Monthly Archives: août 2012

VOYAGES DANS DES CAHIERS.

Poème à plusieurs voix.
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VOYAGES DANS DES CAHIERS.
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Quand les collines soutiennent le ciel
Les enfants les gravissent à cloche-pied
Pour attraper le soleil
Il sera le palet des marelles
L’ami de l’escargot dormant dans sa coquille
Le caillou des frondes à repousser l’automne
Les murs et les tableaux
Quand les gamins voient au loin la toise qu’ils détestent
Dans leur miroir apparaissent nos silhouettes
Cahiers en bandoulière nous les avons suivis.
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La charrette roule sur une roue
Car il y a longtemps
Que l’autre traîne seule
Entre talus et cailloux
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Le bœuf est sur cette roue
Il fouette le vent qui passe
Son frère a mangé
Le timon depuis longtemps
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La charrette ne se souvient plus
Des gerbes et des tonneaux
Il ne reste qu’un peu d’herbe
Entre deux planches pourries
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Alors pourquoi se plaindre
Dans le chemin creux
Il ne reste qu’un sillon
Et une flaque d’eau claire
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On quitte le chemin
– Et l’on se retrouve où ?
Dans la marge en un lieu
Réservé aux remarques
Du maître qui corrige.
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Le ciel il ne faut pas
S’y frotter car il pique.
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Pour défendre la rose
Dotez-la d’une épine.
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Sur le doigt du voleur
Une goutte de sang
Apparaît – le buvard
L’absorbe et le cahier
Purifié se referme.
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Des os blancs poussent sauvages
Sur les parvis gris des grandes forêts
Les lunes fleurissent en haut des branches
Les soleils sortent de terre
Les poètes du vendredi veillent sur les semis
Et couvrent l’ensemble d’un voile de mer
Translucide
Derrière les montagnes au bout des plaines
D’immenses bateaux partent au large
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avec le concours de :
Eclaircie,
Elisa R.,
Héliomel,
4Z3A84.
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Matière première (Achille Chavée 1906-1969)

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Mots
mots immortels
de cil de ficelle de poudre de sel et de fleur
humides mauves vermoulus pâles et carnivores
mots de cire rouge et de larmes
de baisers et de flambeaux de Judas
pointus têtus nerveux obtus ventrus et lourds
mots de la fin de mots de la rime
aux accouplements dangereux
aux liaisons faciles
aux maladies incurables
mots lapsus malades de la peste
monumentaux et orgueilleux
aux bijoux de fautes d’orthographe
mots criminels et purs
décapités sur l’échafaud de la censure
mots nus bons camarades d’orgie
des nuits de neige et de plume
mots torturés au lance-flammes
mots à la taille de gazelle
à l’épiderme de velours rouge
aux jambages de french cancan
à la silhouette fuyante de marlou
mots qui portez chapeau melon
cachés dans les pianos et les trompettes de jazz
mots tabourets
qui êtes une injure permanente et gratuite
mots de perdition et de déraillement
de Babel de carnaval et l’hiéroglyphe
mots qui faites à présent l’amour
stylets de la durée exacte
amulettes et chiffres d’or
maîtres magiques des objets
serpents de la dialectique
mots créateurs brûlants qui nous livrez le monde
croissez multipliez plus cruels et plus forts
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Ombres et couleurs

