Historique du mois : février 2013

sans faute d’orthographe

SANS FAUTE D’ORTHOGRAPHE

 

Sans faute d’orthographe

Sous la lumière qui luit

J’écris mon épitaphe.

 

Pas besoin de parafe

Pour le temps qui s’enfuit

Sans faute d’orthographe.

 

Et si le démon piaffe

Il attendra la nuit

J’écris mon épitaphe.

 

Oui, mon vieux typographe

Le roman est fini

Sans faute d’orthographe.

 

Mon monde est en carafe

Dans le noir, sans un bruit,

J’écris mon épitaphe.

 

Pas de grand paragraphe

Un résumé suffit

Sans faute d’orthographe

J’écris mon épitaphe.

 

jc blondel

s’appelle liberté

S’APPELLE LIBERTE

 

Sur le bord du chemin elle est restée en rade

En espérant demain un avenir nouveau

Sur les ruines d’un temps qui la rendent malade

Elle traîne parfois un étrange fardeau.

 

Nous l’avons vu, debout, sur une barricade

En tenant dans sa main un superbe drapeau

Perdant quelques amis dans sa folle escapade

Lorsque le sang coulait au fond du caniveau.

 

Elle a couru longtemps sur de petites routes

En oubliant aussi quelques uns de ses doutes

Quand fleurissait un soir une inégalité.

 

Le voilà, son combat, son rêve et sa bataille

En lettre d’or, son nom, sur le mur se détaille

Il est sur nos frontons, s’appelle Liberté.

 

jc blondel

la nuit on entend

LA NUIT ON ENTEND

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

La mer a déposé sur un bout du rivage

Dans le petit matin la misère et son lot

Salissant la beauté qu’avait le paysage

Sans verser pour autant, une larme, un sanglot.

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

La tempête en furie avait fait son ouvrage

Envoyant par le fond le navire abimé

Elle écrit le récit d’un funeste naufrage

La mémoire d’un temps, vestiges du passé.

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

La sonate devient un triste concerto

Pour l’univers Sali par la bêtise humaine

Un requiem chanté par un vieux matelot

Sur le pavé noirci de la belle fontaine.

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

Il en faudra des jours pour nettoyer l’outrage

Les traces d’un péril qui se colore en noir

Avant que le baigneur dépose son bagage

Pour aller s’assoupir sur les rochers, le soir.

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

Le fantôme endormi bercé par le clapot

Est un bateau rouillé, délavé par l’écume

Il laisse au troubadour, sans y mettre véto,

D’envoyer son refrain aux vents de l’amertume.

 

Quand la vague revient clapoter sur la plage

Dans la nuit on entend les râles d’Amoco.

 

jc blondel

dans le fond d’une armoire

DANS LE FOND D’UNE ARMOIRE

 

Sur les feuillets noircis placés dans une armoire

La plume a compilé des souvenirs d’enfant

Un poète d’hier y racontait l’histoire

D’un écrivain perdu dans un monde illusoire.

Il s’inspirait la nuit dans le noir firmament

De ses songes d’un jour, des rêves du moment.

 

Sur un rayon de lune il rêve par moment

En fermant le tiroir, la porte de l’armoire

En laissant divaguer son âme au firmament

Retrouvant les chemins de ses routes d’enfant

Il le sait maintenant tout demeure illusoire

Quand le chant de la vie éveille son histoire.

 

Il aligne des mots et refait son histoire

En colorant de bleu l’espace d’un moment

Il cherche doucement cette muse illusoire

Dans le coffre scellé dans une ancienne armoire.

Dans ces livrets écrits par une main d’enfant

Il vit de ses secrets sur sa toile au firmament.

 

Son grand terrain de jeu reste le firmament

Le ciel est le tapis où s’écrit son histoire

Il s’égarait là-haut lorsqu’il était enfant

Profitant chaque fois de ce tendre moment

Empilant ses livrets dans le coin d’une armoire

Il laissait au printemps sa lecture illusoire.

 

 

La course du crayon lui parait illusoire

Quand il décrit sa peine au noir du firmament

Avant de refermer les portes de l’armoire

Où se rangent à plat les pans de son histoire

Il note sans arrêt ses mots sur le moment

Pour que vivent longtemps tous ses espoirs d’enfant.

 

Il a mis des refrains à ses chansons d’enfant

Comptine de saison sur un air illusoire

Qui charmeront les cœurs l’espace d’un moment.

Les étoiles là haut seront au firmament

 Des notes de musiques accompagnant l’histoire

D’un poète qui met ses vers dans une armoire.

 

Et ses rimes d’enfant restent au firmament

Un roman illusoire aux confins d’une histoire

Qui dort pour le moment dans le fond d’une armoire.

