Monthly Archives: avril 2014

le vagabond

LE VAGABOND

 

 

J’ai toujours divagué de l’aube au crépuscule

Sur des chemins divers qu’importe la saison

Je ne suis rien qu’un nom, qu’un chiffre, un matricule,

J’ai construit ma maison dans des murs de carton.

 

Sur le marché, je tends mon verre pour vos sous

Pour aller boire un coup, avaler ma gélule

Avant de repartir en restant dans les clous

J’ai toujours divagué de l’aube au crépuscule.

 

J’ai mangé du rat pour ne pas crier famine

En regardant les couleurs changer sur l’horizon

Je traine sur mon dos une vieille cantine

Sur des chemins divers qu’importe la saison.

 

Sans famille, je suis, tout seul et sans drapeau

Et dans votre univers le soir, je déambule

Mon existence n’est qu’un immense fardeau

Je ne suis rien qu’un nom, qu’un chiffre, un matricule.

 

A plus de cinquante ans, je poursuis mon voyage

Me nourrissant souvent d’un reste de jambon.

Pour avoir un abri sous le feu de l’orage

J’ai construit ma maison dans des murs de carton.

 

Je traverse le temps comme un vieux somnambule

Dans le regard des gens je suis un vagabond

Je demeure étranger d’un monde ridicule.

A la fin du parcours je dirai sans façon

J’ai toujours divagué de l’aube au crépuscule.

 

 jc blondel

de concubine

DE CONCUBINE

 

En écartant du doigt le rouge du rideau

Je laisse pénétrer l’amour qui marivaude

Au coucher du soleil je repars en maraude

Sur les chemins secrets que m’offrira ta peau.

 

Ta poitrine dressée en guise de drapeau

Réveille le désir qui dans le noir minaude

Devant ta nudité, le plaisir s’échafaude

Pour emmener l’émoi, toujours beaucoup plus haut.

 

Sous la blancheur des draps où se niche ton corps

J’aimerai dans le soir changer tous les décors

Pour rendre chaque nuit plus tendre et plus coquine.

 

Je veux, chère maitresse, au retour du matin

Tout lire sans regret dans ton regard mutin

Ce bonheur assouvi de douce concubine.

 

jc blondel

Le secret des boîtes

L’indécrottable culot du lapin,

 

Il ne lui suffit plus de réclamer des pâturages bio

Des chasseurs sans casquette

Des bottes sans caoutchouc

Des radis libres

Un habitat confortable

Une pitance de repus

Voilà qu’il exige des hommes tolérants

Végétariens en chocolat pur beurre

Aimables et doux dans la luzerne

Taquinant le nuage…

Je sais, nous sommes responsables de cet état, nous n’aurions jamais dû accepter de lui apprendre à lire dans les lignes du rêve…

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Ce sont des yeux de porc petits mais charmants

Des étoiles des spores dans la nuit immense.

A la fois brutale et molle la chair enrobe des roses qui explosent.

Des vaisseaux fins comme des cheveux résultent de ces bombardements silencieux.

Mais la blancheur domine et aveuglerait si la grâce ne soutenait pas la comparaison

Avec le culte des saisons avec l’éternité des neiges.

Il se peut qu’en touchant l’eau une fée la consolide.

Mon sexe dans un tel étau renoncerait à sa délivrance.

C’est encore l’humide qui prime et exalte la rêverie

Dans un espace où la terre s’attendrit et se réchauffe.

L’eau et le feu s’y rencontrent – deux amants dont l’appétit

Grandit à mesure qu’ils allongent leurs lèvres pour se sourire.

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Lors de l’envol des tapis volants

Chaque grain de poussière tremble

De même la maison bien ancrée dans ses fondations.

Seront-ils assez discrets pour faire partie du voyage ?

Aura-t-elle des ouvertures assez larges pour le convoi ?

