Monthly Archives: juillet 2015

Marc de café et cercles bleus

 

Entre les lignes,

 

Nous longeons les rivières sèches

Canne sur l’épaule langue pendue

A la recherche du poisson bleu

Caillou rare herbe volatile

Sont ses masques

Et nous tournons en vain autour.

Rimbaud s’ennuyait parmi les caciques

La quête devient impossible de trouver quelque part

Parmi nous le sens des écailles du temps…

*

Tout sera bleu

 

Aussi bleu que les profondeurs de l’océan

 

Et que la peau du poète à l’orange

 

La nuit elle-même cèdera la place

 

En offrande

 

A cette immense balle lumineuse

 

Sur laquelle jusqu’aux premières lueurs de l’aube

 

Les reflets des sangs versés seront lavés

 

Les enfants dormiront douillettement installés

 

De l’autre côté de leurs paupières closes

 

Ils fouleront l’herbe souple des libertés

 

En compagnie d’un lion et du vent des grandes plaines.

 

*

La tasse vidée de son café

Ne présente pas une trace de marc

On se demande où se trouve l’avenir

Est-il encore endormi ?

Ou bien caché au cœur d’une pierre

Qui n’attend que la chaleur

Pour devenir cristal bavard et transparent

Un regard jeté par-dessus notre épaule

Nous confirme qu’un retour sur nos pas

Ne nous le fera pas croiser

Assis à la table

Page blanche sous les yeux

On est tenté de l’écrire

Quand un souffle suivi d’un rire

Stoppent l’entreprise et les aiguilles de l’horloge

À l’heure où le sommeil nous protège encore

De tous les mystères que nous ne saurions affronter

*

Aucune rue ne mène hors de la ville

 

D’où par conséquent il est impossible de sortir

 

Mais on croit trouver une issue en marchant

 

On ne compte plus les pas ni les kilomètres

 

Mes semelles useraient-elles le trottoir

 

Toutes les artères se ressemblent

 

Seul semble changer leur nom

 

J’ai déjà vu cette grande maison

 

Elle me reconnaît et m’apostrophe

 

Vous tournez en rond

 

Evitez de repasser devant moi

 

Votre réapparition trouble mes fenêtres

 

La prochaine fois on vous jettera des pierres

 

Pour vous apprendre à tenir le cap.

 

*

Un cap tenu par 4Z, Eclaircie, Phoenixs et moi-même ; ceci dans l’ordre inverse des aiguilles d’un monstre et sans oublier de soustraire le moi d’impolitesse.

 

 

 

 

Victor SEGALEN (1878-1919)

Visage dans les yeux

Puisant je ne sais quoi ; au fond de ses yeux jetant le panier
tressé de mon désir, je n’ai pas obtenu le jappement de l’eau
pure et profonde.

Main sur main, pesant la corde écailleuse, me déchirant les
paumes, je n’ai levé pas même une goutte de l’eau pure et
profonde :

Ou que le panier fut lâchement tressé, ou la corde brève ; ou
s’il n’y avait rien au fond.

*

Inabreuvé, toujours penché, j’ai vu, oh ! soudain, un visage :
monstrueux comme chien de Fô au mufle rond aux yeux de boules.

Inabreuvé, je m’en suis allé ; sans colère ni rancune, mais
anxieux de savoir d’où vient la fausse image et le mensonge :

De ses yeux ? – Des miens ?

« Notre vie n’est pas tant l’ensemble des choses qui nous advinrent ou que nous fîmes (qui serait une vie étrangère, énumérable, descriptible, finie) – que celui des choses qui nous ont échappé ou qui nous ont déçus. »

Paul Valéry – « Cahiers » 1927.

Je vous imagine…

Les poèmes du matin ont l’odeur de la terre
Les lignes douces d’une figure d’enfant pâle
Ils gardent la mémoire des ombres
Qui s’éveillent la nuit
Quand le soleil a levé alentour les dernières inquiétudes
Ils ressemblent aux chansons des cigales à midi
Et aux champs de colza inondés de lumière
Petits soldats sans fusil assis sur nos épaules
Anges noirs diables blancs
Ils bercent nos soucis et réveillent nos âmes engourdies
***
Pour ne plus plonger les indécis
Dans d’interminables tergiversations
Les carrefours ont choisi de ne pas se croiser
Ou seulement au point de rencontre des parallèles
Ou dans l’océan quand les lames de fond
Ondulent à faire chavirer les poissons
Qui se moquent bien des lignes droites
Des sécantes et des intersections
Seulement occupés à lisser leurs écailles – rondes
Les plus étourdis des passants ont déjà doublé la lune
Et l’on attend de l’univers qu’il se courbe
Afin qu’ils reviennent et décrivent leur périple

