Monthly Archives: février 2015

FERTILISATION D’UN ARC-EN-CIEL.

 

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Fertilisation d’un arc-en-ciel.

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Les cache mire,

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Ils vont par manches en ville minérale

Sac à papier et talons hauts

Arpenter les rues guimauve

En quête, en quête de sens permis

Collés tactiles aux messages tic

Ils toquent aux portes invisibles

Demander  » tu es là ? » comme d’autres l’heure

Aux pendules mortes

Ils sont volants badins légers

A peine hommes à peine bêtes

Et l’on se frôle de laine plastique

De nos regards en pierre usée…

*

Un fond de tasse, la mer à boire

Ivresse assurée, dernières gorgées

Les murs s’effacent brisés par une voix étrangère

Et le lustre danse, avec lui la lumière

Lorsque l’escalier se replie pour ne plus mener nulle part

Les étages affaissés ont terminé l’ascension

La maison doucement se glisse dans le sol

Viendront des printemps des étés

Une nouvelle bâtisse émergera de la gangue

Sa mémoire parfois frôlera des lits aux dormeurs tranquilles

*

Durant l’absence de la nuit un mirador

Exposé plein sud

Murmure des phrases incompréhensibles.

Le jardin se libère d’entraves extraordinaires.

Un vol d’objets métalliques se fait entendre

Laisse sur la peau fine du jour

Une longue griffe rouge bordée d’un bleu presque vert.

Entre la fin de l’une et le début de l’autre

Le mirador ferme les yeux, de toutes ses forces.

Puis vient le matin, petit à petit.

De clapotis en vaguelettes, de grosses vagues en déferlantes.

Au milieu de l’océan, comme perdu,

Un phare solitaire s’extirpe d’un dernier cauchemar.

*

Il y a des poèmes sur lesquels on flotte, et c’est agréable, surtout lorsqu’un vent léger guide votre embarcation.

Il y a des poèmes dans lesquels on se noie, et c’est navrant pour ceux qui vous aiment de ne plus avoir à supporter votre mauvais caractère et vos sautes d’humeur.

Il y a des poèmes trop riches, des poèmes qui veulent tout dire à la fois et qui fatiguent leurs lecteurs comme ils ont pompé toute l’énergie de leur auteur.

Il y a des poèmes insignifiants. Reposants ? On les lit dans le train entre deux gares. Mais on n’oublie jamais de descendre à destination.

Il y a des poèmes que l’on jetterait comme des mouchoirs en papier si le poids du livre n’arrêtait pas votre geste.

Il y a des poèmes écrits avec le sang – d’un autre de préférence au sien car là où le sang apparaît quel ennui !

Il y a des poèmes dont les auteurs ne savent plus qu’ils les ont écrits – ou bien ils les attribuent à d’autres et en vantent les mérites tout en songeant qu’eux-mêmes feraient mieux.

Il y a des poèmes dans le café au lait ou le thé ou la chicorée du matin; on en trouve autant dans le beurre quand on l’étale sur une tranche de pain; le sucre aussi en contient quelques-uns, mais ceux-là fondent trop vite pour être récités jusqu’au bout.

Enfin il y a des poèmes sur la lune – dommage que le voyage coûte tant d’efforts.

*

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LES AUTEURS :

Eclaircie

Elisa R.

Phoenixs

4Z.

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À la table des rivières

Table d’hiver,

Nappe froissées, miettes sèches

Gercent la table sans décor

Hivernal s’allonge le rêche

Jour d’un maigre corps

Pourtant, au loin, perceptible

Le nouvel élan s’amorce

Sensible

En force

Et si rien ne bouge

De l’instant sur l’esquif

J’allume en douce le rouge

Contour du récif

Sous le bleu de l’étoile polaire

Qui jamais ne prend froid…

 

Un jour s’éveille.

Pensées légères sur le dos d’un oiseau.

Puis les battements, lourds, de songes sombres

Tout près.

Morte dans la nuit une femme s’éveille au son agressif d’un réveil

Vivante chaque matin qui se décompose

A chaque lever de l’obscure heure des rêves.

Riche de vies imaginaires un homme -suis-je encore un homme ?-

Assemble les pièces de son corps morcelé

Le plaque le long d’une colonne vertébrale métallique

La main tendue il mendie

Quelques heures, quelques mois… une vie.

