Monthly Archives: septembre 2013

Bonjour, voici le chemin.

 

 

 

Il pleut comme un enfant s’endort

Chambre où l’on plaquait des accords

Chignon que s’arrange une belle

Sur un seuil – ça tiendra dit-elle

L’escalier s’accroche à la rampe

Il fait froid même sous la lampe

Le pain s’emplit le ventre d’eau

Flottent des fruits sur un radeau

Un échassier crève une toile

De parapluie Compte une étoile

Une seule au ciel  Le pavé

L’arroseuse l’avait lavé

Comme un ongle dans des cheveux

Le temps perdu nous rend nerveux

L’averse efface les immeubles

Au bruit des clés l’alarme beugle

 

***

C’était un néophyte aux formes géométriques

Un multicolore comme on n’en voyait plus depuis le premier voyage sur la lune.

Je sentais la jalousie monter en moi. Elle ternissait peu à peu la pureté, déjà moins franche, de mon éclat.

– Difficile de lutter contre la jeunesse, hein ? me cracha à la face mon voisin vert vipère.

J’allais répondre qu’à cent ans on est assez vieux pour le savoir sans l’aide d’un voisin, qui plus est abruti, quand je découvris sur une facette du nouveau un détail, presque impossible à déceler mais qui ne pouvait signifier qu’une chose : il avait au moins mille ans !

***
Lehcim Nohcuaf aimait sa spirale

Il l’entretenait en buvant une bouteille de Ballantine’s

Accompagnée de deux lignes de coke, quotidiennement.

Ainsi chargé, il voyait sa spirale faire la roue

 

Eblouissante comme un soleil de janvier

Elle tournoyait, langue  de feu flamboyante

Alors, il sentait la sueur couler sur son dos

À moins que ce ne soit du sang vermeil

 

Il détournait le lit d’un fleuve, se faisait enterrer vivant

Pour  mieux renaître d’un simple tremblement

Au contact de la spirale, ses mains cuivrées chassaient la terre

Elles retrouvaient la source, il était heureux

 

***

Pourquoi se méfier des folles allures ?

Elles traversent les impasses sans se retourner

A peine effleurent-elles les vitrines léchées

Tant de langues pour si peu de mots…

Elles, sans s’arrêter, passent d’un ciel à l’autre

S’empaillettent, s’ébrouent

Légères les poudres tombent sur les étoiles mortes

Et voilà que la rigidité oublie ses crasses

Pour devenir une allure folle

 

Tout ZEPHE est là, Eclaircie comprise.

« Fata Morgana » poème d’André Breton.

« Fata morgana

 

 

par André Breton

                       

Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux un accordéon de chauves-souris blanches
Un jour un nouveau jour cela me fait penser à un objet que je garde

Alignés en transparence dans un cadre des tubes en verre de toutes les couleurs de philtres de liqueurs

Qu’avant de me séduire il ait dû répondre peu importe à quelque nécessité de représentation commerciale

Pour moi nulle œuvre d’art ne vaut ce petit carré fait de l’herbe diaprée à perte de vue de la vie
Un jour un nouvel amour et je plains ceux pour qui l’amour perd à ne pas changer de visage
Comme si de l’étang sans lumière la carpe qui me tend à l’éveil une boucle de tes cheveux
N’avait plus de cent ans et ne me taisait tout ce que je dois pour rester moi-même ignorer
Un nouveau jour est-ce bien près de toi que j’ai dormi
J’ai donc dormi j’ai donc passé les gants de mousse
Dans l’angle je commence à voir briller la mauvaise commode qui s’appelle hier
Il y a de ces meubles embarrassants dont le véritable office est de cacher des issues

De l’autre côté qui sait la barque aimantée nous pourrions partir ensemble

A la rencontre de l’arbre sous l’écorce duquel il est dit

Ce qu’à nous seuls nous sommes l’un à l’autre dans la grande algèbre

Il y a de ces meubles plus lourds que s’ils étaient emplis de sable au fond de la mer

