Monthly Archives: septembre 2014

Au grenier du ciel

 

Rideau,

Heureusement que nous avons rentré hirondelles

Cigales et bêtes de la nuit

Car le temps tricote et détricote les songes trop vite

Que seraient-elles devenues dans cette épaisseur sans contours ?

Ce n’est pas la peine de regretter, il n’y avait rien d’autre à faire

En ces heures dérangées il est bien inutile de chercher les aiguilles

Qui pourraient rendre un sens léger aux cœurs.

Heureusement que nous avons abrité le peu qu’il reste de vivant

Indispensable à la poursuite de cette marche qui perd sa raison

A l’aune de nos folies…

 

Au-dessus de nos têtes le ciel se couvre

De petits mondes qui flottent insouciants

Et libres

Le jour s’étale en tictacs patients

Des oiseaux volent

D’autres crient

Ou pleurent

Ou rient

La nuit viendra

Elle posera un voile sombre décoré d’étoiles

Qui ressembleront à des yeux minuscules

Et perçants

Le monde vit ou meurt

En un lent mouvement de va-et-vient

Une houle gigantesque

Qui nous berce

Jusqu’à la mort

 

La place du soleil au grenier

Nul ne l’occupe sauf la lune

Encore faut-il qu’elle soit faible

Et prête à troquer son lait contre un lit.

Vous l’entendez dire : Je hais les étoiles

Car vers elles tous les regards se tournent

Comme vers leurs cibles les flèches aimantées

On me trouverait cachée sous la paille

Si l’on me cherchait mais même les poètes m’ignorent

Depuis l’introduction de sondes dans mon cœur

Ma lobotomie mes mulsions mon curetage.

Du grenier où je séjourne chaque nuit

Est-ce moi que j’aperçois reflétée par des étangs

Dont je crains de rompre la sérénité

Mes chuts répétés en témoignent.

Si vous m’écoutez tendez l’oreille.

 

À l’heure où les vitres des fenêtres

Sont des miroirs reflétant le sommeil

Ou bien une veilleuse

Seul témoin des signes de vie enfermés

Entre les deux oreilles du dormeur

Les nuages se disputent le ciel

Le vent aux premières loges

Les étoiles se rassemblent et s’éparpillent

Aucun ne dévoilera le spectacle

Des arbres s’effeuillant lascivement

Sur les pentes de la colline en émoi

Peut-être au réveil sur l’oreiller déserté

Subsistera l’empreinte de la nuit

Et sur la page un monde aux teintes rousses.

 

Un grenier aménagé par :

Phoenixs, Élisa, 4Z2A84 et Éclaircie

Récréation sous la mer

À pas de fourmi

À pas de géant

Les mers lancent leurs vagues

Au pied des falaises

Pour en décrocher la craie

Et tracer sur tous les océans

Les chemins afin de ne pas se perdre

Que chaque goutte d’eau

En tous points semblable et différente

Aux perles de sève des grands arbres l’été

Retrouve le sein qui l’a nourri

Le sel irisant sa surface

Et ce lit sous-marin aux ténèbres radieuses

 .

L’automne patapon,

 

Il est temps de rentrer les orteils et le sable

Les bouées, les canards du large repêchés

Les seaux de châteaux et les pelles à babil

Il est temps de ranger les heures déliées

Les panoramas à kangourous

Et les petits cailloux dorés.

Laine et mitaines reprennent le cours du fil

Avec charentaises et chaussettes roulées

Il est temps de croquer la châtaine écureuil

La noisette corbeau dans le jour étêté

Le feu dira souvent que l’automne patapon

Berce sans l’endormir ce bel été croqué

Sous la cendre…

.

On passe à côté

Toujours à côté

Jamais au centre de la vie il se dérobe

En emportant nos provisions

La pointe du compas enfoncée dans le cœur

Ne produit plus cette infime douleur

A laquelle on restait sensible

Même dans un grenier vide

Où le soleil cessait d’entrer comme un voleur

Même sous terre parmi des tonneaux bus

Nous respirons en marge de la poitrine

Nos mains nous échappent quand elles disent adieu

Au dieu qui s’éloigne

A la déesse plus légère que l’air.

.

