Monthly Archives: octobre 2014

IL NEIGE DEJA SUR LA LUNE

Il neige déjà sur la lune…

.

On entre dans l’hiver à reculons

Prenant les précautions d’usage

Une grande respiration

Qui ressemble à la dernière

A chaque fois

Le chemin de l’automne

Qui atténue nos peurs

Assouplit les muscles de nos corps .

Puis nous oublions

Ce qui tant nous effrayait

Car les chouettes volent jusqu’à nos fenêtres

Chuchotent chaque nuit

De leur voix chevrotante et belle

Des histoires fantastiques et inédites…

On entre alors dans l’hiver.

Comme des enfants attentifs

Et heureux. .

On entre alors dans l’hiver…

*

Les pas n’ont cessé de marteler les chemins

Du labyrinthe

Pourtant sans découvrir la sortie

Émanant des larges sillons creusés

Un escalier s’est dessiné sur le sol

Invitant l’étranger à choisir l’enfouissement

Pour toute issue

Tandis que des radicelles apparues le long de ses bras et jambes

Cherchaient la moindre anfractuosité propice à l’enracinement

Il a su que son retour au ventre de la terre

N’avait rien de fortuit ni d’effrayant

Toujours l’eau du puits retient le cri des profondeurs

L’eau des gouffres…

*

On aime toujours à se noyer dans un regard

Ouvert sur des secrets même quand ces secrets

Ne nous apprennent rien d’essentiel

Surtout pas comment sortir de la Ville

Ni le numéro de la porte de fer à fracturer

Pour tomber dans le vide de trop haut

On ne s’écrasera jamais sur le sol – le sol

Infiniment lointain restera hors de portée

Comme l’oiseau au-dessus de la fusée qu’il distance.

*

Un mot pour un autre,

 » L’animal il souffre on le tue mais toute sa vie il a été choyé  »

Nos vies, nos vies sur chant de coq

Langue de vipère

Noisettes d’écureuil

Brame du cerf malade

Hallali alala

Dans le vol du bourdon

Les mandibules de l’araignée du matin

Le crâne de l’animal inconnu en forêt

Sous le champignon vénéneux

Nos vies, nos vues, nos vains

Sous le craquant de votre feuille morte. »

Merci au cuisinier de France Inter pour cette délicate pensée animalière incipit….

*

Les auteures : Eclaircie, Elisa, Phoenixs.

L’ éditeur auteur : 4Z.

*

Île

.Le feuillage me manque,

Avec sa mémoire de terre
Son langage de vent
Murmure sorcier

Au souffle des arbres
Silence d’oiseaux,
L’ombre entraîne la lumière
Dans un labyrinthe boisé

La maison me manque
Forteresse cosmique,
Quand au bout du ciel
On voit la mer rêver

Les sentiers d’étoiles
Mènent aux secrets de lune,
Maquisard, le soleil s’enflamme
Dans les parfums indomptés

Brindille

…d’Alain Bosquet :

« Je vous présente

ma poésie : c’est une île qui vole

de livre en livre

à la recherche

de sa page natale,

puis s’arrête chez moi, les deux ailes blessées,

pour ses repas de chair et de paroles froides. »

Alain Bosquet.

Un poème de Claude Vigée.

Un poème de Claude Vigée.

.

« Veille d’apocalypse.

.

Dans le quartier de Talbieh, au fond du Jardin des Roses,

les enfants à demi nus et les jeunes chiens

jouent sur le gazon brûlé au coucher du soleil.

La crinière souple des montagnes de Judée

ondule à l’horizon déjà couvert de fumée.

La lumière du soir se dissout dans le ciel de juillet

dont la douceur se déchire

aux grands sycomores noirs qui croulent sous leurs fruits.

Autour de notre banc taillé dans la roche s’effeuillent

les parterres de roses vieillissantes effleurées par le vent,

leur ultime parfum se mêle

à celui des figues éclatées qui ont roulé sur les sentiers,

et à la senteur légère du chèvrefeuille fané.

.

De la terre jaillit le cyprès funéraire :

grave et sombre beauté de l’épée immobile !

