Monthly Archives: janvier 2013

Le grenier à rêves.

 

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Monter dans un grenier, c’est comme monter dans un avion

Au lieu des rires des passagers, de l’air pressurisé

On entend les rires des poutres et le bruit de soie du vent

Le voyage est plus court que les souvenirs anciens

Tiens, je croyais pourtant avoir remplacé la vitre du vasistas

Le bol bleu à l’anse brisée, une publicité  bébé Cadum

Des liasses de feuilles d’impôts sur un pot de chambre

Tout est à sa place, les lettres de ma grand’mère

L’encre oscille entre le mauve et le sépia

Elle avait une belle écriture, appliquée, penchée,

Comme elle l’était sur moi quand elle me prenait sur ses genoux

Pour me faire oublier que les tombes bombaient au hasard

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Il faudrait quelquefois dormir sous une pierre

Sa chaleur nourrirait les petites graines

Que certains nomment les rêves

Une montagne surgirait alors de l’ ombre

Le soleil serait une fleur à larges pétales orange

En contrebas courraient quelques oiseaux

Bien sûr dépourvus d’ ailes le temps que volent un peu les zèbres

Des éléphants d’ hiver nageraient la brasse

Avec l’ élégance de ces petites danseuses aux bras levés

Qui ornent le couvercle des boîtes musicales

Sur le sommet bleu du sommeil

Un hérisson dormirait en tenant contre lui un réveil

Et quand viendrait le moment d’ ouvrir les paupières

Les éléphants dociles sortiraient de l’ eau

Pour retourner sagement au fond de notre cerveau

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La route cherche à fuir or l’auto la rattrape

On appuie fermement sur l’accélérateur

Et les chevaux sortent furieux de l’écurie

Beaucoup comme Pégase ont des ailes mais l’amble

Suffit pour voyager sans heurt, destination :

L’horizon.  L’horizon ce mythe insaisissable

Une barque à moteur l’atteint et le retient

Dans une nasse où fut capturé le soleil

Mais on l’a relâché sans attendre les plaintes

De la terre privée de ce grand fleuve d’or.

On marche sur un fil entre des continents

Cajolés par la mer. Un avion les survole

Une flèche privée de cible un cri pour rien

Dans l’espace.  Artémis y fait la sourde oreille.

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Qu’importe les couleurs que l’on ne sait décrire

L’eau sur la tempe blanchit nos petits jours

Trois carreaux sont cassés mais l’on veille à marcher

Dans la rue dessinée en dehors de toute ombre

Le puits comblé retient la source

Pourtant la mousse entend sa force frapper la pierre

Les empreintes de la main se fondent aux draps

Tendus pour recueillir ce qu’il reste de sommeil

À cet hiver immobile

Peut-être un pas nouveau marquera-t-il de rouge

Le sillon de cendre creusé jusqu’à la route

Que la toile renaisse et l’œil s’entrouvre

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Eclaircie

Elisa

Héliomel

4Z2A84.

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Buffet d’hiver et confiture d’orange

On se trouve souvent où l’on ne s’attend pas
Dans le buffet dont la porte grince
Quand on l’allège de ses confitures
Quelqu’un nous voit quelqu’un crie au voleur
Avec notre voix
Cette main qui nous gifle c’est la nôtre
Cet adulte qui nous tance nous ressemble
Pour nous punir on nous met en pot
Et parmi les conserves nous attendons
Qu’un autre chenapan ouvre la porte
La porte au si gracieux grincement
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Le hasard déambule dans les cours désertées
Où le bruit de ses pas résonne et s’amplifie
Un oiseau sur l’épaule il s’enracinerait
Si le vent ne l’avait contraint d’errer encore
À chercher quelque toile aux reflets d’un étang
Quand un galet ricoche et finit par sombrer
Nul ne connait d’avance le chant de son sursaut
On déchire le voile façonné par le gel
Ses lambeaux porteront au seuil de la mémoire
Des signes incertains comme fruits du hasard
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Au revers de chaque regard un rêve attend
Quand les yeux se ferment, il nous aborde
Impression de déjà vu
Et si c’était le contraire ?
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Il y a bal sans parquet
Les éventails brassent du vide
Ou alors un peu de neige
Qui tombe des cristaux éteints
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Dans le jardin d’hiver
Un lion grelotte
Je ne peux plus parler
Lui ne peut plus griffer
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Terrasses, margelles, gloriettes
Sont éclairées par un singe
Qui tient des flambeaux à l’envers
J’aimerais graver ton nom sur les vitres de l’orangerie
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La traversée semble soudain prendre fin
Les côtes, les lumières, le bruit des foules
Chacun soupire se disant que finalement
Ce voyage fut plus facile que prévu
C’est le petit mousse qui remarque le sifflement
Les visages graves semblent taillés dans la cire
Tant les couleurs en sont absentes
Le roulis tendre des vagues s’accentue sensiblement
Tandis que la nuit déplie sa couverture de nuages
L’enfant appuie sur l’interrupteur en baîllant
Cette vieille télévision de plein air a fait son temps
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Les plans de l’armoire ont été dessinés par Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

poème

De QUI est ce poème ?

