Monthly Archives: août 2013

Une harpe sur la rivière

 

Le cœur coupé en deux d’une petite valise

Flottait libre et tranquille

Sur l’eau claire d’une rivière

Un jeune vent joufflu le poussait doucement

Vers les flots agités de la mer

La petite fille du bord de l’eau ne pleurait pas

Elle jetait les pétales de ses fleurs

Dans le sillage du passé

Comme fêtant une mariée en un jeu enfantin

A peine se souvint-elle des cendres grises

Semées d’une barque un mercredi d’autrefois

 

Ne levez pas les yeux au ciel… Le ciel fermé

Refuse d’accueillir avec des bans nos âmes…

Quant aux pierres lancées par nos frondes voyez

Comme elles perdent peu à peu force et vitesse,

Enveloppées de mousse elles sont un rempart

Contre la foudre en chasse et sa meute acharnée

De chacals assoiffés jappant jusqu’à souffrir.

La chambre où rien de neuf ne se décide flotte

Bulle bleue emportée par le souffle elle nie

L’existence d’un autre univers – seul le sien

L’occupe comme au fond d’un miroir l’infini.

 

 

Le jour s’est levé avant la première ligne

Que la nuit sait révéler

Sous chaque feuille de lierre les pierres palpitent

Murmurent

Comme au ventre de la colline qui les a vues naître

Des ongles j’ai gratté le lacis de racines et de tiges

Cherchant la couleur à poser sur la page

La vibration à transcrire

Un peu de poussière s’est envolée du mur

Me laissant le seul silence matinal à confier au livre

 

Post-scriptum,

 

Tu mets l’arobase au bout du mot

Concentré sur tes messages

Ne bouge plus

Les lettres dociles s’enfilent

Ploc dans les conduits enroulés

Tu pointes tes petits doigts gras sur l’écran

Flac le gazouillis tombe dans la gueule du loup

Nous voilà bien dans le corset noir digital

Sans nota bene

Tu mets l’arobase au bout du mot

Et voilà que s’ouvre le ventre du vide affamé…

 

Le psaltérion à roulettes était peu rapide et avait une fâcheuse tendance à déraper dans les virages. Il ne dépassait pas dix décibels ce qui interdisait d’écouter Carla Bruni, même par beau temps. De plus Luis Mariano faisait casser les cordes bien avant Mexico.

C’est l’arrivée de la sambuque à objectif muni d’une focale variable et boussole intégrée qui changea la donne. On pouvait désormais se diriger vers l’endroit d’où venait le son, le photographier, écouter directement le résultat. L’adjonction de harpes à pédales permit de s’affranchir des plaines et de gravir des sommets sans difficulté, même par grand vent.

On aurait vu  dans le Caucase un qanun, qui n’est qu’une variante du harpu, remorquer un aérophon placé dans une autoharpe à roues jumelées. L’ensemble est lourd, mais les crochets puissants assurent une bonne tenue aux harmoniques. Il faut noter qu’on obtient à peu près le même résultat avec un bon harmonica à condition de disposer de soufflets de forge.

 

Août et sa musique s’envolent avec

Elisa, Héliomel, Phoenixs, 4Z et moi.

 

Les yeux grands ouverts

Préambule

Au mois d’août, par une nuit jaune de pleine lune et seulement si le cratère de Séleucus est visible au bord du Propontide, munissez-vous d’un mortier de marbre de Carrare, puis avec un pilon d’électrum, broyez quelques graines mures de cornouiller, incorporez  cinq feuilles  de mélisse fraichement coupées. Quand la senteur de citron est nettement perceptible, filtrez plusieurs fois, laissez reposer une heure, Vous obtenez un Zephe qui fleurira tous les vendredis de chaque saison.

ʚʚʚʚʚʚ

 

On ramasse ses chaussures laissées sous le tilleul

Quelque part entre deux ports d’attache

Les voiles levaient au parfum des feuilles

Tout début de quelque chose

Nous, après ce  » on  » indéterminé, prend soudain

La pause des restes vivants

L’ombre bienvenue de l’arbre le frisson des fruits

Tisane lointaine

La silhouette d’un Proust devenu Woolf

Toujours et encore leur encre dans le sillon

Asséché

Et l’on retourne clopinant sur les mêmes routes

A mémoire écorchée…

.