Après le torrent des années, combien de jours encore ?

Une seule fois chacun de nos moments,

une fois ce jardin assiégé par la nuit,

cette fenêtre de l’œil vivant, demeurée ouverte encore

sur le monde visible, complice et fidèle jusqu’à quand ?

Sa douceur fauve nous déchire. Bientôt il nous faudra

oublier les sentiers bleuissants dans le soir :

la mort obscure mûrit à l’horizon en flammes. »

.

Claude Vigée – Jérusalem, été 1990 (« Apprendre la nuit » 1989-1991).

.

Point d’Ancrage

 

Les gratte-ciels se balancent

Au gré du vent ce sont les maîtres mâts de la ville

Sur eux s’appuient pour reprendre haleine nos élus

Nous naviguons sur un océan anesthésié

D’où paraît-il la faune nous observe

A travers une épaisseur considérable

De verre – ici le verre tient toute la place

Et c’est un plaisir de caresser sans gant sa surface

Si lisse qu’elle transmet comme une sensation de pureté

A des créatures fabriquées en usine

Quand elles ne naissent pas avec des cris fameux d’une femme

On ne distingue plus les unes des autres

Leurs yeux à toutes offrent les mêmes profondeurs

Dans chacune sommeille un puits

Dont le couvercle ôté l’eau s’évapore…

 

Il lui semble qu’un point porte atteinte à l’horizon

C’est un tout petit point sombre qui tourne

Personne d’autre que lui ne le voit car lui il a le temps

Les autres courent les plumes collées au corps

La cravate si serrée qu’elle devient goulet d’étranglement

Lui ne porte que l’apparence des choses

Il se vêt uniquement d’ombres et de mouvements

Ainsi débarrassé de toute entrave il n’existe plus

Trop flou et trop mouvant pour que les globes en circulation

Puissent percevoir autre chose qu’un léger courant d’air

 

La rivière ne s’écoule plus

Et les bulles d’eau

Endormies sur les galets

Savent qu’elles ne peuvent rien attendre

Du vent, du jour ou de la nuit.

Une main insensible au froid

Une silhouette curieuse des profondeurs

Mais aussi des vagues et des ondes

De ce silence ouaté ne laissant filtrer

Que des battements déjà assourdis

Seraient-elles le signe de la liberté ?

Les bulles d’eau  alors noyées au cœur de l’océan

Mêleront leurs couleurs aux souvenirs de vase.

 

La compagnie des zommes,

Depuis qu’il nous fréquente mon chien préfère

Sa gamelle

Son eau ses croquettes

Jacquette la chienne des voisins

Isabelle la pie arpenteuse de gazons délaissés

Verteuil le rat palmiste

Et, à bien y regarder, à bien entendre

Je l’envie d’avoir autant de raisons

De vivre sans nous…

 

En compagnie de :

Élisa, Phoenixs, 4Z et Éclaircie

l’univers des mots

L’UNIVERS DES MOTS

Dans le palais des arts je laisse l’écriture
Poursuivre son chemin et tenter l’aventure
En cherchant la musique à ma folle chanson.

Je veux que mes couplets bousculent nos silences.

Je reprends mon fusain, délaisse le crayon
Pour user des couleurs qui cachent la blessure
D’un temps qui ne sait plus mettre sa signature
Sur le tableau doré que nous peint l’horizon.

Je veux que mes pinceaux réveillent nos silences.

Quand un film de saison révèle nos présences
Dans le noir et le blanc de nos vieilles photos,
Les tendres souvenirs venant de nos enfances
Rallument en secret les divines romances
Qu’un écrivain trouva dans l’univers des mots.

jc blondel

j’oserai chiffonner

J’OSERAI CHIFFONNER

 

J’oserai chiffonner les plis de ton corsage

aimant te dévêtir

Je laisserai mes doigts quand la nuit va venir

Jouer sur ton corps sage.

 

Le tissu va glisser sur le blanc carrelage

Et sans les retenir

J’ouvrirai les desseins que l’on donne au désir

Quand nos cœurs font naufrage.

