Monthly Archives: juin 2013

L’été en devenir

C’est à la mer que se marie le romantique.

Le couple ainsi formé par le vent contrarie

La raison, or il dure et fracasse les vitres

Pour voir dans des maisons les poissons s’agiter

Comme les papillons de nuit près d’une ampoule

Au risque d’y laisser leurs écailles d’argent,

Car le regard au lieu de corriger le monde

Le distrait de son vœu le plus cher : perdurer.

Les coqs ne chantent plus et leurs cris à la ronde

Laissent indifférent ou sourd un empyrée

Où les dieux d’aujourd’hui concoctent des recettes

De cuisine connues quoique tenues secrètes.

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La lune naît orange

Dans un angle du ciel

Puis surprise des yeux qui la regardent

Elle se farde pour se faire encore plus belle

Poudrée de blanc ressemblant à un Pierrot

Qui ne serait pas triste

Elle ombre un peu son visage

Juste pour reconnaître ceux

Qui savent la voir au-delà de son apparence

Sans apparat

Beauté nue

Surprise du reflet que lui renvoie le ruisseau

Elle glougloute avec l’eau

Frissonne avec le vent

Sa courbe est immuable cependant différente

Son indifférence n’est notable

Qu’au regard des mécréants

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De belles nuits carnivores  trompent la vigilance d’un zoo terne de banlieue.

 

La lune, ce soir là,   décide d’être rousse et peut-être de filer à l’anglaise.

Certains clochers désertent les capitales,  les toitures des maisons blanchissent à vue d’œil .

 

Il ne reste des temps passés que quelques poignées de sable dans les mains des enfants.

 

La lueur des étoiles déguise le ciel en visage monstrueux paré d’une multitude d’ yeux fiévreux.

Jamais auparavant la voûte céleste n’a revêtu une couleur aussi belle.

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Le monsieur transpire sous les lourdes fleurs à demi fanées

Est-ce vraiment le moment de jeter une rose dans la terre ouverte ?

Tu souris en haussant le silence

Passent les nuages muets dans tes yeux sans regard

Tes enfants, petit troupeau noir, se serrent devant toi

En rang bien sage

Quelques voix partagent le pain sec de l’instant

Sous l’herbe sauvage un filet d’eau bruisse

Comme pour rappeler que les quais de gare emportent et rapportent aussi

Leur lot de passagers clandestins

Pauvres voyageurs chargés du soucis d’être à l’heure

En ratant la dernière…

Le monsieur transpire sous les lourdes gerbes épaisses

Un vent léger porte le chant des oiseaux occupés

Dans le parfum des étés fidèles et sans mémoire

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Un été dessiné, colorié et animé par Eclaircie, Phoenixs, 4Z et moi-même.

Merci à Phoenixs pour le titre.

 

 

 

L’ombre de l’escargot

 

 

L’escargot attend le retour du printemps

Il est sorti de sa coquille – on voit croître ses ailes

Le vol des oiseaux est si beau qu’il fait pleurer les arbres

Là-haut un nuage réfléchit à propos du sens de la vie – tous ses enfants se taisent

Il y a des averses en perspective

Le vent sur une chaise à bascule hésite entre deux itinéraires

Et les volcans mûrissent – le vin remonte vers sa source

Les châteaux charment le paysage en battant des paupières

La présure caille le lait dans le flanc des montagnes

On tourne à l’angle des aurores dont se replient les éventails

Au moindre bruit la treille des étoiles visibles tremble et la nuit se fend comme un livre

Alors les navires commencent à bondir sur la plaine

Et de toutes les rives accourent des animaux autrefois cachés certains en robe de chambre

Tandis qu’au pied des falaises les grottes sont réquisitionnées par les maîtres-queux

Déjà l’odeur de friture attire les météores

Le train passe en sifflant – aux portières de ses wagons fleuris

Se penchent des filles dont la chevelure rousse crache des étincelles

 

Je reconnais dans chaque rue l’ancienne derrière les nouvelles façades

La boucherie devenue, par la grâce des époques, un restaurant « brunch, after, new » quelque chose entre quatre tables modernes

Les hommes et les femmes façon Marais exporté, coupes froides et grises, attablés sans appétit devant une carte amaigrissante

Comment pourrais-je aimer ce nouveau sexe si distant et polycopié ?