Le voyage un peu long se poursuit immobile.

Des montagnes rongées gémissent en silence, les entrailles offertes au regard de l’été.

De hautes silhouettes semblent lever les bras pour recoiffer les cimes qui leur servent de têtes, le long de routes droites qui toutes se ressemblent

La mer, bien qu’éloignée, se joint à sa famille, vêtue d’une robe bleue, légère et transparente.

Le lac nous sourit, une dernière fois, tandis que nous partons rejoindre ce bout de terre odorant et fier qui garde nos racines.

Le petit carnet de route, tantôt rouge, tantôt noir, se referme et se range dans le tiroir du rêve.

 

Les mains effleurent le vent

En souvenir des ailes

Que nous n’aurons jamais

Le corps parfois frissonne

Des écailles oubliées

Au fond d’un trop vieux rêve

Les lèvres alors dessinent

Des sons offerts au vide

Que d’autres happeront

Dans leur désert stérile

On attend de franchir

L’étoile la plus belle

Ou de dormir soudain

Les yeux enfin ouverts

.

Et ce bruit de casserole

Qui fume du papier peint

C’est la grille qui se ferme

Quand le métro s’éteint

 

Ne plus entendre

La lancinante relance

L’exigence quotidienne

D’une lassante existence

 

Les quémandeurs d’herbe fraiche

Se heurtent aux barrières

Fixent les sommets

Mais descendent aux enfers

.

Le mur renvoie le cœur

Comme il renvoie la balle

Au joueur maladroit

Qui s’éloigne trop tôt

Pour ne pas ressembler dans l’ombre à son manteau

Le corps change de pièce

L’appartement se vide

Dieu passe incognito

On Le reconnaîtrait s’Il durait à Ses rides

L’escalier n’est pas sûr

Il y manque une marche

Le pied s’enfonce dans le vide

On se retrouve avec les bons vins à la cave

Mais à leur tour disparaissent cave et tonneaux

De tout ne reste qu’un zéro

Suivi d’autres zéros jusqu’au bout du tunnel.

ʚʚʚʚʚʚ

Avec:

4Zeste Ailisa, Eclair Si, Fait d’hiver, Aile au miel

Tous prêts pour les sorties de la rentrée.

(mais qu’est-ce que j’ai bu?)

Ecrire, inventer…

 

.

ECRIRE, INVENTER.

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Bain de mer,

 

Ils vont, hippocampes sous les nuées,

Suspendus au temps dont ils se moquent

Rires de falaises.

Il n’est rien à revenir de cet instant joué

Depuis toujours

Et pour longtemps encore sur le sable.

Nous demeurons assis, nous, les témoins de la scène

Les pieds au ciel qui nous emporte de les ramener sur terre

A regarder la vie mordre le vent….

.

L’arbre qui meurt de soif abrite une fontaine

Qu’il destine à sauver le monde du chaos

Car l’eau apaisera les consciences troublées

Par des larmes tombées des cieux en plein été

Quand les soleils fruités sont au mieux de leur forme.

Le lierre étreint le vide et grimpe vers l’azur

Contre lequel nos fronts ou nos casques se heurtent.

La plage se résume en un château de sable

On y vient à cheval franchir le pont-levis

Pénétrer dans la cour et de là obtenir

Des dames du donjon les clefs de nos délires.

.

Les chouettes en grande conversation

Evoquent le passé et la mer

Qui leur caressait les pattes avant qu’un pont de nuages

N’invite les arbres à franchir cet espace

Uniformément bleu et dont les vaguelettes

Renforçaient l’orgueil du soleil lui renvoyant un infini de reflets

Les yeux des volatiles aveuglés par tant d’effronterie

Depuis se referment le jour et seule la clarté de la lune

Sait jouer de l’éclat de leurs pupilles à travers les feuilles et les ramures

Dans ces forêts dont elle seule connaît l’âme et le chant.

