Monthly Archives: juillet 2013

Les éventails de sable

 

Perdus dans nos pensées nous cherchions les mots

Dans la gorge des fruits mûris par le blond de l’été

Un oiseau à notre image volait dans le sable

Nous avons levé la tête

La mer flottait au zénith

Assise sur un nuage comme une enfant trop sage

Les pieds nus dans le ciel

Quelques siècles après quand la nuit est venue

Nourrice des petits bruits sauvages

Elle tenait tout contre elle

Un poème de juillet

 

Avoir de si fines pattes

Pouvoir presque marcher sur l’eau

Emmerder l’humanité

Du pôle nord au pôle sud

 

Dans son terrier sous-marino-terrestre

L’ornithorynque  aux  semelles compensées

Mange sa soupe en silence

Et regarde avec envie le moustique à poil dur

 

Parfois leurs regards se croisent

Ils font semblant de rien

Lèvent les yeux vers les nuages

Qui bordent le sommeil de la nuit qui s’annonce

 

Doigts de pieds en éventail

La chauve-souris pornographe

Vol au vent toutes voiles dehors

Dessine des arcs-en septième ciel

 

Profite. Sors de ta tête

Vole à cette épaule nue

Comme un papillon sois bête

Butine sans retenue.

En été c’est l’arroseuse

Qui rafraîchit la chaussée

Par les jets d’une eau joyeuse.

Gare à vous piétons pressés !

Dans les rues on se bouscule

Quoiqu’il fasse chaud vraiment

Un soleil de canicule

Ecume le firmament.

Quel déploiement d’éventails !

Grâce à de douces secousses

Sous leurs grands chapeaux de paille

Belles et beaux gosses gloussent.

 

Instantané,

 

Tu ranges sagement le sable de tes sandales

Cuir humide marée lasse

Les genoux brillants retiennent encore

Un peu de couchant dilué

Alangui tu rêvais d’amour là-bas

En la vacance des sabliers

 

Tu époussètes le sac boudeur qui enveloppait tes songes

Espoir nœud papillon des obscurs

La solitude houppelande te va bien

Qui t’enveloppe d’aveux inventés par des sirènes

Aphones…

 

Les pas se perdent loin des halls de gare

Les routes en vacance plongent

Depuis les ponts ou les falaises

Elles croisent des poissons

Partant à la conquête de l’espace

Quand celui-ci se faufile dans la plus petite souricière

Pour éprouver ses limites

Ou enfouir sa timidité face à la lune

Le soleil a trop chaud

Et rêve de citrons pressés

De bains de minuit entouré d’iceberg

J’envoie des signaux de fumée

Depuis mon âtre éteint

Et m’étonne de n’avoir que le silence pour écho

 

Je crois reconnaître les orteils de :

Elisa, Héliomel, Phoenixs, 4Z et sans doute les miens….

 

alzeimer

ALZHEIMER

 

Le démon Alzheimer s’installe doucement

S’amusant comme un fou de mon cerveau malade.

Il efface le temps et raye dans parade

Les joyeux souvenirs d’un vieux monde, d’antan.

 

Il a mis au rancard tous mes bonheurs d’enfant

En tendant sous mes pas une triste embuscade.

Il a fait du passé dans sa folle croisade

Un désert asséché de mes rêves d’avant.

 

Il estompe d’un coup des pans de mon histoire

Réduisant au silence un peu de mon parcours.

Il cache sous un trait la course de mes jours

En gommant doucement mon reste de mémoire.

 

Dans ce combat, mon corps commence à fatiguer

Et vieillir aujourd’hui n’a plus rien de facile.

J’avance pas à pas, penser est difficile

Quand je sais que demain sera vite oublié.

 

Je traîne ce fardeau, je vis dans un enfer

Le soleil a perdu beaucoup de sa brillance,

L’avenir est noirci par cette indifférence.

Je n’ai plus qu’un copain qui m’isole, Alzheimer.

 

jc blondel

ses toiles ses ecrits

SES TOILES, SES ECRITS

 

D’un verbe détourné dans un vers éphémère

Le poète a repeint d’un coup son univers

En faussant les reflets d’une couleur primaire

Il se colore un ciel de nuages amers.

