Monthly Archives: mars 2013

l’assiette vide et son modèle

Le portrait s’échappe du cadre

Et son modèle nous parvient

Mais pour l’entendre il faut avoir

L’oreille aussi fine qu’un fil

Surtout quand il ne parle pas

Ou trop bas pour des parents sourds

Je te reconnais au silence

De tes pas le long d’une route

Qui ne nous mène nulle part

Je t’ai peint ou photographié

Pour voir ton double me sourire

De mon sourire énigmatique

Car nous nous ressemblons au point

De partager la même toile

Et le même regard d’aveugle

Dont les yeux parcourent le monde

.

La rivière est surprise de ce nouveau galet

Allongé dans son lit

Elle n’imaginait pas que la caresse puisse

Le parer de la teinte assortie à son onde

Il brille du reflet

De l’arbre avant qu’il ne s’enfeuille

Il offre l’éclat du regard

De l’animal désaltéré

Et préserve la nuit  la douceur de la lune

Que l’eau retient et mêle au chant

Dont le ciel s’enivre aux matins océans

.

 

Voilà, à force de rogner les ailes aux poules d’eau on a fini par les clouer au sol.

Essaie, toi, de survoler le fumier en agitant tes moignons !

Ah, on est loin des « ailes de géant »…

Les océans plombés étouffent les petits vols.

Les mains agitées écument les trous d’air laissés par leurs mirages.

Essaie, toi, de brasser le temps sans espérance !

La maison ne fournit ni canne, ni rame

Vogue comme tu peux sur les vers infinis

Que tes bouts de papier porteront sans génie

Au bout de tout

Et feins d’avoir encore faim de vivre devant ton assiette vide.

.

 

Toi qui croyais entendre la mer

Au travers de faux sillages

Tu n’es qu’un marmonneur

De mots sans suie

 

Mais quand sur  la scène du théâtre marine

L’écume resplendissante rejoint les nuages

Tes pauvres rimes se noient sans voir le soleil

Les algues mouvantes les emportent

 

Que reste-t-il de tes écrits glauques

De tes parchemins de pacotille

Grattés par le sable rageur

Rien qu’un médiocre palimpseste

 
Finalement tout redevient

.

La lune installée dans un hamac de fortune

Invente chaque nuit de nouveaux noms d’ étoile

Elle transmet sa passion au soleil

Qui tout le jour est absent

Depuis qu’ il apprend la science des échecs

Aux sombres perturbations natives des pays froids

.

Sous un arbre grelottant et dépourvu de feuilles

Cinq poètes munis de parapluies ou de lainages douillets

Tirent une langue démesurée en dessinant quelques signes

A l’aide d’un clavier parfois récalcitrant

.

La grenouille amusée sort de son bocal

Elle annonce une pluie de chocolat pour la fin de semaine

Et un vendredi rayonnant sur poésie fertile

Ont participé:

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

4Z2A84

Heliomel

 

 

Ciel de laque

À l’état d’atomes, les yeux jumeaux furent séparés par un grand cataclysme. Dès qu’elle fut en âge de marcher, Yeuxdefemme se mit à la recherche de Yeu d’Om.

Ils se retrouvèrent par le plus grand hasard. S’examinèrent, se reconnurent, instantanément.

Amusée, YeuxdeFemme vit dans Yeuxd’Om la minuscule tache bleue qu’elle possédait, au bas de la pupille gauche. Celui-ci détailla, apprécia l’éclat du regard miroir, écoutant d’une oreille distraite les bruits autour de lui.

Il s’approcha encore et encore, s’immobilisa un temps, un temps indéterminé, indicible, et plongea, définitivement. YeuxdeFemme le reçut comme jamais femme ne reçut un homme. Ils riaient, pleuraient tout à la fois, heureux de leur bonheur tout neuf.

Les yeux jumeaux avaient exactement la même couleur verte, issue des mêmes pigments. Le bleu cobalt à moins que ce ne soit de Prusse, mélangé de jaune indien à moins que ce ne soit d’ocre de Roussillon, donnait un vert  changeant avec la couleur du ciel. Saupoudrés sur la même surface et dans les mêmes proportions, de minuscules points d’or scintillaient dès l’aube naissante.

