Monthly Archives: novembre 2012

Grand cru

Une tempête dans un bol
Parce que la feuille manquait d’air
Peut-être de largeur
Alors on ouvre les tiroirs pour parer à toute atteinte
On déploie les pièces de taffetas
On entasse les pierres et autres bimbeloteries
La valise est ouverte posée sur une table basse
On y glisse deux ou trois sourires
Un mot rare une âme lasse
Puis on regarde la grande aiguille de l’horloge
Et on boit le café encore un peu chaud
Sans autre forme de procès
.
La roue s’arrête et les étoiles tombent
On ne sait pas ce qui doit arriver
Ce silence est inconfortable
On s’y résigne comme à regarder au loin.
Le ciel se met à table
Il avoue qu’il ne cache rien
Mais des années de solitude
Le long d’une avenue déserte
Nous sont contées par tous ses biographes
Avec eux cultivons la douce incertitude
Vous ignorez mon âge
Le vôtre dépend du hasard.
– Je ne veux pas d’autres yeux que les miens

Sous mes paupières quand je dors

Signe de mauvais temps
Il pleuvait des chats blonds
Sur un nuage blanc
J’ai posé mon ballon

Entourées d’un ruisseau
Des femmes regardaient
L’ancre au milieu des prés
Fleur aux pétales noirs

Sous le poids de palanches
Remplies de lait mousseux
Elles gravissaient courbées
Un escalier de pierre

Le poids de leurs efforts
Tombait dans un chaudron
Un sapajou doré
Buvait sans retenue

Lorsque la caresse cessa
Le corps inerte, disloqué
Semblait enfin dormir en ce pré
Le vent osa s’approcher
Comme l’étreinte qui berçait, inutile, nos ombres
Le ruisseau étalait cette couleur sanguine
Scandant le geste mille fois répété
De ma lèvre à ta gorge bleuie
Nous avions communié
Dans cet enfer splendide de lys rouges
Que seuls les enfants grandis trop vite
Savent recoudre et découdre au matin

Eclaircie, Elisa, 4Z, Helio

à consommer avec modération

SUR LA CIME DES REVES

Poème à plusieurs voix.
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SUR LA CIME DES REVES
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Peut-on marcher sur la cime des rêves
Et parcourir le monde sur le dos d’une hirondelle?
Peut-on dérober les notes noires d’un requiem ?
Peut-on croire aux lendemains si l’on est agnostique?
Peut-on trotter l’amble avec trois jeunes éléphants?
Du bout des lèvres chacun offre sa plus belle réponse
Et se met à gambader joyeusement sur les terres labourées.
Du fond du coeur chacun ressent alors plus fort que jamais
Qu’il est une part vivante du paysage qu il aime tant.
Comme l’oiseau gris assoupi paisible sur le fil de nos journées.
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Les passants s’agglutinent le nez contre le mur
Qu’ils prennent pour des vitrines
Ils ont laissé leurs yeux en gage dans une rue sombre
Leur destin entre les mains et pas un bagage
Pour alourdir leur quête de la lumière
Dans ce voyage qu’ils se promettent de faire
À l’intérieur d’eux-mêmes et de leur voisin
Ils ont laissé dans un coin de jardin
L’arbre qui les rattachait à leur première bouillie
Lorsque la bouche aux dents déjà tombées
Ils arboraient un sourire poupin que nul ne regardait
Puis lassés de la foule et d’un pied mal assuré
Ils cherchent l’escalier descendant à la cave
Où ils pourront chanter jour et nuit
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Le grenier donne sur la mer on y surprend
Parfois la vague à bout de souffle elle offre
Avec son ventre une vitre cassée
Le soleil en morceaux supplée le puzzle absent
Ou laissé de côté faute de stratégie
On abandonne au sable et l’espace et le temps
Pour verser dans son cœur inconstant l’énergie
D’où cet organe tire à la fois des effets
Sur son public et l’eau noire qui l’alimente
Elle tombe du ciel quand on prie quand on presse
Sa mamelle oubliant de sevrer l’animal
Maudit soit l’arbre auquel on a voulu se pendre
Parce qu’il manquerait à la lune une antenne
Pour nous voir l’adorer à genoux sur le pont
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Le château d’en bas a ses racines dans celui d’en haut
Un simple tremblement d’eau les sépare
En bas, on marche au plafond, on caresse les corniches
En haut, on est sur un nuage, on caresse les duchesses
Il y a un toit dans l’eau, un autre dans l’air
Côté ardoises, du bleu s’oppose au gris
Les arcades font des ronds dans l’eau
Seule la douve reste impassible
On pousse une porte pour entrer dans le château d’en haut
Mais déjà vous voulez pénétrer dans le château d’en bas
C’est difficile, on ouvre la porte de la cave d’en haut, on descend
On gratte un peu le sol et on se retrouve dans la cave d’en bas
Les étiquettes des bouteilles sont décollées
Le vin s’est transformé en eau, les oiseaux en poissons
Les bulles préfèrent retourner au château d’en haut
Le masque sur la face, on sabre le champagne
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Illustrateurs :
Eclaircie ;
Elisa R. ;
Héliomel (absent présent) ;
4Z.
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VERBIAGE

