Nous portons tous le même nom
Ainsi nos animaux de compagnie nous reconnaissent
Et quand nous ordonnons
Les arbres changent d’attitude.
***
Alcôves et ruelles ont le même sentiment
D’intimité bienheureuse
Loin des promenoirs et des avenues
Les livres qui s’y trouvent
Ont des lettres plus petites
Que dans les grandes revues
Arborant un langage visuel
Tellement éphémère que la rétine s’empresse
D’en oublier les couleurs criardes
De rechercher le fil de pages
À l’eau limpide permettant de deviner
Le moindre signe entre les galets
Que l’œil offre au cerveau pour un dialogue infini
***

Il faudra se tenir au guet
Regarder plus loin que soi
Prendre l’air à plein poumon
Sans retour possible
Si nous voulons dérober l’horizon
Aux corbeaux de malheur
Qui déchirent le ventre de l’espoir
***

Dans tous les sens le corps se désarticule
La tête se trouve quelque part, perdue, sur le gris d’un chemin.
Une toile blanche claque au vent
Esquif trop souple cherchant sa mer.
Tout finira par sécher même les larmes rouges
Qui colorent les regards fatigués.
La lune est là sous chaque pas
Pathétique et froid reflet
Du mirage de la terre.

Un 4 mains bien accroché : au guidon 4Z, à la dynamo Éclaircie, bibi au dérailleur et Élisa sur le porte bagage 😉

Un poème de Fernando Pessoa.

*

« Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n’est rien,
m’est agréable comme l’air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.

Je ne pense à rien, et que c’est bon !

Ne penser à rien,
c’est avoir une âme à soi et intégrale.
Ne penser à rien,
c’est vivre intimement
le flux et le reflux de la vie…
Je ne pense à rien.

C’est comme si je m’étais appuyé
dans une fausse posture.
Un mal aux reins, ou d’un côté des reins,
mon âme a la bouche amère :
c’est que, tout bien compté,
je ne pense à rien,
mais vraiment à rien,
à rien… »

*

Fernando Pessoa.
.
.
.

Le Gardeur de Troupeaux (*)

TOUT BALCON REVE D’ETRE UNE BARQUE.

Tout balcon rêve d’être une barque.

*

Elle était princesse, il était dragon.

Ainsi naquit le rouge qui recouvre nos ciels

Et le bois de nos lits

Maintenant que dort pour toujours l’enfant vive

Qui chevauchait des nuages et poursuivait le vent.

Avec pour tout corps des tonnes de poussière ses descendants

Sérieux comme le fer des prisons

Brûlent tous les jeux enfantés pour que plus jamais

Ne repoussent les petites fleurs de la jeunesse.

Mille soleils enchantaient les albums et les prés du printemps.

Un seul a survécu, exilé en hiver.

*

Celui qui a passé son enfance dans un œuf

Echangerait sa vie d’adulte contre un séjour sur la Lune

Une destination appréciée par les âmes sensibles

L’aller retour ne coûte plus la peau des fesses

Il n’y resterait que le temps de voir la Terre de haut

Et de là lui faire un pied de nez

Mais très vite pris de remords il changerait d’attitude

Et se laisserait tomber dans le vide

Avec un petit parachute de rien du tout

En espérant atterrir dans une basse-cour

Près d’un poulailler où l’on se dispute

En soirée le choix du programme à la télé.

*

Les étoiles ont soif et partent rejoindre

Le ciel vert prairie à l’herbe gorgée d’eau

Seule la Grande Ourse rêve de blanc

Et tente d’approcher la Lune banquise éternelle

Dont la partie ombrée fera le meilleur des nids

Aux oursons frileux mais surtout craintifs

L’océan laiteux comblera leurs attentes

Lorsque le petit jour déchire le voile sec

Arbres et monts n’ont plus au-dessus d’eux

Qu’un espace vide de sens d’oiseaux et de couleur

À leurs pieds s’étale une poussière que pas un brin de vent

N’ose chasser par crainte du cratère béant risquant de l’engloutir

*

Ces époques intéressantes,

 

Des moulins sans ailes,

Si peu important dans ce monde bouillonnant

Peu de place à l’homme.

Aucun intérêt pour la vie que nous menons par des bouts de ficelle.

Il fait presque nuit.

Des barques glissent sous les rayons noirs.

Déjà des corps mous coulent sans un cri.

Sans agiter la moindre vague.

Rendus à l’énorme absence de la vie qui passe sur les ombres en peau de chagrin.

Qui pleure accoudé au balcon sans visage ?

*

Au piano Eclaircie

A la guitare Elisa

Au saxo Phoenixs

A la grosse caisse 4Z.

*

 

 

Les deux faces de la sphère

Les soleils en tissu,

Il est temps depuis peu de voir la mer changer

Reprendre sa voix d’automne sans parvenir

A se débarrasser complètement de nous.

Je grince sur ses galets

Des Chinois se photographient

Il n’y a pas de rallonge à l’artificiel déclin

Des jours passent en costard sirupeux

Il faut maille que maille accorder ses visions

Sous le grand soleil qui rit au loin de tous

Nos aveuglements

.

Il y a tant de monstres

Sur terre et dans la mer

Que le ciel apparaît comme un paradis

Aux yeux des passants craintifs

Chaque porte cache un secret

Trop lourd pour partir en fumée

Quand le feu occupe la scène

Sous une lampe un front fiévreux se plisse

Quelqu’un songe trop tard à fermer la fenêtre

Une étoile est entrée dans ta chambre elle griffe

Le verre et ton miroir où son reflet l’aveugle

Ainsi le ciel envoie parfois en éclaireur

Un agent dangereux dont l’ours et le requin

Jalouseraient les dents s’ils les voyaient te mordre.

.

Si les grands fayards habitent une impasse

C’est pour mieux s’élever

Droit vers le ciel les nuages ou les poissons volants

Sans jamais être gênés par les piétinements

Des curieux des bavards et des courants d’air

Bien sûr l’impasse est impasse en sous-sol

Et leurs racines ont dû sinuer des lustres et des lustres

Mais rien à leur port de tête fier et parfois dédaigneux

Ne laisse entrevoir les drames enfouis

Seuls quelques oiseaux avec ou sans ailes

Sont admis dans le cercle de leurs murmures

Avant l’hiver les plumes inscrivent sur les feuilles

La fragilité de l’avenir et le génome de l’été

.

Des oiseaux et, de l’autre côté du brouillard, deux paysages.

Sur les murs un peu seuls, une saison s’est installée

La blancheur héberge alors une autre vie

Attirante mais hélas impossible pour les passagers du temps.

Un jeune homme de cent ans veille sur le sommeil des gens

Dans toutes les langues et debout sur une jambe

Celle de la tante Adèle petit rat d’un ancien opéra.

Tout est là

Même le lierre discret à l’affût des faiblesses de nos témoins de bois.

….

À la circonférence : Phoenixs, au diamètre : 4z, au rayon : Éclaircie, À l’arc : Élisa

….