Contre eux il faudrait des mots-leviers

De ces mots échappés d’anciennes chansons qui vont au superbe paysage de grues

Très tard dans les ports parcourus en zigzag de bouquets de fièvre

Écoute

Je vois le lutin

Que d’un ongle tu mets en liberté
En ouvrant un paquet de cigarettes
Le héraut-mouche qui jette le sel de la mode
Si zélé à faire croire que tout ne doit pas être de toujours
Celui qui exulte à faire dire Allô je n’entends plus

Comme c’est joli qu’est-ce que ça rappelle

Si j’étais une ville dis-tu Tu serais Ninive sur le Tigre
Si j’étais un instrument de travail Plût au ciel noir tu serais la canne des cueilleurs dans les verreries
Si j’étais un symbole Tu serais une fougère dans une nasse
Et si j’avais un fardeau à porter Ce serait une boule faite de têtes d’hermines qui crient
Si je devais fuir la nuit sur une route Ce serait le sillage du géranium

Si je pouvais voir derrière moi sans me retourner Ce serait l’orgueil de la torpille

Comme c’est joli

En un rien de temps

Il faut convenir qu’on a vu s’évanouir dans un rêve

Les somptueuses robes en tulle pailleté des arroseuses

municipales
Et même plier bagage sous le regard glacial de l’amiral

Coligny
Le dernier vendeur de papier d’Arménie
De nos jours songe qu’une expédition se forme pour la capture de l’oiseau quetzal dont on ne possède plus en vie oui en vie que quatre exemplaires
Qu’on a vu tourner à blanc la roulette des marchands de plaisir

Qu’est-ce que ça rappelle

Dans les hôtels à plantes vertes c’est l’heure où les charnières des portes sans nombre

D’un coup d’archet s’apprêtent à séparer comme les oiseaux les chaussures les mieux accordées

Sur les paliers mordorés dans le moule à gaufre fracassé où se cristallise le bismuth

A la lumière des châteaux vitrifiés du mont Knock-Farril dans le comté de Ross

Un jour un nouveau jour cela me fait penser à un objet que garde mon ami Wolfgang Paalen

D’une corde déjà grise tous les modèles de nœuds réunis sur une planchette

Je ne sais pourquoi il déborde tant le souci didactique qui a présidé à sa construction sans doute pour une école de marins
Bien que l’ingéniosité de l’homme donne ici sa fleur que nimbe la nuée des petits singes aux yeux pensifs
En vérité aucune page des livres même virant au pain bis n’atteint à cette vertu conjuratoire rien ne m’est si propice
Un nouvel amour et que d’autres tant pis se bornent à adorer
La bête aux écailles de roses aux flancs creux dont j’ai trompé depuis longtemps la vigilance
Je commence à voir autour de moi dans la grotte
Le vent lucide m’apporte le parfum perdu de l’existence
Quitte enfin de ses limites
A cette profondeur je n’entends plus sonner que le patin
Dont parfois l’éclair livre toute une perspective d’armoires à glace écroulées avec leur linge
Parce que tu tiens

Dans mon être la place du diamant serti dans une vitre
Qui me détaillerait avec minutie le gréement des astres
Deux mains qui se cherchent c’est assez pour le toit de demain
Deux mains transparentes la tienne le murex dont les anciens ont tiré mon sang

Mais voici que la nappe ailée

S’approche encore léchée de la flamme des grands vins
Elle comble les arceaux d’air boit d’un trait les lacunes des feuilles

Et joue à se faire prendre en écharpe par l’aqueduc
Qui roule des pensées sauvages

Les bulles qui montent à la surface du café

Après le sucre le charmant usage populaire qui veut que les prélève la cuiller
Ce sont autant de baisers égarés
Avant qu’elles ne courent s’anéantir contre les bords ô tourbillon plus savant que la rose
Tourbillon qui emporte l’esprit qui me regagne à l’illusion enfantine
Que tout est là pour quelque chose qui me concerne