Dans le cadre de « Cour de récréation
bavardages… »
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VERBIAGE
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Je dédie ce poème à la brise…ou à la bise…ou à la braise.
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La mer nous cache des secrets
On l’explore
On y creuse des tunnels
On la fouille au corps
On torture les tourterelles
Dont elle encombre le décor
Dans lequel joue de la prunelle
Celle qui tient son rôle sur les planches
Je suis la mer dit-elle
J’en sais trop je me tais
Mais le chant des sirènes !
Mais les poissons volants !
Mais les dauphins savants !
Mais les algues jalouses
Des danses des almées !…
Les dents en enfilade !
Le sourire des vagues !
Les haies infranchissables !
Les repas que l’on saute
Faute de bifteck frites !
Cuite à point la mer sort du four
Et le théâtre désemplit
Ainsi la première est un four
On y testait la mise en plis
De la houle mais rien ne tient
Et les coiffeurs le doigt se fourrent
Dans l’œil au lieu de s’appliquer
A éloigner d’un chef chrétien
Les poux engeance éradiquée
Qui ne meurt jamais semble-t-il
Malgré nos manœuvres subtiles
Pour les défaire et nous flatter
De tenir à la saleté
Et plus encor à la vermine
La dragée haute et d’être utile
A la société qu’elles minent
Et dont nous défendons la cause
Toujours tu m’intéresses…
Dans nos tresses
Jamais plus de poux !
Mais la mer
Comme si elle naissait sous les doigts
De l’artiste…

Des bestioles (extrait)

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Le charmant crabe lunaire

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Le premier exemplaire jamais localisé du blanc crabe lunaire, était gros comme poing. L’avait bien ses six pattes velues comme cycliste. Également deux pinces comme la verte étrille, sa consœur terrienne.
Sa grande occupation -sa raison d’être même- est de serrer des pinces. S’il peut vous alpaguer un revers, un ourlet, une partie de votre anatomie, un nez, il ne vous lâchera -et on peut le comprendre- pas d’autant plus que la compagnie sur la Lune n’est pas guère nombreuse.
Son langage est basique -une glossolalie-, gestes de sémaphore, souffle de champignon quand va y avoir du sport…
Alors en un éclair il vous casse la noix, vous tord les nougats sans pousser le moindrouf.

Qu’il reste sur sa Lune !
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Gracieuse, méduse d’Arcueil

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La méduse dansotte, écoutant le Satie -qu’il compose à Arcueil- dans son piano cercueil. A fait sa gymnastique, blottie dans l’aquarium, du restaurant chinois qui est au coin du coin. Il s’appelle Rivière, aux six parfums têtus…
Ventrue et potelée -bien qu’elle n’ait point de ventre, malgré un estomac- elle se nourrit d’un rien, quelques vagues bacilles, du plancton égaré passé par l’écumoire aux petits trous laxistes. A parle pas non plus car elle n’a pas de bouche. Bizarrement fichu ce bizarre animal.
Sa gestuelle est gracieuse, fluide comme un voile -sous zéphyr coquin s’il vient à rafraîchir la fesse pyropyge- et sa lenteur exquise -démarche de marquise… Et hop!-.
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L’autre rive du ciel

