Monthly Archives: mai 2013

Question de temps

 

Comme quoi le temps nous inspire tous…

 

Un petit goût de brûlé un peu désagréable sur la langue

D’ abord

Puis la sensation de revenir à la vie l’enveloppe

Les spectateurs transis quittent le monde connu

Dès les premières notes

La pluie froide de novembre se retranche dans l’ombre

Les nuages évoquent la relativité transitoire

D’une pendule dépourvue d’ailes

Tandis qu’un ange modèle une nouvelle terre

Composée de sons et de lumières

Du haut du ciel dans leur navette grise

Deux hommes contemplent un immense champ de fleurs

.

 

Une année bisexuelle, c’est une année

Qui aime tantôt le soleil, tantôt la lune

Alors pourquoi les terroristes font-ils

Des taches de sang sur le bleu de la terre

 

Au marnage des sens, la mariée se retire

Laissant des ancres et des nacres

Scintiller sur le sable blond de ses cheveux

Dénoués, défaits, épars, libres

 

L’avenir est resté sur le pas de la porte

Le passé s’est enfui par la fenêtre

D’où viennent ces pas sur la neige

Sans doute le présent qui danse…

.

-C’est décidé, je décampe au prochain passage de nuages

-Pour aller ?

– A l’Est

– Sur le territoire des cigognes ?

-Exactement !

– Je peux te dire qu’elles n’apprécieront pas ton arrivée dans leur cheminée

– M’en fiche, c’est moi qui fais le printemps et…

– …Rien du tout prétentieuse, tu ne fais plus rien du tout, on se demande même dans la volière à quoi tu sers, à part la ramener toutes les saisons :  « c’est moi que, c’est moi qui… »

– Jalouses, voilà ce que vous êtes les perruches et les pies, vous crevez de rage de me voir citée dans les  mangeoires : « qui vole une…vole un, une ne fait pas…gentille… »

– Tu te prends pour une alouette maintenant ?

– Je suis ce que je veux, moi !

– Eh bien, vu le temps pourri qui ronge nos guenilles je te verrais plutôt en peau de grenouille, et encore, une sacrée grenouille de flaques d’os…

.

 

Il fait un temps si délicieusement exquis

Que nous resterons à la maison

Nous nous lècherons les babines en nous regardant

Dans les yeux

Car nous en possédons quatre

Ce qui n’est pas donné à chacun

Nous nous ferons des pieds de nez

Pour meubler la soirée

Nous ne lirons surtout pas

Car nous avons de bons livres

.

 

À la météo:  les grenouilles:Elisa, Phoenixs,

et les pantouflards: 4za84, heliomel

La maison tremble

.

Soutenu par des murs le ciel pèse moins lourd

Mais les nuages restent sourds

A nos prières

La clé du cœur n’est plus sur le clou avec d’autres

Qui n’ouvrent rien pas même un coquillage

On la perd en aimant car l’amour s’attribue

Les dents

La chair en vain tourne des pages

Pour s’y trouver mais tous les livres

Partent en fumée

Une issue de secours une âme

S’introduit dans la cheminée

Pour apparaître en cendres devant nous

Qui avons enfin chaud

Devant des pierres froides

Les faibles tombent à genoux

Lèvent les bras atteignent le plafond

Un plafond malade

Où se multiplient les lézardes

Bientôt nous toucherons le fond

Du ciel

Il suffira d’un doigt léger

D’effleurer le premier bouton

Celui autour duquel on lit le mot Danger

La maison tremble

Et la porte se cache

Quand les fenêtres sont ailleurs que dans leur cadre

.

 

 

POEME A PLUSIEURS VOIX

MARGUERITE HORS DU PUITS

.

Un train dans la gorge et le monde dans une poche, Marguerite dodeline tant et si bien que tous pourraient la comprendre.

Elle est la femme élastique qui, de sa démarche souple et musicale  – une fanfare vit dans l’autre  poche – visite nos rêves chaque nuit.

Marguerite retrouve les clés égarées, les chaussettes orphelines et les poèmes inachevés. Elle efface les nuages trop gris et les songes trop sombres.

Elle est la concierge inattendue  –  parfois distraite  –  chargée de chasser cauchemars et souvenirs désagréables, sorcières et pluies d’orage.

Tandis que nous dormons, Marguerite veille.

.

Un petit bateau en papier

Le long d’une rigole dans laquelle

Court une eau de vaisselle

Il ne s’échoue pas il navigue

Avec sa passagère la vie

Une passagère encombrante

On ne compte plus ses jupons

Elle les collectionne

Comme d’autres les accidents

Mais elle évite tout danger

En leur faisant jouer le rôle de voiles

Dont on ne vantera jamais assez les mérites

Quand le vent se lève et chasse

Les relents des rots de l’égout

.

