Monthly Archives: avril 2013

Garniture sans gras

Depuis qu’il a posé le soleil sur sa chaise il va beaucoup mieux.

La dernière fois il a réussi à capturer la pluie dans un seau bleu

Puis enfermer un rayon vert dans un pot de confiture,

Il ne lui manquait plus qu’un morceau d’Apollon.

Voilà.

A quoi tiennent les captures…

Un bon hameçon, une certaine dose de patience en sachet

Un joli regard plein de cils entre les choses

Et le monde dans la main réinvente la vie.

Depuis qu’il a posé le soleil sur sa chaise il va beaucoup mieux

Je n’en dirai pas autant du reste sous ses pieds…

.

fait chaud sur la voie lactée, chaud et sec

Attelage improbable, le Centaure et Pégase

Tirent le Chariot, seule étoile pourvue d’un siège

Epuisés,le Berger et son Chien suivent à pied

Les astres envient le Cocher assis confortablement

La Vierge compatissante éponge la sueur qui coule

Du visage écarlate du pauvre Cavalier

Pourtant à un moment donné, au détour d’un chemin

Le vent solaire souffla si fort que la seule chaise tomba

C’est pourquoi la ronde des étoiles musicales

Comme la Lyre et Orphée par exemple

Tournent toujours dans le ciel dans l’espoir de s’asseoir

.

Pour les cascades quelle aubaine

Sonner le réveil du récif

Comme en ville font les fontaines

Contre le marbre inexpressif

Le soleil éternue bousculant l’atmosphère

L’heure hésite à paraître au cadran des clochers

Et le chemin pressé d’atteindre au but préfère

Revenir sur ses pas que d’avoir à chercher

On signale dans la nature

Un nouveau visage celui

Lisse et blanc d’une créature

Qui ne fondrait pas sous la pluie

D ’un étage élevé l’œil observe le monde

Rien ne manque à l’appel d’un battement de cils

On repère de loin l’herbe qui vagabonde

Sous un tendre regard les cailloux sont dociles

.

Des tables froides, des cartes, des tours, des bois traversés . Transis, craintifs, effacés !

Des pages à petits carreaux bleus , une couverture verte, rien de solaire pas même une crème!

Je cherche aussi la chaise que j’avais posée sur le sable : rien ! Ou seulement des mots écrits dans tous les sens.

La mémoire me fait défaut, sans doute rangée dans un tiroir avec quelques chaussettes orphelines…

La mer jouait au loin avec de jeunes vagues

Un sirène contait en chantant  les rêves de la lune

Distraite par le premier papillon de la saison, j’ai laissé mon texte se prendre pour un oiseau. Près du chat endormi au soleil, volent quelques plumes…

.

La garniture et son titre sont fournis par Phoenixs ; les dieux et les cascades par 4Z et Héliomel ; la lecture bienveillante, avec (peut-être) un joli chapeau de paille, par Eclaircie et l’ancre du bateau, qui finira bien par arriver un vendredi, par moi-même.

 

 

Un drap de lin

Je suis né le long de l’Andelle, après rouissage et teillage. Issu de champs bleus de lin.

Râpeux, mais bien tissé, maillé serré, solide. Je fais partie du trousseau de Marie-Françoise.

J’ai assisté à sa nuit de noces. Baptisé avec son sang, aspergé de sperme et baigné de la sueur des époux, je fais désormais partie de la famille.

L’été, je suis lavé à la rivière qui m’a vu naître, frappé par le battoir, tordu, essoré, rincé, on me dispose sur le pré, voile blanchi ondulant sous la brise. Les autres saisons, je sèche dans la grange et rentre, parfumé aux essences de foin.

Les nuits d’hiver sans chauffage, dans le lit glacé, on m’amadouait à l’aide d’une bassinoire en cuivre rouge au couvercle ajouré de cœurs et gravé d’arabesques, au contraire des étés où j’étais souvent rejeté sur le bois de lit.