.

 

Les plumes à tête de pie volent autour de moi sans déroger à la règle.
Vous les croyez ennemies mais elles sont justes de poids.
La mécanique hydrocéphale me noie de remarques absurdes
Et ma voix se perd dans le labyrinthe acoustique des machines.
Pas de son, pas de sens, pour vous du moins.
Les références sont parfois plus souples à autrui qu’à soi.
Mais je ne vous en veux pas. C’est un jour à dire « j’aime ».
A tout à toi, à n’importe quoi.
Je vous entends déjà souffler et mugir dans vos précis de politesse
Et de poésies grammaticales.
Je vous murmure alors les mots qu’il faut pour vous défendre :
ce n’est pas vous, c’est moi.

.

Michel

.

J’aime   l’ombre

Dit le   camembert

J’ai   besoin d’air

Répondit    le concombre

.

J’apprécie   la fraicheur

Du lait   versé des seaux

Moi, je   prise la chaleur

Et le   chant des oiseaux

.

Sur un   plateau, on me sert

Précieux   comme un diamant

Moi je   suis nécessaire

On   glousse en m’entamant

.

Cet   opulent légume

Dit le   fromage  déconfit

A   certes du volume

Mais   bien peu d’esprit

 

Par un   soir de disette

Se   sont  retrouvés

Dans   une belle assiette

Ceux   qui se croyaient couvés

.

Moralité :

.

Quand   on monte à l’échafaud

Crémeux   ou indolent

On y   laisse  sa  peau

Que   l’on soit vert ou blanc

.

 

PPV du 16 août 2013.

Interprètes :

Eclaircie ;

Elisa R. ;

Héliomel ;

Phoénixs Béa ;

4Z2A84.

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Sur son nez la lune gourmande,

 

 

 

 

Sur son nez tante Ursule a posé ses lunettes…

Mais qui frappe à la porte à grands coups d’aubergine ?

Non ce n’est pas Bébert le fils du charcutier,

Ce bellâtre privé de tout sauf de sonnettes.

Sous la peau d’un serpent le conteur l’imagine

Et de sucre en morceaux le poursuit sans pitié.

Pendues au clou ses clés tournent toutes les têtes,

Mais Ursule, échappant par miracle à l’angine

Blanche, se réfugie sous un abricotier

Qui donne des barbues au parfum entêtant…

Ah mourir de bonheur au bord d’un morne étang !

 

**

La lune gourmande termine sa barbe à papa

Quelques filaments sucrés lui collent encore

Au nez aux contours de la bouche et sur les joues

Le tilleul l’attire à lui protecteur et paternel

De ses branches feuillues il caresse la peau laiteuse

Lui rendant tout son éclat enfantin

Les rires pourront fuser au bord de la nuit

Même au bord du toit dont elle n’est pas tombée

Posée délicatement dans la dernière flaque d’eau

Du petit matin frissonnant elle se repose un instant

Avant de reprendre sa course avec les enfants

**

Nous entendrons souvent les ombres sous les saules

Raconter au silence les moments retenus

Dans le filet de ce que nous fûmes

Mais nous n’avons ni le temps,

Ni la grâce de nous en faire l’écho

Tout juste bons à rester bouche bée

Un sanglot dans le mouchoir

Qui ne retient plus personne…

 

 

Trois échappés de l’été lointain se retrouvent cette semaine, une pensée pour les vacanciers qui se reconnaîtront 😉

Merci à 4Z et Eclaircie pour le titre

Un poème de Charles Dobzynski.

Un poème de Charles Dobzynski

.

Extrait de « L’opéra de l’espace  » (Editions Gallimard 1963).

 

« Journal de bord de l’équipage II.