Je reconnais dans chaque espèce l’ancienne qui se ravine

Les ombres debout

Les ombres couchées

Le si peu d’amour entre nous qui chaussons du temps qui passe de la parole au vaniteux

Je m’affuble d’une jeunesse dépouillée

Groggy

Chaque devanture me renvoie le sourire tendre d’un passé moléculaire

Seule une sérénade lancinante me tient sur le fil du vivant

Dont il n’est pas certain qu’il soit bien tendu…

 

La lune avait écrit au repli d’un nuage

La partition ambrée qu’elle voulait offrir

Aux fenêtres ouvertes quand le sommeil s’enfuit

Aux yeux cherchant de l’ombre pour effacer l’éclair

Brûlant tous les reflets et ne laissant que cendre

Au miroir oublié dans la main déjà froide

Avant que le soleil

Ne fasse étinceler les notes les plus noires

Gronder quelques soupirs

La musique s’est noyée dans un regard livide

 

Tous les trains sont partis

Mais on peut voir encore leurs couleurs

Surtout si l’on a chaussé ces belles bottes en caoutchouc

Qui sautent en chœur dans les flaques

Les gros nuages blancs que l’on regarde du bon œil

Le vert

Montrent d’un sourire qu’ils aiment les rires

Alors on laisse les portes ouvertes

Pour que le vent bien installé se repose

Et on achète un billet en gare

Destination demain

 

Dans les wagons ou sur le quai :

Élisa-R, 4Z2A84, Phoenixs et Eclaircie.

Un autre poème d’Yvan Goll

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Un autre poème d’Yvan Goll.

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« Jean Sans Terre est cet homme qui enleva ses chaussures

En descendant à terre pour mieux la sentir

Son sable féminin et son roc coléreux

Et l’essence des différentes argiles

Jean Sans Terre est cet homme que tu as rencontré

Au marché aux poissons

Marchandant deux sous sur un kilo d’aurore

Portant la truite comme un bouquet de rose

Tâtant le bœuf ou la poire près de la queue.

La carpe à son silence

Palpant la matière des choses terrestres

Et  jaugeant la matière des nuages

L’homme archi-vieux : tous les jeux de mots

Toutes les mains qu’il a serrées sont des feuilles mortes

Toutes les filles ont gardé sa caresse dans le cou

Comme un coup de vent parfumé aux amandes

Sa tête a porté le matin le panier d’osier avec l’oseille

Et le soir la tiare des sept sagesses

Ses boucles furent plus fauves que celles de David

Et pourtant son crâne poli roulera à l’ossuaire »

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Yvan Goll – «  Jean sans Terre »

 

 

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UN POEME D’YVAN GOLL

« Gare de banlieue

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Les trains de banlieue charrient la nuit

Comme une cargaison d’anthracite.

Ils pleurent sur leurs boggies

Mais cela ne leur sert à rien.

La pluie aussi pleure sur les hangars d’ennui.

Dans les champs désolés plus un corbeau.

Pourtant dans les salles d’attente

Les yeux brûlés par les phares d’espoir,

Aussi dociles que leurs choses

Que leur valise aux hardes de bonheur

Les naufragés du jour attendent.

Qu’attendent-ils ?

De fréter un nuage ?

De grimper dans un cerisier en fleurs ?

Où simplement d’enterrer un cousin ? »

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Yvan Goll – 1930.

 

DE FIL EN AIGUILLE…UN POEME

 

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De fil en aiguille un superbe poème à plusieurs voix.

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Je l’ai croisé dans une errance
Sous un lampadaire lueur blafarde
Il attendait son arbre
J’avais la forêt dans ma main
Son chat n’a su choisir
La branche où se poser
Mon bois dans un murmure
Lui a dit : allez !
Le réverbère sait son retour
Les feuilles grandissent pour l’accueillir.

