Monthly Archives: janvier 2015

ECRIRE SUR LE SABLE LA NEIGE ET LE VENT…

Ecrire sur le sable la neige et le vent.

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Les matins ne sont plus assez grands

Quand tous les aquariums s’imaginent devenir océan

Et les poissons s’égarent dans des sous-sols

À ciel ouvert ou s’agglutinent sur le sable

Comme estivants en mal d’imagination

Les matins sont trop sombres

Pour que les reflets restent dans les miroirs

Et l’on voit des colonnes de silhouettes

Hanter toutes les landes à la recherche d’un lac

D’un étang ou d’une flaque d’eau simplement oubliée

Les matins sont trop brefs

Ils ne laissent plus filtrer de café dans les tasses

Celles-ci tombent en poussière et plus personne

Ne lit désormais l’avenir le passé ou même de livre

Déjà la lumière s’immisce dans tous les lits des rivières

On replie sa vie sous l’oreiller on lisse ses écailles

Et l’on reprend la course qui fait tourner la terre

La première goutte d’eau

Tombe sur le toit qu’elle traverse

Le pire des acides

Creuse le crâne de la maison

Et s’introduit dans le cerveau

Comme une aiguille dans une pelote

Les meubles s’agitent

Le buffet ne supporte pas une intrusion

Ni la table un couvert de plus

Quant au lit sa place est vide

Il a quitté le cerveau à l’aube

On le trouverait parmi les péniches

Sur un fleuve qui roule en silence

Pour ne pas nous réveiller

Mais personne ne pêche

A la ligne une ombre.

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Nuit,

On aurait bien aimé en dire plus mais la voix s’est coincée

Le mot lui-même toussote dans ses moufles

Impossible de rendre un sens aux sons

Plus le temps mouline plus le vent tombe dans les voiles molles

Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous voguerons dans les plis des vagues

L’air de rien si fiers d’être légers piqués comme des étoiles dans les yeux vifs

On aurait bien aimé en dire plus mais les sirènes crèvent de froid…

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Sur la neige on trouve des rêves

Anciens ou récents

Rêves dégradés par l’absence de paroles.

Un battement de cœur, une musique mutique

L’enfance s’isole et s’arme.

Où sommes-nous tandis qu’elle grandit ?

Sa frimousse encore barbouillée d’innocence

Elle détruit les murs de notre imaginaire

Et, tapie derrière ces étranges barricades

De débris et d’étoiles,

Vieillit seule en son monde, bien avant l’heure.

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Avec les voix

d’Eclaircie,

d’Elisa,

de Phoenixs

et de 4Z.

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Les mains des fleuves

 

 

On se méfie du fleuve a-t-il  l’air d’un tonneau

De loin ressemble-t-il à l’oie dont la blancheur

Fait fondre sans un feu de cheminée la neige

Le fleuve n’est jamais autre chose qu’un leurre

Il dort seul dans son lit si prolixe en lueurs

La montagne se tait quand les sapins soupirent

On marche devant soi pour emboutir son ombre

Et l’on montre le dos au soleil comme au jour

Où les yeux retournés regardent l’intérieur

De l’homme fabriqué dans des usines saines

Construites par des ingénieurs au masque dur

Le fleuve il faut siffler pour lui fournir la force

A laquelle ses reins rebelles obéissent

On le boit dans un verre où nos vers l’ont servi

Il coule en vous comme un livre vers le cerveau

Or le bruit de déglutition lente exaspère.

 

Les anges brouillent les cartes et les images

Et les sourires s’affichent sur tous les murs

Tandis que les façades sont creusées de meurtrières

Derrière lesquelles des gardiens de l’illusion veillent

De grandes toiles sombres recouvrent les soleils

Les rivières rougies se jettent à l’océan

La pluie ne gardera pas trace de folie

 

Confusion sur la piste,

Ils ont mélangé les tickets au spectacle

Les uns payent gratis

Les autres salent l’addition

Le lion pelé s’ennuie

L’otarie grise chuinte

Comment expliquer aux enfants étonnés

Que les clowns sont morts ?