On dessine des méninges enchevêtrées dans des toiles
Des mines à ciel ouvert
Des galeries de verre
Des lits de rivières où l’eau dormante
Nous abreuve de l’histoire des galets
Quand ils étaient enfants au ventre des montagnes
Les mémoires s’entrouvrent
Et de grands ponts enjambent le passé
De larges sillons qu’ont creusés les orages
Accueillent les soleils renaissants
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Les cailloux ont-ils une vie intérieure
Tant d’hommes se damnent pour des clous
Tant d’âmes flottent indécises
On ne compte plus les jeunes mariées qui regrettent
Le temps où les dinosaures jouaient aux dés
Et celles dont on aperçoit le nez au moment où le tramway démarre
Ici l’ombre est moins chère qu’ailleurs
Mais la qualité l’emporte sur le courant d’air quel que soit son âge
Si la rivière ne s’arrête pas au feu rouge
Les coquelicots mourront de honte
Oui le silence broute au même titre que le pivert
Quant à la neige elle joue du clairon
Mais ne me demandez surtout pas pourquoi
L’électricité fut si longtemps coupée sur la lune
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Aux ombres des jardins répondent les chants
Des licornes sauvages reconnaissables
A leurs longs cils
Le ciel déraisonnable enfante des soleils
Boules rouges qui apaisent les pâleurs de la lune
Enfin nous posons nos errances
Qui fleurissent charmantes sur les murs lézardés
Et la vie resurgit des vagues mortes
Oubliées sur le vert des herbes hautes
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Toucher la peinture du bout du doigt, braver l’interdit
Des ongles sur un tableau effleurent les souvenirs
Attachés au mouvement des couleurs, à la patine du temps.
Quelle était la couleur des yeux de l’infante au cerceau ?
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Le rose des lèvres de la Joconde était-il plus vif qu’aujourd’hui ?
Nul ne saurait le dire et qu’importe d’ailleurs
Les secrets sont perdus , les ateliers disparus
J’ai pris Vénus sortie du bain par la main
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Je crois qu’en inclinant sa tête, elle a souri
Les boiseries perdent leurs ors, le parquet grince mon prince
Les couloirs de la nuit s’annoncent, quelle tristesse ma princesse
Vénus, il est temps de retrouver ton fourreau de sirène
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Le secret des cailloux a été préservé par 4Z,Eclaircie, Héliomel et moi-même.

Château de sel

 

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Un château doré comme une orange bâille

A s’en défaire des poux jolis qui l’égayent

Heureusement une mer seule et triste vient hanter ses remparts

Alors dansent les pays alentours et le ciel

Aucune nuit ne vient plus troubler le calme

Des oiseaux bleus planant au-dessus des nuages

Les vagues vont et viennent entre les branches et les feuilles

Offrant aux grands arbres rouges une voix mélodieuse

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Les nuages s’en vont privés de friandises

Leur ombre touche terre elle a ses habitudes

Et nous notre souci se laisse disperser

Par le vent dont un seul soupir ourle la vague

On entend le soleil éclater dès qu’il frôle

Du bout des doigts la mer où ses feux s’alimentent

Couché nul ne retient le monde en s’y collant

Bouche à bouche et la nuit profite des marées

Recherchant dans le sel un sel beaucoup plus rare

Celui pour lequel l’eau brûle ses calories

Le sang devenu blanc à force de rinçages

La couleur du plafond quand l’œuf céleste frit

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C’est le parfum de chaque  mois qui rythme les saisons

Chaque époque porte en elle des richesses cachées

Heures de fruits, de fleurs,  de vents mouillés noisette

Fragiles parce que fugaces, furtives, volatiles

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Je suis le chercheur  d’heures

Avide de retrouver les coffres débordants

Des aubes incertaines aux moments changeants

Des  crépuscules alanguis aux instants subtils

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Quand la nuit s’avance en robe de feutre

Que le lit devient tapis de confidences

Je crains juste les heures au goût d’insomnie

Ces sentinelles aux yeux toujours ouverts

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Si ce jour tout juste vécu vous semble très exactement

Le même que celui d’hier, alors vous avez perdu du temps

Il fallait regarder ce minuscule ressort porté par une hirondelle

Tous deux donnent du mouvement et de la voix aux nuages

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On tire les cartes et la chevillette

De ce château dont les murs ondulent

Au moindre chuchotement des fondations

Bien trop fragiles pour asseoir une quelconque renommée

Où les greniers renferment des rats bien gras

Des rats des champs

Qui se sont perdus dans le dédale des escaliers

Regrettant déjà leurs terriers douillets

Les lustres frissonnent et la lumière tremble

Comme l’aïeul qu’une brise renverserait

S’il n’était devenu fantôme

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Par Elisa, Héliomel, 4Z2A84 et moi.