****
Sur la plage presque au lever
Les ombres glissent du galet à l’eau
Papotant de vent depuis toujours
Que j’ai l’âge de mes artères
Ou celui de l’insolence perdue
Je les reconnais insinuées
Virgules au coin de la bouche
Bonnet sur le blanc chevelu
Et là, sournoise, murmure une voix aigre :
 » On se croirait au cimetière, et tu trempes
Parmi tes morts « .
***

Mort d’un écrivain.
.
Au-delà du silence il y a le bruit des feuilles de l’arbre quand le vent les berce.
A peine sortis des limbes nous l’entendîmes et, ne sachant à quoi l’attribuer, connûmes notre premier sentiment : l’angoisse.
Ouvrant les yeux sur le début d’un jour peu ensoleillé, le spectacle d’un ciel relativement terne ne troubla aucun d’entre nous.
La surprise intervint lorsqu’un oiseau traversa le cadre de la fenêtre.
Il fila comme une flèche.
Ignorant ce qu’était une flèche, n’en sachant pas davantage sur la vitesse de son déplacement dans l’espace où elle évolue, lancée par un arc à la corde plus ou moins tendue, nous décidâmes d’un commun accord d’interdire à l’auteur de ces lignes d’intervenir dans notre histoire : les faits succèderaient aux faits, donnant naissance aux impressions, aux émotions et aux sentiments, un point c’est tout.

Dans l’ordre d’apparition à l’écran de ce Zephe estival : Elisa, Eclaircie, bibi et 4Z.
Dans les coulisses : les mystères de vos mondes, et sur scène : l’interprétation de nos lectures entre les algues.
Pour Elisa : Le titre est inspiré de son imaginaire qui me prête plus de bienveillance que mon chapeau en contient 😉

SONGES OU NUAGES ?

Songes ou nuages ?

*

Le fond de la vallée se creuse peu à peu

Protégeant le secret des racines emmêlées

Comme autant de bras étreignant d’autres bras

Mains serrées mais ouvertes pour accueillir les flots

De rivières souterraines

Immobile si vous restez auprès des grands troncs

Vous entendrez le murmure des feuilles

Et si vous écoutez mieux un chant vous bercera

Signe de votre passé

Enraciné au ventre de la terre

Vous ne saviez pas qu’il vous faudrait

Marcher encore creuser toujours

Pour tenter de retrouver ce liquide

Encre qui vous permet de poursuivre votre quête

Miroir où vos traits s’adoucissent et se diluent

*

Aux portes des villes sont allongés de grands chiens

Qui dorment d’un œil l’autre surveillant les chemins.

Les ruines des châteaux se révèlent aux dormeurs

Quand la brume ensommeille les contours du présent.

Importuné par une mouche un ange voisin

Chasse d’un geste de la main

La mousse qui dissimule la dureté de sa pierre.

Derrière les murs épais d’une hallucination

Une âme se demande si un jour quelqu’un se souviendra

Du moment précis où le coin supérieur droit de la page

A été déchiré par les petits doigts charmants

D’un enfant qui aux rêves trop fous préférait les jeux sages.

*

Fondue enchaînée,

 

Quand on a vu le roi tomber dans la boue

Sa couronne en carton et ses rêves mâchés

Tout bouillis à ses pieds nus

On se dit

On se dit

Rien.

Je cours, tu t’essouffles, on se tait

Les vagues sans cesse se renouvèlent

Nous pas.

C’est l’avantage.

Nos états d’âme nous permettront toujours de coller un peu de salive

Sur la sècheresse des temps

Avec l’illusion qu’elle passera mieux dans nos os.

Noirs.

 

Au roi Lear.

*

J’avais déjà tout préparé

Pour une traversée sans risque

Sur une barque sans pilote

En direction du bleu du ciel

Et dans le dessein de le boire

Quand l’écorce en serait fragile

Et souples les flancs sous mes mains

Le soleil à peine levé

N’y verrait vraiment que du feu

Occupé à des carnations

Dont il maîtrisait la technique

Et les arbres deviendraient bons

Pour une pause méritée

Leur ombre nous accueillerait

Nous n’aurions qu’à nous allonger

Dans l’herbe qui les ensorcelle…

Quand le coq a brisé mon rêve.

*

Signent ces merveilleuses compositions :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs

et 4Z.

*

La mer en papillote

 

La mer en papillote,

 

Nous y voilà : au pied des vagues

Tu prends l’eau à plein seau

Et pèle sable tour après tour

Histoire de rendre au temps sa vacance.

Nous y voilà : au pied du jour

Tu prends le soleil à pleines mains

Et moule ta peau après peau

Histoire de montrer au crabe que tu en pinces

Pour l’aventure.

