Monthly Archives: juin 2015

Des cigales dans le métro au fond du parc,

Le mur nous sépare du monde

Où le sang se montre sans masque

Il est noir ou rouge selon

Le peintre et son modèle un homme

Ecorché de la tête aux pieds

Tableau dont le musée hérite.

Autour le public satisfait

Vante le travail de l’artiste

Or sur le même mur un clou

Rouillé retient captif le cœur

Du vieux gardien en uniforme

Auquel nul ne prête attention

Pas plus qu’à son âme envolée

Vers le plafond infranchissable.

***

La terre se creuse en un grand chaudron
Dans lequel une mer attirante
Appelle au bain les assoiffés
Végétal et minéral se mêlent à l’animal
Dont les poumons redevenus branchies
L’invitent à remonter le cours de la vie
Il en oublie l’écho de tous les sons terrestres
Redécouvre le silence et l’ondulation des lames
Et lorsque le soleil explose
Il se fige un sourire aux lèvres
Ses nouvelles écailles l’insensibilisant contre toute morsure
Un jour il sortira des flots mais avant de se redresser
La Lune lui fera promettre d’épouser la Nuit.

***

Sous tes jambes nues
La parole t’habille
Saluts, saluts lancés sourires
Blancs.
Je ne sais ce que ton masque lézarde
Ce que troquent tes yeux en aspic
Ces mots en poignée d’ortie fleurie
A l’endroit et à l’envers
Sous tes jambes nues
Les rites coulent incolores
Et te hissent sur tes talons
Anguilles….

***
Quelque part dans le fond d’un parc un vieil arbre oublié
Se souvient des peaux douces qui disaient en silence.
A la multitude colorée succède la torpeur
Une sorte d’effacement des êtres et des choses
Que nul ne contrôle.
La terre grise se maquille de soleils presque bleus
Elle extirpe de son cœur les derniers rires
Puis laisse l’ombre de son corps s’allonger
A l’infini
Et se dissoudre sans un bruit dans la bouche du néant.

Pour ce envol estival il y avait 4Z, Éclaircie pour tendre les voiles et bibi et Elisa pour tenir les écoutes, que le bon vent nous emporte sans nous jeter à l’amer.
Le titre est en partie inspiré par le parisien 4Z et la lointaine Elisa.

Les corbeaux

c’est quand je dors que j’applaudis
les arbres à la tête rougissante
tandis que mes lèvres accrochées à un moulin
tournent

ainsi mes rires échappent aux blés

ma chambre est vaste
étouffée de rideaux
qui commandent la nuit

cependant ces dernières semaines
furent absurdes

au pied du lit l’hiver passait
un flocon sur l’épaule
prêt à en découdre avec des corbeaux
se changeant en traîneau
à la moindre alerte
et fondant sur eux
en prenant mes ailes

POEMES PULPEUX

Poèmes pulpeux.

*

Course déraillée,

.

Je saute sur le cheval et galope entre les raies

Voitures de cristal sans essence divine

Juste des poids lancés dans le vide.

Tu sautes de tes étages dérangée dans l’ascension

De tes égarements. Qu’avons-nous de commun ?

Le sens de la vie étrangère sans virgule

Nous allons désormais parallèles inertes

Suspendues sur ce pont de flanelle

Que la nuit emportera au ciel démembré.

Tu n’as rien compris à rien

Je n’ai rien d’avoir trop compris l’insensé

Parcours de nos indifférences.

*

Nos voix se croisent dans l’espace

Où le silence est de rigueur

Leurs chuchotis charment l’oreille

Des jeunes étoiles privées

De tout instrument de musique

Par géantes rouges et naines

Jaune blanches ou même noires

Quoique ces dernières ne soient

Pas visibles sans de bons yeux

Nos voix en se reconnaissant

Mettent du sel dans leurs échanges

Les souvenirs navrants s’estompent

Au profit de l’évocation

De nos plus beaux moments sur Terre

Quand le rire y faisait fortune

En bouleversant les visages.

