Monthly Archives: novembre 2013

Pas un jour de plus

Pas un jour de plus,

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Sans attendre midi à sa porte

Les bras chargés de fleurs

Au fusil rouillé à terre

Sans l’aiguille dans la meule

De foin frais où roulent les amours

En plein ciel

Sans chercher les poux sur la tête

Du rêveur

La mélancolie au fond du puits

Sans la vérité ivre de sel

Déposé sur les vitres

Sans la trace des petites mains

De tous les ballons rouges

De nos innocences

Ajourées….

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Le sommeil entre les dents, la bouche close, j’ai ouvert les rideaux et les volets, j’ai laissé entrer le jour.

Lui, grave et joyeux comme un jeune chien, a ouvert les fenêtres.

Levé depuis des heures, il amenait avec lui les odeurs de l’automne : l’air frais, la terre endormie -presque- sous les feuilles, les feuilles retournées par les pieds des enfants, la fumée paresseuse d’un feu réconfortant dans une cheminée bien sage, attentive aux histoires qu’on lui conterait bientôt…

Cet ami commun -le jour- offrait aussi ses souvenirs de lumières, aperçues dans les angles encore sombres de son regard : quelques maisons, petites comme les miniatures des maquettes de trains électriques installées dans les chambres ou dans les greniers-et conservées- avec amour par les pères et leurs fils.

Accaparée par le temps et ses crises d’urgence, de trop tard, de plus vite, j’avais oublié sa douceur et l’affection profonde que nous ressentions l’un pour l’autre .

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Les dés veulent devenir ronds

Qu’on ne les accuse plus

De coups du sort défavorables

Ils veulent connaître le creux des mains

Et comme les balles bondir et rebondir

Finis les chiffres plus ou moins porte-bonheurs

Seul le zéro sera le plein et le néant

Ensemble complet, cocon douillet, vide sidéral

Petit frère des yeux avant que les lèvres

Ne dessinent ce « O » premier pas vers le poème

Le hasard se repose et nous veillons

Petites bulles échappées de nos cerveaux pour se rejoindre

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Sous l’océan trop de lanternes brûlent

Il ne faut pas leur chercher une voie

Tous les chemins mènent au même but

Qu’il soit ou non visé par nos obus

Plus nous creusons le sol plus l’or s’éloigne

De nos coffres plus l’air devient irrespirable

On croit pouvoir sourire à la vie sans un masque

Sur lequel nos amis lisent que tout va bien

Et que la terre est tendre avec les trépassés

Nous ne manquons pas d’eau mais l’eau glisse sur nous

Comme sur un écueil car nous fermons les yeux

Et nous ne pipons mot les mâchoires serrées

A l’exemple du tas de cailloux silencieux

Dont le poids nous protège.

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C’est un jour de fin mars coquet, un jour où on commence à laisser les fenêtres ouvertes.

Une robe de chambre bleu sombre à carreaux rouges s’évade par l’oculus de la salle de bains.

Elle plane lentement vers la corde à linge tendue dans le jardin, entre le prunus tout rouge et le pommier tout blanc.

Elle se pose et parle aux serviettes qui se plaignent amèrement de leur sort.

— On ne voit le jour que pour se retrouver sur des assiettes ébréchées posées sur une nappe anonyme.

On est salies, froissées, on voit des bouches avides, édentées, des joues rougeaudes, quel spectacle !

On est lavées, on pend ici et on retourne, après un repassage écrasant, dans notre armoire à l’odeur de lavande défraîchie et tout recommencera pour les quatre-vingts ans de l’oncle Paul, la communion du petit dernier ou la venue du chef du personnel qui est aussi l’amant de la maîtresse de maison.

—Je suis là dit la nappe anonyme, sur l’autre fil, je vous écoute malgré le vent.

— Nous aussi disent deux paires de draps rapiécés qui jouent mollement les étendards.

La robe de chambre fut persuasive—Libérez-vous de vos pinces, nous sommes libres, je vous promets des ciels mauves et des prairies odorantes, plus de plis, que des voltes, nous couvrirons des statues, nous fêterons des 14 juillets et animerons des carnavals de folie. Nous danserons avec des falbalas.

Mais la nappe anonyme à l’esprit pratique dit — Et quand il n’y aura plus de vent et autres fanfreluches ?