Il s’agit d’un auteur célèbre.

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« que ferais-je sans ce monde sans visage sans questions

où être ne dure qu’un instant où chaque instant verse dans le vide dans l’oubli d’avoir été

sans cette onde où à la fin

corps et ombre ensemble s’engloutissent

que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures

haletant furieux vers le secours vers l’amour

sans ce ciel qui s’élève

sur la poussière de ses lests

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que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd’hui

regardant par mon hublot si je ne suis pas seul

à errer et à virer loin de toute vie

dans un espace pantin

sans voix parmi les voix

enfermées avec moi »

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Trois poèmes de Marc Alyn

Trois Poèmes de Marc Alyn

 

Marc ALYN

Marc Alyn (né en 1937, à Reims) reçoit à vingt ans le Prix Max Jacob.
Depuis, à côté de nombreux ouvrages en prose (critique, roman, théâtre) il a fait paraître plus d’une quinzaine de recueils de poèmes.
En 1973, il a reçu le Prix Apollinaire pour « Infini au-delà » et en 1994, le Grand Prix de Poésie de l’Académie française et le Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres pour l’ensemble de son oeuvre.

Poésie(s) de Marc ALYN :

« L’enfant de lune.
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La lune en maraude au coeur des vergers
Grimpait aux pommiers en jupon d’argent ;
Surgirent des chiens rauques, déchaînés :
La lune s’enfuit, laissant un enfant.
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Il vint avec nous en classe au village,
Tout à fait semblable aux autres garçons
Sauf cette clarté nimbant son visage
Sous le feu de joie de ses cheveux blonds.
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Il aimait la pluie, les sources, les marbres,
Tout ce qui ruisselle et ce qui reluit ;
Le soir il veillait très tard sous les arbres
Regardant tomber lentement la nuit.
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La lune en maraude au coeur des vergers
Vint chercher l’enfant un soir gris d’automne :
Vite, il s’envola. J’entends à jamais
Le bruit de son aile amie qui frissonne. »
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Marc ALYN
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« Nuit dansante
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Quand le hibou joue de la flûte,
Le grillon sort son violon,
La hulotte prend son luth
Et le crapaud son basson.
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Cela se passe dans le Sud,
Non loin du vieux pont d’Avignon,
Sur le Rhône, c’est l’habitude
De danser ainsi tous en rond.
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Chats-huants, quels entrechats
Grand-duc, aimez-vous le rock ?
Mais qui sont donc ces petits rats ?
Des surmulots. Ah! quelle époque!
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Ainsi danse-t-on dans les bois
Chaque nuit jusqu’au chant du coq,
C’est du moins ce que dit mon chat
Natif d’Uzès, en Languedoc. »

Marc ALYN
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« Le papillon
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Né au pays de la soie fine
Dans un cocon venu de Chine,
L’Orient est peint sur ses ailes.
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Jaune ou bleu, vert ou vermeil,
Il vole, il va, il vit sa vie
A petits battements ravis.
Dans l’air doux, comme un éventail.
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On le voit, on ne le voit plus,
Il est ici, il est là,
Ou bien c’est un nouveau venu
Son jumeau qui passe là-bas.
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Ah ! Mettez au clou vos filets,
Jetez épingles et bouchons,
Laissez-le libre car il est
La poésie, le papillon ! »
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Marc ALYN

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Dans les coursives du jour

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La forêt est entrée dans mon cœur et j’ai cru

Voir les arbres donner moins d’ombre et plus d’étoiles

On entendait la voix des sources s’éclaircir

Le vent rafraîchissait les feuilles au tapis

Peut-être en avançant de quelques pas l’épée

De la lune ferait un trou dans les taillis

Alors des animaux furtifs se glisseraient

Hors de chez eux pour boire un lait tombé du ciel

Là-haut quelqu’un chantait mais nous n’avions d’oreille

Que pour l’eau dont l’interminable mélodie

Endormait doucement nos têtes douloureuses

Nos têtes qui roulaient sans décider sur quelle

Epaule s’appuyer pour seller des licornes

  .

