Historique du mois : juin 2012

Printemps à l’école.

Un poème d’André Dhôtel.
.
«Le printemps d’or. Regardez
les cimes naissantes
des peupliers éperdus
dans la jeune giboulée.
.
Un enfant allait au collège.
Un chien traversait la place
et les grêlons couraient
sur les pavés de l’aurore.
.
La plaisanterie entrera partout
jusque dans les salles d’études
où les livres éclateront
semant des fleurs d’imprimerie
sans aucun sens désormais.
.
Les pensées latines et mathématiques
se seront enfuies dans la plaine
pour se déguiser en oiseaux,
en vieux pneus, en fontaines,
en musaraignes à l’œil fin
et en belettes méchantes. »
.
André Dhôtel (1900-1991) « La Vie Passagère » (1978).
.

CINQ SUR UNE BARQUE

.
Le marabout est assis par terre. Une jambe repliée sous une fesse
La djellaba poussiéreuse. Un poulet picore sous le regard d’un chat famélique
– C’est combien ?
– Dix euros pour le passé, vingt pour le futur
– C’est pour offrir un présent, je choisis l’avenir
– Vous allez faire un voyage
– Oui, je sais, le retour Dakar-Paris
– Reprenez votre argent, on ne plaisante pas ici.
L’oeil du marabout roule dans son orbite de caméléon.
Il a accepté mes excuses et reprend :
– Vous allez faire un voyage
– Je vois une île et des volcans
– Des temples et des rizières
– Oui, et alors ?
– Vous n’en reviendrez pas
– Vous voulez dire que je vais me marier là-bas ?
– C’est possible, la séance est terminée
Sur la terre rouge, il a tracé un cercle avec un os de je ne sais quoi
Puis il s’est levé, est entré dans sa case, au pied du baobab
.
La guitare acoustique enrage dans son coin
Au diable les violons et les contrebasses
Du plus profond de son corps les rythmes sauvages
L assaillent avec violence
La salsa ondoyante et la rumba nonchalante
Décrètent de nouvelles lois
Les accords seront brésiliens ou bien ne seront pas
Peut-être enfin n’entendrons-nous plus les sinistres notes
De nos accordéons, le ressac de cette mer à demi morte
Les chapelets égrenés dans d’ obscures églises
Les fanfares discordantes et au feu les lampions
La guitare acoustique enrage dans son coin
.
En grand désordre les jours s’égaient
Ils se bousculent dans les halls de gare
Jouent des épaules parfois des coudes même au cerceau
Jonglent avec les chapeaux devenus inutiles
Que les voyageurs leur lancent par les hublots des trains
Avant de quitter leurs têtes qu’ils déposent sur les banquettes rouges
Les rails courent en tous sens pour arriver à l’heure des aiguillages
Des plages horaires ou de galets aux rives du matin
Les hauts parleurs s’époumonent dans le vide
Quand le soleil au couchant cède son siège au temps
.
Parmi les bulles qui se forment
Au bout d’une paille trempée dans l’eau savonneuse
Apparaît la lune
Illusion d’optique
Le courant d’air la pousse devant lui
Mais elle est trop fragile pour durer plus que quelques secondes
Alors elle éclate
Et la pluie très fine produite par son explosion
C’est aussi la rosée sur ta lèvre supérieure ô Mère supérieure
Puis sous ma moustache un zeste de sueur
Quand nos bouches se rencontrent
Pour une lutte avec merci
.
Des grenouilles acides se dorent
A l’ ombre d’ un soleil détrempé
Sur le sol désormais spongieux
Se découpent des empreintes
De pieds de mains et de nez
Une barque métallique dérive et
Se colle contre la cheminée
Surmontée d’ un parapluie à fleurs
Et d’ une famille de hérissons
..
Les interprètes :
.
Eclaircie, mezzo ;
Elisa, contralto ;
Héliomel, ténor ;
Tequila, soprano ;
4Z, baryton.
.

L’heure des caniveaux lunatiques

.

Pour toi la lune n’a aucun secret

Et tes confidences elle les écoute

En mère attentive aux paroles de ses enfants

Mieux que personne tu connais sa vie cachée

Celle qui se déroule du côté pile

Là où les lunatiques se réunissent

Afin d’y parler de la pluie et du beau temps

Sujet sur lequel ils ne sont jamais d’accord

Alors ils se fient au hasard

Et l’humeur de la mer dépend du caprice

Des dés qui roulent sur le tapis vert…

– Si nous perdons patience avec notre chapeau à qui la faute ?