 

A tire-d’aile

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A lui tout seul le peintre espère-t-il
Réchauffer le paysage
Marcher de ville en ville
Avec tout son avoir sur le dos
On renonce à cette entreprise
Comme à traverser le ciel
Quand on est privé d’ailes
Quand le cœur manque quand s’estompe l’espoir
De vivre assez longtemps pour se voir mourir
Après avoir dicté son testament
Aux plus avides des vautours
Quand les arbres en ont assez
De filtrer l’averse
De nous protéger contre nous-mêmes
De tirer sur leurs racines
De déterrer leurs enfants morts
A peine des fœtus
Mais l’avenir appartient aux plus démunis
Et les constructeurs ne les démembreront pas
Pour enrichir des collections d’osselets
Ni ne se tailleront des gants dans leur peau
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Nous tournons en rond
Autour de ce qui fut un monument
Ou un clocher ou un phare
Un réverbère habillé de noir
Le jour tarde à naître
L’accoucheuse s’impatiente
Le futur papa n’attend pas
Il allume son cigare et explose
Le bruit réveille dans leur berceau les bébés
Dont la nurse refuse sa langue à son amoureux
Il pleuvra longuement sur le jardin public
Et dans le kiosque s’effacera peu à peu le petit orchestre
Sur une décision du peintre
De ne représenter que ce qu’il imagine
Sa fuite en troïka sur les collines onduleuses
La fille du pasteur enlevée titrent les journaux
Mais elle est consentante sa sœur le sait
Sa sœur l’approuve sa sœur lui offre ses économies
Tout se passe de nuit sur les canaux
Le gondolier s’impatiente sous lui la gondole danse
La pirogue emportée de force par la rivière fougueuse
Bondit gifle l’eau s’arrache manque de verser plonge surgit surnage
Et le tam-tam avertit le roi
D’un pays situé à des milliers de kilomètres de là
– Mais d’où ? –
De la fugue du prince avec la première fée venue
Avec la dernière des sorcières
Et leurs chevaux ont été aperçus
Par Argus entre deux étoiles
Dont l’une débute sur scène ce soir
On l’encourage mais danser la mort du cygne
Devant des hommes qui par ennui mangent leur barbe
Devant des femmes dont la poudre forme des plaques sur les bajoues
Pourquoi
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Pourquoi se lever risquer de perdre sa place au lit ou au premier rang à l’école
Pourquoi porter un nom qui jure avec l’expression de son visage
Pourquoi ne pas posséder autant de mains que de poches
Autant de têtes que de cheveux
Et pour les chauves craignez l’extinction de leur conscience
Craignez d’entamer une âme au moment de mordre dans votre sandwich
Fermez la porte
Non pas celle-ci l’autre
Celle dont on cherche la clé dans un lac
On examine au microscope chaque goutte d’eau
Toutes sont des mondes dans lesquels
Une chaise longue t’invite à t’allonger
Tu choisiras d’y être à l’ombre ou au soleil
Et pour les boissons fais-nous confiance
Entre deux hoquets l’eau te montre son visage
Les yeux plissés elle sourit
Avant de s’élancer vers l’arbre
Dont la cime repeint les nuages d’un seul coup de pinceau
Le parfum de fleurs anonymes flotte
Au-dessus de la nappe maculée de vin violet
Il ne fait plus froid ni sous le crâne
Ni autour du livre fermé qui malgré l’absence de lecteurs
Rêve.
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Le grand combat (Henri Michaux)

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Il l’emparouille et l’endosque contre terre;
Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs; 
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

(Henri Michaux – Qui je fus – Gallimard, 1927)
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Papier peint