La moindre variation de lumière déclinait-t-elle des palettes d’une infinité de nuances dans les yeux de l’un, que l’autre s’accordait immédiatement. Tu as les yeux gris bleuté ce matin, mon amour…Toi aussi, ma chérie…

Les années passèrent comme passent les années heureuses, vite, trop vite. Yeuxd’Om exerçait son activité de doreur chez un luthier rue de Rome. Il prit sa retraite l’année de ses soixante ans. YeuxdeFemme travailla encore plusieurs trimestres pour le compte de l’administration, puis ils furent libres de toute contrainte.

Ils s’apprêtaient à partir pour la Grèce lorsque YeuxdeFemme décéda d’un arrêt cardiaque. Yeuxd’Om crut mourir de chagrin.

La vie vaut-elle encore d’être vécue se demande-t-il alors. Ne plus voir le regard rieur  ou grave, le sourire pensif ou charmeur de YeuxdeFemme lui parait impossible.

Dans la chambre esseulée, en  février, Yeuxd’Om repose sur le lit, les yeux fixés sur le plafond blanc, mat. Il décide de faire de cet espace le ciel de lit dont il rêve. Un ciel noir d’encre parsemé d’étoiles. Le regard de YeuxdeFemme en deuil posé sur lui pour le reste de sa vie.

 

Le premier mois se passe en esquisses, plans, achat de matériaux. Il cherche un panneau de contreplaqué, épaisseur dix-neuf millimètres, diamètre deux mètres et finit par trouver un fabricant spécialiste de grandes surfaces en bois de placage. En Allemagne. L’aller retour Paris Stuttgart se fait au volant d’une camionnette de location, il revient le panneau solidement arrimé, emmailloté de plastique bullé.

Yeuxd’Om fait le vide dans sa chambre, installe des tréteaux, pose le panneau de bois bien à plat. Il applique une première couche de peinture sur une face, laisse sécher, recommence l’opération de l’autre côté. Il agira toujours ainsi, le même nombre de couches d’enduit, de peinture sur chaque face pour éviter que le panneau ne se voile.

Le deuxième mois le voit enduire le bois, le poncer, l’enduire à

nouveau, polir sans fin, laisser durcir.

Le lundi de Pâques, il applique la première couche de laque, noire, de type Orion. Six couches de laque en six semaines, avec ponçage intermédiaire. Le noir devient profond, luisant, lisse, presque inquiétant. De petits défauts viennent toutefois contrarier la perfection de l’ouvrage.

Pour la dernière couche, Yeuxd’Om ne veut pas un grain, pas un cil, une surface parfaite, comme un miroir de télescope. Il ponce à nouveau, abrasifs numéro 100, 400, 600. Inlassablement, deux heures par jour pendant une semaine. Puis il lave soigneusement le panneau, l’essuie à la peau de chamois.

Il se rend chez le fabricant de peinture, se fait expliquer les procédés de filtrage, le passage du film de laque dans des cylindres dont l’écart se mesure en angströms. Apporte son propre récipient lavé, essoré, séché avec minutie. De retour dans sa chambre, il lave plafond, murs, sol à grande eau, ferme porte et fenêtre, condamne les feuillures avec des joints hermétiques, laisse trois aspirateurs branchés en permanence pour éliminer la moindre poussière. Son spalter est neuf, lavé plusieurs fois. Il est vêtu comme un chirurgien en exercice.

Yeuxd’Om verse lentement cinq cents grammes de laque qui s’étalent immédiatement en nappe tendue. Rapidement le spalter égalise la peinture à la surface  du panneau. Sept heures de séchage. Zéro défaut. Il voit son reflet comme dans un miroir, sans la moindre déformation.

La dernière heure de séchage. Yeuxd’Om a sa main gauche couverte d’or. Vingt-cinq feuilles d’un carnet d’or vingt-deux carats ont été malaxées, réduites en poudre. Elles sont au creux de sa paume. Il a répété le geste  plus de cent fois, avec du talc, pour s’entraîner.

Il passe sa main au dessus du panneau, en inclinant la paume, en bougeant légèrement les doigts, selon le croquis qu’il a en tête. Les particules d’or se déposent lentement à la surface de la laque noire encore humide.