Au souffle de la lune quand elle gonfle les joues

Pour éteindre en une seule expiration toutes les étoiles !

.

Sur les pavés les gouttes n’osent plus se poser

Ne voulant pas froisser les reflets de l’aurore

Ni les roues des moulins devenues inutiles

Quand le blé encore vert se cache sous la terre

Et lorsque le meunier a pour seule pitance

Le pain sec d’un autre âge

Dans le caniveau la feuille reste blanche

Les plumes s’engluent dans le goudron

Les soupiraux guettent la lumière

Ils mendient l’éclat des vitraux de l’atelier

Où le peintre n’use que de craie

Pour esquisser les nuits d’orage

.

Le fil d’Ariane se rompt enfin

Nous plongeons dans des nuits cotonneuses

D’où nous sortons grâce aux charmes

Des sorties de baignoires sur le fil du rasoir

Déjà 5 heures, un caténaire siffle sur la plaine

Qui ne fume plus depuis longtemps

Car ses artères sont encombrées

Des philtres des humains

Le jour lève un lièvre qui se relève

Oreilles pointées, museau dressé

Les arbres applaudissent le lever du soleil

Au milieu de sa cour de nuages

.

.

 

Du couchant au levant : Héliomel, 4Z2A84, Éclaircie

.

Par là…

.
.
.
Au petit soir d’un coup de dé
Une nuage est entrée,
Par là,
Fenêtre ouverte,
A déambulé dans la pièce,
A goûté au moelleux des coussins,
Aux petits gâteaux.
Elle te ressemblait un peu.
.
.
.

Les lunettes du tambour

Sous-titre :

Le chat et le moucheron dans la théière

.

Une mer évanouie emplit d’orgueil

Ce moucheron maigrelet qui la porte

En soufflant mais fièrement

La plage envisage de s’évader

D’aller voir ses lointaines cousines

Blanches des matins pacifiques

De leur offrir coquillages et fraîcheur du nord

Pendant le rêve du moucheron et du sable

La brume s’enfuit laissant libre un large mur de vagues

Demain peut-être…

Nous n’avons d’yeux que pour la lune

Le soleil nous aveuglerait

Si nous le regardions de près

Fragilité tu m’importunes

Mes yeux faudra-t-il vous changer

Contre d’autres plus vigoureux

Certains commerçants font fortune

Quand au prix des lunettes noires

Ils fourguent un vieil éteignoir

Dont le cône n’étouffe qu’une

Chandelle sous son entonnoir

Soleil j’agissais pour des prunes

En te montrant le poing  Ta gloire

C’est de fleurir et sans rancune

De chauffer l’eau de nos baignoires

De nos mers et de leurs lagunes

Le jour s’est levé si vite

Qu’il a réveillé les nuages

Accrochés aux étoiles

Même les oiseaux au nid

Surpris en sont devenus muets

Le café bout dans la théière

Le sucre et les cuillères jubilent

Du tintement des aiguilles de l’horloge

Essayant de combler le retard

Pour que le train franchisse le pont de l’aube

Sans éveiller les soupçons des chefs de gare

Ni des voyageurs encore dans la brume

La lune hautaine ce matin

Se drapera d’un rayon de soleil

Sous la pluie danse chat

La princesse l’ignore, elle doit apprendre

Et ce avant la nuit

Comment valser de fil en aiguille

En suivant le temps d’un métronome agité

Les quelques spectateurs endormis sur leur siège

Ronflent bruyamment au son du premier violon

Tandis que les royaux chaussons s’enfuient

Sur la pointe des pieds sans aucune élégance

La pluie a cessé  Mistigri est fourbu

Il remballe ses ballerines et sort un Monte Christo

.

Je ne suis qu’un modeste tambourineur

Quand Paris est triste

Que même les bouches de métro font la gueule

Que les champs ne sont plus Elysées

Je prends pied à Montmartre

Je joue

Il arrive

Traverse la Seine

Irise Notre-Dame

S’endort sur la conciergerie

S’en va comme il est venu

Le temps passé à observer un arc en ciel

Vaut qu’on oublie tout ce qui nous entoure

J’aurais aimé écrire ceci avec une plume sergent major

Je l’ai écrit tambour battant, forcément

On m’a nommé tambour major

Rassembleur d’arcs en ciel.

.

Par :

Élisa, Héliomel, Téquila, 4Z et moi.