 

Un petit tas fumant

Dans un pays de sales gosses.

La liberté dans une main

L’univers de l’enfance dans l’autre.

Le sang du monde inonde les rigoles.

Au fond des cœurs

Un peu plus durs qu’autrefois

Des geysers salés déjouent l’indifférence.

Le matin venu

Debout

Sur le désarroi d’un peuple endormi

Un gamin dessine sur l’arrondi de son dos

Un zizi chatouillé par quelques drôles de poils.

Puis le gamin dévale à rebours les pentes du sommeil

Et éveille au monde la grandeur des âmes assoupies.

 

Par les mains et les voix de :

4Z, Éclaircie, Phoenixs, Élisa

Sous le sabot d’une chaussure

Sous le sabot d’une chaussure,

Il y a le sable des mers condoléances

L’écharpe ceinte au front brimé

La voix en robe de feutre

Le parquet glissant

Le pourpre au visage

La flaque

La bougie

Tremblante

Plus dense que le chalumeau

Il y a

Il y aura

La marche toujours de l’homme debout

 

Les portes ne sont plus dans leur cadre – les vitres

Sifflent avant de se briser contre un obstacle

Le mur auquel l’esprit procure du béton

La chambre où nous rêvions de choyer des rivières

En leur cédant le lit l’armoire et les posters

De cette chambre ne subsiste qu’un morceau

De papier peint regardez-le mourir

Ecoutez l’eau déjà rouillée courir

Vers sa disparition dans la fosse commune

Ou dans l’énorme trou que la bombe a creusé

Mais les dormeurs dorment toujours – leur rêve

Les maintient au-dessus des terres triturées

Ils ne regardent plus autour d’eux – leurs paupières

Sont trop lourdes leurs yeux enflés leur front ailleurs

Un incessant flot d’étoiles nouvelles

Et dont les noms cachés nous écartent des cieux

Les traverse de part en part – pour les veilleurs

Le phénomène est à graver dans la mémoire

Collective avec tant d’autres billevesées.

Nous luttons armés de rubans contre l’oubli.

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Une gueule de noyé sur paysage condamné

Rouge

Des auberges à vin blanc ou à triste amusement.

Le maintenant, présent sombre.

Ce petit visage clair des dormeurs éveillés déjà loin du matin.

Un pont. Rouge lui aussi, comme ces immenses forêts

Dépouillées pour l’humain des histoires murmurées à l’oreille du vent

Des contrées et des lunes. Des revenants sans doute aussi.

Le tout et le rien. La vague trop rapide, trop haute. Trop salée.

Et au bout de l’attente, laide comme la peur, une lumière

Comme un passage creusé peu à peu par des milliers d’ongles.

Et mes ongles qui poussent, font songer à nos morts, à ceux des autres

Et à ceux, oubliés, que personne ne réclame et qui attendent l’impossible.

Et la lumière, de plus en plus en plus forte, même sous la houle des ombres.

La gorge ouverte,  ce n’est plus le sang qui coule. Ce sont les mots…

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Ils ont placé leur vie aux pieds de statues

Rouges et mouvantes dans l’ombre

Relèveront-ils la tête avant que la  nuit

Chasse les étoiles et devienne plus noire

Plus épaisse et illisible que toute trace d’encre

Faite de pleins et de déliés sur la portée du vent

On ne peut mentir aux arbres ni aux rivières

Eux seuls auront l’avenir qu’ils se construisent

Formant l’humus que la pluie transforme

En richesse pour la graine avenir

Tandis que les mains impuissantes perdent leurs forces

Noyées dans la fontaine des mots devenus inaudibles

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les quatre voix réunies…

Phoenixs, Élisa, 4Z et moi pour laisser cette empreinte de la semaine…

 

Merci à Phoenixs pour le titre

Un poème de Joyce Mansour.

