Monthly Archives: août 2014

Un poème de Léon-Gabriel Gros.

Un poème de Léon-Gabriel Gros.

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« Maison d’enfance.

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Je vous appelle dans le jour sans couleur,

Dans la fausse chaleur en deçà de mes vitres

Quand l’hiver est laineux comme tige de mauve

Répondrez-vous fidèlement, ô mon enfance

Avec votre regard voilé par l’herbe folle,

Vos doigts jongleurs de galets et de perles ?

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Les insectes martyrisés qui se convulsent

Sur le balcon poudré de soleil et d’aiguilles,

Bourdonnent en mourant. La sève au goût d’essence

Se mêle aux mûres noires sur tes lèvres

Comme pour te noyer dans l’hiver transparent.

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Ainsi mes bien-aimés et moi-même jouant

Tandis que l’on dressait la table de Noël,

Ainsi mes animaux amis des hautes herbes

Et vous sarments tordus brûlant avec douleur

Vous étiez dans la paix familière déjà

Marqués d’une auréole destructrice

Si en avance sur votre mort que votre image

Pourtant réelle était déjà un souvenir. »

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Léon-Gabriel Gros : « Corps glorieux » (1945).

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L’homme dans les nuages

 

 

C’est un matin comme les autres qu’il est parti

A cloche pied au bout du chemin désert

Tout le monde dormait sous l’épouvantail

Il lui fut donc aisé de prendre la poudre d’escampette

Sans se retourner

C’était l’aboutissement d’une longue route acérée

La dernière borne d’un parcours d’épines et de ronces

Le chant ultime d’un esprit chagrin

Qui l’envoyaient sans recommandé se poster ailleurs

Sur la fine enveloppe des nuages sans destinataire…

 

Je ne t’ai pas donné tout ce que je t’avais promis :

Un jardin sur l’océan apaisé,

Le clin d’œil de la lune après des siècles de morosité,

De voir tes fantômes flotter, ton pinceau les saisir,

L’espoir de diriger un orchestre dans un volcan,

Une gare où l’on n’attend pas, un pont élancé,

Du silence en sachet, de la neige au four,

Une fin de vie à l’ombre d’un arbre trop âgé

Pour admettre qu’un jour viendra

Où feuilles oiseaux couleurs et courants d’air l’oublieront.

Je t’avais promis un pas vers la source,

Vers la fontaine dont on entend le rire avant de s’y rafraîchir,

Or toute l’eau s’est évaporée,

A peine avons-nous retenu une mèche de cheveux…

Vois comme leur blancheur annonce notre apothéose.

 

J’entends courir les nuages

Bruyantes cavalcades

Martèlement de roues cerclées de fer

D’un char qui dévaleraient les chemins pierreux

Tiré par des hommes en sabots

Avec la hâte de rentrer avant que la colline

Disparaisse derrière les rideaux de notes

Graves ou aiguës de scribes soucieux

De plaire au ciel

Aux vagues aux marées et océans

Depuis qu’ils déchiffrent le silence

Tracé sur les feuilles avant leur chute

 

La tête à l’appui, une preuve entre les mains

Quelqu’un frappe le bureau d’un geste las

Et la musique s’arrête !

Les pompiers du ciel en débardeur se prennent pour des marins.

Un sourire complice s’esquive, au dernier moment.

Un œil contemple l’ensemble du spectacle.

Il s’est ouvert comme une fleur au fond d’un puits

Un pauvre puits sauvage qui contourne ce qui vit ou ce qui parle

Condamné à fuir, jusqu’au désert peut-être où, déçu

Il comprendra en me voyant que l’endroit est habité

 

Avec la complicité de :

Élisa, Phoenixs, 4Z et Éclaircie

Merci à Phoenixs pour le titre

Pensée pour Héliomel

Si les oiseaux…

Si les oiseaux n’étaient pas des oiseaux s’ils étaient 
Des flèches pourrions-nous les suivre du regard
Et ne pas risquer de nous perdre dans les couloirs de la voûte céleste 
Si les flèches touchaient leurs cibles avant de les atteindre
Le vent détournerait du but ce qui insensiblement s’en rapproche
Ces nuages trop gras porteurs d’une pluie réticente…
Nos yeux restent ouverts ils se creusent une nouvelle raison de voir
Et de tolérer l’ascension du ciel par des missiles 
Si l’invention des oiseaux cessait comme on coupe l’eau
Sur quelles ailes tablerions-nous 
Pour traverser le fleuve sans une égratignure
Ni même le besoin d’une boisson fraîche à mi-course.