 

jc blondel

Spirales

 

Le temps passe

Vieillard aux yeux gris révulsés

Il traîne ses douze pieds chaussés de pantoufles

Ni la jeune fille du premier balcon

Ni la vieille pie du troisième ascenseur

Ne le reconnaissent

Le temps s’égare dans les couloirs d’une gare

Et les mains accrochées aux valises

Le frôlent distraitement

Quelqu’un voudrait lui sourire

Peut-être l’aider

Mais le temps s’est évaporé

Ne laissant sur le quai qu’un peu de poussière

Et une houppelande râpée

 

Eveil :

L’œil me fixe

Un œil aussi beau qu’une voile à l’horizon

Aussi improbable que ma présence au monde

Mais son regard demeure froid

La fumée flotte et ne se pose pas

Les arbres restent seuls

Interdits

A l’abri comme je crois l’être de toute contrainte

La lueur faiblit le nuage perd son temps les maisons

Glissent.

 

Parmi ces blondes et rouges taches de rousseur

Que sont les déserts posés sur le visage de la terre

Entre ces oasis de miel de marbre et d’honneur

La reine de sabbats méprise les sistres et les ouds

Sa musique préférée n’est pas le vent de palmes

Mais celui des armes au tonnerre assourdissant

Elle est à la fois vipère et cigüe, morsure et poison

Servie par ses sicaires issus de mosaïques en pacotilles

De la mémoire des hommes, elle voudrait effacer

Les tombeaux, les peintures et les mausolées

Elle aime sa liberté et hait celle des autres

Son jeu de balles s’appelle kalachnikov

 

C’est entre les lignes

De mire, de faîte, de vie,

Du cahier quadrillé qui a perdu la verticale,

De la main tendue comme un arc

Visant la tête, toujours la tête,

Que s’éparpillent les souffles, les pas,

Les brisures d’étoile et la raison.

Puis un matin l’évidence est là ;

Les courbes des collines s’inversent

Les écheveaux emmêlés donnent leurs couleurs

À cette écharpe qui, de gorge en gorge,

Protège le murmure des ruisseaux.

Les pointillés prennent corps

Dans la boue s’incrustent les racines de l’arbre naissant.

 

Le temps, l’espace, la déraison, spirales merveilleuses ou hallucinantes par :

Élisa, Héliomel, 4z et Éclaircie

Un Poème de Boris Pasternak.

 

Un poème de Boris Pasternak.

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« L’incessant clapotis

Dans le défilé sombre,

Les pins dans le taillis

Et la table dans l’ombre.

.

Sur la viande et le pain

L’haleine des cascades

Assourdit le jardin

De ses fraîches aubades.

.

Sur le chachlik aussi

Par la vapeur grisée,

Elle s’éboule ainsi

Qu’une flamme inversée.

.

Quand la faille bruit

Et de son eau se vide,

La chandelle pâlit, –

Tant cet air est humide.

.

Telle qu’un fil noué,

La fontaine pleurniche

Et son bruit est cloué

Aux rochers en corniche. »

.

Boris Pasternak. 1936. Traduit du russe.

Boris Pasternak (1890-1960).

Les cordes et le funambule

Les bohémiens s’enfuient poursuivis par leur ombre.

Pour jongler quelques étoiles oubliées faisaient l’affaire.

La danseuse en tutu recoud sa chevelure.
Les animaux savants désapprennent la discipline

Et le clown jette son nez rouge au fond du puits.

Ne restent sur les bancs que quelques enfants tristes

Des orphelins dont les godillots bâillent.

Ils réinventent un spectacle

Dans leur tête rasée

Sous leurs yeux fermés retournés à l’état sauvage

Leurs yeux munis de longues pattes d’araignée.

…Moi le funambule je suis de retour

Et j’écris sur la lune

Le nom de ceux que l’oubli me dispute.

.

L’escalier a déserté sa cage

Mais pas un oiseau n’a voulu venir y nicher

Grande colonne vide

Inutile où même le temps ne sait plus

Le sens de ses tourments

Les cordes vocales se nouent

Pour tenter de rejoindre la musique

Escalader les parois lisses

Atteindre le point du jour

Et maçonner ce pont franchissant tous les oublis

.

Les géants rassemblés font trois fois ma hauteur

Certains sont assis, d’autres, non

Ils tiennent dans leurs mains des instruments curieux

Plus grands que moi, des brillants, des dodus

Des noirs secs comme un coup de trique

Il y en a un qui semble planté dans le sol

Tous ces géants regardent leur chef

À un moment précis, les instruments  s’éveillent

S’animent, emplissent  l’espace

L’air sent bon la musique

C’est mon premier concert

J’ai six ans et je découvre Mozart

.

4Z2A84 glissait les yeux fermés

Eclaircie ouvrait la cage de l’oiseau

Heliomel se souvenait de ses premières cordes

Elisa avait perdu son ticket d’entrée au cirque des poètes

À la semaine prochaine!