Archive mensuelle : juin 2012

Brigitte fait de l’escalade

 

On parle au mur il nous répond

Se plaint de vertiges dans les immeubles trop hauts

Aux terrasses où personne ne bâtit plus

De ces greniers sous les lauzes qui l’auraient rassuré

Il adore les escaliers

Quand dans  sa cave ceux-ci lui apportent

Un brin de vent  une étoile égarée

Il s’enorgueillit de ses pierres

Plus précieuses que l’eau au fond d’un puits

Puis il bâille sans doute de l’ennui de nous entendre

Se drape d’un sourire lointain

Et s’ouvre sur les façades comme porte en été

.

La tour demeure orpheline de quelques étages

Il n’ y a plus qu’ à converser avec le ciel

Et croire qu’en une seconde à peine

L’ éternel été des fins d’ école s’ est installé

Suivre aussi la première jambe élancée lancée

Vers ce minuscule point d’ horizon perché

Sur ce nuage gris-blanc que l’ on prend souvent

Pour une montagne égarée

Et puis se tordre le cou pour le simple plaisir

De le comparer ensuite à la beauté intrigante

D’ une vis à tête fraisée

Si la brume s épaissit alors le lait déborde ,
l aiguille du midi penche la tête ,
la boussole s affole
Le Maudit s affaisse sous les pieds bottés des grimpeurs
et les vaches brunes sont inquiètes
Un nuage lenticulaire se gare en haut des Drus,
il n ‘en bougera plus, c’ est ainsi .
la princesse indienne prise dans la glace
depuis plus de cent ans
lui avait prédit un avenir de Roi

Sur les trottoirs la pluie pétille

Tous les abris sont occupés

Par des gamins et des gamines

Qui sortent joyeux du lycée

Ils m’accueillent et me récitent

Des poèmes de charles cros

Le hareng saur et sidonie

Que chanta brigitte bardot

L’averse est brève on ne se quitte

Pas sans recommander au ciel

D’arroser pour calmer la soif

Sans lui nous n’aurions rien à boire

Ni rien à dire d’essentiel

 

 

 

 

le bleu du ciel a inondé Eclaircie 4Z Elisa R et Téquila , je ne saurai dire pourquoi…..

 

 

Françoise Ascal

Deux poèmes de Françoise Ascal

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« Tu te souviens du mot puits. Autrefois il s’adossait au mot source. Tu le laisses rameuter sa noirceur opulente. Son joyau d’horreur. Secret d’enfance à la verticale de l’été. Enfonçure, appel, étreinte. L’inconcevable nuit, offerte par-delà la margelle. Le sans-fond à ciel ouvert. Œil magnétique, suspendu, oui, entre gouffre et source. Tu oscilles à hauteur d’herbe, prise en tenaille. Soleil et soif, poulie chantante, eau fraîche. Tombeau de cris, raclement d’ongles.
Tu te penches sur d’anciennes haleines.
Un froissement de fougères berce les noyés.

Tu marches dans les nervures songeuses du millepertuis, dans les vaisseaux ramifiés de ton cerveau. Les cellules meurent ou prolifèrent, tu ne sais rien du grand chantier.
La forêt n’est pas vierge, la page n’est pas blanche et les chemins n’existent pas.
Tu dois marcher longtemps dans le blanc éblouissement du trop-plein de signes, dans le noir incertain des ombres mêlées.
Les morts en attente, alignés comme des troncs, dressent leurs branches défeuillées.
Tu dois marcher sans t’arrêter.
Sans t’encombrer de mots.
Que rien ne te retienne, si tu veux franchir la passe, si tu espères toucher du doigt l’or de l’énigme.