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Tapissées jusqu’au ras des huisseries dont l’huissier ne s’est pas encore emparé, les grosses fleufleures du papier peint attendent, sans doute en vain, le bovin qui viendra les brouter d’un œil vague et bleu, car on n’a jamais vu vache dans les étages.
Elles ont fait des saisons qui passent, de leurs couleurs qui passent aussi, comme des petits nids serrés à l’armoire, aux chevets, au grand miroir qui les démultiplie, au portrait de Georgette à lunettes, à celui d’Eugène en zouave, à la pendule et sa cheminée qui restent du même marbre « rouse » (mi rouge mi rose).
Ce papier là, peint, est comme une vieille maman qui entoure et suce la moelle à son grand qui va bien sur ses quarante maintenant.
Si l’on n’y prend pas garde, il englobera bientôt de sa couleur mole, le canapé, les tentures fatiguées, et même le manteau de qui s’adosse au mur du fond qui est à cour, au mur du fond qui est à jardin.
Au départ, elles étaient pourtant d’amples belles chrysanthèmes (la vogue des chinoiseries), mais, vieilles et fanées, elles sentent l’immuable routine du pas de la pantoufle, la crotte de mouche stratifiée par dizaine d’année, le potage filandreux au poireau, le museau vinaigrette de garde manger, l’usure des poires qui veillent sur l’électricité des ampoules à filament, et, de temps en temps la savonnette, de temps en temps…
C’est pas demain qu’la vache.
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LES TUILES S’ENVOLENT

PPV du 10 août 2012
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Le bleu de lin n’est plus qu’un linceul
Pour le rouge sang des coquelicots
Et la lourde pluie de la fin d’été
Est un désastre pour les asters
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Les saveurs de mers, les senteurs de vents
Nous font croire que la plaine est morte
Orphelins des moissons mordorées
Nos sens inquiets sont tourmentés
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Ils respirent déjà l’odeur de l’âtre
Hument les premiers raisins
Les branches des noyers
Font des arcs-en-ciel
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Au calendrier les jours ont disparu
Le lait déborde des casseroles
Le blé en herbe envahit les tables
Dont les pieds arborent de larges feuilles
Des œufs durs naissent des poules pondeuses
Tous pépiant sous la pluie
Le gazon du salon recouvre les tapis et les miettes
Dans la galerie de portraits les hommes ont les yeux fermés
Les tuiles s’envolent à la poursuite d’une charpente
Sous le cerisier l’escabeau s’arrête à la première marche
Pris de vertige
Dans les rues les passants déambulent en chaussons
Babillent comme nourrisson
On accroche le soleil au plafond à côté de la lune
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La mer produit des fruits dont l’envergure étonne
Transfigurés les ports s’ouvrent comme des pêches
Et les bateaux pressés d’atterrir s’y engouffrent
Sur eux pèse une nuit faussement étoilée
Des bouquets de lueurs trop arrosés fléchissent
Entraînant dans leur chute un dernier papillon
Plus connu sous le nom d’aéroplane L’aube
Trop faible pour chasser définitivement
L’ombre annonce avec tact aux machinistes prêts
Qu’ils devront patienter car le soleil hésite
Et sans lui le rideau reste baissé plus lourd
Qu’un jardin sur lequel la pluie s’est abattue
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Un petit tas de sable au creux de ma main.
Une étoile, en bas, à gauche
Dans un carré de ciel bleu, du rêve.
Et le bruit de la mer qui arrive jusqu’au sable
Passager clandestin des lignes du destin
Il se grave un peu chaque jour.
C’est un livre mystérieux à contempler, songeur
Sans chercher à le lire.
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Avec le concours
d’Eclaircie,
d’Elisa,
d’Héliomel
et de moi-même.

Un poème d’Eclaircie.

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On attend des arbres qu’ils retiennent le ciel
Comme on s’accroche au fil quand se découd la nuit
La rivière qui a vu naître le reflet de la lune
La poursuit dans sa course sans jamais se tarir
Mais déjà le matin abandonne le rose
Qu’il laisse aux nuages plongeant dans l’océan
On se retrouve seul dans ce cadre exigu
Avec la lumière écrasant tous les murs
On froisse le papier dont l’encre a disparu
Et l’on attend un chant pour tracer le chemin
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Eclaircie MCB
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