Ailleurs, paupières closes.

Les yeux ouverts le monde passe sans le voir.

Une ombre noire plane à basse altitude.

Un nouveau jour s’éveille.

 

Au cou de la licorne

On accroche parfois un ruban bleu

Qu’au galop elle sème dans le vent

Et lorsque ses sabots sur le pavé des villes

Sonnent et résonnent comme un clocher englouti

Le passant attardé sait que le rêve l’envahit

Il peut garder les yeux grand-ouverts

Compter sur ses doigts les moutons de passage

Ou réciter les psaumes depuis si longtemps oubliés

Les murs jamais ne sont d’obstacles infranchissables

Au vol des papillons ni à la course des enfants

Pour chevaucher l’image dans un livre entrevue

 

Où prends-tu ta source ?

Là où meurt le rayon de la lune ;

Son agonie produit mon impulsion.

Je traverse sans anicroche les jardins,

Je brille dans les prés comme l’herbe à l’aurore,

Et la rosée m’y donne sa bénédiction ;

Je me faufile entre les arbres,

J’évite les rochers hargneux.

Et comment fais-tu lorsqu’un homme

Se met en travers de ta route ?

Je n’ai pas de route ;

Je suis une rivière qui n’avale rien.

 

Les auteurs :

Dans un ordre aléatoire :

4Z, Élisa, Phoenixs, Éclaircie

 

Sous le ciel

 
Le nuage n’a pas de bouche

Il crie mais on ne l’entend pas

D’ailleurs tant d’oreilles se couchent

Quand elles surprennent des pas

Dans l’escalier – quelqu’un : vous ? moi ?

Fait gémir les marches sous lui.

Le ciel nocturne où rien ne luit

Témoigne du fait que la lune

Est prisonnière d’une toile

D’araignée comme nous d’un rêve

Obsédant. Le plafond s’entrouvre

Et l’on ne voit ni les étoiles

Ni le nuage ni sa bouche

Ni nos oreilles s’envoler.

 

Un ciel gris chassé par le souffle de la brume

Du soleil répandu sur les plaines..

Le ciel était-il ce matin le même ?

Des oiseaux affairés et bientôt amoureux

Le même qu’alors, lorsque tes pas t’emmenèrent au-delà

Des terres de toi connues ?

Au sang qui circule dans nos veines se joignent

Les paysages gravés dans ta mémoire

Et les nuits sans sommeil au sein de nos peurs

Celle de la nuit puis celle de l’étranger.

Ne marchons-nous pas toujours

Posant nos semelles au plus près des empreintes

Délaissées par le vent ou les frasques des hommes

Oubliées peut-être car terrées dans les caves des villes

Ou dans les tombes presque vides

De passagers anonymes poussés distraitement

Hors des sentiers ou des trains

Sous un ciel, dit-on,  indécis.

 

Les pieds souvent conduisent

Aux portes les plus inattendues

Souvent le corps hésite à suivre

La tête se jette en arrière

Les bras tournoient comme les ailes d’éoliennes

Qui n’ont pas conscience de leur fixité

Les reins se cabrent

Le fessier réclame ce siège en velours

Légèrement râpé qu’il regrette tant d’avoir abandonné

Parfois les souliers poursuivent seuls

Et se taisent laissant le vent

Transporter histoires et pépites qui tomberont

Un jour dans l’oreille et sous les yeux

D’un enfant né par hasard il y a plus de cent ans

 

Pousse pousse,

 

Les hommes repoussent les feuilles

Les feuilles ensevelissent les hommes

Chacun son râteau…

Chacun sa branche aussi que l’un scie sur le dos de l’autre

Comme si le clou était le propre du marteau…

A force de pousser petit on finit sans infini

Par se croire au-dessus du tronc

Homme écorcé sans racines

Qui prendra ton tombeau pour un nouveau terreau…

 

Un ZEPHE peu ordinaire sous les plumes (dans le désordre) de 4Z, Eclaircie, Phoenixs et moi-même.

Merci à Eclaircie pour la mise en page.

Un poème de Anne MALAPRADE

Anne Malaprade publie Lettres au corps, aux éditions Isabelle Sauvage.