—Alors nous descendrons des rivières et des fleuves, on habillera des baleines, on emmaillotera des méduses de lin transparent, on coulera des jours heureux sur des fonds sablonneux si doux si propres que nous ne connaîtrons plus jamais de lessives.

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Ont participé : Phoenixs la magnifique qui offre si souvent les titres, Eclaircie la plus belle  des fées, 4Z au front sage, Héliomel enchanteur des plumes et des chaudières, et moi.

Merci à Eclaircie et à Phoenixs pour le titre.

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une brune volage

UNE BRUNE VOLAGE

 

L’amour a pris les traits d’une brune volage

Pour m’ouvrir sans regret la porte du plaisir

Elle avait des appas à faire découvrir

En ôtant le tissu qui faisait son corsage.

 

Pour offrir le désir, le goût de l’inédit

L’amour a pris les traits d’une brune volage

Qui ne fit dans mon lit qu’un unique passage

En laissant le parfum d’un bonheur interdit.

 

Elle imposa sa loi, choisissant les décors

Pour vivre intensément ce merveilleux voyage

L’amour a pris les traits d’une brune volage

Qui naviguait le soir vers de différents ports.

 

Elle emmena mon cœur dans un charmant naufrage

En mélangeant un peu tendresse et sentiment.

Je garde en souvenir ces tendres instants, quand

L’amour a pris les traits d’une brune volage.

 

jc blondel

qu’il nomme quelque fois

QU’IL NOMME QUELQUE PART

 

Sur la plage, un enfant promenait son regard

Sur l’océan posant son blanc manteau d’écume

Il voulait s’en aller dans le rideau de brume

Ayant un rendez vous qu’il nomme quelque part.

 

Le phare déchirait les lambeaux du brouillard

Sous les yeux du gamin esquissant un sourire

Voyant sur l’horizon les trois mats d’un navire

Ayant un rendez vous qu’il nomme quelque part.

 

Laissant courir la nuit, ses routes du hasard

Il monte en haut du mat déclenchant sa grand voile

En suivant sans regret son chemin son étoile,

Ayant un rendez vous qu’il nomme quelque part.

 

Sur la plage un enfant promenait son regard

Ayant un rendez vous qu’il nomme quelque part.

jc blondel

Une tranche de miel et de cendre

Loin des fleuves du ciel coule un petit ruisseau

Charmant, tranquille et discret

On le trouve caché au milieu d’une forêt gigantesque

En marchant au hasard

En rêvant nez en l’air

Parfois même en dormant

Il conte des histoires de pendules

De passants incrédules, de sorcières cruelles

Ou d’elfes dissimulés dans les recoins de nos oublis

On raconte que le voir offre des pouvoirs magiques

Et que l’entendre métamorphose tout humain

En bel arbre mélancolique

As-tu obturé tes oreilles

De la rue montent tant de voix

Pour dire un peu n’importe quoi

Beaucoup de choses insensées

J’écoute mais je n’entends pas

Un blanc me sépare des autres

Si je me jette dans le vide

D’un étage trop haut placé

Je risque de rester coincé

Dans la page entre deux chapitres

Ou de patiner sur la tranche

Sans même un signet pour m’y pendre

Mes cris se perdent taisez-vous

Ceux qui viendront à mon secours

Auront ramoné leurs esgourdes

 

Nous échappons à notre vie pour un instant

Et nous projetons demain ou même plus loin

Peut-être hier que l’on ne reconnait pas

Les oiseaux attendent que nous soyons statues

Pour oser se poser sur nos chapeaux

Nous leur abandonnons l’écorce

Heureux de savoir que sous leurs pépiements

Nous retrouverons le costume

Poussiéreux et trop grand peut-être

Mais celui que nous portions

Lorsque l’éclair nous a conviés

À dépasser la musique et les mots

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Tu en as plein les mains

De cette poisseuse acidulée

Tombée des nuages.