Je t’adorais, Terre, comme une femme
à peau d’herbe mouillée, au ventre lourd
des premiers fruits, de la fraîcheur des sources.
Avec toi j’épousais la pierre forte
comme un muscle du temps. Et je vivais
tout entier ton éblouissement
d’arborescence, en ta nuit piétinée
au choc des vents bovins. Je m’imprégnais
de tes senteurs capillaires : résines
illuminant le narthex des pinèdes,
fermentations des graines, des phosphates
nourrissant le tuf, songes alcalins
des profondeurs où les racines fondent
une cité baroque, mandibules
plongeant jusqu’à la pulpe des ténèbres.
Je t’adorais, Terre, comme la forme
d’un visage humain endormi sous l’eau
et la changeant par sa fuite lunaire
en autre architecture de la vie.
Aubes de cuivre et de jasmin. Blutage
des rêves du blé noir. Fêtes marines
des astres mareyeurs. Joailleries
de poissons tirés tentants de l’écrin
de l’ombre et du sel. Parmi les vendanges
je découvrais tes constellations
d’un zodiaque terrestre, et dans les cuves
des sucs et des vins, vitreux dans les fûts.
J’aimais, giflé de vent, sur les étangs
chasser l’outarde grise et sentir l’ombre
s’étendre aux branches grasses de l’été.
Terre, tu es le nom de ce que j’aime. »

.

Charles Dobzynski (né en 1929).

.

 

 

 

Sous le soleil des heures

 

 

Tu aurais mieux fait de jeter le sablier comme on rend son tablier,

Vite les mains devant les yeux

Courir sans but vers la jetée

Se jeter à l’eau

Droit devant nager sans se retourner

Vers l’éventail au large qui replie le temps

A chaque brasse coulée

Brasser l’air restant

Une dernière goulée

Sans étouffer

Tu aurais mieux fait d’apprendre à casser les pendules

Au lieu de les remonter en aveugle

En égarant tes regards vaguement éperdus…

.

On plonge dans l’à-pic comme dans le regard

D’une femme oubliée pour laquelle une ville

Souffrit un siège et les assauts de maints béliers

Nous n’y mourûmes pas de faim ni vous ni moi ;

Pour cette même femme on lança sur les plaines

Liquides des bateaux de guerre. Si le sang

Rougit ou non les flots quel marin s’en souvient ?

Le récit achevé les paroles voltigent

Comme les mots du livre étourdiment relu.

Je connais ce visage il sourit dans mes songes

Mais ton nom seul le marbre en garde l’estampille…

L’entendre de ta bouche et te voir t’effacer !

.

Sur un fil ténu

Se tiennent trois silhouettes

Elles se dessinent sur fond de ciel

Tous les jours de marché

Et les autres aussi

La première jongle avec des sardines

Elles sont vertes et vivantes

Elle joue de la musique pour enfant

La deuxième les mains dans le dos parfois

Arpente le cocon dont il sort de la soie

L’aube l’amène à rire alors les nuages tremblent

La troisième souvent immobile parle parle parle

.

Elle se promène au gré du temps, prend le temps de s’asseoir à la terrasse d’un café, ou pose son front contre la vitre d’un train .Elle choisit parfois ce moment entre chien et loup où l’œil se ferme et apparaît en robe de bal, dit bonjour à l’insomnie

Elle est parfois pressée, les mots se bousculent, ou indolente, avare comme un ru de juillet

Elle aime les concerts, les paysages colorés, mon imagination se repaît de tout ce qui l’entoure, mais désolé, aujourd’hui, elle n’est pas au rendez-vous !

.

Une longue silhouette demeurait immobile

Derrière les vitres sales d’une demeure à l’abandon

Le soleil était chaud et l’ombre des arbres

Offrait un refuge agréable et frais

Caché derrière le tronc épais d’un hêtre

Quelqu’un attendait

Au rez-de-chaussée un rideau gris

Cherchait à s’évader par la fenêtre cassée

Le vent poussait les feuilles à murmurer d’inaudibles paroles

L’étranger disparut au moment où la silhouette s’effaçait

.

 

Cinq aiguilles à la pendule : Phoenixs, Eclaircie, 4Z, Héliomel et moi-même.

Merci à Phoenixs pour le titre.