Ou devra-t-elle se défaire de ce toit ? Pesant, certes

Mais révélant sa force, sa robustesse et son amour

Des espaces clos et intimes où s’abritent depuis toujours

Des boites ; des boites crâniennes de toutes couleurs

Dont les formes ne varient guère sous les vapeurs

Qui s’en échappent, volutes parfumées dessinant des ciels,

Des firmaments plus riches que la vision entraperçue

Par la lucarne assise sur la charpente entre les tuiles rouges

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Une longue dame grise

Esquissée

La main droite en visière

La gauche abandonnée le long de son corps

Le temps oscille

Empêche le soleil de franchir la barrière de nuages et de brume

Tant qu’il le peut

Tandis que passent les les secondes séparant les humains de leur réveil

Les oiseaux chantent

Tous les oiseaux

L’herbe pousse, devient si haute qu’on ne pourrait que se perdre dans les jardins bavards qui parlent, puis crient. En anglais

Les minutes succèdent aux secondes

Les oiseaux s’égosillent en un son cauchemardesque. Harmonieux

Les heures sonnent

La dame immobile

Fugace vision

Midi résonne

La pluie de la nuit dort sur le sol. Dehors, tout est calme, silencieux et désert.

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Un secret révélé par Phoenixs, Eclaircie, 4Z et moi-même et avec la complicité de notre cher Héliomel en voyage sur la terre…

Aubade en eau sombre

 

 

On voyage incognito de siècle en siècle de saison en saison de borne en borne

Nos yeux nous suivent ou nous précèdent c’est selon leur humeur

Dans nos bagages des instruments à cordes une lyre une harpe un browning et ses munitions une conque et sa rumeur

En sandales nous avons plusieurs fois fait le tour du monde

J’ai un instant serré votre main amie dans la mienne au hasard d’une ronde.

Le sable dans l’encrier a bu tout notre vin

On n’écrit plus avec une plume inutile de s’ouvrir les veines

Et de signer avec du sang des fadaises sur le néant ou une aiguille cherchée en vain

Les stylos n’ornent plus nos poches les mines usées des crayons arrivent au bout de leurs peines

Pour écrire on pèse du bout des doigts sur des touches frémissantes

Dans une lucarne le texte s’encadre à la fois unique et pareil à des milliards d’autres

Quel bonheur de lire en caractères d’imprimerie le vôtre

Le vôtre le leur le nôtre

Rêvions-nous d’un tel miracle à l’époque de notre adolescence

Quand nous nous efforcions de prendre la place du chef d’orchestre auquel les vagues obéiraient sans broncher

Je revois les plus réticentes se rouler en bavant sur le plancher

 

Une toupie lancée dans une valse effrénée

Voudrait être un dé pour stopper sa course

Sur un chiffre qu’elle affectionne

Un cinq comme les doigts d’une main

Ou des orteils que l’on place en éventail

Aux journées les plus chaudes en toute saison

Lorsque le vent refuse les rafraichissements

Et tombe dans un chemin creux

Epuisé du poids des nuages qu’il doit déplacer

Avant de gagner son titre de fou du roi

Dans un château de cartes ne réclamant

Ni dé ni toupie pas plus de bilboquet

De quilles ou de cerceau

Seulement une princesse inaccessible

Fidèle réplique de la lune amoureuse elle-même

Du chiffre zéro dont le contour régulier

Est à l’image de son reflet

Quand rien ni personne ne lui fait de l’ombre

 

Se mettre sous la dent,

Des petits bouts de chiffon rouge

Des restes de sourire dans le creux de la mâchoire

Une ou deux fossettes communes sur la photo

Quelques doigts boudinés de menottes sans bâton au bout

Un souffle de nuage

Un air de flûte lointain

Comme qui dirait le souvenir des clairs

Eclairs sans douleur

Tiens, la plume de l’hirondelle au soir zébré

Eternel jeu de quilles dans la spirale molle

D’un cerveau déclinant.