Tous ces mois en rêve, en sueur, emmitouflé

A grimper les sommets de l’espoir

T’y voilà au paradis du four à cuisson minute

Emporté parmi l’onde et les frisottis d’une mer

A pellicule qui s’en brosse…

 

La nuit voit surgir de terre des labyrinthes

Décorés de miroirs aux reflets inquiétants

La lune en tutu noir se balance accrochée à son fil

Beaucoup de fleurs sombrent en claquant des doigts

Dans le ventre de l’infini de fabuleux animaux grondent

Et geignent en une langue inutile et inconnue

Perdus depuis si longtemps ils ressemblent à présent

Aux Hommes et aux arbres tous liés

Par un sombre présage car le tranchant de la lune

Frôle bien trop souvent la blancheur attrayante et rare

De leurs corps que la lumière elle-même a refusé de voir

 

Le carrelage retrouve sa fraîcheur naturelle

Et accueille le pied nu

Comme un ciel de nuit accueille la lune

Un visage joyeux son premier sourire

Ou la banquise l’ours blanc après un repas gargantuesque

Les poissons devront attendre quelques marées

Pour échapper au bain bouillonnant ravageur

Les transformant en soupe sans qu’ils y consentent

Les volcans ombrageux sont à nouveaux

Les maîtres de l’étuve aux effluves de soufre

Tandis qu’aux confins de l’horizon

La terre craquelée espère encore son admission sous un déluge

 

 

L’hiver le souvenir de la neige et des luges

L’hiver ne dura pas plus d’un jour cette année

La mer ne jugeant pas les flocons dangereux

Chaque vague avalait sa part de papillons

Comme nous déjeunions d’avoine pour grandir

Venu du port l’appel des bateaux en partance

Attirait voyageurs clandestins et badauds

Mon ombre se moquait de moi quand sur les quais

Je cherchais parmi les colis le coffre plein

D’îles de gros poissons de sirènes et d’algues

Aurais-je été surpris d’y trouver des montagnes

Avec à leur sommet des neiges éternelles

Du large on rapportait de tout même du temps

Ce temps qui se perdrait si nous ne rêvions pas.

 

 

 

 

Papillotes ou bigoudis issus des têtes de :

 

Élisa, Phoenixs, 4Z et Éclaircie

dans un désordre artistique guidé par ma seule envie.

 

Le titre appartient à Phoenixs, que je remercie vivement.

L’armée des glaçons

 

Le soleil en robe de chambre,

 

On a beau dire, les tongs ne sont plus

Ce qu’elles étaient

Les rues suent dessous dessus

Les vitrines glu devant derrière

On trébuche sur les pierres disjointes

Dégoulinantes de pas perdus

On a beau dire, les pieds sont pas

A pas sable

Dans l’immense étendue éventrée de nos marches

Ecrasantes…

*

On a forcé la serrure de mon coeur

et bu mon sang

les sentiments n’ont qu’une gourde vide

pour habitat dans une cage thoracique

dont les barreaux ne résistent pas aux voleurs

Je ne vois plus le ciel il se méfie de moi

et le jour m’apparaît comme un fruit des ténèbres

dans lequel vouloir mordre est voué à l’échec

je n’entends plus chuchoter l’eau

ni du coucou le gai refrain

ce que je touche est sans arêtes

les fleurs qui vendent leur parfum me font la gueule

car mon absence d’odorat les traumatise.

*

 

Le chat sur le siège rembourré miaule dans son sommeil

Dehors les brins d’herbe redressent la tête

Quêtant la moindre rosée parcimonieusement

Distribuée et que le vent s’emploie à boire

Avant le lever du soleil

Été des grandes tablées pour fêter la moisson

Le puits comblé n’en peut plus du poids des pierres

Au loin une onde rougeoyante évoque

Un océan de plaies un orage qui couve

Ou le feu dont on sait qu’il n’anéantit pas toujours

Le cœur des plaines les pentes des collines

On appelle l’eau comme un baume

Entre les bras du monde et sur les terres noires

*

Du bout des pieds nus dans leurs chaussures

Chercherons-nous à cueillir les vérités

Celles d’après plus petites et plus jeunes que les autres

Celles qui avancent le dos courbé comme les vieillards

Aux racines profondes des âmes plus que centenaires

Ou peut-être las de nous retenir aux herbes tendres

Lâcherons-nous la part d’espoir qui emplissait

Tout un côté de la main jusqu’au cœur même du monde

Pour la promesse d’une autre main que la nôtre

En coupe fraîche sous l’arrondi de nos crânes

Et d’un souffle apaisant sur la mémoire de nos erreurs

*

Une moisson chantée par Phoenixs, 4Z, Eclaircie et moi-même.

Merci à Eclaircie et à 4Z pour le titre.