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Qui dort dans l'eau des rêves, on ne le sait pas
Dehors l'ovale des tables rappelle grand-mère et son visage de madone
Des visiteurs aux yeux mouillés dessinent sur son corsage des fleurs
Une petite fille fort décoiffée cherche un bateau blanc et vert
Un mage prétend l'aimer depuis le premier jour de sa fortune dorée
Et puis vient notre tour et chacun se tait pendant que nous approchons
A genoux devant elle nous chantons des poèmes dépenaillés et gais
La foule effrayée hurle et bouche qui une oreille qui un œil
Tandis que grand-mère agrémente l'air libre de la jolie cascade de son rire
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 Sous les lits des rivières
Des murmures inspirent le chant de l’eau
Les galets aussi légers que poussière
Renvoient l’écho des nuages par grand vent
Parfois une faille
Une grotte ou une crevasse
Happent les ruisseaux qui n’ont pas eu
L’audace ni le temps de forger leur couche
Des nappes souterraines les invitent au festin
De créatures grondantes et bouillonnantes
Puis les expulsent taris au pied des grands torrents
Et sous les lits des rivières les chants se font murmures.
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Pas d’inspiration,

 

A force de tourniquer autour du puits

Mamie a failli tomber sans un mot.

Nous l’avons rattrapée par son jupon troué

De justesse.

Pas le jupon, la main accrochée aux dentelles

Flétries.

Pas d’inspiration répétait-elle en sourdine

Rien dans la tête à dire

Alors je regarde le fond de mes yeux troubles

Et je ne vois pas l’ombre d’une aile, d’un souffle

Je ne vois plus rien à inventer

D’autre.

         Nous l’avons consolée dans un grand mouchoir blanc

Que nous avons replié et jeté dans le puits

En attendant qu’il nous le renvoie brodé…

 

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Quatre poèmes , huit bras et quatre têtes, ceux et celles d'Eclaircie, de Phoenixs, de 4Z et de moi-même.
 Le tout sous le soleil (présent ou attendu) et avec une pensée pour Héliomel.

UN POEME DE PIERRE EMMANUEL

Un Poème de Pierre Emmanuel :

 

« Chant

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Tels étaient les mots de la terre : un verger de langage pour tous.

En vue de la plaine aux herbes, où l’ombre flue et reflue,

Où scintillent les longs serpents d’eau glissant sous le couvert des fougères,

Les routes, ces anguilles d’or ! Et l’étang poissonneux du ciel

Où la nuit plonge un lourd filet accroché par les quatre vents

A la perche de bambou qui fléchit sous le poids du vide,

La balance pesant des astres ! Souple, s’émeut à mon poignet

Un frisson d’étoiles à sec, je tire au câble de mes veines,

La voûte céleste à bout de bras cambre mon esprit dans l’effort.

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Un verger de langage pour tous, une pêche miraculeuse pour tous,

Et quand vient l’heure du partage ils reçoivent chacun une étoile,

Un vocable plaisant aux narines, – leur nom pulpeux comme un cœur.

Ils gardent en commun le ciel, les fruits qui pendent au-dessus des routes,

Les melons d’eaux vivrières, les griottes et les fraises des bois

Les mûres qui ont le goût de nuit et le monde à la mesure des paumes.

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Le verger reste ouvert et les jardins n’ont pas de murs.

Ni chiens en laisse dans les cours, ni pièges à loup, ni défenses.

Une jarre de lait sur chaque fenêtre, une cruche d’eau fraîche dans chaque puits,

– C’est pour la soif du voyageur. Car l’homme reste immobile ou voyage,

Selon qu’il aime son soleil intérieur ou l’ombre de celui-ci dans le ciel.

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N’accuse personne d’être d’ici, ni personne d’être d’ailleurs.

Nos destinations sont multiples, et les saisons des hommes s’entrecroisent.

Tel, que raidit le givre en été, fleurit de chèvrefeuille en hiver.

Tel, qui descend vers sa mort, remonte aussi vers sa naissance.

Tel, qui reste assis sur le seuil, est en chemin dans le vent des cols.

Celui-ci marche, et s’arrête : celui-là, qui roule au fossé,

Il s’éveille dans un fleuve de lait, sur une barque de cresson bleu.

Celui qui déchire ses pas aux éteules de la moisson passée

Les épis de l’été futur lui caressent déjà l’épaule.

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En vérité, routes et fleuves rayonnent comme les veines du cœur.