Se mettre sous la dent la dose rose

La pilule dorée

Le grain de sable sur la peau

Le petit cœur battant

Tout plein de pot artichaut

Sans foin ni loin

Se mettre sous la dent

La vie quoi…

 

Une fille aux yeux rouges

Un danseur de bocal

Une sardine en salopette

Un hélicoptère dans mon thé

Deux trois boules de géométrie en travers du gosier

Des petits poissons d’argent dans les rouages de mes tempes

Une trace dans la boue moins jolie qu’une trace dans la poussière

Le tout dans une enveloppe ridiculement rose

Un matin après les fêtes quand le monde dort encore

Et la porte fermée qui ronfle un peu trop fort pour que songent encore nos rêves…

 

L’eau sombre dans le rêve

Célibataire, Albert mangeait, buvait, travaillait, faisait l’amour en pointillé comme beaucoup de ses collègues. Il dormait, faisait des rêves comme tout un chacun. À l’âge de 37 ans, il prit l’habitude de noter le rêve de la nuit qui venait de s’écouler car il avait une propension à se souvenir de ce dernier avec une acuité qui l’étonnait et désormais son calepin était posé en permanence sur son chevet.

Il y avait de tout, de tout ce que le cerveau régurgite en classant les faits et gestes de la veille. Le 26 juin il s’aperçut que sa description avait l’apparence du rêve décrit la veille.

Ca le surprit mais ne l’étonna pas outre mesure. Le lendemain il fit à nouveau le même rêve. Trois  rêves parfaitement semblables avaient de quoi intriguer. Chaque fois, il se voyait  remplissant deux seaux d’eau à une maigre source qui sourdait d’un rocher ; il les accrochait à ce carcan que l’on voit encore en Asie ou dans les films japonais, se relevait péniblement et marchait en titubant.

Il devait gravir une pente assez raide sans perdre d’eau, ce qui était impossible et quand il arrivait à l’abreuvoir, il versait deux seaux à demi remplis.

Le septième rêve, toujours le même, l’inquiéta, il prit des vacances dans le Morbihan, pensant que l’air du large dissiperait ce qui devenait un cauchemar.

Le premier soir, il prit un verre d’alcool, dormit la fenêtre grande ouverte, mais au petit matin, quand il s’éveilla, force lui fut de constater que  rien n’avait changé sauf peut-être la couleur des seaux.

La nuit suivante, il usa d’un nouveau stratagème, il écrivit sur son calepin un rêve pour le lendemain matin qui n’avait rien à voir avec celui qui l’obsédait. Il fut obligé d’arracher la page et d’écrire le même scénario des  jours antérieurs. Les deux semaines qu’il passa en Bretagne ne changèrent rien sauf que la pente devenait plus prononcée et qu’il perdait davantage d’eau.

Il rentra à Paris, fut presque soulagé quand il glissa sur un trottoir humide de l’avenue Sedaine, entrainant une fracture du péroné et un arrêt maladie de deux mois. On allait le soigner, et tout redeviendrait comme avant.

Il y avait beaucoup de bruit dans l’hôpital, il eut du mal à s’endormir. Il avait emporté le fameux calepin.

À sept heures du matin il n’eut d’autre alternative que d’écrire que cette nuit-là, ou plutôt au petit matin, il était allé  chercher de l’eau avec une béquille, recueilli peu d’eau et qu’il avait beaucoup souffert le long du trajet. Il confia son rêve récurrent à l‘interne de garde qui se moqua de lui.

Quand il sortit de l’hôpital et qu’il se retrouva chez lui, son cauchemar quotidien reprit, lancinant, intense, insupportable. Un jour, il brûla le calepin mais il fut forcé de constater que son hallucination persistait, encore plus prégnante. Quand il se réveillait, il avait le souffle court et la sueur faisait des auréoles sur son oreiller.

Il se dit qu’il commençait à devenir fou. Il consultât deux psychiatres, fit une thérapie. Il consomma du Xanax, de l’Imovane, en vain. Il tenta la médecine par les plantes, il ne rencontra qu’avidité, aveuglement.