 

Il étale ses gris sur un fond de peinture

En bousculant parfois des mondes interdits,

Sa plume décrivant une soif d’aventure

Osera chahuter le pire des non-dits.

 

Son chant de troubadour raconte son histoire

En usant d’un rondeau sur l’air d’une chanson

Qui reste là, blottie au fond de la mémoire

Pour éclairer un peu le noir de l’horizon.

 

Ses toiles, ses écrits, merveilleuses images

Seront les souvenirs de fabuleux voyages.

 

jc blondel

Quand la lune…

Quand la lune glisse derrière les nuages comme la lame du couteau entre les pages d’un livre

Quand elle ne nous montre ni son sourire ni sur ses traits tirés la tristesse

On croit voir une taie sous laquelle mûrirait comme un fœtus l’œil énorme de la nuit

Mais que sait-on de ce regard voilé ? Un pressentiment nous avertit de sa présence au fond du ciel

Car le firmament n’est pas tout rose et les peintres l’étouffent sous le bleu par crainte,

S’ils laissaient aux ténèbres le champ libre, de leur permettre d’y construire des pièges

Tellement sophistiqués et tellement à l’abri des démineurs que le plus prudent parmi les anges

Et parmi ces créatures ailées dont le vol sous des voûtes musicales obéit à la mesure

Des poèmes dictés par les muses exigeantes aux bardes dont l’oreille ne faiblit pas avec l’âge,

Le plus prudent se laisserait prendre comme dans la toile ingénieuse de l’araignée le moucheron ;

Ainsi les ténèbres s’enrichissent et lutter contre elles nul ne l’ose

Excepté la lune quand le gardien de ce phare céleste ne s’endort pas sur le livre de bord

Dans lequel il consigne tout même ce qui à nos yeux paraît insignifiant ;

Avec nous apprendrons comment l’infini peut s’appréhender sans sextant ni boussole

Et pourquoi les étoiles usent entre elles d’un code où les lueurs jouent un rôle primordial

Afin de se transmettre des messages dont dépendent leur humeur et leur appétit.

.

 

 

Un poème de Saint-John Perse.

Nocturne – Saint-John Perse

« Nocturne.

Les voici mûrs, ces fruits d’un ombrageux destin. De notre songe issus, de notre sang nourris, et qui hantaient la pourpre de nos nuits, ils sont les fruits du long souci, ils sont les fruits du long désir, ils furent nos plus secrets complices et, souvent proches de l’aveu, nous tiraient à leurs fins hors de l’abîme de nos nuits … Au feu du jour toute faveur ! Les voici mûrs et sous la pourpre, ces fruits d’un impérieux destin. Nous n’y trouvons point notre gré.

Soleil de l’être, trahison ! Où fut la fraude, où fut l’offense ? où fut la faute et fut la tare, et l’erreur quelle est-elle ? Reprendrons-nous le thème à sa naissance ? Revivrons-nous la fièvre et le tourment ?… Majesté de la rose, nous ne sommes point de tes fervents : à plus amer va notre sang, à plus sévère vont nos soins, nos routes sont peu sûres, et la nuit est profonde où s’arrachent nos dieux. Roses canines et ronces noires peuplent pour nous les rives du naufrage.

Les voici mûrissant, ces fruits d’une autre rive. « Soleil de l’être, couvre-moi ! » —parole du transfuge. Et ceux qui l’auront vu passer diront : qui fut cet homme, et quelle, sa demeure ? Allait-il seul au feu du jour montrer la pourpre de ses nuits ?… Soleil de l’être, Prince et Maître ! Nos oeuvres sont éparses, nos tâches sans honneur et nos blés sans moisson : la lieuse de gerbes attend au bas du soir. —Les voici teints de notre sang, ces fruits d’un orageux destin.

À son pas de lieuse de gerbes s’en va la vie sans haine ni rançon. »

SAINT-JOHN PERSE (1887-1975).

 

 

Les semelles ne craignent pas le vertige

Les gouttes d’eau auraient voulu

Rester dans leur nid douillet

Pelotonnées les unes contre les autres

Même souffrant le chaud le froid

Elles ne craignent jamais le vertige

Se parent de toute la palette des gris

Parfois osent le doré les roses et les violines

Mais le vent est venu les chahuter les bousculer

C’est avec grand bruit et force lumière

Qu’elles ont fait le grand saut

Lorsqu’elles ont atteint les pierres chaudes

Le soleil leur a offert le plus bel arc-en-ciel

Et la terre a creusé le sillon leur ouvrant le chemin

Qui conduit à leur premier berceau : l’océan

.