L’heure du rendez-vous est proche

Ils sentent déjà dans l’air cette odeur salée qui les ravit.

L’une se pare d’un halo de lumière

L’autre débarrasse sa peau des artifices de l’été et se maquille de couleurs chaudes

Le dernier, amoureux comme au premier jour, s’efforce de moins briller pour  mettre en valeur leur beauté.

La vie des petits hommes se poursuit mais

Les mouettes endormies dans les terres

La couleur de la lumière

La résonance particulière de chaque son

Rien de ce qui se prépare ne leur échappe.

Et puis

Quand vient le soir il y a, dans l’air, comme une odeur salée

Qui les ravit.

.

Une « récréation »(merci à 4Z pour l’idée) offerte par Eclaircie, Phoenixs, 4Z ,moi-même et Héliomel toujours au cœur de nos poésies du vendredi….

 
 

 

Un poème de Milosz

Un poème de Milosz

.

« H

.

Le jardin descend vers la mer. Jardin pauvre, jardin sans fleurs, jardin

Aveugle. De son banc, une vieille vêtue

De deuil lustré, jauni avec le souvenir et le portrait,

Regarde s’effacer les navires du temps. L’ortie, dans le grand vide

.

De deux heures, velue et noire de soif, veille.

Comme du fond du cœur du plus perdu des jours, l’oiseau

De la contrée sourde pépie dans le buisson de cendre.

C’est la terrible paix des hommes sans amour .Et moi,

.

Moi je suis là aussi, car ceci est mon ombre ; et dans la triste et basse

Chaleur elle a laissé retomber sa tête vide sur

Le sein de la lumière ; mais

Moi, corps et esprit, je suis comme l’amarre

.

Prête à rompre. Qu’est-ce donc qui vibre ainsi en moi,

Mais qu’est-ce donc qui vibre ainsi et geint je ne sais où

En moi, comme la corde autour du cabestan

Des voiliers en partance ? Mère

.

Trop sage, éternité, ah laissez-moi vivre mon jour !

Et ne m’appelez plus Lémuel ; car là-bas

Dans une nuit de soleil, les paresseuses

Hèlent, les îles de jeunesse chantantes et voilées ! Le doux

.

Lourd murmure de deuil des guêpes de midi

Vole bas sur le vin et il y a de la folie

Dans le regard de la rosée sur les collines mes chères

Ombreuses. Dans l’obscurité religieuse les ronces

.

 

Ont saisi le sommeil par ses cheveux de fille. Jaune dans l’ombre

L’eau respire mal sous le ciel lourd et bas des myosotis.

Cet autre souffre aussi, blessé comme le roi

Du monde, au côté ; et de sa blessure d’arbre

.

S’écoule le plus pur désaltérant du cœur.

Et il y a l’oiseau de cristal qui dit mlî d’une gorge douce

Dans le vieux jasmin somnambule de l’enfance.

J’entrerai là en soulevant doucement l’arc-en-ciel

.

Et j’irai droit à l’arbre où l’épouse éternelle

Attend dans les vapeurs de la patrie. Et dans les feux du temps apparaîtront

Les archipels soudains, les galères sonnantes –

Paix, paix. Tout cela n’est plus. Tout cela n’est plus ici, mon fils Lémuel.

.

Les voix que tu entends ne viennent plus des choses.

Celle qui a longtemps vécu en toi obscure

T’appelle du jardin sur la montagne ! Du royaume

De l’autre soleil ! Et ici, c’est la sage quarantième

.

 

Année, Lémuel.

Le temps pauvre et long.

Une eau chaude et grise.

Un jardin brûlé. »

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Oscar Vladislas de Lubicz Milosz (1877- 1939) « Adramandoni (1918).