Françoise Ascal, Lignées, avec des dessins de Gérard Titus-Carmel, éditions Aencrages & Co, 2012. »

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Deux poèmes de Jean Follain (1903-1971)

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« L’éclipse de soleil
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A la lisière du champ un homme se promène,
il porte une chemise raide et glacée
et sa vue merveilleuse
lui fait lire trois heures au lointain clocher
et déjà dans le cour d’école
le maître à la barbe pointue
instruit les enfants dans le faux crépuscule,
il les fait regarder
par un carreau de verre fumé
sur quoi leurs doigts tachés d’encre violette
laissent des empreintes courbes et fines
Dans les volières s’endorment les bêtes
et sur les grand-routes assombries
les cavaliers maîtrisent leurs montures ;
dans les villes on éclaire les banques où sont des jeunes filles
émues et blanches aux grands guichets. »
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Jean Follain (« Chants terrestres » 1937).
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« Rigueurs et délices
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Une peinture en trompe- l’œil
fait les délices d’une servante
le vent déchire un ciel de tourment
on abat les cartes
dans le triomphe de la vie
une inconnue approche
qui sait des postures
éblouissantes
et la haie abrite près des nids
toute l’acidité des baies
mais que d’oiseaux
nous restent étrangers
que de couples s’éloignent ! »
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Jean Follain (« Territoires » 1953).
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Chères ténèbres.

Un poème de MC.B.
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«

J’ai coloré de noir ces instants qui devraient être bleus, venus de si loin.
Il me faudra prendre ma palette et tout repeindre.
Je choisirai la couleur de la nuit,
lorsque la lune lui donne cette teinte opaline,
lorsque les ombres des arbres frissonnent…
Quand la terre dort sous l’aile du moindre oiseau.
Quand les chevelures sur l’oreiller sont le refuge de toutes les vagues.
Quand l’eau suspend son souffle pour se délecter des reflets de l’astre lunaire.
Ne pas me retourner, savoir que les enfants n’ont pas d’âge,
que seules les pierres de ces murs élégants,
celles qui protègent, chantent à qui sait entendre.
Même si les jours diminuent désormais, les nuits sont à moi, le soleil n’y peut rien ! »
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MC.B.

Grappes de sommeil

Sur les tuiles luisantes

Le chant de la nuit se marie au vent

Quand le grenier soupire dans son sommeil

Les herbes folles esquissent une danse

Que tous les papillons reprennent

Loin des filets et des chauves-souris

Dans un murmure que les pierres retiennent

Au loin un pas résonne encore

Avant de se fondre à la musique

Puis tout s’efface dans la brume d’un souvenir

Un souffle léger vient du sous-sol

Le jardin a refermé sur nous ses longs bras verts

Quelques amis nous accompagnent en bavardant

La petite poule noire un peu ébréchée

Le gros cafard tout sombre qui se dandine gaiement

Et puis l’araignée de Redon avec sa bonne tête

La fête a lieu dans les profondeurs de la terre

Là où se réfugie la lune quand se lève le soleil


Je vous laisse tourner les pages de mon livre

Vents des quatre points cardinaux

Et je m’appuie sur vous comme sur un mur solide

Quand les grappes du soleil pèsent

Il s’est enfin levé cet astre cet astre paresseux

Cet orgueilleux dont la roue et les rails

Accaparent la salle du ciel où se jouent

En permanence ses drames et ses pantomimes

Et croyez-vous qu’il y invite la lune Nenni

Si je m’y trouve c’est sous un loup

Enveloppé dans une houppelande

A l’abri mes courants d’air ruent mon livre brûle

Mais la loge tout entière se fie à ton rayon ô lune

Pour attirer sur ses occupants pourtant frileux

Tous les regards de l’orchestre

Cueillette réalisée par Eclaircie, 4Z et moi-même.

Printemps à l’école.

Un poème d’André Dhôtel.
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«Le printemps d’or. Regardez
les cimes naissantes
des peupliers éperdus
dans la jeune giboulée.
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Un enfant allait au collège.
Un chien traversait la place
et les grêlons couraient
sur les pavés de l’aurore.
.
La plaisanterie entrera partout
jusque dans les salles d’études
où les livres éclateront
semant des fleurs d’imprimerie
sans aucun sens désormais.
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Les pensées latines et mathématiques
se seront enfuies dans la plaine
pour se déguiser en oiseaux,
en vieux pneus, en fontaines,
en musaraignes à l’œil fin
et en belettes méchantes. »
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André Dhôtel (1900-1991) « La Vie Passagère » (1978).
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CINQ SUR UNE BARQUE