*

À pas de géant les ombres s’enfuient

Loin des arbres qu’elles s’étaient promis

De veiller ou d’entraîner dans leur sillage

La colline et le vent n’ont pas permis

D’imaginer seulement l’idée d’un voyage

Les cimes orphelines cherchent

Au plus profond de leurs racines

Un nouvel élan pour marquer l’heure

La saison ou la lisière entre le jour et la nuit

Les oiseaux sans repères crient dans le ciel vide

Et sur des bancs de bois quelques livres oubliés

N’espèrent déjà plus le retour de la lumière

Noir et blanc confondus les paysages s’éloignent

S’estompent à la vue de l’homme sans présent

*

Il s’agit d’un fort joli parc ou d’une dentelle de Caudry

Difficile de faire la différence de si près

L’enfant gémit devant les vitrines aux chocolats

Sûr à quatre-vingts ans de ne plus rien obtenir d’un sourire

Une plume tombe aux pieds d’une tour

Se prenant pour une toupie ridicule et elle couvre d’un chapeau

Le crâne de sa voisine la maman du centenaire

« Pas encore ! » dit prudemment l’enfant encore loin du diplôme

Mais bouffi d’une sagesse circulaire qu’il promène

Au bout d’une cravate à pois vides et à l’œil rond.

*

Aux commandes, par ordre alphabétique :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs,

4Z.

*

Silvia PIO

La nuit j’écris au lit
je vole les fruits de l’obscurité à l’étalage
pour les échanger contre la monnaie du dire
et ce disant j’accompagne les heures
s’échevelant dans la gerbe que j’assemble
et que je dépose sur le bûcher des souvenirs

les voilà lancées dans l’océan du temps

et j’appelle cela poésie.

(traduit de l’italien par Sabine Huynh)

« Idéal Maîtresse » par Robert Desnos.

ROBERT DESNOS.

.

«  Idéal maîtresse

.

Je m’étais attardé ce matin-là à brosser les dents d’un joli animal que, patiemment, j’apprivoise. C’est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l’ordinaire, quelques cigarettes puis je partis.

Dans l’escalier je la rencontrai. « Je mauve » me dit-elle et tandis que moi–même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi.

Or il serrure et, maîtresse! Tu pichpin qu’a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.

L’escalier, toujours l’escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.

Remontons! mais en vain, les souvenirs se sardine! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez! En voici le verdict: « La danseuse sera fusillée à l’aube en tenue de danse avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats! »

Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. » 

.

Robert Desnos.

« Langage cuit » – 1923.

Etienne Faure

 

Extrait du recueil : Légèrement frôlée- Aux éditions Champ Vallon-2007

 

À nu et sans support

les corps obtempèrent à la vie,

à la sentence du mois de juin

quand la nuit tiède encore pour son âge

par la fenêtre ouverte au moindre foin

défère à la saison qui tranche

une espèce, dirait-on, d’immortalité

momentanée, car avec les senteurs

le lit, cas fortuit, force majeure,

comporte un bout de mort rêche, tôt ou tard

rappelant que la fin est dans le va-et-vient,

cette rançon

d’une faux tout à l’heure à l’horizon coupant

le foin du monde.

 

horizontale oraison d’été

 

Tiré du site de l’éditeur :

http://www.champ-vallon.com/Pages/Pagesrecueil/Faure3.html

 

Tranche de marée sur lit de coquelicots

 

Je n’ai rien sur le feu pas même un p’tit poème

Mais pour le PPV je sors de mon silence

De mes draps et des bras de la nuit bien lunée

Je parlerai des fleurs – or les fleurs me font taire

De la mer mais la mer grippée couvre ma voix

La montagne n’a rien à dire d’essentiel

Et les oiseaux déçus par leur chant sont en grève

Il me reste le ciel où les nuages meurent

Chassés par le beau temps comme de vils proscrits

Dans mon grenier je les mets à l’abri

Du soleil ce tyran qu’adorèrent

Les néandertaliens nos frères.

 

 

Les réveils sonnent dans le vide

Le chien ne loge plus ici

Les dormeurs sont en voyage

Ils n’ont laissé que leurs lits reposer

Entre quatre murs teintés de bleu

De vert et d’écume rappelant l’océan

Sur lequel toujours la maison projette de voguer

Et l’on retrouve les silhouettes

Immobiles contre les troncs d’arbres

Sous le couvert de forêts épaisses

Elles semblent attendre que leurs pieds prennent racines

Ou que leurs corps s’incrustent dans les troncs

Elles auront ainsi des milliers de feuilles

Nourries de la sève que jamais

Les fondations des murs

Même les plus robustes se sauront produire

 

Quelques orties s’enhardissent, se mêlent aux marguerites

Un coquelicot égaré contemple la lente croissance des lis

Plus loin, des chardons préparent la venue de leurs fleurs

Prêts à tout, hostiles, pour les préserver du danger.

Une source coule discrète sous les feuilles des grands arbres

Le jardin m’apprivoise et se livre, chaque jour un peu plus.