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Les barques donnent enfin leur accord

Incitées par la houle de fin de nuit

Du haut des dunes on distingue le petit visage blanc

Des enfances tranquilles et des soleils d’été

La plage longe ces mains caressantes

Ondulant à l’infini

Le long du bleu de l’eau

La ville dort encore d’un sommeil noyé de rêves

Les lumières emprisonnées dans des cages de verre

Feront s’ouvrir les yeux et les merveilles

Quand le jour fermera leurs paupières

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La mer a les mains libres

Litre après litre

Le soleil vide son chargeur

Sur les pelouses

Les fenêtres forment un collier de trous

Les yeux courent portés par des virgules

Légères les heures marquent les secondes

Et les cadrans s’effacent

Au profit des arondes

On voit le ciel de face

Sourire à quelqu’un d’autre

Personne ne se retourne

Et la nuit tombe comme un marbre

Tandis que les arbres complotent au fond du parc

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Dans le sens des aiguilles,

 

Je suis en retard sur les mots

Quelques lignes

Des points en suspension pour dire

Taire et sous-entendre…

Voilà, tout frémit sous le silence

Vague

Je suis en retard sur les instants

A peine déposés

Qui livreront bien plus tard

Leurs colis de mélancolies

Dont je ne saurai jamais quoi défaire

De trop…

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Eclaircie, Elisa R. , Phoenixs et moi-même

avons permis que ce poème soit.

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LE SATELLITE

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Le satellite.

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A mes amis virtuels : Eclaircie, Elisa, Héliomel et Phoenixs.

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Je suis un satellite et je gravite autour

D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup

De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves

De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres

Victimes d’un exil passager, se confondent.

Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux

Me transmet par la voie des ondes sa surprise

De me voir lui sourire alors que dépourvu

De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte

D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants

Dont la fonction n’est pas a priori de plaire.

Mais en orbite autour d’un organe tout change

Pour un engin construit par l’homme dans le but

De s’espionner lui-même…Avec les mers prend-il

Assez de précautions pour éviter leurs crues ?

On sait déjà qu’il manque à l’égard de ses frères

Les singes, d’affection ; mais pour le bien des ours

Mettra-t-il à l’abri des trappeurs la fourrure ?

Si le réchauffement de la planète oblige

L’individu, afin d’y surseoir, à souffler

Dans des cornes un air glacé, je l’encourage

En le bipant dès l’aube. Il se dresse et se dit :

« Si je me lève tôt c’est pour ma sauvegarde. »…

Une orbite elliptique assure mes pulsions.

Le cœur dont j’ai parlé, le cœur aux joues trop pleines

Pour se priver longtemps d’une pluie de baisers,

Je le courtise avec de tristes arguments

Mais il a deviné, sous ma carlingue, un être

Fait de chair et de sang, comme lui, un pilote

Placé dans un cockpit démodé d’opérette

Par une association d’ingénieurs facétieux.

Nous descendrons du ciel. Une échelle de corde

Flotte au-dessus des mers ; nous nous y agrippons

Et pas à pas, barreau après barreau, nos corps

Transformés et pourvus de nageoires atteignent

La surface d’une eau souriante et docile.

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Bel après-midi ( suite )

Le silence s’est réfugié
Entre l’arbre et son ombre
Craignant de se briser
Entre des mains malhabiles
Ou sur des lèvres trop pâles
Qui n’ont plus que la transparence de l’eau
Et la gerçure du temps griffant le moindre mot
Le vent n’a pas faibli
La musique déjà lointaine
Laisse dans son sillage
Quelques couleurs éteintes
Le peintre les ravivera
S’il parvient à regarder plus loin que le vide
Qu’il a creusé pour enfouir ses peurs

entre deux rayons une Eclaircie à lire avec l’ensemble

Bel après-midi.

L’ enfant percluse de mouches offre un sourire, étonnamment effrayant pour une enfant de cet âge, à une vieille dame assaillie de rhumatismes et de rides régulières, très belles.
Plus loin, trop loin sans doute, une femme à demi centenaire regrette d’ avoir laissé ses lunettes dans leur étui rose posé sur la cheminée du salon. Elle aime le cadre flou des arbres, la fuite discrète des contours, la solitude béate des êtres un peu myopes.
Quand elle se lève et s’ éloigne d’ un pas lent , elle laisse, posé bien en évidence sur le bois gris du banc, un mystère enveloppé d ‘une mousseline blanche.