Vers l’océan divergent nos voies, nos routes convergent au centre.

Se quitter, c’est aller vers soi-même : rester en soi, c’est mûrir l’étendue.

Une seule chose importe : que sédentaire et nomade aient à manger

Non la poudre des chemins, non la pierre des demeures

Mais la substance égale pour tous, accordée au goût de chacun.

Les mots de la terre sont pareils, leur saveur est innombrable.

Ceux-ci les mangent en commun, celui-là les mange seul,

Le même geste vaut pour tous, et la nourriture une fois prise

Devient cette chose unique et lente, ce nom personnel qui s’accroît. »

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Pierre Emmanuel (1916-1984) : « Babel » (1951)

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Les paradis pluvieux,

L’ile flottante toujours dérive
À la recherche d’une ancre
Vendredi et Robinson sont orphelins
Partis dans quelque désert
Où le blanc laisse les couleurs affleurer
C’est dans l’ocre des grottes
Qu’ils rêvent de reconquérir les matins
Le sable tente de leur offrir douce couche
Quand le grand sablier s’est figé sur minuit
Les banquises sont des châteaux de carte
Dont le vent joue sans se soucier du nom
Par la fenêtre l’océan semble se repentir
Et lèche les façades comme on caresse
Un animal que l’on connait peu

***

Nous irons encore au bois,
Avec le loup et l’agneau
Le corbeau et la grenouille
Les fées et les fantômes
Chercher la fleur mystérieuse
Qui ne parfume rien
Ce n’est pas de la trouver qui conte
C’est d’en poursuivre la trace
Sans l’empreinte.
Oui, nous irons encore au bois
Ne serait-ce que pour la beauté du geste
Dans l’air pur…

***

Notre ange a trop sommeil pour répondre – il s’endort

Et peu à peu avec la clarté disparaît

Aux yeux des curieux ou des passants attardés.

La nuit ne se fait pas prier : elle submerge

Le port puis autour de la ville la campagne

Où les derniers flambeaux s’éteignent contrariés.

On cherche sous son lit le fantôme caché

Mais rien n’y a trouvé refuge. Des pantoufles

Parient sur le réveil du ronfleur pour traîner

Sans but d’un meuble à l’autre et parfois jusqu’au seuil

D’un paradis pluvieux sobre ou ensoleillé…

Le choix est-il restreint ? Le large pauvre en souffle ?

La carte courte ou erronée ?

Trois petits tours d’Eclaircie, Bibi et 4Z et ne s’en vont pas encore.
Héliomel on te salue
Elisa on vous attend

Le Temps mesuré par les Vagues.

Le temps mesuré par les vagues.

 

L’océan accueille la barque

Choisit de l’entraîner

Plus loin que tous les sillages connus

Là où les vagues se creusent

Libérant des chants qui s’incrustent dans le bois

La chaîne d’ancre brisée par la volonté

De l’embarcation

Afin de connaître le voyage entre la couleur et le vide

La voile à demi repliée caresse les paysages enfouis

Un jour

Éparpillée entre les plus hauts fonds

Et le pied des falaises géantes

Elle offrira les clés de l’histoire de l’eau

 

…On se regarde et l’un

Des deux baisse les yeux le premier. Puis on parle

Du pollen des flocons des cendres en voyage

Et de la pollution dont se plaignent les eaux.

La mer entre à son tour dans la conversation

Une vague viendra plaider devant des juges

Une vague nourrie de livres lus à bord

D’un paquebot perdu entre deux continents.

On s’ennuie sans boussole à consulter ni vent

A qui demander : D’où viens-tu ? Vers quel rivage

Crois-tu pouvoir voler sans marquer une pause ?

 

Un été ci et là,

2014, outre la mémoire en tranchées, ce fut l’envol de quelques uns, le sauvetage de quelques autres, et l’été avec les chats.

 » Indolents compagnons de voyage « , les yeux pleins de songe.

Nous revoilà avec Marcel, Virginia, Colette et leurs jardins dans la pénombre de l’oubli poudré.

Les siècles se chevauchent entre deux volets.

On s’arrête de feuilleter un magazine contemporain.

On regarde passer les voiles sur la tête féline qui joue à cache-cache avec le temps.

Le vent léger pousse sa chanson reconnue.

2014, outre les guerres qui labourent avec obstination la vie des hommes, les cris de joie et de douleur, les fêtes à deux balles, la saturation de l’air, les  » merveilleux nuages  » continuent d’alimenter le couchant, avec une petite tache automnale qui nous rappelle l’autre côté de l’instant…

A Héliomel

 

Aux commandes :

Eclaircie, Phoenixs, 4Z2A84.