Une paix sans pareille livre ici bataille pour survivre.

Au-delà des vieux murs, le cri rauque des corbeaux souligne

Le bruit noir des chasseurs précédés de leur meute.

 

Sandales ensablées,

Poussez pas, y’en aura pour tout le monde

Du soleil, des galets, des petits trains mous

Poussez pas, y’en aura pour tout le monde

De la vague, du bain bleu, des étoiles

Sous tes sandales ramasse clichés

La rue poulpe ancre les fessiers

Les cuisses, les nibards empaillés

Poussez pas, y’en aura pour tout le monde

De ce vaste désert plié en tranches

De dinde.

 

Aux cuisines dans un désordre artistique et gourmand :

Élisa, Phoenixs, 4Z2A84 , Éclaircie

 

Un Conte poétique de Michel Fauchon signé Héliomel.

 

Conte poétique de Michel Fauchon signé Héliomel.

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« La femme d’à côté.

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J’habite au vingt-septième niveau sous la mer, dans une de ces cités- dômes, sans âme, construites en hâte au cours du siècle qui vit l’invasion massive des virus. Durant ces années-là, des légionelloses de chikungunya, des vaches folles de grippe aviaire et des moutons mutants enragés s’étaient ligués pour faire disparaître les humains de la surface de la Terre. Il ne restait que cette solution : vivre sous la mer.

Evidemment, ceux qui habitent au dernier étage, ce sont les riches, les nantis, des politiciens qui promettent mers et merveilles, comme d’habitude. Ils ont vue entre mer et sol, contre ciel et terre, et secouent leurs scooters parmi des îles artificielles. Trente mètres carrés contre le dôme, c’est une fortune.

Moi je suis technicien de sous face, éboueur si vous préférez. Ne riez pas, c’est un métier bien payé, je me fais plus de trois cents perles par mois. Mais dangereux aussi, il faut revêtir un énorme scaphandrier bardé de cadrans et de pinces automatiques, traîner le container à travers les sas de décontamination, retrouver l’air empoisonné, déposer ses ordures sur la plage rapidement et redescendre.

Ce qu’il y a en haut ? Vous voulez dire sur la Terre ? Elle redevient verte comme avant. L’asphalte est bouffé par le liseron, les murs s’écroulent, les ponts s’affaissent, les routes disparaissent. Il parait qu’à Paris, le bois de Boulogne a rejoint le bois de Vincennes.

Notre-Dame et la tour Montparnasse, des pans de pierre, de verre, couverts de lierre, c’est tout ce qu’il reste. Jumièges sur Seine et de l’acier martyrisé. Parfois une pierre dévale et roule sur le parvis de la cathédrale. Elle rebondit sur les traces de la voie express avant de finir sa course dans la Seine. Il y a partout des monceaux de gravois ressemblant à des terrils verts de gris.

En attendant, je vais prendre ma douche, ce soir, je sors. Je prends le yellow qui va de Saint Raphaël à Cannes, l’autre cité proche. Avant, j’y allais à palmes mais ça fait loin, je ne tiens plus que vingt minutes en apnée. L’âge…

Il y a un combat de requins au central. Trois gladiamers vont essayer de défendre leurs vies, armés d’un trident contre des requins affamés qui emploient toujours la même technique. Ils tournent autour du combattant, sans se presser. Celui-ci est obligé de suivre le mouvement, fourche en avant. Mais le requin vous donne le tournis et quand votre vigilance, malgré vous, s’est émoussée, il opère un brusque virage, tourne dans l’autre sens et happe, déchire, engloutit tout ce qui dépasse. Il y a des requins cruels, ils s’emparent d’abord du trident, le brisent et s’amusent avec leurs proies, comme des chats. Heureusement que le gladiamer n’est qu’une créature synthétique, mais quand même…

Ce n’est pas que j’aime ce genre de spectacle, mais c’est Cécilia, ma voisine de palier, la femme d’à côté, qui me donne les billets. Elle est récolteuse de taxifolias et son père travaille à l’élevage des murènes pour les combats de poissons du vendredi au central.

Cécilia, je l’aime, je le lui dis, mais elle ne me croit pas. Pas encore. Elle a les plus beaux yeux du monde, verts, blancs et noirs comme la mer, effilés comme des amandes, des épaules de nageuse olympique et un sourire magique.