 

Lorsque ta nudité va s’offrir au plaisir

L’amour est à l’ouvrage

Et l’âme ne sait plus parfois se contenir.

 

Mon baiser d’amoureux, pour elle, est un hommage

D’amant en devenir

Qui fit entre tes draps plus qu’un simple passage.

 

jc blondel

 

Il ne restait que la pluie

mère que manges-tu la terre

nos jambes flageolent a dit père

le ciel adipeux

n’exhausse aucune prière

 

oh mes amis où êtes-vous

boulant dans la pauvre infortune

le temps est une batte grise

qui sans surprise nous abat

 

où sont les bêtes et mon amour

qui entre l’arum et la lune

me rendaient chaque jour

chaque jour un peu plus homme

 

que dire du haut-le coeur

délétère de la pluie

 

oh mes amis

elle nous retire ses fils clairs

qui nous reliaient encore

à la nuit

Nadia Tuéni

 Extraits du recueil: « Archives sentimentales d’une guerre au Liban »

 

« L’enfant nombre les guerres sur son boulier.
O jardin du Consul
espace réservé à l’histoire,
et aux majuscules.
O jardin qui éclate sous la peau de l’été.
Arbres de Kantari,
vous êtes la géométrie.
Dans Kantari une maison,
avec des portes autour du cou et du sang sur la tête,
des bouquets de gens aux fenêtres,
une lune dans le bassin,
quelques phrases dans les couloirs,
l’orage du consul sous l’escalier,
la douce Courtisane près du frangipanier.
C’est le bal du Consul.
Je tournerai les pages du grand bal du Consul,
dans le jardin d’en face qui sent la danse comme un Lampion.

 

Il fait mou ce printemps,
robes de dames sur un damier,
quand le jacaranda respirait la sueur du ciel,
Le taffetas des buissons penchés.

 

O Nuits élaborées,
les Voyageurs d’Orient comptent vos politesses
sur les doigts d’une année.

 

Le vent et ses alliés
s’ouvrent tels une femme.
Et tout parle de tout.
Les bruits que j’imagine sont rivière ou sanglot.
O soleil de la nuit libre comme la mort,
on dirait cet instant où chacun se regarde.
Aussi ai-je enfermé sous ma langue un pays,
gardé comme une hostie.

 

En plein soleil,
avec le vent autour du cou
et fouets de pluie dans la bouche,
en plein soleil,
je regarde suinter les murs de ma mémoire.
Tu es celui qui, à trois pas,
m’as tendu ses cheveux pour que je m’y accroche.
Fais donc voler toutes ces balles
qui tuent ou ne tuent pas selon des règles de tendresse.
Lâche-moi à présent,
car je chavire de l’autre côté de mon ventre
rouge du sang de tous.
Et je ris en plein soleil,
parce que la folie moissonne le paysage,
studieusement.
Même toi à trois pas mets un hiver sur ton visage
pour m’arracher mon souffle et
l’accrocher à la frontière d’à côté.
Alors en plein soleil
je meurs d’incohérence
en éclats.

 

Je parle à quelque chose de très ancien,
car de l’étoile vient ma mémoire,
celle qui est grenier et jardin
dont les fruits nourriront la terre,
quand nous respirerons ensemble après l’âge violent.
Est-il nécessaire d’avoir commencé pour durer?
On ne dit jamais n’importe quoi.
N’importe quoi c’est moi,
dessin vivant, sur un ciel blanc.
J’ai dans les yeux suffisamment de larmes
pour soudoyer ma vie,
et de clefs pour ouvrir la mer.
Il pleut en couleur.
L’ombre des mots est effrayante,
à mon père
qui tousse en guise de parole.

 

Ton corps a l’exacte dimension de mon regard.
Sur ton dos des horizons soudains
comme rire.
En toi sans autre signification,
Les longs vertiges du poème.
L’instant d’avant l’instant, te structure,
et la lune se couche à tes pieds de désert.
Ton corps est un des lieux où la mer se replie,
Et où tombe le vent,
tel un fruit mal aimé. »

 

.

 

Nadia Tuéni.