Les bonnes manières

Il suffisait d'un mot posé puis d'un autre
Pour que les  dix mondes se heurtent et rebondissent
Pour qu'un rire démesuré explose en couleurs diverses
Mais quelqu'un a refermé le ciel
Désormais tout n'est plus que sombres voiles
Les bras verts retombent inertes sur les blessures du sol
La vie s'échappe en brumes d'octobre
Ou en fumerolles presque drôles
Les routes se tordent en grotesques figures
Les soirs s'endorment aux premières heures
Il aurait suffi d'un mot posé puis d'un autre
Mais quelqu'un distrait sans doute a refermé le ciel
En emportant la clé.
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Au ciel on se plaindrait de la circulation

 Des anges s’ils volaient par bandes mais ils sont

 Trop prisonniers de leurs plumes pour les distraire.

Chacun couve en secret son rêve : un court séjour

 Sur Terre où paraît-il les arbres se consolent

 De devoir demeurer sur place en accueillant

 Les oiseaux quels qu’ils soient – ainsi parmi des branches

 Fleuries ou non découvre-t-on parfois un être

 Ailé dont le visage humain a la douceur

De celui d’une femme. 

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 Saillies célestes

 Plein d’extravagance,
Il remonte au plus haut
Affronte l’invraisemblable
Surplombe le merveilleux

Dieu tressaille et jouit
Et son sperme s’écoule
Fabrique de gonades
À ensemencer l’univers

Il enfante des soleils
Des planètes et des comètes
Coule des fleuves de lave
Pourpre incandescente

Sur des océans de vapeur
Il invente des métaux
Du platine au titane
Du mercure au chrome

Satisfait, il offre des cosmos
À sa galaxie préférée
Car Dieu connaît
Les bonnes manières

 

Le soleil sur son jardin

A choisi de mettre en lumière

La goutte de rosée et les derniers murmures

Des nigelles bleues

La cible sur le papier blanc

Replié comme pour un envol

S’amenuise

Laissant l’empreinte d’une aura

Espiègle et douce au-dessus de nos épaules

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 Clip, clap,

Jamais tortue ne fut plus rapide

Jamais lièvre plus carotté

A se lancer dans le marathon estival

En chaussures d’eau.

Elle s’était débarrassée de sa coquille d’œuf

Il avait collé ses oreilles à vent

Les voilà lancés nez à l’horizon parmi serpolet

Thym, luzerne et coquelicots

Ratons laveurs, hulottes , libellules,

Tous massés sur le talus

Acclamaient nos coureurs de piste

Suants et heureux.

Personne ne gagna

Personne ne perdit

Ils eurent chacun une coupe de rosée

Une couronne d’olivier.

La Fontaine déçu jeta sa plume

Que je reprends au vol

Clip, clap.

Moralité : Rien ne sert de courir si l’on n’a pas ses chaussures d’eau ….

Pour Héliomel

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Pour Héliomel qui figure ce soir au premier rang des bonnes manières, aux côtés de Phoenixs, Eclaircie, 4Z et moi-même.

Merci à Héliomel pour le titre.

 

H de ZEPHE, un avion envolé.

Je vous écris depuis un autobus

De Madeleine à Royale

Là on démonte des guirlandes

Ici on met des sacs sur les sapins

Des boutiquiers traits tirés

Lèvent lentement leurs rideaux fatigués

La Concorde passée on traverse la Seine

Des bouquinistes jaugent les Japonais

Les vélos se font arroser par les engins municipaux

Il y a des hérissons dans les porte-monnaie

Des oursins dans les poubelles des écaillers

Un oursin, c’est un hérisson qui n’a pas réussi

J’aime les années paires puisque je suis gaucher

Des tuyaux des caniveaux

Des chenaux des canaux

Scintillez, les balisées

Ruisselez, les cannibalisées

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J’aime l’eau fraîche qui badine

Comme une note de mandoline

Celle qui fait plic ploc sur l’étang

L’oppressée du torrent

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L’orageuse d’un soir assassin