Elles forment une spirale éclatante, triomphante, avec amas denses  et pointes clairsemées. La perfection. Le regard de YeuxdeFemme. Toute la nuit, frissonnant, Yeuxd’Om contemple son oeuvre pour voir si rien ne vient troubler la surface. Non, rien. Au petit matin, il se retire sur la pointe des pieds.

Le mois de mai le voit passer le brunissoir en agate pour rehausser l’éclat de l’or figé.

En juin, il décide de fixer le panneau sur le plafond, invite deux de ses amis. Avec d’infinies précautions, le ciel noir est mis sur la tranche. La face invisible est enduite de colle à base de néoprène. L’opération est répétée sur la surface du plafond. Les gestes parfaitement synchronisés, ils basculent le ciel à plat, le hissent, et le panneau est collé.

Yeuxd’Om pose une moulure ceinturant le ciel ; celui-ci occupe désormais les trois quarts du plafond. La surface restante est peinte en noir mat. A l’aide de mini spots, il mettra trois mois à régler les éclairages, cherchant les bons angles, le nombre de watts optimal. Finit par obturer définitivement la fenêtre, source de lumière parasite. Se dit content du résultat.

Lorsque la porte est ouverte, un contact électrique, placé dans l’huisserie, se déclenche. La lumière vient frapper le ciel, quelques étoiles se reflètent sur les murs outremer.

En septembre, la machine à  laver des voisins du dessus provoque une inondation. Une nuit  d’octobre, un grand bruit. Le ciel de lit est tombé sur Yeuxd’Om. Les yeux dans les yeux, les amants se regardent à jamais.

 

 

 

 

 

 

La concierge dans l’aquarium.

La concierge dans l’aquarium.

.

Si, l’hirondelle   la fée,

.

Tiens, on   pousse le vent

Et voilà   que voguent des matins

En peau de   lilas

Frisés et   tatoués capucine

Roses aux biceps fiers et frêles

Tiens, on   pousse les matins

Et voilà   que l’ours bleu

S’endort   au creux de son étoile polie

Mais   polaire

Laissons-le   rêver…

Au-dessus   de ses yeux clos l’hirondelle

Clin d’aile

Sourit en   poussant les derniers plis du givre

Sur son   grand corps glacé

.

La rivière enrhumée ne sort pas de son lit

Pour la guérir il ne faut plus penser à elle

Peu à peu les arbres l’oublient

Mais les oiseaux comment leur clouer le bec

Quand ils ont faim et manquent d’eau

La pluie ne joue plus du tambour

Et les baobabs vivent sur leurs réserves

On écrit des lettres d’amour

A la rivière

Pour qu’elle revienne parmi nous

Mais sa toux s’aggrave

Les arbres bronchiteux font des signes de croix

Qui n’effraient ni les effraies ni les vautours

.

 

On crève le toit quand les tuiles sont à plat

Et que voit-on ?

Des baisers volés à l’ombre des portes cochères

Des ombres de volets sur des draps froissés

 

La concierge veut du long terme

Foin des amours entre deux portes

Les billets doux glissés sous le paillasson

Lui mettent la tête à l’envers

 

Aux étrennes elle préfère les étreintes

Son amant joue de l’hélicon

Rien que pour elle qui n’aime  que les cuivres

Et les miroirs sans teint ni laurier

.

 

Le soleil s’est levé ce matin

Je ne l’ai pas vu

Peut-être vivais-je encore au chaud de mon sommeil

A demi dévasté par le chant du réveil

Ainsi suis-je incapable de vous dire de quel pied

L’astre aimé est sorti de sa nuit

Des îlots de neige se resserrent les uns contre les autres

Baissant les yeux

Faisant mine d’ignorer les rayons printaniers

Comme si cela suffisait à les rendre immortels

Mais l’eau qu’ils gardaient prisonnière

S’évade et se faufile jusqu’ aux champs les plus proches

Ne laissant derrière elle que le souvenir grisâtre

D’un hiver trop tardif

.

Le jour et la nuit rivalisent

Pour enlacer la terre.