J’étais de service en alternance avec d’autres compères, nous étions empilés dans l’armoire de chêne, fleurant la lavande emprisonnée dans des sachets cousus. J’ai entendu les premiers vagissements de Paul, André et Marinette. On m’a confondu au lavoir et emporté chez les voisins d’en face. Mais les initiales brodées de fil rouge de mes propriétaires ont permis de réparer la méprise. J’ai connu la cire des bougies coulant des cierges allumés pour les veillées funèbres, d’autres mariages, d’autres naissances, un adultère, un espagnol.

Monsieur le docteur Duval avait la pomme d’Adam proéminente et le nez busqué des oiseaux de proie. Un jour qu’il avait besoin de pansements, il m’a transformé en charpie, moi, le beau drap de lin seul.

 

Voix plurielles


Au loin une jeune âme rêvait

Petit tas fumant aussi étrange que ridicule

Qui croyait survivre en son monde sans écran LCD

Il veillait ainsi depuis sa chute d’un corps

Sur les os inutiles des voyageurs assis

Perclus d’espérances et de cécité onirique

Facile !

C’est ainsi que l’oracle méconnu

Jugeait les opinions télévisuelles de ses contemporains

Peu avant de saisir une théière obèse

Lui-même cependant en un sursaut de conscience

Regretta soudainement de ne pas aimer le thé

Et déposa l’objet inutile sur une belle étagère

Celle des chimères et billevesées

 .

Si l’oracle dit vrai le printemps reviendra

Comme autrefois avec un soleil aussi beau

Qu’un œuf au plat sur le ciel en ébullition

Lors nous aurons trop chaud même sous un seul drap

Même éventés par le domestique un robot

La seule créature à subir les rayons

D’un astre en combustion sans appeler sa mère

Au secours  Quant à nous perdant toute espérance

Dont celle d’un blizzard rafraîchissant la France

Nous nous réfugierons auprès de nos chimères

En oubliant qu’elles aussi crachent le feu

 

Chimère, hic…

Il aurait bien aimé qu’on la lui rendît cette compagne en plume d’espérance.

Las, vautours et harpies à force de griffures et de regards mauvais l’avaient dépouillée de ses derniers espoirs

Elle gisait à présent devant lui

Nue

Yeux clos et mains retournées

Peau sans fleuves bleus

Sans lunes incertaines où voler un oracle.

Il l’avait appelée « Sans Nom » pour conjurer le sort

Ils l’avaient épelée sans fin pour la vider de sens

Afin que meure parmi les morts la dernière insolence

D’un vivant égaré.

 

Dire que Chimère est belle ne suffit pas

Elle porte ses yeux gris comme des sources d’eau fraiche

Leurs couleurs ne sont troublées que par les nuages

Qui se hasardent au-dessus des collines.

 

Sans avoir la même beauté

Oracle ne manque pas de charme

Surtout quand il prédit une longue espérance de vie pour Chimère

D’autant plus longue, qu’il aimerait la partager

 

Mais pour une fois, il s’est trompé, la vie de Chimère sera courte.

Les dieux ne parlent plus, ou si peu.

Ils existent, mais comment les féliciter ?

Les terroristes font des taches de sang sur le bleu de la terre

 

Trop de bulles d’emphysème, elle ne respire plus

Oracle a tout juste le temps de lui dire qu’il l’aime

Qu’après tout Delphes n’est qu’un temple

Déjà sa Chimère n’est plus qu’un fantasme

 

 

Les nuages chagrins dessinent des chimères

Dont le soleil renvoie les ombres sur le mur

La maison frissonne sous ses tuiles luisantes

Et recherche dans l’âtre un signe d’espérance

Les oiseaux à la cime encore nue du grand arbre

Chantent à s’époumoner pour appeler le vent

Qui porte dans sa cape le secret de l’oracle

Adressé par la lune aux cueilleurs de printemps

 

Elisa, Héliomel, Phoenixs, 4Z2A84, éclaircie