Monthly Archives: janvier 2014

Hors des sentiers battus.

 

Hors des sentiers battus.

*

Bienvenue au club des songes

Nous refaisons le monde tricoté sans maille

Avec les petites cuillers du hasard

Nos pensées déconfuses flottent entre deux genres

Sans pont Mirabeau mirabelle

Lasses

Nous aurions voulu bâtir l’Utopie

Dorée sur tranches ponts et portes ouvertes

Nous aurions voulu

Mais

Il manque un cure dent pour ôter cette miette

Dans le trou agacé de nos dents creuses

De trop mordre la poussière…

*

Voyage de noces

.

Amère et marrie

La mère de la mariée s’alarme

Sous les horloges figées

Une pluie fine tombe

.

Désarmée de voir les amarres mariner

Car la mer se meurt et son mari se marre

Par temps clair de la pointe du Raz

On aperçoit New York

.

En ramant  le maraud marmonne

Même  la marée murmure

La malle de Djakarta dandine

Entre obélisque et Manhattan

.

L’américain rejoint l’armoricaine

L’harmonica est à la traîne

En se retirant la mer bave

Jusqu’en pays Batave

*

J’étais ce ruban courant sur le fil du vent

Aux couleurs profondes et toujours changeantes

J’ai voulu nouer les cheveux de la mer

Tresser la crinière des vagues et chevaucher les flots

L’océan m’a renvoyée au pied des grands arbres

Épouser le chuchotis des branches nues

Attendre des nuits et des jours les frissonnements de la sève

Prendre corps et racines

Apprivoiser la trame des récits à venir

Et laisser mon seul regard divaguer du haut des falaises

*

Mots, désobéissez !

On ne vous en voudra pas

De prendre un peu de liberté

Après tant de contraintes…

Et toi, ponctuation,

N’accorde plus entre les mots

Une seconde de repos !

Valse j’mouton dune plusieurs désormais

Les bondissez scaphandre désarmèrent allusions par

Quand un voltige prune mais l’banc pour mandibule

Chinois hébreux qu’nageoire allumette avec donc

*

A l’œuvre :

Eclaircie,

Héliomel,

Phoenixs,

4Z.

l’horizon s’amusait

L’HORIZON S’AMUSAIT

 

Alors que s’effaçait le rideau de la brume

La plage s’éveillait dans le soleil levant

Là-bas dans le lointain en profitant du vent

L’horizon s’amusait des reflets de l’écume.

 

Dans la forge au village, un marteau sur l’enclume,

Rythmait à sa façon les coups sur le béton

Des vagues sur le quai, dans un bel unisson

L’horizon s’amusait des reflets de l’écume.

 

Un écrivain laissait se promener la plume

Sur du papier noirci par des alexandrins

Pendant qu’il inventait un par un ses refrains

L’horizon s’amusait des reflets de l’écume.

 

Alors que s’effaçait le rideau de la brume

L’horizon s’amusait des reflets de l’écume.

 jc blondel

pour des embruns d’ecume

POUR DES EMBRUNS D’ECUME

 

Quand je range un pinceau pour reprendre ma plume

Je délaisse un tableau pour finir un rondeau

Je quitte les couleurs pour m’amuser d’un mot

J’échange mes chagrins pour des embruns d’écume.

 

Sur mon bureau de bois quand règne l’amertume

J’abandonne un croquis, je cisèle un refrain,

Je remplace un dessin par un alexandrin

J’échange mes chagrins par des embruns d’écume.

 

Derrière la croisée un phare se rallume

Et l’ombre du fusain glisse sur le papier.

Lorsque mon vieux stylo plonge dans l’encrier

J’échange mes chagrins pour des embruns d’écume.

 

Quand je range un pinceau pour reprendre ma plume

J’échange mes chagrins pour des embruns d’écume.

 

 jc blondel

Hop, le cyclope !