Et les rivières hésitent à porter les couleurs :

Reflets d’or ou d’argent,

Quand les galets voudraient, légers dans le printemps

Epouser les poissons, les suivre aux torrents

Retrouver leurs arêtes vives

Se dresser face au ciel

Recueillir les échos, tous les frémissements

Les graver dans la pierre ;

Devenir cette toile

Où nos mémoires sauront chaque brisure du temps.

.

.

Ont sévi :

Eclaircie ;

Elisa R. ;

Héliomel ;

Phoenixs

et bibi.

.

Le vent se cabre, l’arbre se cambre

Octobre a supplanté septembre

Les arbres se cabrent sous novembre

Il ne reste que des cendres pour décembre

Les derniers feuillages tremblent couleur d’ambre

Les branchages se désespèrent sous le vent qui les cambre

Et les intempéries ne font plus de l’arbre trahi qu’un seul membre

Qui

Se

Bat

Las

Sur

Le

Sol

Uni

Mat

Sec

Net

mais les racines veillent…

Lou Ping (pensées)

.
.
.
Les pensées de Lou Ping (poète japonais 1527-1598) mettent tout par dessus tête.

« Lune se déplie
elle grince, c’est un grillon,
éternue pollen. »

[Les écrits du crachoir – Kobe – 1572]

Biographie :
Lou Ping, né d’un père fabriquant d’encre et d’une mère désosseuse de sèche, est très influencé par le travail du noir, ce qui irriguera plus tard toute son œuvre. Il étudie avec les enfants du shogoun local la calligraphie et les maîtres anciens. On sait peu de chose de sa vie si ce n’est qu’il fut fonctionnaire (service du recensement des bouches à nourrir et des coups de bâtons à donner) avant de, touché par l’illumination, se faire ermite errant. C’est sa période de création la plus prolifique, vivant d’un bol de riz mendié ou, plus rarement, d’une salamandre grillée, d’un beignet de légume ou d’épluchure, ses pensées, aphorismes et haïku viennent aux oreilles (pourtant obtuses) de quelques nobles qui les collectionnent et les collectent.
Ils forment une somme de quelques trois milles six cent deux poèmes diffusés sous le nom de « Écrits du crachoire », « Crachats de l’écritoire » et « Une mouche boit sur mon pied ».
La légende dit qu’il est mort dans les buissons de la région de Kobe où il faisait son petit pipi pour embêter les coccinelles, piqué par un serpent jaloux.

« Lamento des soupes,
la pluie se noie, dans l’étang
galet dans la poche. »

« À l’ombre le vieux
au pied du figuier, se froisse,
un frelon sucré. »

[Les écrits du crachoir – Kobe – 1572]

« La mouche bouillie
parfume toute la soupe,
fadeur du tofu. »

« Les prunes au soleil
(… illisible…)
bouillant souvenir. »

[Une mouche boit sur mon pied – Kobe – 1588]

.
.
.

Depuis que j’ai une tête de pied

.
.
.
Depuis que j’ai une tête de pied
je trouve que le monde a changé…

Je tire sur l’opercule de l’ouverture si facile,
mets la barquette au micro-onde à gigoter dix huit secondes.
Digne !
Je hume le fumet fossile qui s’en échappe gracile.
Du « Velouté de cœlacanthe et son écrasé d’
E quatre cent trente » à mélanger aux aromates
(trois goûts au choix).

Comme il y en avait bien pour deux
je t’en ai proposé un peu
tu m’as même dit « Persil plat ! »,
et dans la pièce d’à côté
il y a un petit qui n’a pas mué
qui chantonne dans son enclos
un air de rien de Claude Françoés.
.
.
.

Ma vie en bout de fils…

 

J’entends la voix en sourdine, la même depuis trente ans, égrener les mêmes propos derrière les portes que je referme de plus en plus souvent. Et cela dure des heures, des heures de salive dans le combiné, de postillons dans les trous et les fils. De petits soupirs accrochés au bout de la langue qui n’en finit plus d’enfiler ses histoires en pointillé.

En revanche, je n’entends jamais l’autre qui écoute entre les suspensions, se gratte-t-il les doigts de pied ? Suit-il d’un œil paresseux le vol des autruches qui s’en vont dans le désert planter leur derrière peureux ?