Plein les oreilles et la tripe

De l’acoustique musique sans clefs

Tes horizons effilochés ressemblent au baiser

Du galeux

Que tu emprisonnes dans ses miettes

Croyant déboucher l’espérance

Te voilà englué de poussière

Petit dieu au nombril épais

Que la vie décourage par son vide

Du tien l’écho…

 

Comme je n’avais pas d’inspiration, je vous ai trouvé quelques maximes :

 

Une maison sans livres est une âme morte (Paul Desalmand)

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La vie s’amuse, la mort fait le ménage (Jacques Prévert)

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Vends corbillard au point au poids mort

Boite bloquée au point mort (Pierre Dac)

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Si je suis élu, je serai immortel

Si je suis battu, je n’en mourrai pas (André Roussin)

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Et je me suis permis d’en ajouter quelques autres, zephitiques…

On a beau freiner à mort

Même si on n’y va pas de main morte

On  part les pieds devant

Les pelles mortes se ramassent à la benne

Souvent, c’est quand on est mort de rire qu’on perd son dentier

On hurle à la mort pour se prouver qu’on est encore vivant

Un corps mourant s’enfonce, un cormoran s’envole

Faire le mort ne trompe que les vivants

C’est quand on est mort de fatigue qu’on vit le mieux

Ont participé

Eclaircie, Elisa, Phoenixs, 4Z2A84, Heliomel

 

« L’Hiver qui vient » – Un poème de Jules Laforgue.

Un Poème de JULES LAFORGUE

« L’hiver qui vient

Blocus sentimental ! Messageries du Levant !…
Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,
Oh ! le vent !…
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées !…
D’usines….

On ne peut plus s’asseoir, tous les bancs sont mouillés ;
Crois-moi, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine, Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine !…

Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.

Il bruine ;
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées
Ploient sous les gouttes d’eau, et c’est leur ruine.

Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis ?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d’estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d’automne.
Et les cors lui sonnent !
Qu’il revienne….
Qu’il revienne à lui !
Taïaut ! Taïaut ! et hallali !
Ô triste antienne, as-tu fini !…
Et font les fous !…
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne !…

Allons, allons, et hallali !
C’est l’Hiver bien connu qui s’amène ;
Oh ! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine !…
Oh ! leurs ornières des chars de l’autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails !…
Accélérons, accélérons, c’est la saison bien connue, cette fois.

Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles !
Ô dégâts, ô nids, ô modestes jardinets !
Mon cœur et mon sommeil : ô échos des cognées !…

Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu’un fumier de feuilles mortes ;
Feuilles, folioles, qu’un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de la France.

C’est la saison, c’est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.

Les cors, les cors, les cors – mélancoliques !…
Mélancoliques !…
S’en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton !…
Les cors, les cors, les cors !…
S’en sont allés au vent du Nord.

Je ne puis quitter ce ton : que d’échos !…
C’est la saison, c’est la saison, adieu vendanges !…
Voici venir les pluies d’une patience d’ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,
C’est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,
C’est la tisane sans le foyer,
La phtisie pulmonaire attristant le quartier,
Et toute la misère des grands centres.

Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l’océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits fours,
Serez-vous pas mes seules amours !…
(Oh ! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,
Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire
Des statistiques sanitaires
Dans les journaux ?)

Non, non ! C’est la saison et la planète falote !
Que l’autan, que l’autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote !
C’est la saison, oh déchirements ! c’est la saison !
Tous les ans, tous les ans,
J’essaierai en chœur d’en donner la note. »

Jules Laforgue (« Derniers Vers »).

 

 

Trois poèmes de Zbyněk Hejda

 

Le long des sentes

Le long des sentes, frayées par les bêtes…
Du milieu des herbes un marais éclôt.
Et dans les broussailles, des plumes de petits oiseaux
vont s’amollissant. Il bruine, brume bruinante.

La nuit il a gelé. De quoi donner tôt le matin
aux mouillères givrées de l’éclat.
Silence. Si ce n’est, au village, le glas
et une plainte.

De petites morts

De petites morts
habitent la dépouille des oiseaux.
Ce sont elles qui nous battent les tempes
d’un rappel d’ailes
avant que l’eau verte
sur tout se déverse.
Un chien passe furtivement
la porte….

Sombre

Sombre, une volée d’oiseaux
se déplace lentement contre le ciel.
En bas sur le chemin
la poussière vole.
Personne pourtant
ne va nulle part.
La bande d’oiseaux aussi s’éclipse,
la respiration du paysage, coupée
dans la canicule du dimanche matin.
Au village tout dort.
Au bord des chemins,
des chiens.

Zbyněk Hejda, Abord de la mort, précédé de Je n’y rencontrerai personne, traduit du tchèque par Erika Abrams 44, 50, 59

 

 

HORS DES RAILS.