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Le marabout est assis par terre. Une jambe repliée sous une fesse
La djellaba poussiéreuse. Un poulet picore sous le regard d’un chat famélique
– C’est combien ?
– Dix euros pour le passé, vingt pour le futur
– C’est pour offrir un présent, je choisis l’avenir
– Vous allez faire un voyage
– Oui, je sais, le retour Dakar-Paris
– Reprenez votre argent, on ne plaisante pas ici.
L’oeil du marabout roule dans son orbite de caméléon.
Il a accepté mes excuses et reprend :
– Vous allez faire un voyage
– Je vois une île et des volcans
– Des temples et des rizières
– Oui, et alors ?
– Vous n’en reviendrez pas
– Vous voulez dire que je vais me marier là-bas ?
– C’est possible, la séance est terminée
Sur la terre rouge, il a tracé un cercle avec un os de je ne sais quoi
Puis il s’est levé, est entré dans sa case, au pied du baobab
.
La guitare acoustique enrage dans son coin
Au diable les violons et les contrebasses
Du plus profond de son corps les rythmes sauvages
L assaillent avec violence
La salsa ondoyante et la rumba nonchalante
Décrètent de nouvelles lois
Les accords seront brésiliens ou bien ne seront pas
Peut-être enfin n’entendrons-nous plus les sinistres notes
De nos accordéons, le ressac de cette mer à demi morte
Les chapelets égrenés dans d’ obscures églises
Les fanfares discordantes et au feu les lampions
La guitare acoustique enrage dans son coin
.
En grand désordre les jours s’égaient
Ils se bousculent dans les halls de gare
Jouent des épaules parfois des coudes même au cerceau
Jonglent avec les chapeaux devenus inutiles
Que les voyageurs leur lancent par les hublots des trains
Avant de quitter leurs têtes qu’ils déposent sur les banquettes rouges
Les rails courent en tous sens pour arriver à l’heure des aiguillages
Des plages horaires ou de galets aux rives du matin
Les hauts parleurs s’époumonent dans le vide
Quand le soleil au couchant cède son siège au temps
.
Parmi les bulles qui se forment
Au bout d’une paille trempée dans l’eau savonneuse
Apparaît la lune
Illusion d’optique
Le courant d’air la pousse devant lui
Mais elle est trop fragile pour durer plus que quelques secondes
Alors elle éclate
Et la pluie très fine produite par son explosion
C’est aussi la rosée sur ta lèvre supérieure ô Mère supérieure
Puis sous ma moustache un zeste de sueur
Quand nos bouches se rencontrent
Pour une lutte avec merci
.
Des grenouilles acides se dorent
A l’ ombre d’ un soleil détrempé
Sur le sol désormais spongieux
Se découpent des empreintes
De pieds de mains et de nez
Une barque métallique dérive et
Se colle contre la cheminée
Surmontée d’ un parapluie à fleurs
Et d’ une famille de hérissons
..
Les interprètes :
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Eclaircie, mezzo ;
Elisa, contralto ;
Héliomel, ténor ;
Tequila, soprano ;
4Z, baryton.
.

L’heure des caniveaux lunatiques

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Pour toi la lune n’a aucun secret

Et tes confidences elle les écoute

En mère attentive aux paroles de ses enfants

Mieux que personne tu connais sa vie cachée

Celle qui se déroule du côté pile

Là où les lunatiques se réunissent

Afin d’y parler de la pluie et du beau temps

Sujet sur lequel ils ne sont jamais d’accord

Alors ils se fient au hasard

Et l’humeur de la mer dépend du caprice

Des dés qui roulent sur le tapis vert…

– Si nous perdons patience avec notre chapeau à qui la faute ?

Au souffle de la lune quand elle gonfle les joues

Pour éteindre en une seule expiration toutes les étoiles !