C’est ce que je ferais si un incorrigible bavard amputait ma solitude ou la bourrait de propos aussi creux que la queue du homard à la mayonnaise.

J’ouvrirais grand ma fenêtre et appellerais les moufettes et les lapins brodés. Que vienne leur passage silencieux dans les airs rosis, entre les palmes épanouies des fonds marins ! Que glissent derrière les rideaux crasseux, les têtes rieuses des épluches légume, une dernière peau de carotte entre les dents !

Que m’emporte ces bouts de vie loin de l’étranger qui boit mon espace à grandes goulées !

.

L’océan l’attendait dans un coin de mémoire

Reflété par le ciel

Ondoyant au ruisseau

Les vagues sont venues se jeter à ses pieds

Aux fenêtres déjà se dessine le port

Plonger encore

Nager sans fin

La voix dans le vent portée par son souffle

Ne pourra se noyer ni s’enfouir sous la nuit

L’écume a la couleur du berceau retrouvé

.

Comme une chanson douce que l’on aurait inventée

Des chemins accessibles tout en haut des nuages

Une histoire d’enfants sages allongés sous le ciel

Quelques  formes souriantes d’ ours blancs et d’éléphants

Et les bonbons roses et verts des églises du dimanche

Une sorte de livre ouvert dans une chambre chaude

Des princesses de conte dans les ruines d’un château

Une fée déguisée en vieil arbre familier

Un grand-père un peu gourmand déguiserait les jours gris

En soleil  pour toujours dans le coin de nos yeux

Et l’on pourrait  d’un pied léger pousser la petite pierre blanche

Jusqu’aux grandes ailes du vent d’été

.

Le vent cherche une oreille et trouve un coquillage

Sa parole s’y perd comme l’eau s’évapore.

Il racontait que l’homme, effrayé par le ciel

D’où ne tombait jamais une réponse aux coups

Frappés contre sa porte, inventa l’ineffable

Créature connue sous le nom d’ange – ainsi

Le firmament eut-il son locataire : un être

Apparemment sans sexe et dont les larges ailes

Assombrissaient les jours du pécheur confondu,

Lorsqu’il perdait son temps à descendre sur terre

Avec l’espoir de mettre au pas ses détenus.

Ce fait le vent le conte à des sourds. Mais la mer

Qui l’entend, le retient, le répète et, commère

Intarissable, nous abreuve en poésie.

.

Les Apsaras ont des grâces

De Vénus dénudées

Des bouches cerise mystérieuses

Des yeux aux bouts des doigts

.

Le bus s’arrête à toutes les stations

Sous la mangrove, sous l’oreiller

Son périscope est déployé

Asmodée contre Morphée

.

Sur la banquise

Les fils de vierge

Font des ronds sur la glace

En attendant l’été

.

Il neige sur Manaus

Et l’opéra troublé

Joue du limonaire

Jusqu’au rio Négro

.

Une composition d’Eclaircie, Héliomel, 4Z, Phoenixs et moi-même.

Merci à Phoenixs pour le titre.

 

 

Matin

 

Attendre encore un peu
-La lune caresse le tilleul-
Attendre, fermer les yeux,

Ne pas guetter sa respiration.
Il n’est plus là.
Le chien-ce n’était qu’un chien

Demain déjà s’affiche
A contre temps, à contre sommeil
Je veille et vous dormez

La lune atteint le toit

Se lever
Tisonner le feu
C’est là, dans la chaleur
Que se dessinent les spirales
Où l’on peut lire
Tout ce que je n’adresse à personne
Mais bien à vous tous
Mes indispensables

Un jour de plus
Guetter l’écueil
Et les bourgeons

Ne pas penser
Ne pas penser aux murs
Ils reviendront

Un thé-le froid-dehors-le gel-vibrant
Les crocus bientôt

Demain commence

 

Un petit glaçon dans le scotch

 

De la neige en été

Du soleil à minuit

J’aurai tout exploité

Pour vaincre mon ennui

 

J’ai mis une bonne année à terminer la concierge du dessous. Entre l’instant de la suppression de sa virgule et les pointillés découpés à la machine, imagine le boulot.

Ou plutôt, n’imagine rien, ton magasin est assez encombré, tes utopies, tes iles et leurs solitaires occupent bien assez tes jours pour que tu prennes de surcroît mes cadavres à la petite semelle.