 

 

 

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Le décor du manège

 

Levant ses yeux bistrés, la pluie change d’avis

C’est maintenant la neige qui tombe sur le parvis

Du carrousel fermé, elle poudre le manège

On devine les formes qu’une toile protège

 

La neige échoue ainsi qu’un écheveau de soie

Tombe draperie blanche  sur un cheval de bois

Les miroirs entrevus à l’abri des bourrasques

Auréolés de buée,  reflètent des masques

 

Le décor du manège songe aux tiédeurs d’été

Ecoute le temps couler, s’imagine échanger

Des paysages blancs, bordés de mandragores

Contre des fards d’argent, des pierres et des trésors

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Ubu boite,

 

Venez donc à la foire pistache

Admirer les clowns ivres

Les lapins à queue de pelle

Embrasser les femmes à bascule

Venez donc au cirque de fer

Applaudir les fils marionnettes

Les souris à poneys fous

Roulant de travers

Venez donc aux jeux permanents

Des artistes de passage

Et n’oubliez pas vos gants

Quand viendra l’heure de serrer

L’écrou rageur de leurs ratages…

.

Dans la tour aux mille visages

Une ouverture inhabituelle en forme de cigogne

Diffuse alentour une lueur brillante auréolée de brume

Les vivants qui la voient perdent le sommeil

Ou s’endorment longuement un étrange sourire aux lèvres

Dans la tour aux mille visages un visage semble amusé

Un seul

On dit que l’endroit est la pouponnière du ciel

Et que les nuages à peine nés

Parlent déjà des saisons et du temps qu’il fera

.

Il croit dormir

Mais en réalité il s’éveille

Au monde où l’accueille la mer

Ses sœurs les vagues le désignent

Comme un nouveau-né difficile

Il pleure il rit il récite des vers

Des alexandrins beaux comme un arbre éclairé

Par un regard d’enfant que le soleil conduit

Vers l’ombre où d’autres faons fatigués font la sieste

Le sel blanchit son front

D’où sortent minuscules

Deux cornes

Ses pas le conduisent ailleurs

Toujours ailleurs

Sur des pieds fourchus dont les empreintes

Marquent la terre comme une signature.

.

Les trains qui s’engouffrent dans les soupentes

Cherchent les lucarnes pour convaincre les voyageurs

Que le ciel ne s’efface pas pendant les longs voyages

Pas plus que le ventre de la terre n’est chatouillé

Par les rails qui seraient du voyage

Les gares sont bâties bien avant l’arrivée du convoi

Et non pas à l’instant du sifflement de la locomotive

Quand bien même elle aimerait un peu de nouveauté

Les ponts aux piles bien plantées au-dessus des précipices

Ou des rivières attirantes, s’ils sont partis gambader

Sont toujours solides et droits au passage des wagons

Mais qui nous dit, montant dans une rame, qu’elle se déplace vraiment ?

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A l’œuvre :

Eclaircie ;

Elisa ;

Heliomel ;

Phoenixs ;

4Z. ;

Zephe.

.

 

 

 

 

Ma part en porte-clé,

Je tiens ton rôle dans la pièce
Où nous place ta cruauté
Le public me mettrait en pièces
Si j’étais moi le masque ôté
Qui es-tu quel est ce visage
Que tu me tends pour le baiser
Crois-tu m’offrir un paysage
Avec tes pas improvisés
Lorsque tu sors de ton œillet
Le front libre de toute mèche
Cette rougeur je la cueillais
T’en souviens-tu parmi les fraîches
Fleurs dont le pré s’enorgueillit
Nous stars avons si mal vieilli