C’est  une heure entre chien et chat

Lapin fait sortir le loup du bois

La méditerranée a des plis amers

Au coin des bouches de Bonifacio

 

Entre Bir-Hakeim et Dupleix

Le métro se la joue genre Roland Garros

Faut que je fasse mes racines dit la taupe

Pas impressionnée du tout

 

La boite à outils est prête, on y trouve

Un marteau à bomber le torse

Des pinces sans rire

Une perceuse à secrets

 

Un niveau de vie

Un grugeoir pour chevilles ouvrières

Un rabot  à niches fiscales

Des clous qui ressemblent à des tours de vis

.

Depuis que nous avons franchi le cap de Désespérance nous quantifions très précisément quatre cent décès par noyade.

Les femmes et les enfants sans corolles

Puis les hommes sans élytres

Ne me demandez pas comment cela est arrivé

Le capitaine et moi naviguions à vue depuis quelque temps dans un épais brouillard, nous n’avons rien vu venir

Quelqu’un a entendu des cris

Quelqu’un d’autre s’est bouché les oreilles

Nous avons senti des ombres, des souffles affolés, le capitaine a bien tenté d’en retenir quelques-unes, mais vous savez ce que c’est…

Les pages tournent, les bouées se dégonflent, les bouteilles se vident

Les messages perdent l’encre

Non, vous ne savez pas ?

Alors, il est inutile que je poursuive ce récif…

.

 

 

L’eau
prisonnière au fond du puits

Rejoint l’océan
guidée par le souffle du vent

Pour s’étaler
se dissoudre dans cette liberté nouvelle

Peu lui
importe qu’elle se noie au bout du voyage

 

Je suis le
puits et l’eau

Vous êtes
l’éclair, le souffle et l’océan.

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ont entouré Marguerite

Eclaircie ;

Elisa R ;

Héliomel ;

Phoenixs ;

et moi-même.

.

Un poème de Jehan Mayoux

Un poème de Jehan Mayoux

 

« FATRASIE

Madame Orlon sur son divan

Tricotait du fromage bleu

Son époux accablé dormait

Les pieds au mur la tête au large

La porte chauve du salon

S’ouvrit soudain sans aucun bruit

Un héron noir ganté de roux

Fit une entrée existentielle

Madame Orlon lui présenta

Un grand fauteuil beurré de frais

Bien assorti à son plumage

Lui dit en bref “ soyez béni ”

Le mari sourd comme un potage

Fut éveillé non par ces mots

Mais par un pou qui sur sa bouche

Par distraction laissa tomber

Un sucrier en bois d’érable

Monsieur Orlon tiré d’un songe

Où il coupait du buis lunaire

Pour abreuver une chamelle

Héritée d’un oncle espagnol

Poussa un cri de branche sèche

En se dressant droit sur la tête

Pour retomber sur ses deux pieds

La parabole ainsi décrite

Dans un espace trop restreint

Fit qu’un soulier brisa la patte

Du visiteur inoffensif

On appela une infirmière

Pour réparer le pauvre oiseau

Elle accourut dans la lumière

De ce beau jour qui finissait »

 

Jehan Mayoux (1904-1975).
.

Sous la vague ou le vent

 

Comme j’aime traverser le parc municipal

Longer le mur d’enceinte percé de poternes

Où le pauvre lierre de l’année dernière admire

Le ballet des grappes de glycines parfumées

 

Gonds rouillés, planches disjointes

Les portes branlantes des rendez-vous secrets

Aimeraient s’ouvrir une fois encore

Sur le petit chemin de  briques posées sur chant

 

À peine sortie du bourgeon froissé de l’hiver

La feuille du marronnier est comme un nouveau-né fripé

On dirait qu’elle pointe du doigt la terre redoutée

Six mois d’éternité, c’est peu

 

Des filets de saules fouettent les pierres moussues

Se baignent dans la rivière aux eaux changeantes

Et toi, l’érable, ne fais pas le fier

Ecoute la musique, mais méfie-toi du vent

 

Question ne ment,

 

– Pourquoi ? dit l’enfant

– Parce que…murmure le vent en passant

– Tu ne réponds jamais à mes questions

– Je n’ai pas le temps

– Tu pourrais t’arrêter un peu

– Je ne vois pas l’utilité de répondre à un enfant trop curieux

– Tu es mal poli monsieur le vent !

– Tu es trop humain monsieur l’enfant!

– Qui va m’écouter alors ?