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L’auxiliaire de perliculture,

Le 9 mars 2014 j’ai partagé mon petit déjeuner

Avec la lune

Elle a mangé un croissant

Moi l’autre

Vous comprenez qu’ils étaient deux

Deux à tremper dans le café

Nul merci ne franchit les lèvres de mon invitée

Moralité

N’offrez pas à la lune

Une baignoire dans votre théâtre

Sauf à la remplir de lait

***
Les barres parallèles ont décidé
De ne plus se rejoindre
Aux pôles surchauffés par les soupirs des ours
Un froid s’insinue entre elles
Dans la verticalité vacillante
Des rayons d’étoiles perdues sans la lune
Fondue sous l’éclair de la flèche
Décochée par un arc brisé un soir d’éclipse
Le regard devient infini dans un flou de couleurs
Les pieds sur terre reposent désormais
Sur un planisphère qui attend le flux
Hypothétique des souffleurs de verre
***
Je voudrais, plus tard, passer mon diplôme à bijoux
Joujoux cailloux sur la grève
Devenir gardienne de songes et d’étoiles
Avec mon ange rubis con
Je voudrais, plus tard, quand je serai grande
Être l’assistante du grand pêcheur de perles
Là-bas sur l’océan roulé en boule
Cueillir sans affront sur le front des crêtes
Les pâles rondeurs de leur sueur
Je voudrais, plus tard, un jour, devenir
Un devenir nacré sans écrin…
***

Ils attendent patiemment allongés ou debout
Des oiseaux noirs, si grands qu’on les prend, de loin, pour des hommes. De près, ou d’un peu plus près, personne ne pourrait dire ce qu’ils sont réellement.
Ils attendent, allongés ou debout dans ce champ, un peu à l’écart des autres, car ils savent que la mort bientôt jaillira de la terre en silences, en brouillards ou en un fleurissement d’insectes et de petits animaux divers et dodus.
Ils attendent et ceux qui s’égarent en ces endroits maudits jamais n’osent affronter leur regard.

Ont ramassé ces coquillages : 4Z, Eclaircie, Bibi et Elisa
Une pensée pour Héliomel
Un merci à l’élève à qui je dois la  » perle  » du titre de cette cuvée zéphoise.

Albert Béguin a écrit

Albert Béguin a écrit :

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« La solitude de la poésie et du rêve nous enlève à notre désolante solitude. Du fond des fonds de la tristesse qui nous avait détournés de la vie s’élève le chant de la plus pure allégresse. »

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Albert Béguin (1901-1957).

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En septembre rêve dans ta chambre.

 

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En septembre rêve dans ta chambre.

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L’hiver qui blanchit les têtes blondes des champs

Dort encore, dit-on, au fond d’un vaste empire

Ses chevaux de glace aux reflets bleutés

Gambadent paisibles dans de grandes prairies

Ici le ciel un peu inquiet quitte enfin des yeux

Cet horizon tranquille qu’il croyait au galop

Il n’aura pas entendu venir les rousses créatures

Debout derrière leur attelage de brouillards et de vent

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Ce matin est sûrement

Le jour anniversaire

D’un homme quelque part

Il s’apprête à chercher des rides

Aux toiles de l’araignée

Et des pattes noueuses au corps de l’animal

Il court au-dessus du sol pour ne pas laisser

D’empreintes et marche sur les mains

Imprimant la ligne de vie

Qu’il ne sait plus vraiment suivre

Les yeux fermés

Il croit voir l’horizon libre de toute entrave

Soulevant les paupières  il s’endort

.

La lune est un tambour silencieux

Même en prêtant l’oreille entre deux souffles

On ne l’entend ni se taire ni penser

Autrefois nous disposions d’une paire de baguettes

Pour frapper sur sa peau et la faire résonner

Réveillant les étoiles redonnant aux muettes

La parole toutes ayant leurs secrets à avouer

Quant à la lune elle ne laisse échapper

Qu’un mot toujours le même

Son nom car elle s’appelle sans desserrer les lèvres

D’une voix trop langoureuse pour atteindre

Le cornet acoustique tourné vers son reflet dans l’eau.

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Dix vers à varier,

 

La cruauté des hommes masque celle des dieux

Borgnes

On se croit à l’abri du vent

Mais il est à l’intérieur

Plus tu poursuis tes peurs

Plus elles te rattrapent

Ce n’est pas sous  » le pavé d’un cheval  »

Que tu trouveras le bonheur

Il y belle lurette qu’il s’est écrasé sous le poids

Des maîtres du mal vivre…

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Les auteurs :

Eclaircie,

Elisa R.,

Phoenixs

et 4Z.

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