L’autre rive du ciel
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On a dû naître un jour
Sans y penser
On a tenté de compter les grains de sable
Nous séparant de l’autre rive
Et l’on se sera perdu entre cent et mille
Pour se retrouver un soir
Au centre d’une immense salle
Emplie de sons
De voix de chants ou de couleurs
Que l’on ne distingue plus
Un plateau dans la main
On offre au vent
Les derniers battements de cils
Quand le regard s’envole vers l’océan
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Une promenade au bord du ciel
Avec, en laisse, un fleuve
Et des rivières qui exultent ou jappent…
On se trompe de couleur.
Perdu dans le mauve, faut-il lancer les dés ?
Sauter un chapitre sur deux ?
Franchir en quelques pas plusieurs siècles ?
Les nuages ont dans leurs bagages tant d’instruments du musique !
Ne jouez pas à la fois de tous,
Ménagez vos effets comme nous nos efforts
Pour réparer le paysage :
Coudre la montagne avec du fil de fer,
Harnacher une vague sur dix
Quand l’océan regarde ailleurs,
Parmi d’autres ces missions nous sont attribuées.
Scandaleusement le vent distribue les tâches…
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Un festival de couleurs
A l’intérieur d’un cadre si large
Que deux yeux même bien ronds se sentent incapables de tout voir
Automne
Dernière station terrienne avant le retour
Pour les habitants à trois têtes au carré
De cette jolie planète sans attaches
Qui voyage chaque année à travers l’univers
Après les visites guidées et les achats d’usage
Chacun regagne son siège
Prêt à rêver pendant quelques lumières d’années
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Entre l’océan et les étoiles, les voyageurs ressemblaient à Eclaircie, 4Z et moi-même.

Ventre de nacre

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Cet été la neige sera violette

Avec des plumes

Ou un duvet.

On hésite avant de franchir le seuil :

De quelle couleur seront les nuages ?

Et la vie ?

La faut-il uniformément noire

Pour y apprendre le métier de blanchisseuse

Et ainsi sauver l’humanité

Puis offrir à la ronde une meringue

Dont même les taupes se régaleront ?

On hésite à pousser la porte

Quand derrière elle le monde perd son éclat

Comme une lune en deuil.

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Ce n’était au début qu’une esquisse

Un espoir un peu vague entrevu par hasard

Mais le trait par la suite s’est précisé

Aussi léger qu’un souffle de printemps

Comme une brise sur un cou dénudé

La cheminée en marbre blanc

Abritait une lune translucide

Au sein de laquelle grandissait une forme

Un embryon de lumière assoupi sagement

Un petit croissant de rêve

Dans un ventre de nacre

.

Dans la poche du somnambule

Un poisson souffre d’insomnie

Il compte et recompte les billets

D’amour qu’il glissera dans une bouteille

Pour sa douce promise endormie sur la vague

Quand l’océan moutonne

Puis tisse la brume en un tapis moelleux

Adoucissant le réveil du dormeur

Et son plongeon depuis le quai

Dans l’aquarium qu’il n’aurait jamais dû quitter

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Avec les voix de :

Elisa, 4Z er Eclaircie

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In Mémoriam

Il est interdit de faire de la musique plus de vingt-quatre heures par jour
ça finira par me faire du tort
Hier au soir un Hindou amnésique
a mis tous mes souvenirs dans une grosse boule en or
et la boule a roulé au fond d’un corridor
et puis dans l’escalier elle a dégringolé
renversant un monsieur
devant la loge de la concierge
un monsieur qui voulait dire son nom en rentrant
Et la boule lui a jeté tous mes souvenirs à la tête
et il a dit mon nom à la place du sien
et maintenant
me voilà tranquille pour un bon petit bout de temps
Il a tout pris pour lui
je ne me souviens de rien
et il est parti sangloter sur la tombe de mon grand-père paternel
le judicieux éleveur de sauterelles
l’homme qui ne valait pas grand chose mais qui n’avait peur de rien
et qui portait des bretelles mauves
Sa femme l’appelait grand vaurien
ou grand saurien peut-être
oui c’est cela je crois bien grand saurien
ou autre chose
est-ce que je sais
est-ce que je me souviens
Tout ça futilités fonds de tiroirs miettes et gravats de ma mémoire
Je ne connais plus le fin mot de l’histoire

Et la mémoire
comment est-elle faite la mémoire
de quoi a-t-elle l’air
de quoi aura-t-elle l’air plus tard
la mémoire
Peut-être qu’elle était verte pour les souvenirs de vacances
peut-être que c’est devenu maintenant un grand panier d’osier sanglant
avec un petit monde assassiné dedans
et une étiquette avec le mot Haut
avec le mot Bas
et puis le mot Fragile en grosses lettres rouges
en bleues
ou mauves
pourquoi pas mauves
enfin grises et roses
puisque j’ai le choix maintenant.