On se raconte des histoires, je lui dis qu’un jour, on remontera à la surface et qu’on y restera, sans scaphandre, sans redescendre, à l’air libre, qu’on nagera vers la côte, qu’il n’y aura plus de virus, qu’on ne s’aimera pas le premier jour, mais le deuxième, parce que le premier, on le passera à regarder les collines peintes en ocre rouge, à nous balader main dans la main sous les palmiers, à regarder les vraies fleurs et les étoiles, parce qu’on en a marre des anémones et des étoiles de mer.

On aura des fringales de véritable eau douce, même cinglante, de plages, d’orages, de cigales, de mistral.

Elle me répond qu’on ne verra plus les raies manta dépliées comme des draps sur un pré balayé par le vent, ni le ballet envoûtant des méduses, luminaires en mouvement. Qu’on n’entendra plus les poissons chanter, comment ça les poissons ne chantent pas ? Et le chant des baleines, et les cris des dauphins ? Les poissons ne volent pas peut-être ? Quoique les poissons volants aient disparu. Il ne fallait pas voler. Les virus, partout.

Je te chanterai ses chansons favorites en plein air, mon amie la rose, je suis un romantique, je te dirai des mots bleus, la mer a des reflets d’argent comme un enfant aux cheveux gris. De tous les rêves du monde, il faut tourner la page. Il suffira de presque rien, être poinçonneur de vrais lilas car avec le temps tout s’en va.

Cécilia, si tu m’abandonnes, je sortirai tête nue par le sas 33, je m’assoirai parmi les herbiers et les lianes, entre gorgones et posidonies, je plierai mes jambes, comme quand j’étais fœtus, je poserai ma tête sur mes genoux, mes mains abandonneront le corail orangé pour caresser les ténèbres et la nuit. Je regarderai mes dernières bulles de vie monter vers la lumière. »

.

Héliomel

.

 

 

Le merle en haut du cerisier

Le merle en haut du cerisier,

 

Siffle en jetant ses  noyaux sur la tête des voleurs

De pain blanc

Ricane en pétant au ciel le rire de ses entrailles

Bleues

Observe silencieux les yeux flottants sur les eaux

Mortes

Se demande, se demande si le chant qui l’accompagne

Vaut encore signe de vie

Se gratte la tête et conclue l’âme noire que le soleil aura bien du mal

A pendre les cerises à ses oreilles bouchées…

*

Des cohortes de poissons

Manifestent bruyamment dans toutes les gares

Depuis que l’océan est parti rejoindre

Une voie que certains disent sans issue

Et des trains surchargés d’œufs et d’écailles

Parviennent à peine à gravir l’échelle des risques

Ou de valeur, pas plus que celle de meunier

Placée sur les rails quand les blés

Rouillés par l’inaction ont oublié l’idée de la farine

Les nageurs dans la mer ont depuis découvert

L’apesanteur et l’apnée sans aucun dommage

Pour les descendants de leurs branchies

Tandis que les ponts inutiles se jettent

Comme lest d’une nacelle lorgnant le point précis

Où la montgolfière usurpera enfin le rôle du soleil

 

*

Comment fait-on pour n’avoir plus mal

S’arracher le cœur ne mène à rien

 

Ni tendre la main aux androïdes

 

Même devant son miroir on se sent seul

 

On est heureux de ne pas ressembler à son reflet

 

Dans la flaque tous les visages se valent

 

Toutes les douleurs meurent sans mise en scène

 

Au spectacle n’assistent que des fauteuils vides

 

Dans lesquels s’enfoncèrent les hommes du passé

 

Pour de ces trônes donner l’ordre

 

De vivre dangereusement à des rêveurs

 

Quel est le remède contre la soif

 

Quand on est soi-même une eau fraîche

 

Comme une feuille de salade

 

Ou comme un déjeuner de neige.

*

A l’aveugle

Un autre trajet d’humains en chemise blanche

Verbes dodeliner et déambuler en tête

La main sur une hanche d’os ou de fer

Ils ouvrent la voie en soufflant dans un tuyau de cuivre

Pourquoi s’éloigner ainsi de la fraîcheur des sous-bois ?

Il se dit que certains s’égarent dans les rêves

Et qu’on ne les retrouve jamais.

Ici, le printemps désaltéré fredonne des mélodies acidulées

Tout en haut de l’aîné des cerisiers

Un merle siffle aimablement mon air favori.

*

Un merle en visite chez Phoenixs, Eclaircie, 4Z et chez moi ! Merci à Eclaircie de nous avoir recommandé ce charmant volatile. Merci Phoenixs, qui elle-même remercie Elaircie, pour le titre.