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Sur les pavés les gouttes n’osent plus se poser

Ne voulant pas froisser les reflets de l’aurore

Ni les roues des moulins devenues inutiles

Quand le blé encore vert se cache sous la terre

Et lorsque le meunier a pour seule pitance

Le pain sec d’un autre âge

Dans le caniveau la feuille reste blanche

Les plumes s’engluent dans le goudron

Les soupiraux guettent la lumière

Ils mendient l’éclat des vitraux de l’atelier

Où le peintre n’use que de craie

Pour esquisser les nuits d’orage

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Le fil d’Ariane se rompt enfin

Nous plongeons dans des nuits cotonneuses

D’où nous sortons grâce aux charmes

Des sorties de baignoires sur le fil du rasoir

Déjà 5 heures, un caténaire siffle sur la plaine

Qui ne fume plus depuis longtemps

Car ses artères sont encombrées

Des philtres des humains

Le jour lève un lièvre qui se relève

Oreilles pointées, museau dressé

Les arbres applaudissent le lever du soleil

Au milieu de sa cour de nuages

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Du couchant au levant : Héliomel, 4Z2A84, Éclaircie

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Par là…

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Au petit soir d’un coup de dé
Une nuage est entrée,
Par là,
Fenêtre ouverte,
A déambulé dans la pièce,
A goûté au moelleux des coussins,
Aux petits gâteaux.
Elle te ressemblait un peu.
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Les lunettes du tambour

Sous-titre :

Le chat et le moucheron dans la théière

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Une mer évanouie emplit d’orgueil

Ce moucheron maigrelet qui la porte

En soufflant mais fièrement

La plage envisage de s’évader

D’aller voir ses lointaines cousines

Blanches des matins pacifiques

De leur offrir coquillages et fraîcheur du nord

Pendant le rêve du moucheron et du sable

La brume s’enfuit laissant libre un large mur de vagues

Demain peut-être…

Nous n’avons d’yeux que pour la lune

Le soleil nous aveuglerait

Si nous le regardions de près

Fragilité tu m’importunes

Mes yeux faudra-t-il vous changer

Contre d’autres plus vigoureux

Certains commerçants font fortune

Quand au prix des lunettes noires

Ils fourguent un vieil éteignoir

Dont le cône n’étouffe qu’une

Chandelle sous son entonnoir

Soleil j’agissais pour des prunes

En te montrant le poing  Ta gloire

C’est de fleurir et sans rancune

De chauffer l’eau de nos baignoires

De nos mers et de leurs lagunes

Le jour s’est levé si vite

Qu’il a réveillé les nuages

Accrochés aux étoiles

Même les oiseaux au nid

Surpris en sont devenus muets

Le café bout dans la théière

Le sucre et les cuillères jubilent

Du tintement des aiguilles de l’horloge

Essayant de combler le retard

Pour que le train franchisse le pont de l’aube

Sans éveiller les soupçons des chefs de gare

Ni des voyageurs encore dans la brume

La lune hautaine ce matin

Se drapera d’un rayon de soleil

Sous la pluie danse chat

La princesse l’ignore, elle doit apprendre

Et ce avant la nuit

Comment valser de fil en aiguille

En suivant le temps d’un métronome agité

Les quelques spectateurs endormis sur leur siège

Ronflent bruyamment au son du premier violon

Tandis que les royaux chaussons s’enfuient

Sur la pointe des pieds sans aucune élégance

La pluie a cessé  Mistigri est fourbu

Il remballe ses ballerines et sort un Monte Christo

.

Je ne suis qu’un modeste tambourineur

Quand Paris est triste

Que même les bouches de métro font la gueule

Que les champs ne sont plus Elysées

Je prends pied à Montmartre

Je joue

Il arrive

Traverse la Seine

Irise Notre-Dame

S’endort sur la conciergerie

S’en va comme il est venu

Le temps passé à observer un arc en ciel

Vaut qu’on oublie tout ce qui nous entoure

J’aurais aimé écrire ceci avec une plume sergent major

Je l’ai écrit tambour battant, forcément

On m’a nommé tambour major

Rassembleur d’arcs en ciel.

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Par :

Élisa, Héliomel, Téquila, 4Z et moi.