« Clarté au-delà du ressac

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La mer clapote dans l’oreille de la plage endormie

Proie suintante de l’algue oisive

Le ciel sonne creux comme un roc

Au réveil

Des petites vagues chuchotent et se dandinent

Dans une coupe plus vaste que les parois

De l’horizon

L’arche de Noé brise ses côtes sur la digue

La nuit est favorable aux nageurs qui prennent le large

A la poursuite du sillon qui s’enfuit

Seuls surnagent

Deux chevaux morts

Et le jouet-androgyne

Ils chassent à courre

Sur les crêtes ponctuelles bleu de plomb

Tandis que dans les allées moroses

Du profond minuit

La lune se pouliche les babines. »

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Joyce Mansour.

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Le monde en déshabillé rouge,

…Ainsi la terre est plate et nous nous retrouvons

Au bout. De cet endroit on saute dans le vide

Avec sa brosse à dents son colt et ses pantoufles

La chute en effet dure autant que la cuisson

D’un enfant quand la faim fait saliver un ogre.

En chemin nous croisons la lune et des étoiles

Dont plusieurs se croyant sur scène cabotinent

Mais nous fermons les yeux pour voir à l’intérieur

De notre viande le squelette et recompter

Les os car sur le sol on risque leur brisure

A moins d’y rebondir sans mal – un matelas

Nous recevant comme les bras d’un être cher

Dans lesquels on se jette en oubliant qu’ils savent

Etouffer à force d’étreintes chaleureuses.

***

Elle rôde en déshabillé de soie rouge
La jambe longue et le mollet galbé
Innocente elle sourit tandis que les deux mains dans le dos
Elle tient un couteau
Son œil unique et globuleux nous observe
Et nous traque sans répit jusqu’à la fermeture du dernier volet
Ses amants sont partout alentours
Herbes qui bougent ou ombres fugitives
Ils nous épient au nom de celle qu’ils aiment
***

Elle parle, moud l’air de ses lèvres sèches à l’autre
Invisible
Vitupère, consent, déclare peut-être
L’amour
Pris à l’oreillette devant la glace polie
Se tait
Le geste mécanique éventail l’ordinaire
Rompu
On hésite suspendu dans la vapeur
Moite
On ne sait plus quoi se veut le sens de qui…
***

Le reflet de la parole ne leur parvient
Que par intermittence
Des bribes de phrases et des lettres
Sans doute emportées par le vent
Errent avant de se déposer
Dans l’oreille d’un arbre attentif
Ou sur le tympan d’un rocher surpris d’entendre
Les plus lointaines se recueillent
Avant de plonger pour tapisser la nuit des grands fonds
Il leur faudra réinventer un alphabet
Dont tous les signes auront le même poids
La portée de leurs voix mêlées saura
Pareille à la musique ouvrir les sillons de champs fertiles

Dans la danse des regards : 4Z, Elisa, bibi et Eclaircie pour donner la mesure et une partie du titre…

Il y a des jours comme ça

Il y a des jours comme ça

par heliomel

 

« Il y a des jours comme ça…

Une chanson murmurée

Le bruissement d’une feuille

Un carré de lumière

 

Tout semble vous sourire

On se trouve comme en état de grâce

Les années passent

Ces jours, on croit qu’on ne les verra plus

 

Et soudain, ils reviennent un matin

Dans le jardin déjà ensoleillé

Sous la forme d’un coquelicot

Sur une valse lente de Satie

 

Sur un tableau dont on aperçoit

Les détails en trois dimensions

Jours bénis vous êtes si rares

Vous avez eu le mérite d’exister

 

Parfois la solitude est élégante

Elle attise les souvenirs…

Le chat me fait les yeux doux

Allez, viens sur mes genoux »

 

Heliomel