 

La dinde multipliée par l’accordéon

Serait égale au lampadaire

Si on ne divisait pas leur adéquation

Par le pot de moutarde

Duquel on soustraira les molaires

Sans oublier l’impôt sur le revenu

Au total ajoutez le regard

Fixe du hibou sur la laitue

Dont on compte de gauche à droite les pages

Comme on calcule le poids du vent

En se fiant à la parole des plateaux

Des menteurs de fils en paire.

 

.

 

Il est temps de revenir voyageur

Tes valises t’attendent sur le quai des hirondelles

Nous ignorons ce qu’elles contiennent de ciel

Mais nous te rappelons qu’elles doivent être surveillées

Un nom à poser sur le flanc usé

Une adresse sur leurs souliers crottés

Et te voilà en règle malgré tous les désordres qu’occasionnent

Les départs

Lorsque tu reviendras poser tes semelles par ici

Tes connaissances attendront près du bar

A mots couverts comme si le retour risquait de les enrhumer

Mais sache qu’un mouchoir de voyelles leur permettra d’y déposer

Tous nos bonjours…

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Bien sûr que la lune est une étoile, c’est même ma bonne étoile, au fil du temps  elle a perdu ses branches comme on perd ses crocs, c’est tout. Désormais ma chauve  désappointée voit passer les comètes au clair des cressonnières, lisse ses plumes  et s’endort sur du miel.

Pendant ce temps-là,  les montagnes, sans doute pour la consoler, surgissent de la mer, avec un peu d’écume aux lèvres, juste pour être présentables.
J’aime  particulièrement  la rousse à la fraise de schiste et aussi celle qui a une dent de travers sur un tablier vert à pois blancs.
Certaines sucent leurs glaces pour en faire des torrents. Il y a aussi celles qui installent  leurs rochers sur l’horizon, histoire de les voir bleuir. Joyeux, les bois giboyeux courent sur le dos des mémés rondes, les clairières rieuses jouent à arbre perché ou grimpent sur les genoux des  filles.
La reine à la tête blanche s’habille chez  les nuages, elle abandonne parfois des écharpes trop roses ou des mousselines trouées à ses sujettes envieuses.
C’est l’été, la saison des vacances, des fleurs falaises embarquent sur des dolmens, et les lichens rament en grinçant des dents car ils sont à la plaine.

Et toujours ce vent qui joue de la musique de chambre à air.

 

Ont participé, si je ne me trompe, car des rouleaux de Pacifique me font croire qu’il est 22 heures…

Eclaircie

Phoenixs

4Z2A84

et votre serviteur

j’espère que je n’ai pas perdu le texte d’Elisa, si c’est le cas, qu’elle veuille bien me pardonner!

Amitiés à tous

 

 

 

Le bal et ses échos.

LE BAL ET SES ECHOS.

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Au bal des limaçons les salades sont invitées

Mais aussi les framboises pourvu qu’elles soient mûres

Et sans d’autre artifice que la magie du soir

Les corps s’attirent s’épousent pour ne devenir qu’un

Les escargots jaloux s’entremêlent les pieds

Et se heurtent aux murs de leur propre logis

Le parquet brille alors de tous les feux ardents

La rosée bienveillante rafraîchira l’espace

Puis quelque hérisson effacera les traces

Laissant croire au départ des laitues en vacances

Accompagnées des fruits pour leur servir d’escorte

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Sortie de bal,

 

Sur la piste poudrée d’espoir

Ils envolent leurs pas légers

Le rire aux yeux bleuis

L’attente dans un bouquet de roses

Pétale sa nuit sans épines

Apparentes

Sous les lunes impassibles

Se dévoile l’espérance

De ces couples attiédis

Dont l’étreinte ensablée

Eloigne un peu la fin du bal…

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Il pleut et l’on dirait que les hommes ont peur

Mais rien n’est arrivé

On trouve le bonheur

Sans le chercher

Chacun à soi-même enchaîné

Reste sur place

Nul ne se cache

Sous les parapluies les visages

Fument à peine

Le soleil entre en gare

Et le long du rivage

Mille et mille chapeaux

Sur autant de crânes posés

Retiennent les pensées

.