L’homme en bois dodeline

Et sa démarche étrange étourdit le monde

Il croit aux étoiles comme on berce l’espoir

Un matin il rêve que la nuit prend fin

Qu’elle se meurt d’un amour impossible

C’est alors qu’il entrevoit une brève lueur

A l’instant où la vie réchauffe ses cercles vides

L’homme en bois prend chair

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La fièvre dans le chaudron

Dissout les grêlons rouges

Que la nuit peignait pour ne pas hurler

Il en reste une encre noire perforant le papier

La mémoire et les tympans

La ligne de flottaison dépasse sa cote d’alerte

Les cales trop pleines aspirent à s’engloutir

L’immense cratère creusé par le naufrage

Confond les couleurs et les heures

Et le dernier fantôme se retourne dans son sommeil

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Avec ses volets gris souris  et ses fers rouillés, la rue des Martyrs, c’est la via dolorosa de Paris.

On y trouve un peu de tout, des kamikazés ratés se recyclent en ouvrant des karaokés

Des karatekas s’entrainent dans la boutique abandonnée par le dernier débloqueur de mobiles.

Des Sri-Lankais nés entre Dambula et Kandy, nostalgiques des lampes à huile

Et des fleurs passées au cou des éléphants vendent des moulins à prières aux Népalais de plus en plus nombreux.

Il y a  aussi des Péruviens qui se sont perdus entre Cuzco chicha ou  Machu-Picchu quena

Des Jordaniens du Wadi Rum qui voulaient voir des tours Eiffel en vrai,

Des Rajputes de Vârânasî qui charrient des Boliviennes à chapeau d’hommes,

Des Mayas miraculés, un Karen marchand de…riz.

Un Canadien de Vancouver aux yeux bleu glacier est maqué avec une Mexicaine d’Oaxaca.

Un Javanais de la place Merdeka qui se balade avec un varan apprivoisé.

On vend des i phone à 30 euros, des tapis au même prix, garantis développement durable.

On était 4 autochtones à faire la belote mais Raymond n’a pas voulu finir l’année.

On a rangé les cartes, on se contentera de gratter des kenos à deux euros.

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La présente traversée est offerte par :

Elisa, Héliomel, 4z et Eclaircie

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Le livre sous la glace

C’est ici que s’ouvre le livre dans le livre

Depuis les rues enroulées dans leur écharpe

Les échelles grimpent jusqu’au ciel

Les toitures courbent leur dos d’ardoise

On se souvient de ces deux corps penchés

Au-dessus des tables grises

Quelques-uns égarés dans la spirale

Chantent encore la mémoire d’une sphère orange

Et l’on voit toujours ce grand bateau blanc

Accostant le rivage d’une île invisible

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Parfois la glace fond

Parfois on la couve

Comme un œuf

Avant de l’entendre se casser.

…Il y a un œil au plafond :

En été des mouches s’y collaient

Le ciel secouait son arrosoir

Au-dessus des plantations.

La fraîcheur d’une feuille de salade

Contre nos joues les rassure

On n’y mordra plus

Pour la pulpe qu’elles annoncent

Sous des rougeurs irrépressibles.

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Viens mon beau soleil noir

Que tu sois léger ou profond

Fais que l’eau de mes yeux

Se fige en cristal immobile

 

Toi mon vrai sommeil

Le gardien vigilant

De mes voyages insensés

Ouvre la fenêtre

 

Qu’il fasse chaud ou froid

On va partir tous les deux

On refera le monde

Jusqu’à l’aube entrouverte

 

Les façades émergent de la brume

S’interpellent se congratulent
S’interrogent de la fenêtre mauve encore fermée
-est-ce là le refuge de la lune fugueuse-
Elles rosissent d’émotion
Lorsque sur les trottoirs trottinent
Les réverbères et leurs allumeurs
S’en allant chercher l’ombre
Et quelque amadouvier pour partager leur flamme
Depuis le soupirail un œil pétillant
Lance des éclairs blonds
Confettis qui s’envolent pour maquiller le temps

 

Ont participé:

Eclaircie

Elisa

4Z

Heliomel

 

je ne sais pas vous

Chers amis,

Je ne sais pas vous, mais moi, toutes ces années, je ne sais plus où les mettre!

Elles s’entassent, s’empilent de la cave au grenier, je suis même obligé de les ranger par siècles.

Il y en a des fameuses, des glorieuses,  d’autres qu’on préférerait oublier…

Ce qui ne m’empêche pas, Eclaircie, Elisa, Téquila, 4Z de vous souhaiter une bonne année, rangée ou désordonnée, l’essentiel étant qu’elle nous permette de poursuivre nos échanges que je ne saurais qualifier (loufoques, baroques ou autres, ne me faites pas dire ce que je n’ai même pensé)

J’associe aussi celles ou ceux qui nous font l’honneur de nous lire ou de déposer des textes, je ne les citerai pas tous, mais j’ai une pensée particulière pour Josy, Air-pur et Oulra, que les autres me pardonnent.

Je vous embrasse

 

Heliomel