Historique du mois : décembre 2012

La brèche

.

La flamme s’acoquine avec le vent

Pour faire rendre à la bûche

Sa dernière sève

Qu’elle devienne suie scintillante

Flocons de neige noire offerts à la lune

Et l’on dort dans des draps rouges

Pour prolonger la danse

Des ombres sur les murs

Avant que la cendre ne se dépose

Au cadran de l’horloge

Dans les plis de l’étoffe

Au matin

On puise la lumière

Et l’éclat de ces voix pour réchauffer nos lèvres

.

Aujourd’hui la pluie tombe de bas en haut

On dit qu’elle s’élève vers les nuages

Et le soleil privé de la clarté de la lune

Des bougies l’éclairent parcimonieusement

Non il ne veille pas un mort

Ni ne s’exerce à lire dans le noir sans ses lunettes.

Quant à la terre elle se brosse les dents

Avec l’énergie d’un rabot en colère.

Que de surprises !

A combien d’événements insolites devrons-nous assister

Avant de serrer dans nos bras la fenêtre

En lui murmurant les mots dont toutes les fenêtres se gargarisent

Qu’elles soient fermées ouvertes ou asthmatiques.

.

Après avoir puisé son eau

Au bord de l’océan troué

C’est la nuit que le Sélène

Se libère de sa  palanche

 .

Il danse au bal d’argent

Jusqu’à l’aube naissante

Alors seulement, sa respiration

Fleure la rosée du matin

 .

Enfin  la brume se lève

Comme un voile de mariée

Ce qui tombe plutôt bien

Car le Sélène est pudique

 .

Quand la lune se hausse

Il migre vers sa face cachée

Et son voisin le Terrien

Ne se doute de rien

.

Un sursaut, une brèche dans le noir

Les maisons s’illuminent

La nuit sombre cède la place

Il revoit ces échelles qui montaient jusqu’à elle

Ces rubans de soie rose qu’elle portait en hiver

Comme un soir éclairé d’arcs-en-ciel

Il revoit cette ville jouissant de leur bonheur

Et les plaines d’Irlande

Assises au bord de la mer

.

Dans les rôles du vent, de la terre, de l’eau, du feu :

Elisa-R, Héliomel, 4Z2A84 et Eclaircie.

Perspectives

pâlissant sous la lune
il nota sur son carnet
l’étrange blondeur
de certaines maladies

quand le vent lui disait
il allait par les prés
à la rencontre des lièvres
qui rongeaient en quinconce
l’herbe hautement décatie

il leur parlait de l’aberration verticale des arbres
des mobiliers marins à inventer
des grumeaux dans l’eau que sont les alevins
et qui ne sont supportables pour personne

il avait une tendresse particulière pour le ciel
qui devant la surabondance des fenêtres
glissait dès l’aube en morceaux

lancettes blanches sous ses lèvres
ses dents rencognaient au fond de sa gorge
ce qui par dessus tout l’enflammait
l’ineffable image de végétaux magnifiques
dévorant les astres

c’est par un soir de triste fête
tandis qu’une horrible lampe
courait après la nuit
qu’il boucla ses valises
pour partir à la recherche
de petites pousses criminelles

Un poème d’Egfrild, avec son aimable autorisation.