 

Trois   collines en écho délimitent l’horizon

Dans la   brume matinale la campagne se fait douce

Quelques   vagues lointaines lèchent les clochers

Des   églises bien sages qui indiquent le chemin

L’été   engourdi par la fraîcheur du vent

Tente de   rester fidèle à nos souvenirs

Quelques   baigneurs égarés nagent jusqu’ aux arbres

Le jardin   s’éveille fatigué par ses rêves

Les villes   en vacances écrivent sur des cartes postales

Décorées   de sable fin et de fleurs d’hortensia

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Les   poètes  (« Ils étaient   quatre / Quatre à qui l’on avait coupé le cou / On les appelait les   quatre cents coups. » Desnos…de mémoire.) :

Eclaircie

Elisa   R

Phoenixs

et bibi.

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Ecrire son nom sur le sable

 

 

Derrière le blanc des fenêtres des paysages s’allument

Chaque soir la pensée s’éveille ébahie de lumière

Peu importe les paroles déplacées, les glissements vers le néant.

L’imaginaire se loge dans ces intervalles

Voyageur invisible sur les ailes bleues des papillons éphémères.

Infatigable rêveur, inlassable faiseur de sourires.

Des chevaux colorés gambadent sur le souffle

Rieur du vent froid de saison

Des rubans de souhaits s’envolent vers l’oubli

Comme des feuilles brûlées

Jouant à s’élever au plus haut vers le ciel

Ce ciel bleu délavé et livide

Assoupi paisible sur l’épaule du printemps.

***

Tu prends ton baluchon, garnement des étoiles

Un pied au ciel, une main dans les nuages

A narguer les vents contraires

Tu finiras pas rire des orages inutiles

Qui n’en finissent jamais de noircir les trop sages

Sous le préau des lunes, le salopiot sourit

Et l’éclair de la vie tranche les armes de la nuit…

***

Ecrire son nom sur le sable

Pour que le vent se lève et l’efface

Comme sur le tableau noir

Le nom de l’instituteur : Dupont,

Ducon dans la langue des écoliers…

Les livres s’ouvrent et s’envolent

Avec leurs auteurs anonymes.

On ne se souvient plus de rien.

Mettre un pied devant l’autre

Nul aujourd’hui ne l’ose

Sans prier des dieux absents :

Que le poids de mon cartable

Ne m’entraîne pas hors du film !

***

La lune est cet accent grave

Dans le ciel léger du matin

Les forêts dodues

Gorgées d’eau

Tendent leurs feuilles

Comme autant de mains

Saisissant l’instant pour l’offrir

A l’ombrage depuis toujours aveugle

Le soleil hésite à percer le mystère des sous-bois

Et reste campé sur un arc qu’il escalade

Tandis que le ruisseau retient l’empreinte de la nuit

Et grave sur ses galets le silence de l’aurore

 

Elisa, Phoenixs, 4Z, Eclaircie

 

DEUX POEMES DE PHILIPPE SOUPAULT

DEUX POEMES DE PHILIPPE SOUPAULT

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«  Médaille de sauvetage

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Mon nez est long comme un couteau
et mes yeux sont rouges de rire
La nuit je recueille le lait et la lune
et je cours sans me retourner
Si les arbres ont peur derrière moi
Je m’en moque
Comme l’indifférence est belle à minuit

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Où vont ces gens
orgueil des cités
musiciens de village
la foule danse à toute vitesse
et je ne suis que ce passant anonyme
ou quelqu’un d’autre dont j’ai oublié le nom »

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 «  Articles de sport

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Courageux comme un timbre-poste
il allait son chemin
en tapant doucement dans ses mains
pour compter ses pas
son cœur rouge comme un sanglier
frappait frappait
comme un papillon rosé et vert
De temps en temps
il plantait un petit drapeau de satin
Quand il eut beaucoup marché
il s’assit pour se reposer
et s’endormit
Mais depuis ce jour il y a beaucoup de nuages dans le ciel
beaucoup d’oiseaux dans les arbres
et beaucoup de sel dans la mer
Il y a encore beaucoup d’autres choses. »

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PHILIPPE SOUPAULT

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