Historique du mois : août 2012

Dernier voyage

 

On entend le bruit de respiration de la gare. Les voyageurs sont entrés dans le grand hall bondé.

Ils ne sont pas assis que les dents des pavés des quais s’entrechoquent et que le train s’ébranle, secoué par les aiguillages, poussé par une langue de feu.
Non loin se profile le tunnel sombre qui les attend pour les plonger vers une gorge aux parois de rochers pourpres parsemés de cascades intermittentes, laiteuses comme des glaires.
Bien qu’ils prennent de la vitesse, ils sont rattrapés puis doublés par un fleuve méphitique qui semble assombrir le chemin de leurs rêves.
Ils baignent dans une semi obscurité, certains entendent déjà le bruit de la mer. Ils ne se sont pas trompés, elle apparait, majestueuse et tentaculaire. Alors, les petits cubes de vache qui rit disparaissent lentement dans l’estomac.

Un candélabre sur chaque nuage

Les mains gantées de feuilles et le bleu aux joues
Descendre dans une vallée qui n’existe pas
Attendre sans modération ni fin
Quand la lune bicéphale offrira son sourire
Il sera temps pour celui qui n’est jamais parti
De revenir éclairé de candélabres d’argile
Car derrière tout est sombre
Chacun ayant appris à éteindre en sortant
Même ceux qui portaient d’étranges fourrures
Même ceux dont les pieds le sol ou le torse
Se couvraient de longs poils orange
Sous les globes sans vie des voûtes aux lignes plates
.

Le vieux nuage gris a pleuré
Sur sa rivière souillée
Il a fait son deuil
De ses belles années

Le vieux nuage gris a posé
Sa pattemouille sur un pré
Les trèfles à quatre feuilles
Il les a tous repassés

Le vieux nuage gris a soupé
D’herbe tendre anisée
Pour dessert un cerfeuil
Et puis s’en est allé

Le vieux nuage gris a grimpé
Par-delà la vallée
Regardez-le, il cueille
Un edelweiss oublié

.

Les ventilateurs ronflent
De jour comme de nuit
Chassant l’idée comme la poussière
On apprend à découdre
Les ourlets des nuages
Les lisières des champs
Les surjets des surgeons
La danse est parfois macabre
Ou samba endiablée
Sur la toile rouge
Les arabesques des empreintes
Virevoltent bien après
Le sommeil des pistes
Dont la neige a fondu
Se jetant dans le vide
Pour chercher l’absolu

 

En décembre quand miaule la cerise
Trois élégantes se ruent sur un fleuve en pot
Douces sont les allégories
Mais pour quelle tête ce chapeau
Pour quel chapeau ces cônes parfumés
Interrogez les murs
Car ils en savent plus long qu’un train de marchandises
Il fera froid si nos gants cueillent des cailloux
Des cailloux sur les branches des ombrelles sous tension
L’oeil de côté les chastes profils
Glissent se dérobent comme on change de position
Ainsi toute l’eau du monde vagabonde
Aucune paille ne l’aspire
Croquée l’hiver la cerise joue
Au chat et à son sourire avec la joue
.