Le 7 septembre, il eut un semblant d’espoir quand il s’aperçut que le chemin qui menait  de la source à l’abreuvoir devenait incertain, que les fleurs disparaissaient, que  les murets moussus semblaient s’écarter. Il y eut encore trois rêves semblables, un seau avait disparu, puis l’abreuvoir. Il marchait en titubant, son seau en porte à faux, avec presque plus d’eau. Il avait des maux de tête violents, imprévisibles.

Il affrontait avec effroi le moment où ses yeux se fermaient, luttait contre le sommeil, combat perdu d’avance, il le savait.

Allongé sur son fauteuil articulé, le jour,  il ne voyait même plus la télé et la concierge qui s’occupait de lui disparaissait dans une sorte de halo. La veille de la Toussaint, il ne toucha pas au plateau de nourriture, la concierge avait oublié les couverts.

La nuit passa, et le lendemain matin il s’aperçut que son cauchemar avait cessé. Il voyait des bulles multicolores s’élever dans un ciel ouatiné, elles éclataient se reformaient, plus rares, plus petites, plus sombres. À midi, il comprit qu’il devenait aveugle. Une nouvelle vie commençait, mais sûr d’être débarrassé de son carcan. Il était presque heureux. Et puis, à l’hôpital, on lui promettait une caméra extraordinaire. Il demanda seulement qu’elle n’enregistrât pas les rêves.

 

 

Z.E.P.H.E

En vers ou en prose, Zephe vous donne à lire, à lire, à lire…

Avec dans le désordre, légèrement en retard mais avec constance : 4Z, Elisa, Phoenixs, Héliomel, Eclaircie.

Dans les rôles de la vie, la vue, le vin, le rêve, la rive.

 

Des flocons tombent sur la geôle du lézard

En une nuit les arbres ont brossé le tableau

Peaufiner les variations de vert

Ombrer les chemins pour ne laisser entrer

Que lapins, lézards ou promeneurs amoureux

La colline au matin paraît plus haute

Plus fière

Elle nargue le ciel et sa palette de bleus et de gris

Couleurs qui évoquent sagesse et sérénité

Mais aussi solitude et tristesse

Quand la verdure appelle l’espoir

La jeunesse, la liberté, l’optimisme

Et si les oiseaux inlassablement sillonnent l’azur

C’est au creux des branches qu’ils bâtissent leurs abris

Au couvert des bois qu’ils confient leurs petits et leurs rêves

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Il ne neige plus sous verre mais les flocons chassés par l’hélice du ventilateur

Volètent au-dessus de la nappe de papier blanc découpé pour feindre l’insouciance des confettis…

S’illusionner sur la volonté du ciel à reverdir même privé de moteur

Ou laisser l’air citronné frais sapide insuffler le goût du pollen à ceux qui manquent d’appétit :

Si mes ailes noires me portent vers vous je changerai la couleur de vos pensées jolies nageuses aériennes.

Feuilles vivantes si pour souffler les joues vous manquent gonflez les miennes !

Soyons des gouttes d’eau brisons la lumière éclairons avec des bouches arrondies notre cité !…

Surtout dans un éloge de la pluie la pluie sans lendemain insistons sur sa frivolité

Car dans chaque ruisseau qu’elle fait naître un rire auquel répond un autre rire

Court trop vite pour nos jambes nos jambes devant un bon feu s’étirent

Loin de la ferveur suscitée par un classique marathon.

Après l’averse bruyante la fine ondée change les instruments et le ton

On a l’impression de s’entendre murmurer

Des mots nouveaux des mots timides des mots pas assez mûrs pour être cueillis

Même sur des lèvres pâles ou dont le rouge terni macula une écharpe de soirée…

Demain la giboulée griffonnera des noms de fleurs et fouillera les taillis.