– Personne

– Ce n’est pas du jeu, dit l’enfant en tapant du pied

– Je sais, glisse le vent en sortant pas la fenêtre, qui t’a dit qu’il fallait jouer ?…

 

Un sac au ventre blanc dort sur une chaise.

Sur le meuble en merisier, un bocal aux yeux rouges nage vers la mer et un bouquet de trèfles à quatre feuilles s’envole par la fenêtre aux cheveux verts.

Dans la rue, quelques passants brossent leurs écailles pour en chasser les traces de la dernière pluie.

Au loin un coq annonce le lever du soleil tandis qu’une petite fille et sa poupée Bella rêvent qu’elles sont des fées aux ailes bleues.

Quant à l’homme il ne reste de lui que sa jeunesse et deux longs pans de manteau flottant au vent.

 

Il fait noir dans le jour rétif

Toutes les maisons tremblent

Même celles qui étaient construites pour durer.

La nôtre montre ses organes

Comme on expose des souillures

Aux yeux des curieux jamais las

De voir leur sang sécher faute d’alcaloïde.

D’un seul et large coup de pinceau le soleil

A chassé les ténèbres.

On se sort de son lit trempé

Persuadé d’avoir dormi dans une vague

Une vague sombre et dentée.

Sous la fenêtre où la rue se suspend

Comme à sa tringle la lessive

Les piétons vont à leurs affaires

Aussi pressés que sous l’averse

Et nous n’existons plus ni vous ni moi pour ceux

Qui nous traversent.

 

Apporté par les ailes de :

Élisa-R, Héliomel, Phoenixs et 4Z2A84

 

Le monstre de Maurice Rollinat

.
.
Le monstre
.
.
En face d’un miroir est une femme étrange
Qui tire une perruque où l’or brille à foison,
Et son crâne apparaît jaune comme une orange
Et tout gras des parfums de sa fausse toison.
 
Sous des lampes jetant une clarté sévère
Elle sort de sa bouche un râtelier ducal,
Et de l’orbite gauche arrache un oeil de verre
Qu’elle met avec soin dans un petit bocal.
 
Elle ôte un nez de cire et deux gros seins d’ouate
Qu’elle jette en grinçant dans une riche boîte,
Et murmure : « Ce soir, je l’appelais mon chou ;
 
« Il me trouvait charmante à travers ma voilette !
« Et maintenant cette Ève, âpre et vivant squelette,
« Va désarticuler sa jambe en caoutchouc ! »
.
.

• Maurice Rollinat [ 1846-1903 ] •
• Les Névroses – 1883 •
.
.

Voyages incognito

Nous naviguons sur des fleuves imaginaires

Sans trop savoir où nous allons. S’il faut survivre

A la fin du spectacle et se donner des airs

Satisfaits, que ce soit pour abuser la mort

Ou lui rendre un dernier hommage avant l’oubli.

Le vent prend la parole en froissant le feuillage

Et l’eau monte à l’échelle appuyée contre l’arbre

Quand nos barques s’échouent, quand nos crânes bourdonnent.

Trop d’insectes se fient à nous pour explorer

Les boucles du mystère et l’aplomb des torrents.

Les cavernes qui sont des abris et des banques

Accueillent les mendiants avec des tournesols

Mais le soleil déjà couché, sans bruit s’égoutte.

.

Un fil, un simple fil, entre ombre et lumière, 140 au compteur

Sur l’autoroute aux oriflammes, les péages sont des sources de miel

Des masques de sable  luttent contre des arcs-en-ciel

Des fils entrecroisés, des traversins pochés, 140 de largeur

Des moiteurs montent vers le ciel de lit, plaisirs des sens

Phares éteints languides, place au rêve

Fards et teints livides, la nuit s’achève

Sous d’autres drapeaux des moteurs ont des désirs d’essence

.

Arrive l’heure de remonter les aiguilles

Perdues dans la poussière

Lents les retours en arrière

Ne rapportent plus rien

De nouveau

La cendre nous aveugle brutale

Au bord de soi se lève la dernière

étincelle

A suivre dans le couchant

De l’espérance

.

Le sommeil avait faim et la lune s’ endormait

Une armée de fleurs jaunes entourait l’ île tendre

Des salves de battements retentirent au loin

Cœurs à l’ unisson qui réclamaient le silence

Plus tard

Des forêts de bras surgirent dans les champs

Quelques spectres vrombissants se perdirent dans la nuit

Dans leurs couffins soyeux les rêves s’ agitaient

La fête ouvrait les yeux

.

Quatre chants différents, dont je suis sûre, vous saurez reconnaître les voix…

Une note particulière  pour Eclaircie qui les accompagne.