Qu’est-ce qui est écrit

Il y a ce qui est écrit sur nous et ce que nous écrivons

Où est la grille qui montrerait que si son tracé extérieur

Cesse d’être juxtaposable à son tracé intérieur

La main passe

Plus à portée de l’homme il est d’autres coïncidences
Véritables fanaux dans la nuit du sens
C’était plus qu’improbable c’est donc exprès
Mais les gens sont si bien en train de se noyer
Que ne leur demandez pas de saisir la perche

Le lit fonce sur ses rails de miel bleu

Libérant en transparence les animaux de la sculpture médiévale
Il incline prêt à verser au ras des talus de digitales
Et s’éclaire par intermittence d’yeux d’oiseaux de proie

Chargés de tout ce qui émane du gigantesque casque emplumé d’Otrante

Le lit fonce sur ses rails de miel bleu

Il lutte de vitesse avec les ciels changeants

Qui conviennent toujours ascension des piques de clôture des parcs
Et boucanage de plus belle succédant au lever de danseuses sur le comptoir
Le lit brûle les signaux il ne fait qu’un de tous les bocaux de poissons rouges
Il lutte de vitesse avec les ciels changeants
Rien de commun tu sais avec le petit chemin de fer
Qui se love à Cordoba du Mexique pour que nous ne nous lassions pas de découvrir
Les gardénias qui embaument dans de jeunes pousses de palmier évidées
Ou ailleurs pour nous permettre de choisir
Du marchepied dans les lots d’opales et de turquoises brutes
Non le lit à folles aiguillées ne se borne pas à dérouler la soie des lieux et des jours incomparables
Il est le métier sur lequel se croisent les cycles et d’où sourd ce qu’on pressent sous le nom de musique des sphères
Le lit brûle les signaux il ne fait qu’un de tous les bocaux de poissons rouges
Et quand il va pour fouiller en sifflant le tunnel charnel
Les murs s’écartent la vieille poudre d’or à n’y plus voir se lève des registres d’état-civil
Enfin tout est repris par le mouvement de la mer
Non le lit à folles aiguillées ne se borne pas à dérouler la soie des lieux et des jours incomparables

C’est la pièce sans entractes le rideau levé une fois pour toutes sur la cascade

Dis-moi

Comment se défendre en voyage de l’arrière-pensée pernicieuse
Que l’on ne se rend pas où l’on voudrait
La petite place qui fuit entourée d’arbres qui diffèrent imperceptiblement de tous les autres
Existe pour que nous la traversions sous tel angle dans la vraie vie
Le ruisseau en cette boucle même comme en nulle autre de tous les ruisseaux

Est maître d’un secret qu’il ne peut faire nôtre à la volée

Derrière la fenêtre celle-ci faiblement lumineuse entre bien d’autres plus ou moins lumineuses
Ce qui se passe

Est de toute importance pour nous peut-être faudrait-il revenir

Avoir le courage de sonner

Qui dit qu’on ne nous accueillerait pas à bras ouverts

Mais rien n’est vérifié tous ont peur nous-mêmes

Avons presque aussi peur

Et pourtant je suis sûr qu’au fond du bois fermé à clé qui tourne en ce moment contre la vitre

S’ouvre la seule clairière

Est-ce là l’amour cette promesse qui nous dépasse

Ce billet d’aller et retour éternel établi sur le modèle de la phalène chinée

Est-ce l’amour ces doigts qui pressent la cosse du brouillard

Pour qu’en jaillissent les villes inconnues aux portes hélas éblouissantes
L’amour ces fils télégraphiques qui font de la lumière insatiable un brillant sans cesse qui se rouvre