Sur toutes les lèvres son nom
En lettres rouges comme au cirque
S’inscrivait avec un bâton
Le lire ou l’entendre crier
Provoquait son indignation
Il courtisait de loin la mer
Les flots montaient toujours trop haut
Les vagues offraient leur poitrine
Le vent les prenait en photo
Parfois l’eau se tenait debout
Et imitait le chant du cygne
Le ciel était riche en oiseaux
Mais les pauvres le croyaient vide
La lune était le numéro
Que sa mémoire retenait
Avec d’autres images pures
Comme un casino dans les glaces

****

Le compteur électrique est coupé
La chaudière arrêtée
Ouïes d’aération fermées
Plus d’air plus d’eau plus de gaz
Quelques mouches sur le parquet
Mais il fait encore bon
Il suffit d’ouvrir les persiennes
Et la lumière jaillit
Satisfait Protée se glisse dans le cadavre
Réarme le compteur
Descend l’escalier
Sans avoir fait craquer le moindre membre
****

L’encre n’est fluide que de vingt-neuf heures six
À trente heures soixante-douze
En dehors de cette plage
On peut la trouver sur le sable à faire des pâtés
Construire des murs interdits d’écriture
Couler à flot par crainte de s’évanouir dans le blanc
D’un œuf de préférence mollet
Ou monté en neige éternelle immaculée
Si haut qu’aucun oiseau même sachant lire
Ne se hasardera jamais sans voir ses plumes
Se faner s’évaporer se fondre s’engloutir se dissoudre
Et qu’elle soit noire verte ou bleue parfois rouge
Elle attend l’instant propice pour s’allonger
Docile et consentante dans le moindre carnet croisé

****

Quel âge a la mort ?

Tu voudrais bien le compter sur le temps
Ou les dix doigts de l’horizon
Celui que tu ne franchiras pas
A moins qu’il soit dans les plis de ton visage
Si près du miroir à silence
Quel âge a la mort ?
En passant un souffle vient de répondre
Mais tu l’as perdu sans le voir
Il n’y aura donc pas de date
Pas de frontière
Pas de sens à égrener
Tant pis pour ta nuit sans porte…
****
J’ai de l’eau dans la tête et les sons flottent gentiment
Entre mes deux oreilles qui débordent
Des passants croisés sur la route qui mène ici
Je retiens ce marin qui tenait en équilibre sur le nez
Un millier de verres vides ou pleins
Droit et fier il marchait se faufilant entre les gouttes
Certain que la pluie protégeait des regards
L’histoire qu’il portait sur le dos en guise de manteau
Et qui semblait si lourde qu’elle l’effaçait peu à peu
Comme buvard assoiffé

Merci à Heliomel pour le titre

Cheminée et papier chiffon

 

On ne m’a pas vu sur les quais du port

Ni sur aucun de ceux de la gare

On ne m’a pas vu descendre en marche

Je doute que l’on m’ait vu

Lorsque je me suis montré

Minuit – ou midi – sonnait

Au clocher de l’église bâtie sous la mer

Avec des épaves

Par des requins-marteaux

On ne me vit pas en qualité d’architecte

Commander à ces travaux pharaoniques

On crut m’apercevoir au fond d’un puits

Mais mon ombre me dit que c’était elle et non moi

Pour le confirmer elle me montra sa carte d’identité

Sur laquelle je me reconnus photographié

Il y a plus d’un siècle – le jour de ma naissance ? –

Dans un berceau vide.

.

Les bras de l’océan tiennent tout ce que nous ignorons

Le sable du temps angulaire et blanc

La hardiesse des chevaliers allongés endormis

La nuit noire horizon des marins égarés

Et tout ce que je ne cite pas puisque

Je l’ignore

J’y mettrais les vagues folles d’écritures mathématiques

La sagesse déraisonnable des penseurs certifiés

Le cerveau d’un assassin et puis

L’avenir

Nageant sans fin dans son bocal…

.