L’opaque et mystérieuse du bassin

La charmante cressonnière

La nappée buissonnière

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L’amère ferrugineuse

La douce limoneuse

La mélodie du chant de l’eau

Mêlée au vent me chaut

 —

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Le château d’en bas a ses racines dans celui d’en haut
Un simple tremblement d’eau les sépare
En bas, on marche au plafond, on caresse les corniches
En haut, on est sur un nuage, on caresse les duchesses
Il y a un toit dans l’eau, un autre dans l’air
Côté ardoises, du bleu s’oppose au gris
Les arcades font des ronds dans l’eau
Seule la douve reste impassible
On pousse une porte pour entrer dans le château d’en haut
Mais déjà vous voulez pénétrer dans le château d’en bas
C’est difficile, on ouvre la porte de la cave d’en haut, on descend
On gratte un peu le sol et on se retrouve dans la cave d’en bas
Les étiquettes des bouteilles sont décollées
Le vin s’est transformé en eau, les oiseaux en poissons
Les bulles préfèrent retourner au château d’en haut
Le masque sur la face, on sabre le champagne


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Lehcim Nohcuaf aimait sa spirale
Il l’entretenait en buvant une bouteille de Ballantine’s
Accompagnée de deux lignes de coke, quotidiennement.
Ainsi chargé, il voyait sa spirale faire la roue

Eblouissante comme un soleil de janvier
Elle tournoyait, langue de feu flamboyante
Alors, il sentait la sueur couler sur son dos
À moins que ce ne soit du sang vermeil

Il détournait le lit d’un fleuve, se faisait enterrer vivant
Pour mieux renaitre d’un simple tremblement
Au contact de la spirale, ses mains cuivrées chassaient la terre
Elles retrouvaient la source, il était heureux

Elle était partie de sa Forêt Noire
Dans le Paris Brest qui filait comme l’éclair
Elle tira une langue de chat
Au sacristain, congolais teinté Moka

Lui s’en fichait et rêvait d’Opéra
Miroirs couchés sous un palmier
Ses mains posées sur sa brioche
Echafaudaient des horizons sablés

Alors qu’on approchait de Pithiviers
Le nez dans les mille feuilles de son missel
Elle refusa le pain d’épices du financier
Elle préférait le savarin

Hélas en descendant du train
Elle ne vit pas la marche
Et ce fut la bûche
Sans grand marnier, une vraie tuile !

Le bol bleu

Monter dans un grenier, c’est comme monter dans un avion
Au lieu des rires des passagers, de l’air pressurisé
On entend les rires des poutres et le bruit de soie du vent
Le voyage est plus court que les souvenirs anciens
Tiens, je croyais pourtant avoir remplacé la vitre du vasistas
Le bol bleu à l’anse brisée, une publicité bébé Cadum
Des liasses de feuilles d’impôts sur un pot de chambre
Tout est à sa place, les lettres de ma grand’mère
L’encre oscille entre le mauve et le sépia »
Elle avait une belle écriture, appliquée, penchée,
Comme elle l’était sur moi quand elle me prenait sur ses genoux
Pour me faire oublier que les tombes bombaient au hasard »

Le fanal s’effaçait

Comme un soleil déchu, le fanal s’effaçait

Laissant la place aux ombres que la mer enlaçait

J’ai vu le grand navire essuyer l’océan

Les abîmes s’ouvraient accueillant ce géant

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J’ai survécu pourtant couché sur une planche

Buvant de l’eau  salée pour que ma soif s’étanche

Je  respirai les îles avant que de les voir

Car les arbres mouillés formaient un encensoir

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Des volutes de thym, effluves de garrigue

Prophétisaient la côte formant comme une ligue

Où mes sens apaisés semblaient trouver secours

Je me sentis léger oublieux du parcours

 .

La forme tourmentée d’une calanque voisine

Forteresse élancée de couleur  grenadine

Rappelait par son port l’éclat de ce château

Qui vit partir un jour mon séduisant bateau

 .

L’écume servait de lit au rocher silencieux

Qui brillait calme et pur sur le flot harmonieux

Comme l’horizon mourait, le sable m’accueillit

Et je sus que j’avais découvert mon pays

Au placard

La vie aura eu ce goût particulier des amandes  pilées

Cette odeur salée sucrée des placards oubliés

Le mariage  des coquillettes et des coquilles

La danse des bâtons racornis des vanilles

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Râpeuse comme ma joue

De la noix de cajou

Des sachets desséchés

Des épices réprimées

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Des dangers périssables

Des safrans  véritables

Des confits d’oie, des confitures

Des conflits durs, déconfitures

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Hêtre en placard, être en prison

Une précision, un presse citron

Un malin,  des amulettes

Un moulin, des allumettes

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Et sur la dernière  étagère

Entre chimère et gruyère

Un cercle rouge sur le vichy

Du temps perdu qui fuit

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