De la taille même de notre compartiment de la nuit
Tu viens à moi de plus loin que l’ombre je ne dis pas dans l’espace des séquoias millénaires
Dans ta voix se font la courte échelle des trilles d’oiseaux perdus

Beaux dés pipés

Bonheur et malheur

Au bonneteau tous ces yeux écarquillés autour d’un parapluie ouvert
Quelle revanche le santon-puce de la bohémienne
Ma main se referme sur elle
Si j’échappais à mon destin

Il faut chasser le vieil aveugle des lichens du mur d’église
Détruire jusqu’au dernier les horribles petits folios déteints jaunes verts bleus roses
Ornés d’une fleur variable et exsangue
Qu’il vous invite à détacher de sa poitrine
Un à un contre quelques sous

Mais toujours force reste

Au langage ancien les simples la marmite

Une chevelure qui vient au feu

Et quoi qu’on fasse jamais happé au cœur de toute lumière
Le drapeau des pirates

Un homme grand engagé sur un chemin périlleux
Il ne s’est pas contenté de passer sous un bleu d’ouvrier les brassards à pointes acérées d’un criminel célèbre

A sa droite le lion dans sa main l’oursin
Se dirige vers l’est

Où déjà le tétras gonfle de vapeur et de bruit sourd les airelles

Voilà qu’il tente de franchir le torrent les pierres qui sont des lueurs d’épaules de femmes au théâtre
Pivotent en vain très lentement
J’avais cessé de le voir il reparaît un peu plus bas sur l’autre berge
Il s’assure qu’il est toujours porteur de l’oursin
A sa droite le lion ail right
Le sol qu’il effleure à peine crépite de débris de faulx

En même temps cet homme descend précipitamment un escalier au cœur d’une ville il a déposé sa cuirasse
Au dehors on se bat contre ce qui ne peut plus durer
Cet homme parmi tant d’autres brusquement semblables
Qu’est-il donc que se sent-il donc de plus que lui-même
Pour que ce qui ne peut plus

durer ne dure plus
Il est tout prêt à ne plus durer lui-même
Un pour tous advienne que pourra
Ou la vie serait la goutte de poison

Du non-sens introduite dans le chant de l’alouette au-dessus des coquelicots
La rafale passe

En même temps

Cet homme qui relevait des casiers autour du phare

Hésite à rentrer il soulève avec précaution des algues et des algues
Le vent est tombé ainsi soit-il
Et encore des algues qu’il repose

Comme s’il lui était interdit de découvrir dans son ensemble le jeune corps de femme le plus secret
D’où part une construction ailée
Ici le temps se brouille à la fois et s’éclaire
Du trapèze tout en cigales
Mystérieusement une très petite fille interroge
André tu ne sais pas pourquoi je résédise
Et aussitôt une pyramide s’élance au loin
A la vie à la mort ce qui commence me précède et m’achève
Une fine pyramide à jour de pierre dure
Reliée à ce beau corps par des lacets vermeils

De la brune à la blonde

Entre le chaume et la couche de terreau

Il y a place pour mille et une cloches de verre

Sous lesquelles revivent sans fin les têtes qui m’enchantent

Dans la suspension du sacre

Têtes de femmes qui se succèdent sur tes épaules quand tu dors

Il en est de si lointaines

Têtes d’hommes aussi

Innombrables à commencer par ces chefs d’empereurs à la barbe glissante

Le maraîcher va et vient sous sa housse

Il embrasse d’un coup d’œil tous les plateaux montés cette nuit du centre de la terre

Un nouveau jour c’est lui et tous ces êtres

Aisément reconnaissables dans les vapeurs de la campagne

C’est toi c’est moi à tâtons sous l’éternel déguisement

Dans les entrelacs de l’histoire momie d’ibis

Un pas pour rien comme on cargue la voilure momie d’ibis

Ce qui sort du côté cour rentre par le côté jardin momie d’ibis

Si le développement de l’enfant permet qu’il se libère du fantasme de démembrement de dislocation du corps momie d’ibis