(La Pluie et le beau temps)
Gallimard, 1955

Jacques Prévert

la lune dans l’étau

.(version complète)

.

À l’étroit dans l’étau des pensées étrangères

Il se perd au fond d’un miroir au tain gris

Le rouge oppressant des cloisons de papier

Se mue en triste vert près de l’âtre

Un visage blafard interroge la lune

Ronde

Comme abasourdie par tant de hardiesse

Puis le clapotis du verre biseauté s’apaise

La nuit revient au paysage

Le miroir à son silence

 .

Le jour commence à poindre

La lune s’enfuit abandonnant l’écharpe

Tissée par la forêt lors des saisons passées

Offerte par la flamme au cœur de la nuit

Elle ne m’a pas laissé le temps de la peindre

Ni de lui confier le moindre message

Les oiseaux impatients me guettent

Et s’étonnent déjà de la page restée vierge

Eux qui savent tracer tous les signes

Que je voulais vous adresser avant l’aurore

 .

J’ai volé de mes propres ailes

Au-dessus des mers déchaînées

Vaniteux le vent fait du zèle

Pour répondre à nos pieds de nez

Où allions-nous privés d’attelles

Et par le ciel abandonnés

Mes grandes sœurs se montraient telles

Que des gorgones au ciné

Ces créatures immortelles

Leurs cheveux de serpents ornés

Me retinrent par mes bretelles

A l’instant où comme un damné

Choit dans un abîme sans fond

Je faillis tomber du plafond

– Ou de mon nid – plus qu’étonné.

 .

Je te regarde dormir

Poitrine à l’étale de mer

Des mots figés sur ta bouche

Des images collées aux paupières

.

Parfois ton corps est en forme

De point d’interrogation

Ou alors en chien de fusil

Le cœur entre les draps

.

Tes cheveux pomme d’arrosoir

Dessinent des sentiers sur l’oreiller

Il tombe de ton front chéneau

Comme des gouttes d’or

.

Regarde les rideaux outremer

Ils s’envolent au vent de l’aube

Et l’horizon les engloutit

Combien j’aime tes cils de suie

.

Tombés d’un nid, d’un chéneau, d’un miroir ou de la lune, les auteurs sont au complet :

Elisa-R, Héliomel, 4Z et Eclaircie

.

la lune dans l’étau

À l’étroit dans l’étau des pensées étrangères

Il se perd au fond d’un miroir au tain gris

Le rouge oppressant des cloisons de papier

Se mue en triste vert près de l’âtre

Un visage blafard interroge la lune

Ronde

Comme abasourdie par tant de hardiesse

Puis le clapotis du verre biseauté s’ apaise

La nuit revient au paysage

Le miroir à son silence

 

Le jour commence à poindre

La lune s’enfuit abandonnant l’écharpe

Tissée par la forêt lors des saisons passées

Offerte par la flamme au cœur de la nuit

Elle ne m’a pas laissé le temps de la peindre

Ni de lui confier le moindre message

Les oiseaux impatients me guettent

Et s’étonnent déjà de la page restée vierge

Eux qui savent tracer tous les signes

Que je voulais vous adresser avant l’aurore

 

Je te regarde dormir

Poitrine à l’étale de mer

Des mots figés sur ta bouche

Des images collées aux paupières

 

Parfois ton corps est en forme

De point d’interrogation

Ou alors en chien de fusil

Le cœur entre les draps

 

Tes cheveux pomme d’arrosoir

Dessinent des sentiers sur l’oreiller

Il tombe de ton front chéneau

Comme des gouttes d’or

 

Regarde les rideaux outremer

Ils s’envolent au vent de l’aube

Et l’horizon les engloutit

Combien j’aime tes cils de suie

 

 

 

La maison

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.
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La maison ne tient plus debout que par son lierre
et dedans le temps est bien plus lent que dehors

Le bois n’est lustré qu’à l’endroit où je me pose
la lecture n’avance pas empêtrée dans
les souvenirs et les odeurs grisâtres de
la maison qui ne tient debout que par son lierre

Et dedans car le temps est plus lent que dehors
le banc n’est lustré qu’à l’endroit où je me pose

La lecture n’avance pas empêtrée dans
les souvenirs et les odeurs grisâtres de
la maison qui ne tient debout que par son lierre

Ad libitum
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