Lettre à l’importe quoi

Lire un poème c’est se coucher de tout son long
sur le corps des mots,
C’est avoir huit ans et vivre dans une chambre
de bonne

Le poème tremble toujours de tous ses membres
Lorsque vient le soir,
Légèrement blond, plus fragile doucement, tardif,

Il (le poème d’elle ou elle hors du poème ?) sent
la mort tresser son chemin,
Alors,
Ilelle s’est étendu les bras fléchés au-dehors,

Et

Ellil tremble sans qu’aucun son ne vibre,
A allumé toutes les lumières de la ville depuis le toi,
Il, elle, ont fait l’amour avec les mots des autres
malgré le défaut d’électricité
La grande bouche sur la petite bouche, aspire,
accepte
De tout son poids ralentir
les sursauts.

[…]

source:

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/02/anthologie-permanente-anne-malaprade.html

Quai du Lagon bleu.

D’abord tu n’es que dans la ville

D’abord tu n’es que frêle épave

Ancrée dans l’eau moitié cabane et mi-bateau

Alors après et non l’inverse on lit ton nom

 

(Quel noir miracle de l’esprit

Que le bonheur ou le dépit

Puissent dépendre seulement

De l’ordre des enchaînements)

 

Lagon ton quai ne paye pas de mine

Le morne trop longtemps a déteint sur ton bleu

Mais rien chez toi ne porte atteinte à l’imposture

Notre complice révérée

 

(Quel triste oracle de l’esprit

Que le tourment ou le répit

Soient tour à tour dans un miroir

Du point du jour au point du soir)

 

Tu n’es que mon reflet dans l’eau faraude

Non loin de là passe le vrai grand fleuve

Et nous rions d’en être ses bras morts

 

Si tu te prends pour Dieu il faut que je te touche

Au quai du Lagon bleu le ciel n’est pas farouche

Le ricochet des anges sur Picasso,

Le vent essaie de gravir la voie lactée
Mais les étoiles illuminent les marches
Qui se redressent d’aise ainsi qu’un pou
Épargné par le peigne et fringant sur fourrure tiède
Égarée au cou d’une sirène frileuse
Ou bien autour des reins d’une danseuse trop cambrée
Puis le ciel écrase la nuit qui s’en va soupirant
Auprès du soleil insensible à ses plaintes
La terre prise de vertige stoppe sa ronde
Et les éléments bien marris s’en remettent au hasard
Forçant le poète à ravaler ses lignes
S’il ne les pas a déjà lancées comme galet
Sur l’océan fier de lui servir mille ricochets

***

Durant l’été les anges se nourrissent de neige.

Autrefois on en trouvait dans les épiceries ;

Elle avait le goût de la meringue…

Vous n’aimiez pas poser pour des photographies.

Je récitais les poésies

Que nous écririons plus tard

Sous une ombrelle

Ou en marge des menus

A l’opéra.

On se surprenait sous les draps

Quand le lit filait à toute allure

Vers ce qu’il convient de nommer :

Le pôle chéri par la chevelure.

***

Rien n’est plus pratique pour qui n’a rien à dire que de « biser ».
A bientôt, bise
A plus, bise
On se rappelle, bise
Prends soin de toi, bise
Délicates formules virgules qui ourlent nos robes du dimanche
Délicate politesse des indifférents
Il n’y aura pas une tache sur la robe car elle n’ira jamais trainer dans le ruisseau
Ni sauter à cloche pieds chez le voisin.
Elle restera jambes croisées sur la chaise familiale où chacun se claque un baiser léger
D’une lèvre froide.

***

Elle chante et change autour de nous le jour en nuit.
Soleils de cuivre et souffle chaud des voix
Dehors le froid !
Le monde, fou, tourne dans sa cage. Une planète argentée la double.
Le ciel est mouvant comme une eau vive. Plafond de verre.
Nous voici minuscules tout au fond d’un regard.
Les lumières dansent et sèment des yeux multicolores au bout de nos orteils.
Le monde est fou et nous, tenant bon la barre, amorçons la dernière ligne droite.
Une forêt de bras surgit de nulle part.
Nous voici poucets ridicules. Teint verdâtre. Rythme de la houle.
Submergés nous coulons, allongés sous la surface des ombres.
La nuit n’en finit pas. Au fracas des vagues succèdent les battements de nos cœurs.

Dans l’ordre d’apparition : Eclaircie, 4Z, bibi, Elisa. Pour le titre un peu de vous…