Il ne sera jamais trop tard pour en finir avec le morcelage de l’âme momie d’ibis

Et par toi seule sous toutes ses facettes de momie d’ibis

Avec tout ce qui n’est plus ou attend d’être je retrouve l’unité perdue momie d’ibis

Momie d’ibis du non-choix à travers ce qui me parvient

Momie d’ibis qui veut que tout ce que je puis savoir contribue à moi sans distinction
Momie d’ibis qui me fait l’égal tributaire du mal et du bien

Momie d’ibis du sort goutte à goutte où l’homéopathie dit son grand mot

Momie d’ibis de la quantité se muant dans l’ombre en qualité

Momie d’ibis de la combustion qui laisse en toute cendre un point rouge
Momie d’ibis de la perfection qui appelle la fusion incessante des créatures imparfaites
La gangue des statues ne me dérobe de moi-même que ce qui n’est pas le produit aussi précieux de la semence des gibets momie d’ibis
Je suis Nietzsche commençant à comprendre qu’il est à la fois
Victor-Emmanuel et deux assassins des journaux Astu momie d’ibis

C’est à moi seul que je dois tout ce qui s’est écrit pensé chanté momie d’ibis
Et sans partage toutes les femmes de ce monde je les ai aimées momie d’ibis
Je les ai aimées pour t’aimer mon unique amour momie d’ibis
Dans le vent du calendrier dont les feuilles s’envolent momie d’ibis
En vue de ce reposoir dans le bois momie d’ibis sur le parcours du lactaire délicieux

Ouf le basilic est passé tout près sans me voir
Qu’il revienne je tiens braqué sur lui le miroir
Où est faite pour se consommer la jouissance humaine imprescriptible
Dans une convulsion que termine un éclaboussement de plumes dorées
Il faudrait marquer ici de sanglots non seulement les attitudes du buste
Mais encore les effacements et les oppositions de la tête
Le problème reste plus ou moins posé en chorégraphie
Où non plus je ne sache pas qu’on ait trouvé de mesure

pour l’éperdu
Quand la coupe ce sont précisément les lèvres
Dans cette accélération où défilent
Sous réserve de contrôle

Au moment où l’on se noie les menus faits de la vie
Mais les cabinets d’antiques abondent en pierres d’Abraxas
Trois cent soixante-cinq fois plus méchantes que le jour solaire
Et l’œuf religieux du coq
Continue à être couvé religieusement par le crapaud

Du vieux balcon qui ne tient plus que par un fil de lierre

Il arrive que le regard errant sur les dormantes eaux du fossé circulaire
Surprenne en train de se jouer le progrès hermétique
Tout de feinte et dont on ne saurait assez redouter
La séduction infinie
A l’en croire rien ne manque qui ne soit donné en puissance et c’est vrai ou presque
La belle lumière électrique pourvu que cela ne te la fane pas de penser qu’un jour elle paraîtra jaune
De haute lutte la souffrance a bien été chassée de quelques-uns de ses fiefs
Et les distances peuvent continuer à fondre
Certains vont même jusqu’à soutenir qu’il n’est pas impossible que l’homme
Cesse de dévorer l’homme bien qu’on n’avance guère de ce côté
Cependant cette suite de prestiges je prendrai garde comme une toile d’araignée étincelante
Qu’elle ne s’accroche à mon chapeau
Tout ce qui vient à souhait est à double face et fallacieux
Le meilleur à nouveau s’équilibre de pire
Sous le bandeau de fusées
Il n’est que de fermer les yeux
Pour retrouver la table du permanent

Ceci dit la représentation continue
Eu égard ou non à l’actualité

L’action se passe dans le voile du hennin d’Isabeau de Bavière
Toutes dentelles et moires

Aussi fluides que l’eau qui fait la roue au soleil sur les glaces des fleuristes d’aujourd’hui