J’ignore de quand date cette aversion profonde pour les greffières d’immeubles cossus. Le dernier entomologiste des cervelles et des reins m’a dit, entre deux silences, que j’étais atteint du trouble de la perception d’escalier.

Piètre explication.

Toujours est-il que je cède très facilement à mes pulsions de crime tranquille dès qu’elles me pincent le lobe de la gâchette.

Je ne peux pas réellement t’expliquer comment je procède. Secret de destruction oblige, sache que je sévis la nuit, entre chiens et loups, au moment interlope du sommeil radical.

Je commence toujours par me verser un scotch double face, j’aime le bruit mat du liquide épais, un petit glaçon pour éprouver les dérives de l’ours abandonné, et me voilà prêt.

 

C’est un matin grognon

Un jour à tout donner

Aux orties la belle âme

La main gauche à la flamme

L’absolution aux chats

Aux souris mort aux rats

Sa vie pour un empire

Paris pour un sourire

La rime et la raison

Et sa tête à couper

 

Ma fourmi est entrée un jour de printemps, un jour où j’étais allongé, dormant sur l’herbe fraîche

Elle s’est introduite par une narine, je ne sais pas laquelle. Elle s’est habituée, moi aussi.

Au début j’avais des fourmillements dans l’estomac quand elle se promenait

Mais peu à peu elle s’est faite discrète, se déplaçant surtout quand je dors, picorant de ci-delà

 

Hélas, elle est devenue alcoolique. Ce n’est pas pourtant  que je boive beaucoup

Quand elle est en manque, c’est insupportable, elle remonte le long de l’œsophage

Elle taille, gratte, cisaille, c’est à hurler de douleur, à se taper la tête contre les murs

Pour la calmer je suis obligé de boire environ trois litres de vin par jour

 

J’ai essayé de la désintoxiquer mais rien à faire ou plutôt si, j’ai imaginé un piège.

J’ai pris de la morphine pour calmer les douleurs et j’ai réussi à la sevrer 48 heures

Puis j’ai acheté un flacon d’alcool à 90 ° je l’ai répandu sur un mouchoir

Je respire  lentement et je crois qu’elle remonte…tranquillement.

 

La terre entière en fut témoin

Cette lune inconnue grandissait chaque nuit

Les champs bien peignés semblaient fébriles

Les vieux arbres bienveillants

Se penchaient tendrement sur le berceau

Des étoiles quittaient le ciel

Se posaient doucement sur le lit de terre

Et de feuilles

Une nouvelle saison prenait corps

A l’abri  de montagnes bleues

Façonnées par les nuages

A la rondeur extrême des nuits

Assoupies dans le creux de nos rêves

Répondait l’infini du jour

 

Ont participé au cocktail :

Élisa, Héliomel, Phoenixs, 4Z2A84 et éclaircie

dont le titre revient à Phoenixs

 

Sans la femme la terre agonise

.

Sans la femme la terre agonise

.

Sans la femme la terre agonise – le feu

Ne se contente plus de couver sous la cendre

Il détruit ce qu’il faut à tout prix préserver

Il sévit sur le faîte et n’en veut plus descendre

.

Ses flammes sans repos font des repas copieux

On signale au zénith frugal leur arrivée

Sans la femme au timon du monde les cheveux

Tombent avec les dents et les yeux sont crevés

.

Avec la femme l’eau désaltère les gorges

On chante dans les champs où rayonne le blé

Un exemple aussitôt suivi par les champs d’orge

Avec elle la ville optimise comblée

.

Sans la femme les rues perdent leurs perspectives

Avec elle flotter devient un jeu d’enfant

Les ailes des moulins cessent d’être rétives

Les vitrines refont la ronde en s’échauffant

.

Avec la femme s’ouvre un volet dans l’espace

L’ombre des chambres cède et l’aube s’insinue

Par le trou de serrure où la clé se déplace

Et délivre sans bruit le fanal de la nue

.

Avec la femme l’herbe a toute latitude

Pour pousser sur les murs des maisons caressées

Par des lueurs et l’onde acquiert la certitude

De sa propagation parmi les Fiancées

 .

.