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Plus de maisons plus de murs

Juste des fleurs encadrant des fenêtres

Les pluies sont de lumière

Le colza étale ses filets de couleurs

Et d’odeurs

Sur nous quand nous passons

Prisonniers d’un rêve

Soudain une rangée d’arbres

Réduits à un tronc et quelques branches

Incapables d’enfanter la moindre feuille

De leur visage austère d’enfants dressés

Nous libèrent de notre si délicieuse geôle

 

D’énormes affaires animales,

On roule sur le dos des putois

Le ventre des écureuils entre taupes

Et merles friands

On roule sur les jantes sans tige

Les corolles sans lumière

Nos petits airs de rien sous le bras

Rois des animaux de crasse bourre

Fourrures pelées, crinières décaties

Mais fiers de rester sur les griffes…

L’on roule puis l’on déboule

Dans le cimetière des éléphants

Sans défenses, sans récompenses

Avec beaucoup de bruit

Soudain surpris de n’être même pas reconnus

Par les vers blancs roulés en nous

Comme en passant…

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Une histoire à dormir debout…

Quand il faisait les pieds au mur des Alpes, Albert nageait dans le bonheur, on peut dire qu’il avait la tête sur les épaules et les yeux dans les nuages.

Augustine, elle, remontait la pente, à bout de souffle, les jambes en coton, après une descente aux enfers due à une union malheureuse et éphémère avec un prince de Hohenzollern aux yeux ternes qu’elle passa d’ailleurs par le fil de l’épée quelque part en Transnistrie.

On  dit qu’il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, on pourrait dire la même chose pour leurs lacs.

Pourtant, à force de nager, Albert finit par rencontrer Augustine, les bras en croix, sur une rive du lac de Misurina, un bijou émeraude des Dolomites.

Il était une bonne pâte de Catalan nonchalant,  elle était Calabraise aux yeux de braise. Il n’en fallait pas davantage, ils ont ouvert une pizzeria qui marche du feu de Dieu, sauf par jours de grand vent.

 

 

 

 

DU COLIBRI AU COUCOU

DU COLIBRI AU COUCOU

PPV du 4 avril 2014

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DU COLIBRI AU COUCOU EN PASSANT PAR LE TOURNESOL

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Un colibri amoureux tournait autour des antennes d’une langouste à moins qu’il ne s’agisse d’une mangouste langoureuse car le collyre du colibri était de peu d’efficacité. Tout jeune, il avait lu nombre de récits où l’on parlait de mers chaudes, à moins qu’il ne s’agisse de merles chauves. Il rêvait de voir des poissons volants et la mer des Sargasses, de les imiter, d’être le premier colibri plongeur, de dépasser les cormorans. Son rêve peu à peu s’éteignit et au lieu de voler en plongé, ce qui n’était pas le plus aisé, il se contenta de faire du sur place car le nectar est dans les fleurs et les fleurs des forêts chaudes, elles, ne rêvent pas de n’importe quels volatiles.

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L’orée du jour est fluctuante selon que l’on ait

Les yeux ouverts, entrouverts ou fermés,

Selon que le temps soit  prêt à révéler ses contours

Ou que les heures doivent rassembler leurs secondes

Et les accrocher à quelque cadran peut-être lunaire

Parfois la nuit se veut plus longue

Pour permettre au tilleul de lisser sa parure avant de paraître.

Les rivières scintillent sous la lune comme au soleil,

Seuls les éclats de lumière jouent leur gamme.

Et le vent adapte sa musique aux branches encore noires

Ou déjà décorées de perles bourgeonnantes des feuilles à naître.

Tous les sentiers tissent leurs toiles pour offrir

De longues pages blanches à qui voudrait laisser une empreinte

L’orée de la nuit, toujours patiente, abandonne aux paupières

Le soin de dissiper, de fondre les frontières de tous les réels.