Le cerf blanc à reflets d’or sort du bois du Châtelet

Premier plan de ses yeux qui expriment le rêve des chants d’oiseaux du soir

Dans l’obliquité du dernier rayon le sens d’une révélation mystérieuse

Que sais-je encore et qu’on sait capables de pleurer

Le cerf ailé frémit il fond sur l’aigle avec l’épée

Mais l’aigle est partout

sus à lui

il y a eu l’avertissement

De cet homme dont les chroniqueurs s’obstinent à rapporter dans une intention qui leur échappe

Qu’il était vêtu de blanc de cet homme bien entendu qu’on ne retrouvera pas

Puis la chute d’une lance contre un casque ici le musicien a fait merveille

C’est toute la raison qui s’en va quand l’heure pourrait être frappée sans que tu y sois

Dans les ombres du décor le peuple est admis à contempler les grands festins

On aime toujours beaucoup voir manger sur la scène

De l’intérieur du pâté couronné de faisans

Des nains d’un côté noirs de l’autre arc-en-ciel soulèvent le couvercle

Pour se répandre dans un harnachement de grelots et de rires

Eclat contrasté de traces de coups de feu de la croûte qui tourne

Enchaîné sur le bal des Ardents rappel en trouble de l’épisode qui suit de près celui du cerf

Un homme peut-être trop habile descend du haut des tours de
Notre-Dame
En voltigeant sur une corde tendue
Son balancier de flambeaux leur lueur insolite au grand jour
Le buisson des cinq sauvages dont quatre captifs l’un de l’autre le soleil de plumes
Le duc d’Orléans prend la torche la main la mauvaise main
Et quelque temps après à huit heures du soir la main
On s’est toujours souvenu qu’elle jouait avec le gant
La main le gant une fois deux fois trois fois
Dans l’angle sur le fond du palais le plus blanc les beaux traits ambigus de Pierre de Lune à cheval
Personnifiant le second luminaire
Finir sur l’emblème de la reine en pleurs
Un souci Plus ne m’est rien rien ne m’est plus

Oui sans toi
Le soleil »

André Breton -Marseille, décembre 1940

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Une sirène de pleine lune

Nous sommes entre deux mondes qui s’ignorent

Flottant

Eparpillés entre des étoiles affamées

D’elles-mêmes

Clignotent nos devenirs répétitifs

Naître à renaître

Paraître et disparaître

Dans la plus belle des nuits

Insensées

Qui tournent sans nous…

 

Penché sur le berceau de l’automne

L’été devient myope

De cataractes en catastrophes

De désastres en asters

Son univers grisaille

Pourtant l’eau se la coule douce

Et la mousse bien ancrée

Prépare le lit des champignons

Mais dans le ciel tourmenté

Les papillons  noirs de la mélancolie

Tournent des ronds de sorcières

Pour l’équinoxe qui s’annonce

 

Quel était ce jardin où s’agitaient mille clochettes, mille couleurs ?

Un chien blanc et noir s’y promenait lorsque le soir éteignait les consciences trop aiguisées et allumait, dans les foyers silencieux, les petits jours artificiels.

De longs arbres aux voix graves le bordaient, et des vagues figées hautes comme trois fleurs.

A qui appartenait ce jardin posé sous la fenêtre ? Cette fenêtre unique donnant sur une vie, sans mots, sans bruits.

Les soirs de pleine lune, on y cueillait des brassées de sirènes aux têtes brunes, aux bras blancs.

 

Cette villa donne le vertige

On croit que c’est parce qu’elle est bâtie sur une cascade

Mais on n’entend aucun son et l’eau est prisonnière

De la roche qui appartient à la montagne

Et l’on ne domine qu’un jardin obscur

Qui entre par la fenêtre le soir avec le vent

Non pas brusquement mais comme en rêvant avec douceur

Et l’on respire en prenant son temps ce très long serpent

Car tout est bon et rien ne sert de choisir

Parmi tant d’admirables mortelles choses

…Si demain nous devions descendre au tombeau

Qui saurait après nous goûter ces choses

 

4Z2A84, Elisa, Phoenix, Heliomel, Eclaircie en pensée ont participé à ce texte zéphitique.