Nous avons porté notre jeunesse à la boutonnière
Ni plus ni moins qu’une fleur éclatée
Vous et moi
Je n’avais rien dans les poches comme  » certain  »
Vous n’aviez pas davantage
Bande d’enfants égarés et pragmatiques
Nos routes de poussière ont mêlé leur sentes imprévues
Nous avons gravi souvent des collines de pierres
Dures aux semelles sans  » vent  »
Vous et moi
Nous péchions au hasard des avenirs obliques
Emballant nos petits souvenirs
Noués
Dont les faveurs à présent nous délient de nos vies…

Paradis défendu de fleurs et de fontaines
De musique de mots murmurés en rêvant
Ou contre ce miroir glacé de nos haleines
Confondues dans le même ravissement,
Je ne suis sûr de rien pas même d’être
Un instant dans ta vie que nous vivons ensemble,
Tout est charme illusion rêve…
Le parfum des fleurs ? Le rêve qu’elles font
Et le soleil sa gloire la lumière qu’il répand.

Les brumes sont ruinées et la mer apaisée
Comme un fanal déchu le soleil s’éparpille
Et l’océan palpite telle une veine bleue

Sur la plage oubliée les ancres et les nacres
N’entendent plus gémir le baldaquin d’azur
Le corps abandonné est recouvert de perles

L’ardoise des nuages dans le vert de ses yeux
Apparu du levant un vent violent se lève
Est-ce d’avoir trop battu que nos cœurs se sont tus ?

Blanches ellébores des aurores frileuses
Je suis le ruisselet, confiez-moi vos secrets
Les arbres disparus, où chantera le vent ?

Verser une larme sur la buée qui sèche
C’est la faire renaître, le chagrin en plus
Le souvenir est plus fort que le plaisir d’un jour

Quelques plumes d’un jour au soleil d’ici ou de là-bas
Juin 2013

Bâillements roses et sortilège

 

Une grâce sans nom est mêlée à ma vie

Son giron favorise le repos de mon cœur étourdi

Elle procure au temps qui passe des bâillements roses

Avec la bouche qu’elle a au visage.

Et dans la douceur de colline son rire clair

Caresse l’herbe ainsi que vent et lumière.

Si une clochette s’égare c’est encore elle

Avec le bruit que produit la rivière en rêvant.

Et je ne connais pas son nom mais son secret

M’est familier car pour moi elle ouvre sans balancer

Les ailes et me montre tout et m’enchante

En faisant pleuvoir ses cheveux noirs sur nos yeux.

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C’est une chanson sage comme une messe

Sans verbe

Des mots à peine nés noyés dans un grand seau d’eau froide

Et puis le temps gaillard toujours pressé qui s’éprend d’un pommier

Des murs blancs tapissés de mensonges

Un homme doux les poches chargées de pierres

Des souvenirs trop beaux pour ne pas leur offrir le présent

Un amour dans un panier  une fleur trop vite éclose

Des rendez-vous  enlacés dans les recoins

Un mur épais surpris en flagrant délit de trahison

Une liste oubliée sous la poussière d’un meuble

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Ça grince dans les cintres, roulement de billes, décoiffure des tambourins

Aille, oulala ! tous lèvent le nez

Que se passe-t-il dans les couloirs du zénith ?

Aille, oulala les petites silhouettes des menues souris suivent narine au vent

Le parfum suave de la dame en vert

La belle dame aimante les aiguilles affolées

Je souris du lointain paysage à voir ainsi les mêmes traînes entraîner les mêmes âmes sans espoir

– Dis-moi, ventru passé, de quoi es-tu le souvenir ?

– Eh, de rien mignonne, tu crois, tu sens, tu remodèles tes astres, mais mon ciel t’es fermé à jamais…

Ainsi le sort rit de ses sortilèges

Et nous entrons par quoi nous allons sortir…

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Grincements, liste et rire clair offerts par Phoenixs, 4Z et moi-même.