***

Sur les canapés se prélassent des idées
Elles attendent l’heure propice pour sortir s’aérer
Qu’il passe un ange, un chien, un homme ou un train
Elles bondiront partant jouir de leur liberté
Dans les compartiments on les verra dessiner
Ces rides d’expression aux yeux des voyageurs
Quand ils se parlent et s’entendent dans le silence
Elles remonteront en amont de toutes les rivières
Puiser des regains d’enfance et tous ces possibles
Au plus clair du jour elles s’amuseront
A narguer le soleil par leur brillance
Alors ivres de grands espaces, repues de lumière
Elles viendront s’étendre sur nos oreillers
****
Quelque chose dormait encore, peut-être même quelqu’un.
De grands oiseaux gris buvaient l’eau des rêves
Effaçaient peu à peu toute couleur et tout bruit.
Comme les années précédentes et toutes les autres d’ailleurs
Verrait-on cette fois encore des milliers d’oiseaux dans le ciel ?
Imaginerions nous toujours des êtres fantastiques et des forêts
D’arbres noirs nous épiant dans le sombre ?
L’oiseau était entré par un œil entrouvert, une oreille attentive
Ou une bouche bavarde sans doute.
Il buvait toujours quand la cloche du jour annonça sa venue.
***
Il s’échappait de l’enfumoir
Des volutes blondes de clair-obscur
De la margelle à la ruche
Ta volière auréolée
Baignait dans la lumière
Très tard de tes mains
S’échappait le miel brillant
Fruit des fleurs et des abeilles
Au lacet d’un sentier la volière est tombée
Le vent ne fumait plus
Le ciel et la rivière, l’herbe et les roches
Etaient du même bleu intense comme le miel
***
Un chien aboie
Un ami passe
Les traces dans le vent
S’essoufflent.
Des images glissent
Dans la boîte à sépia
Quelques sous rires
Et racornissent.
Mon cœur sans âme souvent
A boudé les joies simples
C’est ainsi.
Il penche à présent du côté
De l’absence
Serré dans le coup de froid
Qui menace
La vie.

Ont collaboré à ce nouvel envol du ZEPHE : Héliomel, Eclaircie, Elisa, 4Z et bibi.
Le titre est emprunté à Eclaircie 😉
Bonne lecture à vous qui passez au bord des cils…

La rétine du cyclope

Lorsqu’un monde entre au royaume des ténèbres

Des allées fleurissent

Dès qu’un humain les arpente

Comme une chenille aux multiples couleurs.

Ces chemins sont sonores

Des prénoms s’y murmurent

Des histoires, d’amour, toujours

Plus ou moins longues

Plus ou moins heureuses.

Les allées mènent au bout de chemins et fleurissent

Dès qu’un vivant les emprunte.

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Des tuyaux des caniveaux

Des chenaux des canaux

Scintillez, les balisées

Ruisselez, les cannibalisées

.

J’aime l’eau fraîche qui badine

Comme une note de mandoline

Celle qui fait plic ploc sur l’étang

L’oppressée du torrent

.

L’orageuse d’un soir assassin

L’opaque et mystérieuse du bassin

La charmante cressonnière

La nappée buissonnière

.

L’amère ferrugineuse

La douce limoneuse

La mélodie du chant de l’eau

Mêlée au vent me chaut

.

Au bout de l’escalier la rivière s’agite

Comme un poisson dans l’air et le toit ne sait pas

Lui redonner confiance – il neige sur les tuiles

Cette neige mon cœur ne la ferait pas fondre

S’il sortait de son nid douillet pour respirer

La fraîcheur d’un hiver attendu par les pauvres

Devant qui s’ouvriront les portes des hospices

Et celles à fronton du ciel – le ciel trop sourd

Pour m’entendre s’éloigne avec tous ses bagages

Des valises remplies d’averses musicales

Des sacs lestés d’azur déteignant sous la pluie

Des nuages farcis comme à noël les dindes

Des éclairs en béton brocardés par la foudre

Le retenir chacun s’y emploie mais nul ne

Le peut ni ne décroche une étoile ou la lune

.

La muselière se referme sur l’horloge

Et les secondes seules s’égrènent

Les heures se figent et s’envolent les minutes

Un couple de valseurs n’en finit pas d’ouvrir le bal

Sous les aiguilles de leur talon naissent des fissures

Zébrant le sol et d’où se propage une lumière blafarde

Ils héritent de châteaux que personne n’a jamais construits

La chevelure des cavaliers oscille entre le roux et le gris

Et laisse apparaître le sommeil d’un grand oiseau

Un voile sur les ailes et cette lueur sur les paupières

Qui rappelle la brûlure d’un froid mordant

.

Les nains de jardin sans rire

Ramassent les restes des contes

Perdus par nos enfants lunatiques

Egarés

Les petits bonshommes de plâtre

Sont les meilleurs gardiens des yeux

Qui n’ont rien vu

Saluons leur ouvrage discret

Nous qui passons en foulant les herbes sauvages

Sans jamais baisser le regard

Trop occupés que nous sommes

A sculpter la rétine du cyclope…

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Distribution des rôles imaginée par 4 Z,Eclaircie, Phoenixs, Héliomel et Elisa.

Avec l’aimable participation du cyclope, d’une horloge, de l’azur, de l’eau et de quelques fleurs.

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