Un poème de Paul Eluard

Un poème de Paul Eluard

À Lise Deharme.
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« Jardin Perdu

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Ce jardin donnait sur la mer

Gorge d’œillet

Il imitait le bruit de l’eau
On sous-entendait la forêt

.

Son cœur débitait l’air du large
En massifs calmes
Ses fleurs montaient à pas de feuilles
Vers les racines du jour tendre

.

Ce jardin donnait sur la terre
Ses caresses pesaient si peu
Que des allées en jaillissaient
D’elles-mêmes à chaque instant

.

Une gamme de perspectives
S’offrait aux courants de la vue
Et le soleil couleur d’avril
Animait un ciel végétal. »

.

Paul Eluard « Cours naturel » (1938).

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A bicyclette…

PPV du 15 septembre 2013

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A bicyclette les barbichus agitent-ils leur clochette ?

.

Je dépose seize lunes sur le tapis

Et la moitié d’une étoile ramassée sur la plage

Les vagues affamées d’aventure misent leur plus belle nuit

Ici et là les conversations reprennent

Avides de couvrir les siècles de silence

Une main invisible agite une clochette

Le brouhaha à son comble couvre sa voix claire

Je remporte la mise et lisse mes écailles

Le chant de mes sœurs célèbre ma victoire

.

Il y a du brouhaha dans la salle et le congrès bat son plein. Il y a les majestueux, les condescendants, les humbles courbés comme des échelles de meunier, ceux qui penchent à droite, les gauchers, les mous comme des colimaçons. Ceux qui vivent de préférence  à l’extérieur, attendant d’hypothétiques doubles révolutions.

Pour ceux qui ont présumé de leurs forces, les barbichus, les médaillés, on observe des paliers, avec posés dessus, des canapés Napoléon III aux bras secourables et au velours de Gênes accueillant. On entend des déclarations :

-Un immeuble sans escalier

C’est un homme  sans squelette dit un spécialiste

-Un immeuble sans balcon

C’est une femme sans soutien-gorge répond un facétieux

Car c’est au congrès des marchepieds qu’on rencontre l’esprit de l’escalier.

.

La bicyclette de tante U. n’a pas deux roues

ni quatorze.

Elle en est absolument dépourvue.

Aussi tante U. traverse-t-elle la Manche

à la nage.

Elle prendrait le train si elle craignait moins la promiscuité…

Le tunnel sous la Manche ?

Un ver géant le squatte

si bien qu’il faut faire le tour par Montluçon

quand on veut arriver à Londres avant l’ouverture des parapluies.

Ce poème a été écrit par tante U.

et non par Paul Valéry

comme l’affirment Eclaircie et ses amis (zephe).

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Ont œuvré :

Elisa R. ;

Héliomel

et moi-même.

 

Un poème de Pierre Emmanuel

 

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Extrait de « Le Poète Fou » de Pierre Emmanuel

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« Tant de jours dévoués à répéter ta mort

Tant d’immobilité sublime à ta fenêtre

Tant de siècles de souvenir entre ces murs

Tant de musique entre tes pas dans l’âme étroite

O voyageur de l’une à l’autre des cloisons !

Sept pas sont suffisants pour franchir la distance

Où du naître au mourir tout l’homme s’accomplit :

Tu meurs le front contre la vitre, un paysage

De tristesse éternelle en ton regard lavé

Les saisons à tes yeux sont opaques et passent

Loin, à travers tes doigts qui ne les sentent pas.

O crains de t’éveiller ! Parle bas dans tes larmes !