Il y a des heures que j’avance

parmi les algues, les coquillages

les bois pourris les plastiques

et les morceaux de filets verts

 

l’eau sombre va et vient

le vent durcit l’air autour de moi

sur les franges sableuses

le sel solde sa blancheur

Tout est loin, inaccessible

et pourtant le jour se lève

et tu marches vers moi

car tes jambes sont les premiers rayons du soleil

.

J’ai laissé filer les jours comme filent les bas

Laissant des échelles à qui veut franchir le mur

Le décor est le même d’un versant à l’autre

Seul l’œil estime la liberté de l’herbe et des arbres

Au-delà des pierres bien rangées

Qui chaque soir tissent un peu plus de lierre

Pour se fondre au paysage à l’abri de l’emprise du vent

Et que les heures glissent sans heurt ni sursaut

La nuit devient cette cloison mobile à la surface satinée

Ouatée que l’on peut déployer autour de soi

Et avec elle franchir les lignes d’horizon

Monter les escaliers s’ouvrant sur des greniers combles

Deviner les chemins menant au ventre de la terre

Et savoir ouvrir les fenêtres sur le miroir du temps

.

Ils attendent que je vienne

Salon de pluie d’ennui

Adossés au feu sans braises

Le regard jeté au loin

Que voient-ils ces incertains

Que tout égare ?

Les fenêtres sont closes sur jardin

Rien

A voir

A tenter de vivre

Ils ont perdu le sens de la répartie

De la flamme vive

Et sans doute se demandent ce que je pourrais bien

Bien raviver en eux…

.

ZEPHE est dirigé par Eclaircie, Phoenixs (merci pour le titre), Héliomel, 4Z et moi-même.

 

 

Vif envol

 

 

Je vous écris depuis un autobus

De Madeleine à Royale

Là on démonte des guirlandes

Ici on met des sacs sur les sapins

Des boutiquiers traits tirés

Lèvent lentement leurs rideaux fatigués

La Concorde passée on traverse la Seine

Des bouquinistes jaugent les Japonais

Les vélos se font arroser par les engins municipaux

Il y a des hérissons dans les porte-monnaie

Des oursins dans les poubelles des écaillers

Un oursin, c’est un hérisson qui n’a pas réussi

J’aime les années paires puisque je suis gaucher

 

Les bonnes résolutions,

 

Nous avons décidé de ne rien prendre

Définitivement

A choisir laissons la queue du cerf-volant

Par son envol guidée

Pieux le vœu vaut bien de n’être pas émis

Houx gui qu’importe

Si l’intention toujours bascule

Entre le possible et le rêve

Eveillé…

 

Sur le gravier l’empreinte est là

Sans que personne ne soit passé

Hier nul ne l’a remarquée

Large elle invite notre pas

À se glisser dans son contour

Et l’on devient l’homme marchant

Les arbres ne sont pas surpris

Depuis toujours ils attendaient

Celui qui enfin saura dire

Leur vibration devant les chants

Des voix unies portant le jour

 

La vie naissait enfin promettant le bonheur : des visages rosis par les jeux au grand air,

des fêtes formidables à chaque anniversaire, de belles années toute noyées de candeur.

Ses voyages se feraient à dos d’hirondelle. Le ciel et les saisons seraient son horizon,

l’amour et l’amitié vivraient en sa maison : à elle la douceur des tendres ritournelles.

Mais le fragile espoir retenu trop longtemps devenait sombre et triste en sa cage d’argent :

Le bel oiseau devint créature soumise.

Rien ni personne ne lui rendait sa gaieté. L’enfance éperdue lui offrit la liberté.

Comme offrant son âme à une terre promise.

 

La montagne se déplace avec lenteur

Quand nous la contournons

D’un pas égal en chantant

A notre air un air plus vif se mêle

(Bruit l’eau azurée de la source

Entre des coups de feu)

Le squelette se crispe autour du fusil

De là furent visées les cimes

Personne jamais personne ne mourut

Frappé par un rayon de soleil

(Agonise l’eau azurée).

 

 

4Z.Élisa.Phoenixs.Héliomel.Éclaircie

(en partance pour une nouvelle année de poésie)