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Un passant s’arrête étonné de se reconnaître dans un autre passant né à l’instant

Et qui lui ressemble comme à ma fenêtre un avion

Transporter sa mémoire avec soi sur toutes les routes et par tous les temps

Exige trop d’efforts il faut se résoudre à former une caravane

De porteurs dociles dodelinant de la tête au rythme du pas des chameaux

On creuse déjà dans le sable des piscines et des baignoires à deux places pour les couples

Les cailloux sont garantis sans pépins le langage des charretiers sans gros mots

On gravit la montagne d’os en ahanant

Au sommet apparaît entouré par un public que rien ne trouble

L’incomparable tournesol

Le soleil des pauvres

Adulé trop adulé trop porté aux nues

Comme la première fleur sortie du sol

Encouragée par une accoucheuse.

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Politesse de méduses,

 

Nous longeons la mer

Tentacules serrés

Larges corolles sur nos sourires

Médusés

Et voilà que nous croisons l’autre

Molle lointaine

Salut du bulbe

Signe  évasif

Ainsi vont nos traversées

Urticantes

Glacés déplacements

Entre

Semblables et indifférentes voyageuses

Des abysses aux abysses…

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D’abord il y avait les affiches, comme de grands yeux aux paupières closes, couvertes d’un mascara d’encre noire. Premières questions à ciel ouvert. J’entends par là une boîte crânienne proprement découpée pour les promenades printanières.

Ensuite, on pourrait dire aussi sans trahir quoi que ce soit de la vérité « plus loin », une clarinette répétait, inlassable, la même phrase sur tous les tons, dans la même langue : le coucou…Tant de choses à voir depuis ont fait le ménage et jeté les autres mots.

Le coucou…Le coucou… . D’abord tentée par l’envie de lui tordre le cou, j’ai été bercée par deux grandes mains qui poussaient la balançoire de notre  monde.

Des champs jaunes surgis du sol à l’instant conversaient avec un couvercle nuageux gris et formaient un vaste rideau de lumière. Un cercle ou plutôt une spirale dansait à quelques mètres devant moi.

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Eclaircie

Elisa

Héliomel

Phoenixs

et moi-même

assumons.

Un poème de Claude-Jean Bébar Sous la dictée de l’eau

Un Poème de Claude-Jean Bébar :

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« Sous la dictée de l’eau

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Sous la dictée de l’eau caractérielle écrire

Et savoir où l’on va quoique rien ne l’indique

Ni sur la borne l’ordre exprès de renoncer

Ni dans les plis du ciel l’avant-goût de l’orage

Ecrire se décide après avoir usé

Des chemins verticaux zébrés par les éclairs

On y a vu surgir instantanée l’image

De notre quotidien dans ses cérémonies.

A peine nommé l’arbre allonge les antennes

Que le poids des oiseaux trop nombreux fait trembler

Les feuilles d’un vert sombre émettent des sons tristes

Quand le vent les secoue pour annoncer l’averse

Alors le jour pressé rentre ses projecteurs

Le miroir désapprend la lecture et s’éteint

Faute d’un vrai visage à retourner blanchi.

Parmi les mots et les fourmis des travailleuses

Nourrissent le poème en lui offrant des fruits

Tombés de l’arbre auquel la foudre rend hommage

En l’épargnant – il est notre meilleur abri

Contre le soleil chauve et ses archers d’alu.

Le bleu calme les doigts comme un clavier docile

On se laisse aspirer par le profond zéro

Comme par l’entonnoir les lacs à l’agonie

Mais nous restons debout le chiffre est un mirage

La mer retient la terre au moment de tomber

Les lettres de nos noms flottent bouées ou barques

On s’y endort avec l’espoir de rencontrer

En rêve le réel tel que nous le rêvons

Derrière une fenêtre échappant à son cadre

Pour explorer le ciel et le tordre s’il tait

La vérité sur la naissance des étoiles

Et la recette pour réussir un couscous. »

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Claude-Jean Bébar « Vaines Ascensions du Ciel par l’eau » (2004).