Car un autre univers, plein de futur et d’arbres

Lorsque tu seras mort s’écoute naître en toi. »

.

Pierre Emmanuel « Le Poète Fou : XIII» (1944).

.

 

 

 

 

 

Le chant du miroir

.

La vie suivait son cours.

Des sourires factices se rangeaient les uns derrière les autres sur la surface glaciale des prospectus, prêts à tout exagérer pour déjouer la constance de nos rêves.

La cuisine sommeillait, protégée des déboires du monde par l’acier blanc de ses paupières. Les gémissements de l’exilé, ami fraîchement orphelin, bien que lointains et discrets, flottaient dans la pièce plus réceptive que toutes les autres.

Je me levai soudain, décidée à céder à l’appel des sirènes, lorsque je fus saisie d’émerveillement  par l’éclat des étoiles, synthétiques mais parfaites, des villages de la plaine métamorphosés par la nuit en collines magiques.

.

Le soleil est entré sans crier gare

Et je suis tombée à genoux

Je me lavais les mains dans l’air

Je m’étonnais d’être encore jeune

Ayant vécu dans un grenier

Toute l’existence d’une autre

Je la cherchais dans les miroirs

Sous les toiles d’araignée

Parmi les mannequins

Oubliant que j’étais aveugle

Oubliant même que j’avais

Des enfants un mari de la fortune

Et une chevelure superbe

.

Une tête en équilibre sur un corps immobile

Les yeux fixes

Pas un frémissement des ailes du nez

Les cils étendent leur ombre sur les pupilles statiques

Le vent semble éviter cet écueil au bord de l’étang

On attend un signe

Un geste

Alors la silhouette s’accroupit

La chevelure vient troubler l’onde

La joue caresse les brisures des étoiles

La bouche s’entrouvre -pour chuchoter une prière ?

Et dans un baiser

Happe le reflet de la lune

.

Les jours défilent sans prévenir,

 

Pourquoi le feraient-ils d’ailleurs ?

Les longues avenues, les allées, les collines

Reines des défilés, n’ont rien à dire aux heures

Perchées sur la branche

Les unes embrassent les lentes marches des passants

Les autres les abrègent

Quand les Parques feuillètent le calendrier

Les passagers émiettent leur goûter

En secouant les plis du temps.

Non, décidément voilà bien deux mondes qui s’ignorent

Je dirais même plus, se méprisent.

Mais, la dernière qui sifflote le nez en l’air

Au-dessus de nos têtes baissées

Sait bien, elle, qu’elle aura le dernier mot

Quoi qu’on en dise…

.

La souris hésite

Se laisser pénétrer par un matou

On n’a jamais vu ça

Quoique, d’un autre côté…

.

On dit bien passer par un trou de souris

Et puis il a de si belles moustaches…

Le 47 novembre 3024 elle accoucha

Du premier animalcule qui n’ait jamais souri

.

Il a les yeux du père s’extasiaient les myopes

C’est sa queue crachée disaient les envieux

En regardant la mère blanche et flapie

Chat déclara qu’on l’appellerait Brésil

.

Cette petite musique  extraordinaire a été composée, dans la bonne humeur , par  ZEPHE* !

 

* 4z, Eclaircie, Phoenixs, Héliomel et moi-même.

Un poème de Paul Valéry.

 

Paul VALÉRY

« Le rameur.

A André Lebey.

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M’arrachent à regret aux riants environs;
Âme aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le cœur dur, l’œil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d’onde,
Je veux à larges coups rompre l’illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l’accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n’ont
Tant souffert d’un rebelle essayant sa défense:
Mais, comme les soleils m’ont tiré de l’enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain, toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d’argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie;
Rien plus aveuglément n’use l’antique joie
Qu’un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l’eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu’ils écrasent d’ennui,
Mais dont l’os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L’âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m’enfonce au mépris de tant d’azur oiseux. »

Paul Valéry – « Charmes ».